Avenue Nicolas II

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Avenue Nicolas II

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Texte et illustration de la revue "L'Exposition Illustrée" de 1900

PERSPECTIVE DE L’AVENUE NICOLAS II, DU PONT ALEXANDRE III ET DE L’ESPLANADE DES INVALIDES

avenuenicolas201.jpg

Le visiteur qui pénètre dans l’enceinte de l'Exposition par l'entrée d'honneur de l’avenue des Champs-Élysées est ébloui et charmé par la merveilleuse perspective de 1 150 mètres de longueur qui s'ouvre soudainement devant ses regards.

Au premier plan, les blanches splendeurs architecturales des deux Palais des Beaux-Arts, entourés de la verdure des arbres, des parterres et des pelouses; du fond, les pavoisements multicolores des Palais de l'Esplanade; et, dominant le tout, les quatre pégases des pylônes du pont Alexandre III et la coupole des Invalides jetant, sous le soleil, des rayonnements d'or.



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Avenue Nicolas II<br />©Héliotypes - Exposition Universelle de 1900
Avenue Nicolas II
©Héliotypes - Exposition Universelle de 1900



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Re: Avenue Nicolas II

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Article extrait du magazine "A l'Exposition" de 1900


La Porte Monumentale & l'Avenue Triomphale

L’Exposition a trente-six entrées, mais elle n’a qu’une seule Porte monumentale. On l'a élevée près de la place de la Concorde. Cette situation n’est pas heureuse : elle ne répond à aucune idée pratique puisque, de ce côté, l’enceinte de l’Exposition ne renferme que des alignements d’arbres, sans grâce, auxquels on a essayé, au moyen de quelques statues, de donner l’apparence d'un jardin.

Le Petit Palais des Beaux-Arts
Le Petit Palais des Beaux-Arts

Inutile, la Porte monumentale ne pouvait guère éviter de ressembler à un décor de théâtre auquel il manquerait une toile de fond. Il aurait fallu infiniment d’esprit à son architecte pour se tirer adroitement d’affaire; M. Binet parait n’être qu’un bon constructeur; il a bâti un porche colossal de 35 mètres de haut, de 20 mètres d’écartement, flanqué de minarets qui donnent à l’ensemble l’aspect un peu ridicule d’une pendule entre deux chandeliers.

L’édifice se compose essentiellement de trois grandes arches, accolées en triangle et portant une coupole qui ne couvre pas moins de 500 mètres carrés de superficie. L’arche principale forme une sorte de large fronton; au milieu se projette la proue du vaisseau de la Ville de Paris, sur laquelle chante le coq gaulois. Le corps du monument est relié aux minarets latéraux par deux exèdres portant chacun une grande frise décorative, exécutée par le statuaire Guillot et où sont représentés des ouvriers et des artisans symbolisant tous les corps de métiers.

La porte du Petit Palais
La porte du Petit Palais

La décoration polychrome de la Porte monumentale, où dominent le bleu clair, le vert et le jaune, a, dit-on, un caractère oriental. Elle ne rappelle cependant en rien l'ornementation légère et les couleurs chantantes des beaux monuments persans à revêtements de faïence. Le fouillis des moulures, des enluminures, des arabesques, des cabochons multicolores qui surchargent les arches, en alourdissant les lignes concentriques au lieu d’en rompre gaiement la monotonie. Les plus indulgents critiques excusent les défauts de l’édifice en faisant remarquer qu’avec ses 3.200 lampes à incandescence et ses 40 lampes à arc, il semble surtout « destiné aux fêtes nocturnes »; mais quelle que soit la beauté de son illumination, le soir, il n’en est pas moins regrettable que, dans la journée, la Porte Binet gâte les élégantes proportions de la place de la Concorde qu’elle écrase de sa masse bariolée.

Que dire de la statue perchée au sommet? Elle personnifie Paris sous les traits d’une dame mise à la dernière mode. Je le répète de confiance d’après ce qu’en ont dit les artistes dont elle est l’oeuvre : l’un est un sculpteur émérite et l'autre un couturier qui a passé jusqu’ici pour homme de goût. A eux deux ils avaient exécuté une poupée délicieuse ; on en fit une effigie en staff de six mètres de haut dont la lourdeur choqua beaucoup de gens.

