Exposition centennale des moyens de transport

Paris 1900 - Innovations (techniques, transport ...)
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worldfairs
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Exposition centennale des moyens de transport

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Voici le texte du livre.

La Carrosserie

En 1889, l'Exposition rétrospective des voitures, adjointe à l’Exposition contemporaine, était très importante et comprenait tous les moyens de transport usités depuis les temps les plus reculés jusqu'à nos jours. M. Bixio, qui avait été chargé de cet intéressant travail, s’en acquitta avec tout le savoir qu'on lui connait et dont il vient de donner une nouvelle prouve dans 1’organisation de l’Exposition dernière. Il avait pris, comme point de départ, le sentier, qui est bien le premier moyen de locomotion, et était remonte à 20000 ans avant Jésus-Christ, pour en arriver aux moyens de transport les plus récents. Le succès de cette Exposition fut très grand.

Cette fois-ci, nous avons dû nous borner, et, en suivant à la lettre le programme de M. Picard, nous devions ne nous en tenir qu'aux moyens de locomotion en usage dans ce dernier siècle. Cependant, grâce à la bienveillance de M. le Commissaire général, nous avons pu élargir notre cadre, joindre le siècle précédent au notre et montrer, par là, tous les derniers progrès accomplis dans les moyens de transport. Les collectionneurs ont aimablement répondu à notre appel et ne sauraient assez mériter nos plus sincères et reconnaissants remerciements.

Nous ne pouvons détailler ici tous les objets qu'on a bien voulu nous confier; du reste, la nomenclature ci-jointe en donne la liste complète : nous voulons seulement donner une idée des plus curieux, et nous nous trouverons grandement récompensés de notre travail si nous avons réussi á le rendre quelque peu intéressant. Notre rôle doit se borner à décrire succinctement les voitures, les traineaux et les gravures. C'est dans cet ordre que nous nous proposons de passer cette revue en réclamant la plus grande bienveillance.

A suivre...


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I. LES VOITURES

En tant que voitures, les XVIIe et XVIIIe siècles étaient représentés par deux grands carrosses dont les roues aux bandages de fer en plusieurs pièces indiquaient assez l'âge.

Petit modèle du carrosse ayant servi au Sacre de Louis XV.<br />(Musée de Cluny)
Petit modèle du carrosse ayant servi au Sacre de Louis XV.
(Musée de Cluny)


Celui qui, par son aspect, sa construction, rappelait le plus les carrosses du grand siècle, était le carrosse dit "des Princes d'Espagne ». Cependant, s’il faut en croire les mémoires du cardinal de Bausset, ce carrosse ne date pas de cette époque : ce ne serait qu'une copie. On lit en effet, page 217, tome 1: « Les carrosses de Leurs Majestés catholiques, faits sur les mêmes modèles que ceux du temps de Louis XIV, qui avaient servi à l'entrée de Philippe V en Espagne, présentèrent un singulier contraste avec les carrosses français". Ce serait dans ce carrosse que le roi d’Espagne Ferdinand VII, l’infant Don Carlos et Don Antonio, firent le voyage de Madrid à Valençay, où ils furent internés par ordre de Napoléon Ier et où ils séjournèrent de 1808 à 1814. En voyant le brimbalement de tout l'avant-train, on se demande comment cette voiture put faire un tel trajet? Ce carrosse, très lourd, plutôt disgracieux, au gondolage de caisse en forme de S très heurté, est monté sur deux fortes flèches en bois, sans ressorts, et est suspendu seulement sur de grosses soupentes en cuir passant sous la caisse, de chaque côté. Les courroies de guindage destinées à empêcher la caisse d'osciller trop fortement à droite ou à gauche sont fixées dans le haut de la caisse et descendent sur les côtés. Ce carrosse est muni de roues massives dont celles d'arrière ont jusqu’à 2 mètres de diamètre et dont le bandage en fer est formé de plusieurs morceaux non soudés ensemble. Il donne bien une idée des carrosses dont on se servait sous Louis XIV.

Ceux qui précédèrent, et qu'on appelait des coches, n'avaient pas en effet de côtés pleins; ils n'étaient que munis de rideaux en étoffe ou en cuir tout autour de la partie supérieure de la voiture et dans la partie inférieure des portes ou ils formaient ce qu'on nommait les mantelets. On enlevait ces derniers pour monter dans le coche ou la coche, car. alors, on n'était pas plus fixé sur le genre de ce véhicule qu'on ne l'est actuellement sur celui d'automobile. On se rappelle que c’est dans un carrosse de ce genre que fut assassine Henri IV en 1610. Le maréchal de Bassompierre fut le premier à en avoir un avec des glaces sur les côtés, avec cocher devant et laquais par derrière. On dit qu'il le rapporta d'Italie en 1599. C’est de cette même époque et du même pays que date l’un des magnifiques carrosses (6961) que l'on voit au Musée de Cluny et qui aurait appartenu au pape Paul V Camille Borghèse (1605-1621).

Planche 3 - N° 752. Carrosse dit &quot;des Princes d'Espagne &quot; (Epoque Louis XIV. XVIII siècle).
Planche 3 - N° 752. Carrosse dit "des Princes d'Espagne " (Epoque Louis XIV. XVIII siècle).

Pour terminer la description du carrosse des princes d'Espagne, nous ajouterons que la caisse est dorée, le train rouge rehaussé d'or et que dans les portes sont peintes les armes d‘Espagne. Les panneaux de custode sont en cuir noir, entouré d'une double rangée de clous dorés. Une boite oblongue, surmontée d’une sorte de lanterne, et fixée, à l'extérieur, dans le haut du panneau de derrière, était sans doute destinée à contenir les armes. Cette voiture est la propriété de M. le duc de Talleyrand-Périgord.

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Le petit carrosse de gala, appartenant à M. le comte Armand, nous amène au milieu du XVIIIe siècle et montre déjà quelques progrès. La caisse est toujours montée sur des soupentes allant d'un bout à l'autre ; les flèches, en bois, sont doubles, et les bandages de roue, munis de gros clous qui font saillie, ne sont pas soudés non plus. Mais le travail est déjà un peu plus léger, et le style Louis XV la caisse en forme de chaise à porteurs lui donne beaucoup de grâce et d’élégance. Les roues arrière sont encore énormes et choquent mème un tantinet avec la légèreté de la caisse. Les panneaux sont dores avec des ornements en camaïeu tout autour. Des sujets allégoriques dans la manière du XVIIIe siècle en agrémentent le centre : l'intérieur est tout en soie brochée rouge. Cette voiture n'allait qu’au pas, des laquais tenant les chevaux par la bride, et ne servait, parait-il, qu’aux cérémonies du mariage. « La fiancée y prenait place pour se rendre à l'église, pendant que le futur mari caracolait à la portière. Au retour seulement, il y prenait place à côté de sa femme. »

Planche 4 - N° 743. Petit carrosse de gala (Epoque Louis XV. XVIIIe siècle)
Planche 4 - N° 743. Petit carrosse de gala (Epoque Louis XV. XVIIIe siècle)

