Le Musée Centennal de l’Electricité

Paris 1900 - Innovations (techniques, transport ...)
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worldfairs
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Le Musée Centennal de l’Electricité

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Article extrait du magazine "A l'Exposition" de 1900

Nous convions nos lecteurs à visiter aujourd’hui avec nous l’exposition centennale de l’Electricité.

L’épithète de « Centennale » convient particulièrement bien à une exhibition rétrospective d'objets se rapportant à la Science et à l’industrie électriques. Les premières découvertes importantes et les études sérieuses dans cette voie datent seulement en effet des dernières années du XVIIIe siècle, comme on peut s’en convaincre en voyant les reliques du siècle dernier que les organisateurs du musée de l’Exposition ont pu recueillir. Si le palais de l’Electricité occupe dans l’Exposition une place d’honneur, le passé n’y a pu trouver qu’un asile très modeste. C’est au premier étage de ce palais, dans un petit enclos carré garni extérieurement de vitrines d’exposants qu’ont été rassemblés les appareils et les publications relatifs à l’histoire de l’Electricité en France. La tranquillité du lieu contraste singulièrement avec l’animation des galeries voisines où s’écoulent les flots pressés des visiteurs sortant de la Salle des Illusions, petite merveille de l’électricité, et des glaces de Saint-Gobain.

Accessoires de machines électriques
Accessoires de machines électriques

Un aimant naturel ayant appartenu à l’abbé Nolet et portant la date de 1745, des machines à frottement de Navine et de Van Marum nous ramènent aux origines de la science électrique.

Mais voici déjà que ses lois commencent à se préciser, grâce aux études méthodiques de Coulomb. La balance au moyen de laquelle ce savant étudia les lois des attractions électrostatiques (1785) nous rappelle cette étape importante de la Science. La pile de Volta, dont deux-modèles datant de 1810 et 1814 sont exposés à nos regards, ouvre une voie nouvelle aux études des pionniers de l’Electricité. Ce n’est pas sans un vif sentiment de curiosité que nous contemplons la table de travail d’Ampère, couverte des instruments dont il se servit pour étudier les lois de l’électro-magnétisme. Nous entrons bientôt dans la période des premières tentatives de génération mécanique du courant électrique avec une machine magnéto construite en 1832, par Pixii, sous la direction d’Ampère.

Avec la machine de Paccinotti, exécutée sous sa direction en 1860, nous abordons l'ère des progrès modernes. Cette machine précède en effet de bien peu une invention dont les conséquences ont été considérables pour l’industrie électrique, celle du collecteur de Gramme, dont quelques spécimens originaux nous sont présentés. Cet appareil fut le premier qui permit d’obtenir mécaniquement des courants continus dont les applications furent dès le début, nombreuses et faciles, alors que c’est seulement dans ces dernières années que l’on parvint à utiliser convenablement les courants alternatifs, les seuls que l’on pût produire avec les machines qui ont précédé l’invention du collecteur. A partir de cette époque les événements se précipitent dans l’histoire de l’Electricité. En 1871, Gramme présente à l’institut un modèle pratique de sa machine. La « dynamo » sous sa forme moderne est créée. Ses applications vont se succéder avec une rapidité croissante. Les perfectionnements ultérieurs dans les procédés de génération et de distribution de l’Electricité n’ont plus leur place dans le musée, ils appartiennent presque tous à l’histoire des dix dernières années et les puissants groupes générateurs des usines Suffren et La Bourdonnais en sont l’expression vivante. 11 n’est cependant pas inutile de rappeler le rôle important qu’a joué dans cette évolution dernière de l’industrie élec-tribue l’invention du transformateur de Gaulard dont un spécimen portant la date de 1883 nous est montré.

Tandis que les inventeurs cherchaient avec peine à transformer en électricité l’énergie mécanique, le courant électrique engendré alors d’une manière onéreuse et malaisée par la pile, voyait ses applications se généraliser. Ce fut d’abord la télégraphie électrique, préparée par la découverte d'Arago et l’aimantation temporaire du fer doux par le courant. Nous remarquons au musée de très anciens télégraphes à manipulateur de Bréguet (1848), l’appareil autographique de Caselli (1863), qui permet de reproduire des images à distance, et différents appareils de plus en plus perfectionnés, jusqu’au télégraphe multiple de Hughes (1883).