La porte monumentale
La porte monumentale

Pendant plusieurs jours la Parisienne de la Porte monumentale joua un rôle considérable: on ne parlait que d’elle sur le boulevard et jusque dans les couloirs de la Chambre; ministres et diplomates, en pensant à elle, hochaient gravement la tête; à cause d’elle, le Cabinet fut un moment ébranlé... La statue, cependant, imperturbablement souriante, est restée debout sur son piédestal arrondi. Le bruit qui s’est fait autour d’elle et autour de la porte Binet n’aura pas été inutile s’il empêche les étrangers de voir dans ces deux ouvrages des spécimens incontestables de l’art français. L’Exposition de 1900 leur réserve heureusement de plus dignes sujets d’admiration.

Rien de plus merveilleux, par exemple, que l’Avenue créée entre les Champs-Elysées et l'Esplanade des Invalides; encadrée d’abord par les colonnades du Grand et du Petit Palais des Beaux-Arts, elle traverse la Seine sur le Pont Alexandre-III et se prolonge entre des monuments de toutes formes et de tous styles jusqu’à cette sombre et majestueuse chapelle des Invalides, aux pierres noires et au dôme d’or. Dans cette perspective, où le soleil allume des clartés roses et des touches de couleur vive, les Pégases du Pont Alexandre-III mettent quatre points de repère flamboyants.

Groupe décoratif devant le Petit Palais
Groupe décoratif devant le Petit Palais

Les deux Palais des Beaux-Arts, sans grande originalité ni dans la disposition générale, ni dans le détail de la composition, forment pourtant un ensemble des plus imposants : ils donnent à la nouvelle avenue une allure vraiment triomphale. Le style de ces monuments est ce néo-classicisme entremêlé de motifs Renaissance dom les architectes modernes aiment à plaquer les armatures de fer des édifices publics. Le Grand Palais, oeuvre de MM. Deglane, Louvet et Thomas, est plus encombré de guirlandes que son voisin, auquel des colonnes lisses, séparant d’immenses fenêtres de musée, donnent une apparente simplicité. En général on s’accorde à trouver le Petit Palais, construit par M. Guirault, d’un goût très délicat avec son portique arrondi, rompant l’attique rectiligne, et sa cour intérieure, demi-circulaire, où le marbre rouge se marie heureusement à la pierre blanche. Les sculptures et les bas-reliefs qui abondent dans les deux édifices, en soutiennent les soubassements, en peuplent les péristyles, triomphent sur les frontons et s’envolent glorieusement jusque sur les toits, sont, comme dans tous les monuments de ce genre, de mérite fort inégal, mais ils complètent harmonieusement les lignes architecturales et donnent à l'ensemble du décor beaucoup de richesse.

Les Palais de l'Esplanade des Invalides, bâtis hâtivement en bois et en plâtre, sont d’une amusante fantaisie. La grande cour en hémicycle qui s’ouvre devant le Pont Alexandre-III est d’un effet surprenant avec ses galeries à arcades, ses grands portiques, ses tours carrées chargées de sculptures et surmontées de clochetons à jour, architectures légères, ciselées et découpées comme celles des cités enchantées des Mille et une Nuits. La banalité des drapeaux carrés, qui surmontent les flèches et les coupoles et s’alignent trop régulièrement au-dessus des frises, gâte un peu cet ensemble magique; sur ces monuments de rêve on aurait souhaité le déroulement capricieux des longues bannières de soie qui pavoisent splendidement les villes de marbre et les nefs dorées des vieilles peintures italiennes. Cependant les façades, émaillées de mosaïques, étincellent; sur leur blancheur se détachent des encadrements en couleurs claires et six panneaux peints d’un merveilleux effet.

Esplanade des Invalides
Esplanade des Invalides

Tout cela est gai, chatoyant, plein de mouvement; ne sont-ce pas là les qualités qui conviennent surtout à une architecture d’Exposition, à des Palais-réclames dont le luxe n’est destiné qu'à amuser les regards des promeneurs pendant quelques mois? Le souvenir du moins en sera durable; il restera dans la mémoire de tous les peuples comme un brillant témoignage des dons d’invention et du goût des artistes français.



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