Nous voici maintenant à Louis XVI avec la voiture de voyage du marquis de Thomassin, grand bailli d’épée de Vitry-le-François, en 1788. Cette voiture, dont les fers de roue sont encore en plusieurs pièces, est d'un aspect léger. Sa forme est l'embryon de nos coupés de ville ou dorsays modernes. Elle est montée sur deux flèches dont la partie arrière est en bois, tandis que l’avant se termine par deux cols de cygne en fer. Elle est munie de ressorts à la Daleine qui servent d’attaches aux soupentes et qui sont fixes presque verticalement aux quatre angles du train. Pour plus de sécurité, sans doute, deux autres soupentes plus légères, fixées à d’autres supports, passent sous la caisse de chaque côté, mais doivent gêner l'élasticité des premières. L’emploi des ressorts indique un gros progrès, car jusque-là l’usage en était peu répandu. C'est vers 1670 qu’on en vit l’apparition, sous la forme de ressorts droits à plusieurs feuilles, et c’est un nommé Dupin qui les aurait, pour la première fois, adaptés à une « brouette », genre de chaise à porteurs roulante que nous retrouverons plus loin. On en mit ensuite sous certaines voitures à deux roues qu’on appelait « chaises », « chaises de poste » : d’abord, à l’avant, sous les apremonts, d’où leur nom de ressorts d'apremont, ensuite à l'arrière en forme de pinces, d’où leur nom de ressorts à Lécrevisse. Les ressorts à la Daleine vinrent après et constituèrent un perfectionnement. Garsault, dans son Traité des Voitures (1756), écrit : ressorts « à la Dalem », et dit que ce Dalem était un habile serrurier. Dans l'encyclopédie, Luçotte écrit « à la Daleine » et dans le Manuel du Carrossier de Roret, édition de 1833, on trouve : « ressort à la Dalesne avec un s, du nom de leur inventeur (membre de l’Académie des Sciences en 1740) ». Où est la vérité ? Nous n’avons pas ici l'intention de la rechercher. C’est encore dans ces ressorts à la Daleine qu’on trouve quelquefois l’adjonction d’un petit ressort conique ou en spirale, placé entre les deux brins des soupentes et appelé à donner plus de douceur. Un nommé Thomas, de l'Académie des Sciences, en aurait donné l’idée. Mais nous ne voulons pas prolonger cette digression, que nous avons jugée utile cependant, et nous revenons à la voiture du marquis de Thomassin sur laquelle nous avons encore quelques détails à donner et qui est actuellement la propriété de M. le comte de Joybert. La caisse est plate, sans renflement ni gondolages, et est munie d un grand coffre placé sous les pieds, entre les deux flèches. Sur le pavillon, quatre crampons servent à fixer la vache, sorte de grande malle plate qui occupe toute la surface de l’impériale, ce qui, avec le coffre indique plus haut, permettait d’emporter bien des choses. La peinture de la caisse est bleu foncé, celle du train rouge avec des filets d’or. Enfin les glaces, devant et sur les côtés, sont munies de jalousies percées de fentes et de trous qui font l’effet de minuscules meurtrières et donnent ã la voiture un petit air mystérieux. Il y a, derrière, une entretoise pour les laquais, et, devant, un siège de cocher, dont la housse manque malheureusement.

Planche 5 - N° 723. Voiture de ville (Epoque Louis XVI. XVIIIe siècle)
Planche 5 - N° 723. Voiture de ville (Epoque Louis XVI. XVIIIe siècle)

Nous avons parlé tout ã l'heure d’une « brouette ». C’est le moment de dire un mot de celle que nous a confiée M. le comte Geoffroy de Kergorlay et que nous avions équipée du laquais, de manière à présenter l'ensemble de l'attelage, si nous pouvons dire ainsi en parlant d'un homme. Ce nom de « brouette » est synonyme de « roulette », de « vinaigrette », ou bien encore de « soufflet », quand la partie supérieure était remplacée par une capote qui se levait ou se baissait à volonté. Le docteur anglais Martin Lyster en parle déjà dans son voyage à Paris :
« Il y a encore dans cette ville une autre espèce de voiture que j’aurais voulu en premier lieu passer sous silence, la prenant d'abord pour une mauvaise plaisanterie.... Ce sont les « vinaigrettes », c'est-à-dire une caisse de voiture sur deux roues, traînée par un homme et poussée par derrière par une femme ou un enfant, ou bien par tous les deux à la fois. » Le petit gamin s’appelait le « hâteur » ou la « diligence ». Les roues ont un 1m,2O environ de diamètre. L’entrée est devant, entre les deux brancards démontables. La caisse mesure 0m,90 de longueur sur 0m,95 de largeur et est montée sur les ressorts de Dupin, qui est aussi l’inventeur de la vinaigrette. Quelques vieilles femmes s’en servent encore, dans certaines villes paisibles du nord de la France, pour faire des visites ou se rendre à l’église. Celle-ci vient de Beauvais et est, croyons-nous, la mème que celle dont il est fait mention dans le bel ouvrage de M. O. Uzanne.

Vinaigrette
Vinaigrette

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La fin du XVIIIe siècle se signale par un morceau capital. Nous voulons parler du grand carrosse de gala qui figurait au centre de notre Exposition et qui est la propriété de MM. Hamburger frères. Comme nous avions la bonne fortune d’avoir les harnais qui allaient avec cette voiture, et pour donner une idée de l'allure d'un tel équipage, le Comité de l'Exposition centennale avait décidé d'atteler ce carrosse de deux chevaux pie alezans, robe conforme à la tradition, et de placer sur le siège et sur l'entretoise le cocher et les laquais portant des livrées du style de l"époque et couleur bleu de ciel. Et, grâce au savoir, au talent. de M. Walle, qui s'est chargé des chevaux, des mannequins et des costumes, grâce aux indications de M. le général baron Faverot de Kerbrech et aux conseils de M. Vallet, nous sommes arrivés, croyons-nous, à un résultat satisfaisant.

Planche 6 - N° 754. Carrosse de gala avec son harnais (Epoque XVIIIe siècle)
Planche 6 - N° 754. Carrosse de gala avec son harnais (Epoque XVIIIe siècle)

Cette voiture, qui est dans de belles proportions, en forme de berline évasée dans le haut, entourée de glaces, est assez élevée du sol. Les lignes en sont très harmonieuses. Elle est montée sur deux flèches terminées par des feuilles de laurier sculptées et sur quatre ressorts en C, ressorts qui succédèrent à ceux dits à la Daleine. Les mains, en metal, sont terminées par des bustes de tritons auxquels viennent s’attacher les soupentes qui sont en cuir blanc de Hongrie piqué de soie bleue. Les roues et les trains sont très richement sculptés, celui d'avant principalement, dont les encastrures en bois sont enlevées dans la masse et dont le lisoir représente un trophée d’armes. La double fourchette est en forme de faisceaux romains.

Les pieds de caisse des quatre angles de la berline se terminent dans le haut par une tète de femme, et, dans le bas, à hauteur de ceinture, par des griffons, en saillie sur l’arête. Les moulures sont très ouvragées et se composent de grecques dans l'entourage des glaces. La galerie, en bronze, qui règne dans le haut, autour du pavillon, est joliment travaillée, sans valoir cependant celle qui court le long de la ceinture de caisse et où alternent, dans de délicats ornements, des médaillons et des aigles. Cette dernière est d'un travail délicieux et finement ciselée.

C'est vraiment une belle pièce, comparable á celles que l’on voit à Cluny, á Trianon, á Madrid ou à Vienne.

