Exposition Universelle de Bruxelles 1958 - Synthèse

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Exposition Universelle de Bruxelles 1958 - Synthèse

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Exposition Universelle de Bruxelles 1958 - Synthèse
Exposition Universelle de Bruxelles 1958 - Synthèse

Cet Ouvrage est l'un des huit tomes du Mémorial édité par le Commissaire général du Gouvernement après l'Exposition universelle internationale de Bruxelles 1958
Réalisation technique : Christiane Thys et Jacques Dumont
Brochage : Bromo, à Bruxelles
Impression : Etablissements Généraux d'Imprimerie, à Bruxelles
Année de sortie : 1962
Langue : Français
Pages: 50

Le memorial officiel de l’Exposition universelle et Internationale de Bruxelles 1958 comprend huit tomes intitules respectivement :

L’organisation et le fonctionnement,
Les messages et les congrès,
Les participations étrangères et belges,
L’architecture, les jardins et l'éclairage,
Les arts,
Les Sciences,
Message à la jeunesse,
Synthèse.

Ces volumes ont été publiés en langues française et néerlandaise. “ Message à la Jeunesse „ a fait l’objet, par ailleurs, d’une édition anglaise et d’une édition allemande.

L’ensemble des huit tomes contient dix-sept cent soixante-seize pages.


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Re: Exposition Universelle de Bruxelles 1958 - Synthèse

Message par worldfairs »

Voici le texte du livre.
Texte de Maurice Lambilliotte, rapporteur général.

PENDANT six mois, le plateau du Heysel a abrité une ville artificielle étonnante dont le souvenir vivra longtemps dans la mémoire de ses millions de visiteurs. Spectacle prodigieux, en effet, que ce rassemble-ment sur quelque 200 hectares, du génie architectural, technique, scientifique, folklorique, économique, social et culturel de plus de 100 nations et collectivités nationales et internationales. Spectacle féérique aussi que cette cité hétéroclite, avec la grâce de ses fontaines, la richesse de ses parterres de fleurs, le scintillement de ses lumières, dans une ambiance harmonieuse et élégante qui contribuait à lui donner cet aspect un peu irréel et fantastique de cité éphémère.

Serait-il possible encore, de rappeler tout ce que fut cette Exposition universelle et Internationale de 1958, ce à quoi elle visait, ce qu’elle a atteint ou dépassé de ses objectifs? Pourrait-on en tirer quelque leçon? En dégager une synthèse valable?

Le temps passe si vite! Combien plus vite encore à notre époque d’évolution accélérée où les événements se télescopent Littéralement! Combien de réalisations scientifiques ou techniques, par exemple, qui paraissaient nouvelles à l’ouverture de l’Exposition, se sont trouvées dépassées quelques semaines plus tard?

L’écart n’a cessé de s’élargir.

Serait-on dès lors en droit de désespérer d’un aussi gigantesque effort? Tel qu’il se présente, avec toutes ses lacunes mieux apparentes par le recul du temps, le bilan dans la plupart des domaines est positif.
Comment? Pourquoi?
Nous allons essayer de l’exposer, sans nous interdite pour autant de formuler des critiques, ni de juger de ce qui aurait pu être fait, à la lumière de ce qui l’a été.
Pour situer toute l’importance et la signification de l’Exposition internationale de Bruxelles 1958, il convient de rappeler qu’elle a été la première de cette ampleur qui se soit tenue après la seconde guerre mondiale.
Ce fait a son importance. La deuxième guerre mondiale a en effet ébranlé le monde d’une manière beaucoup plus profonde que ne l’avait fait la première. Elle a, de ce fait, littéralement provoqué une nouvelle étape de l’humanité. Pour s’en convaincre, il suffit de penser à la découverte de l’énergie atomique, au progrès des Sciences physico-chimiques, en particulier à celles qui touchent à l’électronique et à la cybernétique.
Ce n’est certes pas à la guerre que revient le mérite de ces découvertes, aux conséquences encore imprévisibles. Force est bien de constater cependant que c’est la guerre, avec ses besoins, sa frénésie de destruction et de défense conjuguées, qui a accéléré les recherches et les mises au point dans la plupart de ces domaines, par exemple dans celui des anti-biotiques qui allaient révolutionner nos moyens thérapeutiques.
Au seuil d’un monde que de telles découvertes transformaient si profondément, une exposition universelle et Internationale prenait, dès lors, un relief dépassant de loin celui des expositions internationales antérieures.
L’accélération, que les Sciences et les techniques impriment désormais à l’histoire, devait même modifier le sens que les promoteurs de cette manifestation Internationale avaient pu concevoir à l’origine de leurs projets.
Des perspectives mondiales encore confuses de la fin de la dernière guerre, de profondes modifications ce sont en effet dégagées. C’est à partir de 1952 que le sens de la deuxième guerre mondiale s’est vraiment précisé.