Depuis lors, les transmissions télégraphiques n’ont cessé de progresser et le rôle devenu rapidement nécessaire qu’elles jouent dans les relations des sociétés modernes est de plus en plus considérable. Aujourd’hui même, il n’est plus besoin de jonction matérielle entre les points à relier, puisque la télégraphie sans fil permet de communiquer discrètement à travers l’espace.

Musée rétrospectif de l'électricité
Musée rétrospectif de l'électricité

Ce n’était pas assez de transmettre instantanément au loin les messages écrits; l’invention du téléphone par l’américain Graham Bell nous, permet aujourd’hui de parler à distance.

Peut-être même sommes-nous à la veille d’une véritable révolution dans la téléphonie grâce à l’invention toute récente du télégraphone de Poulsen, instrument merveilleux qui tient à la fois du phonographe et du téléphone et qui est l’application audacieuse et inattendue de phénomènes bien connus.

Tandis que le télégraphe électrique commençait à relier par des communications sûres et rapides les points les plus éloignés du globe, une autre application du courant voltaïque devenait l’objet des études des chercheurs. Il s’agissait de rendre utilisable pour l’éclairage des grands espaces la brillante lumière de l’arc découvert par David en 1808. Le musée rétrospectif nous fait assister aux premiers essais de régulateurs d’arc, depuis les lampes de Foucault et d’Archereau (1849) jusqu’à la bougie Jablochkoff qui, installée en 1879 sur l’avenue de l’Opéra à Paris, fournit ainsi le premier service d’éclairage journalier de la voie publique. La lampe à arc ne se prêtant pas à l’obtention de foyers peu puissants, les applications de la lumière électrique seraient demeurées assez restreinte s sans l’invention de la lampe à incandescence. Nous trouvons à l’exposition centennale des appareils qui témoignent des premières tentatives faites en France dans cette voie, antérieurement à l’apparition de la lampe Edison en 1880. Depuis lors les procédés de fabrication des lampes à incandescence se sont considérablement simplifiés et perfectionnés. Aujourd’hui, c’est par millions qu’elles se fabriquent annuellement et leur prix a constamment diminué au fur et à mesure que la production augmentait. Aussi, en dehors de leurs applications utilitaires, sans cesse croissantes, sont-elles maintenant employées avec avantage à la décoration. L'exposition actuelle en a tiré à ce point de vue un merveilleux parti.

Les applications mécaniques de l’électricité n’eurent pas une évolution aussi rapide que celles relatives à l’éclairage. Les moteurs électriques que l’on construisit d’abord, tels que ceux de Froment (1845) exposés au Musée n’utilisaient qu’une très faible portion de l’énergie du courant qui les faisait, mouvoir.

Ce fut l’invention de la machine de Gramme qui par contre-coup fit naître le moteur électrique sous sa forme pratique. Et encore ne reconnut-on pas immédiatement que cette machine était réversible, c’est-à-dire capable de restituer sous forme mécanique l’énergie du courant. On en vint rapidement à accoupler électriquement deux machines, l’une fonctionnant comme moteur, l’autre comme générateur. Le principe du transport de la force par l’électricité était trouvé. Les expériences mémorables de Marcel Deprez entre Creil et Paris en 1885 en furent la démonstration publique.

Avant de quitter le Musée de l’Électricité, il nous reste à jeter un coup d’œil sur les applications de l’électrochimie. Nous en trouvons de très anciennes comme la galvanoplastie, d’autres beaucoup plus récentes, comme l’accumulateur inventé par Planté (1860), qui permet de constituer des réserves d’énergie électrique, ou comme le four électrique réalisé sous une forme pratique en 1893 par M. Moissan. Les applications de ce dernier appareil ont été l’origine d’industries qui ne datent que d’hier mais qui sont déjà très prospères.

Dès que l'électricité prit place dans la vie, moderne, il fallut se préoccuper de la mesurer d’une façon pratique et uniforme dans tous les pays. Ce fut l’œuvre des Congrès internationaux et en particulier de celui qui se tint à Paris en 1881. Aujourd’hui l’énergie électrique se vend suivant sa qualité et sa quantité, comme toute autre denrée marchande.

Nous n’avons pu donner à nos lecteurs qu’une idée bien sommaire des richesses rassemblées à l’Exposition rétrospective de la science et de l’industrie électriques en France. Elles se chiffrent par 230 appareils et 210 livres, manuscrits et autographes, classés méthodiquement et présentés sous la forme d’une véritable leçon de choses, aussi profitable aux spécialistes qu’au public.

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