L'intérieur est garni en soie pékinée blanche et bleu de ciel. Le pavillon, les dossiers, qui sont très couchés, et les portes sont tendus, sans capitons. La housse est toute petite, droite et faite de la mème étoffe. Les Stores sont en soie bleue. Le train est rouge rehausse d’or; quant aux panneaux de la voiture, ils sont couverts de fort belles peintures, malheureusement déjà très effacées. Le tout forme une harmonie délicieuse, et nous ne saurions trop remercier M. François Carnot, qui s’est dévoué avec le zèle que l’on sait á l’organisation des Expositions centennales, de nous avoir indique ce bel objet, et MM. Hamburger frères d’avoir bien voulu nous le confier. Mais nous ne pouvons affirmer si ce travail est français ou étranger, et l'Exposition ayant été universelle, les membres du Comité ont jugé à propos d’être aussi très éclectiques. Les peintures sont italiennes, mais les bronzes ont du sûrement être ciselés en France. On croit que cette voiture a servi á Bonaparte, lors de son entrée à Bologne en 1796.

Ce carrosse marque le trait d'union entre les voitures anciennes et celles de ce siècle. Nous allons à présent pouvoir nous mettre tout à fait en règle avec les exigences de M. le Commissaire général.

Planche 7 - N° 756. Berline de gala (Epoque Empire. XIXe siècle)
Planche 7 - N° 756. Berline de gala (Epoque Empire. XIXe siècle)

Comme spécimen des grandes voitures du premier Empire, nous rencontrons tout de suite une vieille berline de gala, du commencement du XIXe siècle, ayant servi à un cardinal pour le sacre de Napoléon Ier. Cette voiture appartient à M. M. Dupont, de Vincennes. Elle est montée sur double flèche, ressorts en C, et est très élevés de terre. Son aspect est lourd et le travail laisse un peu à désirer. Une frise peinte en or court tout autour du bateau de la caisse. Celle-ci est de couleur foncée. Un chapeau de cardinal est peint dans le centre des panneaux de porte.

Nous arrivons à plus de simplicité avec le coupé de poste ou chaise de poste appartenant à Lady Foster. C'est un coupé de forme ronde semblable à celui du marquis de Thomassin dont nous avons parlé plus haut, mais avec des panneaux á gondolage et renflement très accentués. Ce coupé rappelle les voitures boules qu’on faisait sous l’Empire et dont le pavillon était très bombé. Son montage est à double flèche et à ressorts en C. Le tambour faisant saillie derrière, dans le panneau de lunette, s’ouvrant de l'intérieur et destine à recevoir les armes ou... à faire de la contrebande, les hautes frises des portes, les petites glaces, les jalousies en forme de persiennes, aux lamelles mobiles, font un ensemble qui lui donne un cachet tout à fait original. La peinture de la caisse et du train est jaune, la garniture est en velours vert.

Planche 8 - N° 729. Chaise ou coupé de poste. Genre des voitures boules (Empire. XIXe siècle)
Planche 8 - N° 729. Chaise ou coupé de poste. Genre des voitures boules (Empire. XIXe siècle)

A côté de cette voiture figure un genre de petit vis-à-vis léger, appelé « sociable • et datant de l'empire. Le montage à flèche avec un ressort en travers devant et deux simples demi-pincettes derrière devait être une nouveauté pour l'époque. Cette voiture, qui est munie d'un dais et de rideaux, appartient à M. le comte Pierre de Kergorlay.

M le comte d’Espeuilles nous a envoyé une curieuse relique que la nomenclature qualifie : berline de poste, dite «dormeuse ». Est-ce bien une dormeuse? En effet, la disposition des sièges fait plutôt songer á un vieux mail-coach anglais. Comme dans ces derniers, il y a un siège devant monté sur une présidence, il y en a deux autres sur le dessus de la berline et un troisième derrière pour le domestique ou le « guard ». La caisse, au gondolage exagéré, est perchée très haut et montée sur une flèche droite en bois avec quatre ressorts en châssis devant et trois ressorts derrière. Les ressorts droits de cette voiture et ceux du petit sociable indiquent que les moyens de suspension devenaient de plus en plus simples et moins encombrants. Les ressorts à pincettes datent de 1804 et ont été inventés par Obadiale Elliot, carrossier à Lambeth (Angleterre). Ce véhicule a des essieux à graisse du genre mail, c’est-á-dire que la roue y est fixée par trois boulons traversant le moyeu de bout en bout. L'essieu à patent à huile, dont nous nous servons encore, était cependant connu, puisqu’il avait été imaginé par Collinge, en 1792, mais il n’entra en réalité dans la pratique que vers 1818. L'automobile nous a depuis vengés de toutes ces inventions anglaises.

Tout comme dans les vieux coaches, une boite qui contenait sans doute la poudrière, le moule à balles et les pistolets. est fixée à la partie supérieure du panneau de derrière, en face et á la portée de la personne assise sur le dernier siège.

Planche 9 - N° 732. Berline de poste dite  &quot;Dormeuse&quot; (Epoque 1er Empire. XIXe siècle)
Planche 9 - N° 732. Berline de poste dite "Dormeuse" (Epoque 1er Empire. XIXe siècle)

Cette voiture aurait appartenu au général de Caulaincourt, duc de Vicence, grand écuyer de l'empereur et ambassadeur de France en Russie. Le général s’en servit en 1807 pour faire le voyage de Saint-Pétersbourg, aller et retour, et l’employa encore en 1814, pour se rendre aux négociations du congrès de Chàtillon.

Ces deux vieilles voitures, par leur état de délabrement, leur aspect poudreux et rustique, semblaient comme dépaysées au milieu des ors et des richesses de nos chaises à porteurs et de nos carrosses de gala.


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Mais voici une voiture de voyage qui porte encore sur elle la trace de la poussière des routes. C’est la voiture de campagne du maréchal Mortier, duc de Trévise. Ce coupé de voyage appartenait en premier lieu à S. A. R. le duc d'Angoulême, qui en fit usage en 1823, pendant la campagne d’Espagne. Quand le duc de Trévise fut nommé ambassadeur de Louis-Philippe en Russie (1830-1831), il fit le voyage de Paris à Saint-Pétersbourg dans cette voiture. Mme la duchesse de Trévise, á qui elle appartient, nous a fait connaître qu'après ce long trajet de 2700 kilomètres il n’y eut pas la moindre réparation à faire. Cette voiture a peut-être été faite par Duchesne, qui était le plus grand carrossier de l'époque et que Désaugiers chanta même dans son l'histoire d'un fiacre.