On mesure mieux à présent les répercussions et le caractère irréversible des transformations géo-politiques qu’elle a entrainés. Le monde qui s’était plus ou moins remis en place après la première guerre, n’avait que partiellement modifié les grandes lignes des équilibres géo-politiques mondiaux. L’Europe avait même pu croire encore à une victoire, alors que s’était déjà amorcé son déclin. Les Etats-Unis accentuaient leur montée, par rapport au vieux monde, tandis que la Russie, après une révolution sans précédent, attaquait résolument les problèmes de son équipement industriel dans le cadre et dans l’esprit d’un régime fondamentalement différent de celui des démocraties occidentales. Pour le reste du monde, les rapports de force restaient cependant à peu près inchangés. En Asie, en Afrique et même, pour ce qui concerne plus spécialement les Etats-Unis, en Amérique du Sud, le Vieux Monde continuait à exercer sa primauté politique et économique.

Quel changement depuis dans les rapports internes de force et l’orientation des courants politiques et économiques traditionnels! Face au facteur d’évolution que constituent désormais la Science et les tech-niques, un facteur non moins puissant, et qui d’ailleurs en découle pour une large part, s’est fait jour. La poussée démographique mondiale a pris les allures d’une véritable marée. Entre 1930 et la fin du siècle, la population mondiale aura triplé, passant de deux à six milliards peut-être d’habitants. Cette poussée affecte différemment les peuples et les continents. Elle est, pour une large part, à la base des mouvements irrésistibles de libération auxquels nous assistons.

A suivre....
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Re: Exposition Universelle de Bruxelles 1958 - Synthèse

Message par worldfairs »

LA simple évocation de ces quelques facteurs dynamiques d’une époque, qui voit se multiplier ses problèmes et remet tant de choses en question, révèle par ailleurs une puissance naguère encore insoupçonnée de l’homme moderne, véritable démiurge qui hélas fait surgir à l’horizon de nos angoisses des prémonitions d’apocalypse et de terrifiantes menaces.

S’il ne faut se dissimuler aucune des causes d’inquiétude qui pèsent sur notre temps : menaces de destruction atomique, subversion des pays en voie de décolonisation, irruption de la cybernétique, a priori féconde mais qui pose tout de même des problèmes tant sur le plan social que sur celui de la psychologie des individus et des groupes, menace d’une prolifération humaine inquiétante, il serait tout aussi absurde de se refuser à considérer les raisons, non moins nombreuses, d’optimisme qui s’ouvrent à l’humanité.

Les années qui ont précédé l’ouverture de l’Exposition, alors que le príncipe en était déjà décidé, ont souvent été lourdes de menaces et ont fait peser une obscure angoisse. Au cours des dernières années, en dépit de traverses multiples, d’hésitations et d’arrêts, on a vu toutefois se préciser et s’affirmer la nécessité d’une coexistence pacifique et d’une coopération généralisée entre tous les peuples. La proximité du pavillon des Etats-Unis et de celui de l’Union soviétique, l’échange des visiteurs mutuels de ces deux grandes participations n’ont certainement pas été étrangers à l’amorce de contacts plus étroits, qui ont malgré tout favorisé plus de compréhension mutuelle entre les deux camps de l’Est et de l’Ouest. De ce point de vue seul l’Exposition de Bruxelles 1958 pourrait déjà revendiquer d’avoir contribué à la détente. Prélude, il faut l’espérer, à une nouvelle étape, plus pacifique encore, du destin de l’humanité.

II serait certes exagéré de dire que les promoteurs de l’Exposition 1958, décidée en 1948, et même ceux qui eurent la charge de la mener à bien, aient eu pleinement conscience du moment historique assez exceptionnel dont elle allait bénéficier. II serait tout aussi erroné d’affirmer que les uns et les autres aient pu, dès l’origine, supputer et dénombrer tant de facteurs nouveaux qui font de notre époque une des charnières de l’histoire. On peut toutefois trouver une preuve indiscutable de leur largeur de vue dans le Message du Commissaire général qui traduit les intentions fondamentales et l’esprit de cette exposition universelle et Internationale à laquelle ont été conviés tous les pays et organismes internationaux avec lesquels la Belgique entretient des relations officielles.

Nous ne reproduirons pas ici ce message qui accompagna les invitations lancées, au printemps 1954, aux Etats et collectivités diverses dont on souhaitait la présence à Bruxelles. II figure dans le tome I du Mémorial. Nous croyons néanmoins utile d’en rappeler l’essentiel.

Le premier objectif de l’Exposition, écrivait le Commissaire général, comte Moens de Fernig, est de porter témoignage sur notre époque.

Au seuil d’un monde en pleine évolution, l'Exposition universelle et Internationale de 1958 cherchera à mettre en lumière dans les formes les plus concrètes, tout ce qui touche aux multiples activités de notre temps. Elle se préoccupera aussi des grands problèmes culturels et moraux qui sont à la base de toute civilisation et que la poussée mime des progrès scientifiques et techniques pose avec plus d’urgence.

Elle fera appel à tous les pays, sans distinction de religion, de philosophie, ni de race. Tous les peuples ayant apporté leur contribution au patrimoine de l’humanité ont, en effet, un droit égal à se faire mieux connaitre.

Ce message du Commissaire général insiste sur un véritable impératif qui ne cesse de se préciser : à savoir que les individus et les peuples doivent désormais prendre conscience de leur solidarité de destin et que dans cette perspective d’une irrésistible évolution la collaboration à l’échelle mondiale devient une nécessité vitale.

Une grande oeuvre collective, déclare le Commissaire général, reste à entre-prendre : c’est l’équipement meilleur des pays sous-développés. Pour être pleinement valable, cette oeuvre devra toutefois s’accompagner d’une action intellectuelle et morale visant au développement parallèle des facultés humaines, l'épanouissement de la personnalité en mime temps qu’à l’amélioration des conditions générales de vie.

Un des buts de l’Exposition, poursuit le Message, sera de confronter les réalisations des dernières années, les projets les plus caractéristiques de l‘humanité moderne, avec la nécessité d’un retour en profondeur à l’homme par la culture et la promotion des valeurs spécifiquement humaines.

Qu’il s’agisse des grandes participations nationales sollicitées, de celles qui rempliront — avec quel prestige — le Palais de la Science ou celui des Arts plastiques, aussi bien que des grandes manifestations qui témoignent de la richesse du patrimoine humain à travers l’histoire, du génie des différents peuples, de leurs cultures si diverses ou qu’il s’agisse de la participation des organismes internationaux ou de tant de nations et de collectivités, les deux volets du thème s’articulent parfaitement et se complètent : bilan d’un monde, monde plus humain.

On n’a peut-être pas assez mis en lumière ce message initial qui a vraiment été à la base de l’acceptation de tous les participants et a, en fait, déterminé la hiérarchie des objectifs de l’Exposition.

II eut certes été difficile d’imposer aux participants étrangers qui, tous, répondaient à un premier objectif, celui d’apporter leur contribution au bilan des grandes réalisations de l’humanité dans tous les domaines, d’expliciter en outre, autant qu’on l’eut souhaité, le second volet du thème, à savoir tout ce qu’il convenait d’entreprendre dans le but de rendre le monde plus humain. Et pourtant, assez empiriquement peut-être, quelque chose s’est affirmé. L’appel à ce « plus humain » ne se référant a priori à aucune philosophie, religion, métaphysique ou idéologie particulières, s’est peu à peu précisé, comme un véritable dénominateur commun d’intentions. Dénominateur universel dont tous les participants se sont réclamés, quelles que fussent les réponses concrètes que leur pays avait pu apporter jusqu’ici à ce voeu, élémentaire sans doute, mais d’autant plus profond.