Planche 10 - N°731. Voiture de campagne 1er Empire (1804-1815) ayant servi au Maréchal duc de Trévise en 1830 pour aller en Russie (XIXe siècle)
Planche 10 - N°731. Voiture de campagne 1er Empire (1804-1815) ayant servi au Maréchal duc de Trévise en 1830 pour aller en Russie (XIXe siècle)

Elle mérite donc que nous nous y arrêtions un peu. Ce coupé est monte sur une flèche qui se termine à l'avant par deux cols de cygne pour que l'avant-train puisse braquer davantage. Il y a quatre ressorts en C, avec une deuxième soupente sous les mains, de manière à soulager les premières. Les essieux sont à graisse et le timon est disposé pour qu’on puisse atteler avec une prolonge d’artillerie. La robustesse de l’ensemble, les deux sabots d’enrayage, avec leurs grosses chaines, indiquent assez que cette voiture était construite pour de longs voyages. Du reste, les aménagements intérieurs et extérieurs prouvent qu’on avait cherché à donner à cette voiture tout le confort et toutes les commodités possibles. Une grande malle surmonte le train de devant, deux vaches en cuir, l'une marquée DV (devant) l’autre DR (derrière), occupent le dessus du pavillon, et, sous la caisse, de chaque côté de la flèche, sont ménagées deux caves qui s’ouvrent sous les pieds et servent encore de coffres. De nombreuses poches sont disposées sur les portes et dans la garniture. Cette dernière est en drap rouge qu’on recouvrait de housses pour la route. Il y a dans le panneau de derrière un tambour et deux lunettes, l’une à droite, l’autre à gauche. Une lanterne y est également fixée pour l'éclairage intérieur de la voiture, mais cette lanterne offre cette particularité d’être citérieure, ce qui permet de l’allumer du dehors et d'éviter ainsi la fumée et la mauvaise odeur. Les portières et les deux glaces de devant sont garnies de jalousies semblables à celles du coupé de Lady Foster, mais munies, en outre, d’un verrou intérieur pour ne pouvoir être descendues, une fois les portes fermées. Le train d’arrière supporte un siège à une place dont la double galerie en fer est garnie en plein, c'est-à-dire de panneaux en cuir doublé de drap. Des sacs également en cuir y sont attachés à droite, à gauche et derrière. Les fontes à pistolets occupent les deux angles. Il y a aussi un tablier, pour protéger les jambes contre la pluie. La couleur de l’ensemble est foncée, noire, croyons-nous.

Planche 11 - N°755. Voiture dite « coupé de voyage » (Epoque 1er Empire. XIXe siècle)
Planche 11 - N°755. Voiture dite « coupé de voyage » (Epoque 1er Empire. XIXe siècle)

Comme on le voit, ce coupé de voyage est bien équipé, tout est parfaitement compris, complet, et ce devait être un beau spectacle que de le voir passer sur la grand’route avec ses postillons et au galop de ses quatre chevaux.

M. Vagner, de Metz, nous a prêté une voiture du même genre, mais plus simple, qu'il avait déjà exposée à l’Exposition industrielle de Metz, en 1892. Elle appartint après la révolution à Mmc la comtesse Tyskiewicz, qui s'en servit pour venir de Russie en France. Elle devint plus lard la propriété de Mme la comtesse de Vauban, puis passa dans la famille d'Hunolstein, qui la conserva jusqu'en 1892, au château de Hombourg (Alsace). L’écusson de cette famille est du reste peint dans les deux frises de porte. L'homme de confiance de M. le comte d’Hunolstein a raconté à M. Vagner que cette voiture aurait servi à Napoléon Ier pour se rendre de Paris à Moscou en 1812.

Planche 12 - N°753 Berline 1830 (XIXe siècle)
Planche 12 - N°753 Berline 1830 (XIXe siècle)

La voiture du général comte Lamarque, qui remonte à 1830, est encore un coupé de même forme, mais plus correct de ligues. Les chapeaux portent le nom de Bergeon, carrossier à Bordeaux. Elle est garnie en drap gris, peinte en noir, porte les armoiries du comte Lamarque et appartient à M. Bonnet. La caisse a beaucoup de galbe, les ferrures sont très belles et très bien forgées. Cette voiture présente une nouveauté qui fait date dans la carrosserie. Nous voulons parler du montage qui est à huit ressorts ou à double suspension. Jusqu'ici les ressorts en C étaient fixés sur le train, qui reposait directement sur l’essieu et qui, par suite des chocs et des cahots de la route, se disloquait très rapidement. Un carrossier de Londres, Windus, eut l’idée, en 1818, d'intercaler entre l'essieu et les bois du train des ressorts à pincettes, disposition qui rendit ainsi la voiture plus souple, plus douce, plus élastique, et, par suite, plus durable. Ces ressorts à pincettes constituent encore une innovation, en ce sens que la pincette supérieure est formée d’une simple barre de fer qu’on appelle « jambe de force », tandis que l'inférieure l'est de plusieurs feuilles d’acier, comme dans les ressorts ordinaires: une double pincette véritable serait trop élastique et donnerait trop de balancement transversal. Cette voiture a l'apparence d’un coupé de voyage, grâce á la présence du siège arrière et d’un siège à l'avant monté sur un coffre carré. Mais certains tasseaux de bois disposés sur le rond de l'avant-train nous font croire que ce siège d'avant était démontable et devait remplacer un « tonneau » destine à supporter une housse. Ce tonneau est une sorte de coffre de forme bizarre, presque ronde, évasé du bas, aminci dans le haut et mi-partie bois, mi-partie cuir. Son exécution est très difficile et prouve une grande habileté chez l'ouvrier qui le réussit bien. Quand le tonneau n’existe pas et que la housse est seulement fixée sur de simples supports en fer et en bois sculpté, le siège est dit alors « siège à la française ». Le siège arrière devait être également mobile et pouvait être remplacé par entretoise où les laquais se tenaient debout. La voiture constituait dans ces conditions un coupé de ville, voiture de demi-gala usitée de nos jours encore dans de grandes cérémonies. On en vit plusieurs, il y a quelques années, au mariage du duc de Luynes, et actuellement, au premier de Fan, l'Ambassadeur d’Angleterre et le Nonce apostolique du Pape s’en vont toujours rendre visite au Président de la République en pareil équipage. Le cocher et les laquais en perruques blanches ne manquent jamais d’attirer l'attention du bon peuple parisien, qui, malgré ses idées démocratiques, aime le luxe et tout ce qui a de l’allure.

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Le briska qui faisait le Service de la maison de Rothschild, entre Paris et Francfort-sur-le-Main, nous améne en 1843. Cette voiture, dont l'invention est d’origine autrichienne, fut construite par Rose et est la propriété actuelle de M. le baron Alphonse de Rothschild, qui la conserve au château de Ferrières. La caisse a de belles lignes et ne manque pas de caractère. Elle est montée sur ressorts en C; seulement. le montage à huit ressorts dont nous venons de parler coûtait trop cher et était inutile dans la circonstance, la voiture étant lourde, rustique et construite pour le voyage. La capote à 5 cerceaux est munie d'un vasistas, à petits carreaux, qui, avec la tabatière et le tablier, offrait une protection complète contre toutes les intempéries. Le siège du cocher n’a qu’une place et est fixé sur un grand coffre qui fait corps avec la caisse et s’ouvre de l’intérieur de la voiture. Un coffre semblable, mais en tôle, cette fois, et s’ouvrant aussi du dedans, lui fait pendant à l'arrière; c'est sans doute dans ces deux coffres que MM. de Rothschild renfermaient les valeurs qu’ils emmenaient d’une ville à l'autre, à l'abri de toutes surprises. Bien plus, lc tambour dans le dossier de la caisse, également en tôle, est arme d’une rangée de pointes qui ôtent toute envie de s'y frotter.

Planche 13 - N°758. Briska année 1842 ayant fait le service régulier de la maison de Rothschild entre Paris et Francfort (XIXe siècle)
Planche 13 - N°758. Briska année 1842 ayant fait le service régulier de la maison de Rothschild entre Paris et Francfort (XIXe siècle)

Nous avons décrit plus haut le carrosse de MM. Hamburger frères, qui est le type de la voiture de grand gala. La belle berline de Son Altesse le prince J. Murat est, avec son grand train à huit ressorts et son siège à la française, un spécimen de voiture d’apparat aussi, mais de demi-gala seulement. Elle provient de la maison de Sa Majesté l'Empereur Napoléon III et a été offerte au prince, avec le harnachement complet, par l'impératrice Eugénie. Il y avait dans le train impérial un certain nombre de voitures semblables qui servaient dans la plupart des cérémonies officielles. Celle-ci fut commandée pour les fêtes de l’Exposition universelle de 1867. Ainsi que pour le grand carrosse, le Comité avait décidé de présenter cette voiture tout attelée, et, comme elle faisait face au premier, il était loisible au publie de faire la comparaison. Si celui-là frappe par le somptueux de ses ornements, celle-ci n'attire pas moins l'attention par ses belles et harmonieuses proportions. Les deux superbes anglo-normands, dus à M. Walle, comme nous l'avons dit, sont fort bien campés, et le cocher, les deux laquais, aux couleurs impériales, occupent correctement leurs places. Son Altesse le prince J. Murat et M. le général Faverot de Kerbrech ont bien voulu nous aider de leurs conseils pour nous permettre de présenter l'ensemble avec le plus d'exactitude possible. Les livrées sont une fidèle reproduction, attendu qu'elles ont été exécutées par la maison Bonnardot, qui eut l'honneur de compter parmi les fournisseurs de Sa Majesté Napoléon III. La caisse, décorée des armes impériales, est vert foncé, vert impérial, et est entourée de baguettes dorées. Le train est rouge, réchampi de larges bandes d’or. L'intérieur est en satin vert, agrémenté de galons verts et rouges, et la housse en drap de même teinte avec des passementeries rouges et or. Quatre couronnes aux coins du pavillon et quatre lanternes aux angles de la berline concourent à donner une certaine richesse à cette voiture, qui, comme presque toutes celles de la Cour, fut construite par Ehrler.

Depuis la clôture de l'Exposition, Son Altesse le prince Murat qui est, comme on le sait, grand amateur de sport et de beaux attelages, s’cst rendu acquéreur des chevaux, des laquais, et le tout figure à présent élégamment expose, au centre du grand hall qui constitue les superbes remises du château de Chambly. Son Altesse conserve ainsi un précieux souvenir d’une brillante époque en même temps qu’un document complet dont la valeur deviendra de plus en plus grande.

Planche 14 - N°759. Berline de demi-gala année 1867, avec ses harnais (Epoque 2e Empire. XIX siècle)
Planche 14 - N°759. Berline de demi-gala année 1867, avec ses harnais (Epoque 2e Empire. XIX siècle)

Une deuxième voiture de même genre rappelle également une autre fête du second Empire. C'est la berline à housse et à sept glaces, exécutée par la maison Binder frères, en 1856, pour l’ambassade ottomane à Paris, à l'occasion du baptêmes du petit prince impérial. Cette voiture, qui appartient maintenant à M. Bail ainé, manque toutefois d’originalité et de recherche. Elle est garnie en reps gris perle, surchargée de dorures, de plaque, et surmontée d’une galerie en bronze. La caisse est verte et le train rouge et or.

C'est un type de voiture qui était très commun à cette époque et dont on a revu un spécimen tout récemment, à l’occasion du voyage du Tsar à Paris.

Nous n’avons jusqu'ici rencontré que des voitures montées sur flèches, mais pas une seule sur simples ressorts à pincettes, comme ceux de nos voitures actuelles. Cette absence est d’autant plus regrettable qu'elle n‘a pu nous permettre de vérifier la date de l’apparition de ce nouveau montage. Nous croyons qu’il remonte à 1825 environ. Un article du journal la Mode de décembre 1830 tendrait en effet à prouver que la suppression de la flèche était chose récente. Voici sa teneur : « Une nouvelle voiture dont la Mode donne aujourd’hui le dessin vient d’être composée par Thomas Baptiste, le premier des carrossiers de Paris. On l’a appelée « landau-calèche ». L'avant-train de cette voiture n'a ni flèche ni col de cygne, ce qui permet aux roues de devant de pivoter librement dessous la caisse. La caisse est montée sur six ressorts horizontaux, trois devant, trois derrière, » etc. La chose devait être au moins nouvelle pour être ainsi signalée; mais, comme nous le disons plus haut, nous croyons cc montage un peu plus ancien, car nous en avons trouvé quelques exemples dans les derniers numéros du Journal des meubles et objets de goût publié par la Mesangère de 1802 à 1825.

Combien y a-t-il de points semblables qu’une exposition rétrospective permet quelquefois de fixer tout à fait! En voici un autre non moins intéressant, et dans lequel notre amour-propre national est en jeu. Les Anglais ne revendiquent-ils pas l'honneur d’avoir inventé le coupé, le « brougham », comme ils disent, du nom de lord Brougham, qui aurait été le premier à en faire usage en 1807? Son carrossier, Robinson, l’aurait construit sur ses données. La caisse en était encore visible, en 1895, dans le jardin d’un M. Jackson, à Penrith (Cumberland) où elle tombait en ruines. Eh bien, de l’avis d’un autre Anglais, lord Brougham n’a rien invente du tout, il n’aurait fait qu’adapter. Voici, en effet, ce qu'on lit dans le « Driving » du duc de Beaufort, page 47, sous la signature de M. Alfred E. T. Watson : « Lord Brougham n’a pas inventé la voiture (le coupé), qui longtemps avant 1807 était un véhicule commun dans les rues de Paris, et qu’on pouvait louer comme une voiture de place.... Lord Brougham eut le bon sens d'en importer une de Paris et de la faire copier par un carrossier anglais, qui, tout en se rapprochant le plus possible des lignes de Poriginal, le fit plus élégant, plus léger et plus solide. » Voilà donc un point imporlant établi et dont ’exactitude eut été tout à fait péremptoire, si nous avions eu la bonne fortune d’avoir parmi nos voitures un coupé de Duchesne, de Thomas Baptiste, de Getting, de Clochez ou de Daldringer, qui étaient les grands carrossiers du temps.

Mais cette digression nous a écartés de notre sujet qui touche cependant à sa fin, quant à la description des grandes voitures. Nous n‘avons plus qu’à signaler deux très jolies pièces envoyées par M. Faurax, de Lyon. L’une, un chariot de paysan hollandais, aux roues légères et de couleur rouge, à la caisse vert d’eau et divisée en caissons où sont peintes des scènes de la vie des champs; l'autre, une fliguette hollandaise, datant du XVIIIe siècle et connue en France, à cette époque, sous le nom de Whiskey ou Wiski. C’est une sorte de tilbury, à une place, en forme de fauteuil étroit dans le bas, évasé dans le haut, aux ligues de style Louis XV, très tourmentées, et monte sur deux roues très hautes. Celles-ci sont rouges et les fines peintures des panneaux et le ton vert mousse très tendre de la garniture donnent à l'ensemble un cachet de joliesse et d'élégance tout à fait Pompadour. Du reste, il parait que c’est dans une semblable voiture que Louis XV aperçut pour la première fois la future marquise!

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LES TRAÎNEAUX
LES PETITES VOITURES

N°721 - Traineau
N°721 - Traineau

La France étant un pays où la neige et le froid ne font que de courtes apparitions, la collection des traineaux ne pouvait être que four restreinte. Les grandes dames et les seigneurs du siècle passé en firent usage cependant, Mme de Maintenon en avait un qui est conservé à Versailles. Mais celle qui s’adonna avec le plus de plaisir aux promenades en traîneau fut la reine Marie-Antoinette. Un hiver rigoureux comme celui de 1784, et la pièce d’eau des Suisses et le parc de Versailles devaient être propices à ce charmant passe-temps. « L.'hiver, après des déjeuners intimes où elle rassemble à sa table les jeunes femmes de la cour, la reine entraîne la jeunesse derrière son traîneau et prend plaisir à voir voler sur la glace mille traîneaux qui la suivent. »

Planche 15. — N” 742. — Traîneau en bois doré ayant appartenu à la reine Marie-Antoinette (Époque Louis XV. XVIIIe siècle).
Planche 15. — N” 742. — Traîneau en bois doré ayant appartenu à la reine Marie-Antoinette (Époque Louis XV. XVIIIe siècle).

Parmi ce genre de véhicules, nous avons à citer : celui de M. le vicomte des Courtils, de style Louis XV. tout à fait gracieux et dont les accoudoirs de caisse se terminent par deux tètes de bélier; celui de M. Sardou, qui représente un lion et qui date de la fin du XVIIIe siècle.

N°745 - Traineau
N°745 - Traineau

Celui de Marie-Antoinette, dont M. le comte Potocki est propriétaire. Il est en forme de coquille, tout en or avec des cannelures argent et se termine à l’avant par un triton. La garniture est en velours rouge. C’est un objet charmant et délicieux comme tous ceux du reste qui appartinrent à cette aimable et malheureuse reine. Enfin celui de l’impératrice Joséphine, qui est plus sobre, et qu’un aigle aux ailes déployées semble entraîner dans sa course. Il est actuellement la propriété de M. Mühlbacher.

Dans le nombre des petites voitures, joujoux destinés à l'amusement des jeunes princes, nous remarquons le petit carrosse d’enfant datant de l’époque Louis XVI, exposé par M. le comte de La Vernette-Saint-Maurice. Il est monté sur une double flèche à col de cygne comme les grands carrosses de l’époque et peut contenir deux enfants assis l’un en face de l’autre. La petite calèche, pour chèvres, venant de Son Altesse Royale Mgr le comte de Chambord, et appartenant à M. Mühlbacher, est assez amusante avec ses panneaux fortement gondolés et son allure de petite vieille.


N°725 - Petite calèche pour chèvres
N°725 - Petite calèche pour chèvres

Enfin le petit carrosse rouge de M. le comte Théodule de Laubes-pin qui fut fabriqué, vers 1790, pour les enfants du duc et de la duchesse de Beaufort (née de l’Infantado) et dont les panneaux de custode sont percés de petites lunettes ovales. Citerons-nous encore le pastiche de M. Jansen, qui avait reproduit un petit carrosse de style Louis XV?

Mais nous tenons à signaler tout particulièrement la séduisante caisse de petit carrosse prêtée par M. Gatti. Elle appartint à l’évêque de Mende dont les initiales L. M. figurent dans un médaillon peint sur les portes. On ne peut imaginer lignes plus pures et ornementations plus discrètes. Ces baguettes à ruban Louis XVI, courant autour de la caisse et autour des glaces, cette peinture vieil or, en damier ton sut ton, ces légères guirlandes de fleurs peintes le long de la ceinture dans leurs teintes naturelles, cette garniture en tissu Pompadour à rayures jaunes cl blanches, tout cela constitue un ensemble du plus harmonieux effet. Nous l'avions prise d'abord pour une caisse de litière, mais la présence de mains dans le bas, à chaque extrémité du brancard, prouve qu’elle devait être plutôt montée sur des soupentes et par conséquent sur roues.

Planche 16. — N’ 686. Petit modèle d’une litière ancienne.; N*;687. Petit modèle de voiture (Époque Empire). — N” 693. Fouet en ivoire ayant appartenu à S. A. le Prince Impérial. — N“ 698-699-700. Petits modèles de camion, de berline et de carrosse. — N’ 701. Petit modèle de coupé (Epoque 1850 à I860). — N’ 702. Petit modèle de berline (Époque XVIII* siècle). — N° 703. Modèle de voiture. — N&quot; 779. Petit modèle de voiture ancienne en vernis Martin. — N” 780. Petit modèle de voiture ancienne à 3 chevaux. — N°782. Modèle d’une petite voiture montée sur corde à boyau.
Planche 16. — N’ 686. Petit modèle d’une litière ancienne.; N*;687. Petit modèle de voiture (Époque Empire). — N” 693. Fouet en ivoire ayant appartenu à S. A. le Prince Impérial. — N“ 698-699-700. Petits modèles de camion, de berline et de carrosse. — N’ 701. Petit modèle de coupé (Epoque 1850 à I860). — N’ 702. Petit modèle de berline (Époque XVIII* siècle). — N° 703. Modèle de voiture. — N" 779. Petit modèle de voiture ancienne en vernis Martin. — N” 780. Petit modèle de voiture ancienne à 3 chevaux. — N°782. Modèle d’une petite voiture montée sur corde à boyau.

Une vitrine spéciale renfermait encore toute une collection de petits modèles de chariots et de voitures qui étaient très amusants à regarder, mais de mince importance au point de vue construction.

Il n’en sera pas de même plus tard pour nos arrière-petits-fils, s’ils peuvent retrouver les superbes et consciencieuses réductions de M. Philippe Deviliard. Ce sont de véritables pièces d’arts et métiers, réduites au quart de grandeur nature et exécutées en blanc, comme on dit en carrosserie, c'est-à-dire ni peintes-, ni garnies, de manière à bien distinguer toutes les parties en bois et toutes les parties en fer.

Les bâtis, les panneaux de caisse, sont faits des différentes essences de bois employés dans la pratique. Les assemblages y sont montés et les taquets y sont posés comme dans la vraie voiture. Les roues sont embattues, comme les grandes roues, les ressorts ont le nombre de feuilles voulues et l’élasticité correspondante à celle qu’ils ont sous la charge véritable. En un mot, tout est en rigoureuse proportion, la force des ferrures, la grosseur des boulons, l’épaisseur des bois, les lanternes, etc., et exécute avec un soin méticuleux, une habileté extraordinaire, et une patience digne d'un bénédictin.

M. Deviliard a déjà exécuté les voitures suivantes : un dorsay, un cabriolet, un carrick, un briska, un coupé de ville, une chaise de poste et a eu comme collaborateurs M. Petit-Jean, pour la menuiserie, M. Delacourtie pour les sculptures et M. Billy pour les lanternes. La première était exposée par M. Mühlbacher et les trois dernières par M. Grümmer, auxquels elles appartiennent respectivement.

Ces petits modèles donnent bien une idée parfaite de la silhouette, de l’ensemble, des accessoires d’une voilure et à ce point de vue sont excessivement intéressants, mais valent-ils, pour une exécution future, un dessin exact, complet, fait à la même échelle et donnant devers, renflements, coupes, assemblages, enfin les détails et les cotes de toutes les pièces? Nous en doutons fort, car il est difficile d’obtenir les mesures rigoureuses d'un objet, en les prenant sur sa réduction en nature.

N’importe, ces travaux sont très précieux. Il serait a souhaiter qu'on pût les retrouver plus tard dans des musées, soit aux « Arts et Métiers », soit à « Carnavalet », soit au .Musée des moyens de transport, s'il réussit jamais avoir le jour! Les pages précédentes et celles qui vont suivre, au sujet des gravures, prouvent pourtant que les salles et les murs ne tarderaient pas à en être occupés!

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III. LES GRAVURES

Ces gravures n'ont pas pour la plupart de valeur artistique, mais sont cependant l'art interessantes pour l’histoire de la carrosserie et des moyens de locomotion. En détail trouvé dans l’une d’elles permet quelquefois de fixer la date de tel perfectionnement, de telle innovation. Elles étaient disposées dans douze petits salons contigus, qui, par six de chaque côté, encadraient sur les faces longitudinales les voitures et les traîneaux dont nous venons de parler. Chacun de ces salons renferme les dessins des voitures d'une même époque, et c'cst en suivant cette chronologie, que nous avions essayé d’établir dans les collections qui nous ont été confiées, que nous allons en faire la nomenclature. Ces gravures représentent environ 500 numéros dont la liste se trouve à la fin de cette notice. Nous nous bornerons à signaler les plus importantes, en même temps que les noms des principaux exposants : MM. Bernard, Kinder, Bixio, le comte de Cossé-Brissac, Faurax, Gatti, Guiet, Hartmann, Jeantaud, Kellner Georges, Lemonnier, Lespagnol, Manceaux, Duchemin, Múhlbacher, Poincelet, Quentin-Bauchard, Roduwart, Vaïsse, Veragen, etc.

Les deux premiers petits salons étaient occupés par de très beaux harnais dont MM. Roduwart et Bernard nous signalent, dans leur notice, la valeur et l‘origine.

Le troisième comprenait des reproductions de voitures anciennes, des photographies ou dessins des vieux carrosses exposes dans les principaux musées d’Europe, Cluny, Trianon, Madrid et autres, carrosses dont la beauté et la valeur sont universellement connues. On y voyait aussi quelques belles planches prises dans la collection d'estampes de M. Guiet et exécutées par M. L. Vallet, l’artiste si apprécié pour ses tableaux de sport. A signaler encore une petite gravure appartenant á M. Bixio, et représentant la voiture dans laquelle Louis XVI et sa famille se sont enfuis à Varennes. » Cette berline de voyage avait été commandée au carrossier Jean Louis et avait coûté la somme énorme de 5944 livres. Rien n'y manquait de ce qui pouvait être réclamé par l'élégance et le confortable. Le carrossier avait employé une caisse de berline montée sur un train à ressorts qui lui avait été commandée en 1789 par Aline de Polastron. Jean Louis décrit avec complaisance dans sa déposition (au procès) le filet à tresses de soie destiné à contenir les paquets, les poches portatives à chaque portière, les quatre matelas ou coussins couverts en taffetas d’un côté et en maroquin vert de l’autre, les coffres en bois de noyer garnis de verrous et de deux tuyaux d'aisance à chacun, le rideau du dossier en taffetas avec un autre rideau de maroquin vert par-dessus, les pots de chambre en cuir verni, les cuisinières en tôle de fer, la cantine en cuir pour huit bouteilles, la ferrière sons le siège du cocher, contenant tous les ustensiles pour le voyage, les deux grandes vaches sur l’impériale, les deux lanternes à réverbères, etc. »

N°146 - Hich Perch Phaeton
N°146 - Hich Perch Phaeton

Dans le quatrième salon, à noter :
Un dessin de coupé en couleurs, avec des personnages peints dans les panneaux (collection Binder); des dessins coloriés de voitures de gala ;
Un dessin d’un nommé Antoine Carassi, exécuté en 1822 et représentant un phaéton très haut perché, appelé « high perch phaeton » en Angleterre
et carrick en France. La caisse est couverte d'arabesques et les ressorts y sont en quantité incroyable. Il y en a jusque dans les soupentes en cuir.

Là se trouvaient aussi la curieuse litière de M. Gatti et un dessin de grand carrosse, signé Roubo, appartenant à M.G.Kellner. Il est intéressant en ce sens qu’il montre tous les points de centre desquels ont été décrits les arcs de cercle qui forment le contour de la caisse. Ce dessin est peut-être l’original de la planche 208 de l’art du menuisier-carrossier de Roubo (1771).

Le salon suivant contenait : une curieuse gravure exposée par M. Quentin-Bauchart intitulée « Une réunion de plusieurs chevaux de race, place de la Révolution, avenue de Neuilly », et prêtée par M. le comte de Cossé-Brissac; une peinture à l'huile représentant un coupé à housse et deux gravures des » fêtes roulantes ° données à l’occasion du second mariage du Dauphin (1747). Il y avait encore là un étrange tableau confie par M. le duc d’Alençon. C'est une sorte de vis-à-vis surmonté d’un dais en forme de parasol chinois, et á trois banquettes intérieures, deux face à la route et la troisième lui tournant le dos. Six personnes y sont assises; l'attelage n’est pas moins bizarre. Il se com-pose de six chevaux dont les deux premiers sont conduits par un piqueur, et les quatre derniers en grandes guides. La voiture est précédée et suivie d’un piqueur à cheval. Trois laquais, en outre, se tiennent debout, derrière, sur 1'entretoise.

Enfin le dernier salon de cette première rangée renfermait la plupart des gravures coloriées de voitures Louis XVI qui ont paru en 1786 et 1787 dans le Cabinet des modes et une grande partie de celles publiées par la Mésangére dans les Meubles et objets de goût. Cette dernière collection qui se compose d'environ 110 planches fut commencée en 1802 et achevée en 1830. M. Múhlbacher y avait aussi quatre tableaux intéressants : le dessin d'un carrosse, dit carrosse de Oudry, parce que les sujets de chasse peints dans les panneaux ont été exécutés par lui; une calèche de ville et un coupé de ville, tous les deux aux armes de Charles X et peints à 'huile par Schmidt, peintre de vénerie attaché á la cour de ce roi. Enfin une calèche de promenade, à quatre ressorts en C, de l'époque de la Restauration, dessinée par Carle Vernet et gravée par de Bucourt.

Nous arrivons maintenant à la deuxième rangée de nos petits salons, et, dans le septiéme, nous trouvons onze tableaux qui proviennent de la collection de M. Faurax et qui représentent les modèles des voitures les plus usitées sous la Restauration et sous Louis-Philippe. Nous remarquons une peinture à l'huile, envoyée par M. le duc d'Alençon : la calèche du roi Louis XVIII, attelée de huit chevaux et passant devant le bassin des Tuileries. Quelques dessins techniques de M. Griimmer fils, enfin le portrait de Roubo le fils (1739-1791), maitre menuisier, qui, après Garsault (1756), Chopart (1766), publia le premier ouvrage sérieux, et, de nos jours encore, fort instructif, sur l'art du menuisier en voitures (1771). C'est la troisième partie de son traité complet de menuiserie, les deux premières traitant de la menuiserie en bâtiment. Elle renferme quantité de fort belles planches qui, avec celles dessinées par Luçotte, pour l'Encyclopédie (1721-1780) constituent des documents très précieux sur les carrosses et voitures du XVIIIe siècle.

Le huitième salon était consacré à toute une série de gravures très connues dont Eugéne Lamy, Raffet, Victor Adam. de Dreux, etc., sont les principaux auteurs. C’est dire qu’on voyait là les vieilles diligences, les coucous, les fiacres, appelés les - citadines », en 1829, et tous les genres d’omnibus en usage vers la mème époque : les Béarnaises, les Dames blanches, les Ecossaises, les Tricycles (à trois roues seulement, de manière à esquiver l’impôt sur les voitures à quatre roues), les citadines-omnibus, les diligences Laffitte et Caillard, etc., etc.

Dans le suivant, nous rencontrons une belle collection de dessins en couleur, exécutés par un Anglais du nom de Gillfoy, excellent dessinateur en voitures, qui fut le précurseur des Getting, Clochez, Gourdin, Lagard et Dupont. Ces dessins représentent presque tous les types de voiture construits pour la cour de Napoléon III et proviennent de la collection Ehrler. Ils sont à présent la propriété de M. Jeantaud. Nous trouvons tout à côté la photographie du premier cab à quatre roues, ou cab français, construit par M. Kellner père en 1873 et dont la Compagnie Générale des Voitures fit un essai de service public en 1877. Le cab anglais, à deux roues, le hansom, a été invente en 1834 par Joseph Hansom, architecte de Hotel de Ville de Birmingham et n’a fait qu’en 1850 sa première apparition à Paris. Nous citerons encore un projet de carrosse impérial (1867) pour conserver le nom du dessinateur, un certain Guillon, qui s’intitulait architecte en équipages et qui a public deux ouvrages de carrosserie qui ne sont pas sans intérêt : Méthode de l'architecte en voitures (1856) et Traité du tracé complet de tout l'équipage, concernant le charron-carrossier, le serrurier et le sellier (1856).

Nous voici maintenant en présence d'une collection de 44 tableaux représentant 71 aquarelles. Ils occupent tout un panneau de ce dernier salon et le suivant tout en entier. Cette collection, qui avait été mise obligeamment à notre disposition par M. le .Ministre des Travaux publies, figurait sons ce titre général: « Ministère des Travaux publics. Direction des chemins de fer. Les moyens de transport depuis le XVe siècle. - Ce sont des aquarelles qui ont été faites par M. Martin, chef de Service au Ministère, et qui, pour les siècles passes, sont des reproductions très exactes et très consciencieuses de gravures anciennes connues, représentant un type de voiture en faveur ou nouveau à telle époque ; en un mot, un type marquant une date. Pour les moyens de transport modernes, omnibus, tramways, fiacres, automobiles, etc., M. Martin s’est abandonné à son inspiration et nous les a représentés d‘une façon très intéressante. C’est, en somme, une collection fort utile qui indique bien toutes les étapes des progrès accomplis. Un travail analogue a été fait pour les chemins de fer.

N°307 - Diligence
N°307 - Diligence

Enfin nous terminerons en signalant que les deux derniers petits salons contenaient toutes sortes de dessins ou photographies des moyens de transport les plus divers et les plus cosmopolites : coucous, diligences, bicyclettes, automobiles, fiacres électriques, djinrikas, transports à dos d'homme, à cheval, en palanquin, etc. Nous indiquerons, entre autres choses, une grande diligence (collection Kinder 307) composée de deux caisses de coupés superposées et d'une caisse de landau également très élevée de terre. Il fallait être de première force en gymnastique pour arriver à sa place; l'attaque de la diligence (collection Lespagnol (576), et une amusante gravure (479) d'un ancien omnibus à corbeille où les pauvres voyageurs sont entassés à l’intérieur, accrochés à l'extérieur, perchés sur le dessus et jouissent d’un confortable qui ne conviendrait certainement pas à un Parisien de 1900.

Nous voici au bout de cette longue énumération que nous serions heureux d'avoir réussi à rendre agréable. Nous avons vu un certain nombre de types d'anciennes voitures, mais combien en manque-t-il encore? Il eut été interessant de voir, en nature, un de ces fameux cabriolets qui, à l‘origine, firent autant crier que, de nos jours, les automobiles, et qu’on voulait voir, munis de grelots et du nom et de l’adresse du propriétaire, écrits en gros caractères! Il eut été instructif d'avoir un de ces hauts whiskeys, d'importation anglaise, et du haut desquels les petits-maitres de 1788 faisaient leurs embarras; d'avoir un cabriolet de place á deux roues, avec le petit drapeau, sur le dessus, pour indiquer qu'il était libre; d'avoir un des premiers coupés, une vieille calèche, un wourch, un clarence, tous les différents modèles de voitures publiques, etc., etc.

N°479 - Omnibus à Corbeille
N°479 - Omnibus à Corbeille

Et combien y en a-t-il de ces vieilles reliques cachées dans le fin fond de nos provinces et que l'on nous enverrait sûrement, s‘il y avait un musée pour les conserver.

Et voilà pourquoi, au moment où nous voyons se disperser les jolies choses qu'on nous a confiées, nous regrettons vivement que ce musée des moyens de transport n'existe pas. Il y a quelques années, en 1896, la Chambre syndicale des carrossiers, sur l'initiative de M. Bail ainé, s'était occupée de la question. Une commission, composée de MM. Bail ainé, G. Kellner, Labourdette, avait même été nommée pour étudier la création de ce musée : malheureusement, l'absence de local et les grosses dépenses à faire obligèrent dès le début á ajourner la combinaison. Or, grâce au succés que vient d’obtenir notre Exposition centennale, grâce aux concours dévoués de tous les membres du Comité, nous espérons être plus heureux et réussir à attirer l'attention et la bienveillance des pouvoirs publics. M. François Carnot, qui s'est consacré avec tant de zèle à l’organisation des Expositions rétrospectives, nous a laissé entrevoir que les écuries du château de Chantilly, qui sont absolument vides, pourraient peut-être être mises à notre disposition et se prêter à l'organisation de ce musée. Or, Chantilly conviendrait à merveille. Chantilly est à la porte de Paris et est aussi accessible que Versailles. Chantilly possède un château et un musée qui excitent déjà la curiosité des Parisiens et des étrangers : Chantilly est un centre sportif par excellence; enfin Chantilly attire, plusieurs fois par an, une grande affluence de sportsmen qui seraient des visiteurs certainement très nombreux de ce musée.

Les donateurs ne manqueront pas et seront souvent heureux de céder des objets qui les embarrassent dans leur remise et dont la conservation peut cependant être intéressante pour l’histoire des moyens de transport. Les organisateurs et conservateurs se trouveront aisément et à bon compte. Il ne reste donc — mais c'est un monde! — qu'à obtenir le local et la petite rente nécessaire pour le gardiennage et l'entretien. Nous avons confiance dans l'intérêt de notre cause et dans le bon vouloir des membres de l'institut, qui sont, comme l'on sait, les dispensateurs du château de Chantilly. La bonne volonté des donateurs et des organisateurs est acquise. Hélas ! ce n'est pas le plus difficile qui est fait!

GEORGES KELLNER.

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