Dans les prodigieuses manifestations de l’Exposition de Bruxelles, c’est assurément le côté bilan du monde qui a été le plus éloquemment mis en lumière. Encore que le terme de bilan soit impropre et qu’il eut été plus juste de parler d’inventaire, sinon plus simplement de témoignage.

Qu’est-ce qui a frappé le plus et le plus immédiatement les dizaines de milliers de visiteurs quotidiens? Assurément le cadre de l’Exposition, ce plateau du Heysel où l’on avait eu le souci de conserver au maximum le décor naturel de verdure et la configuration du terrain. De ce cadre on fit un écrin. Sans que l’on eut imposé aucun type architectural particulier, qu’elles fussent étrangères ou belges, les participations ont cherché, avant tout, à s’inscrire aussi harmonieusement que possible dans le décor. Ainsi les architectures les plus modernes, les plus avancées, les matériaux les plus inattendus furent-ils comme humanisés par la grâce des jardins, des parterres de fleurs, des bouquets d’arbres.

Ce respect du site n’a toutefois apporté nulle entrave à l’audace des conceptions architecturales. Une sorte d’unité dans la diversité s’est même dégagée de l’ensemble. Unité qui, pour une large part, tenait à la hardiesse des architectes. Elle apparaissait, dès lors, comme un signe de progrès et la marque du dynamisme d’une époque en pleine expansion où s’affirme de plus en plus la souveraineté des techniques et la constante présence de la Science qui est à sa source.

Le visiteur le moins prévenu a accepté cette hardiesse architecturale naturelle et fonctionnelle, témoignant en cela des facultés d’adaptation de l’homme moderne aux rythmes les plus accélérés de son époque.

En somme, et bien involontairement, une première leçon d’humanisme concret était ainsi donnée par le plateau transfiguré du Heysel. Humanisme, d’où l’on eut pu déduire que le génie humain peut aller très loin dans l’ordre de l’imagination technique et de ses formes sans heurter ce qu’il y a de plus spécifiquement humain en chacun de nous. A la condition expresse toutefois de maintenir vivante l’équation entre ces réalisations et la nature. Le même ensemble de constructions eut peut-être provoqué des réactions différentes, a priori moins sympathiques, s’il cut été édifié dans un décor dont le cadre naturel n’eut à un tel degré humanisé toute l’implantation.

Un tome spécial du Mémorial (tome III) a été consacré aux participations des pays étrangers, des grandes collectivités internationales et nationales. Rappelons cependant ici ce que révéla la proximité des palais des deux plus grandes puissances industrielles du monde moderne : les Etats-Unis et l’Union soviétique. Encore que ce voisinage n’ait résulté que de l’im-portance de chacune de ces participations et des dates des accords donnés par chacun des pays, il n’en a pas moins été symbolique. Elles ont assurément été dignes d'une et l’autre de chacune des grandes nations dont l’équilibre et l’entente dominent le problème de la paix.

Dans un palais dont l’architecture était aussi gracieuse qu’ingénieuse, les Américains ont eu moins pour souci de mettre l’accent sur leur puissance économique, sur le niveau général de leur richesse, sur leur importance dans le monde et sur leurs grands projets, que sur leurs conditions quotidiennes d’existence. D’oú cette impression ressentie par les visiteurs, de quelque chose d’aéré, de sympathique, d’un certain humour aussi qui manque encore à trop de nations. Les Etats-Unis, pays du dollar, n’ont pas cherché à écraser le visiteur par une opulence intimidante, qui eut peut-être été offensante pour certains. Rarement on put évoquer d’une manière aussi sensible le climat familier d’un pays où la liberté individuelle est la règle. Ce but n’excluait nulle-ment par ailleurs la présentation non moins éloquente du niveau industriel et technique des Etats-Unis.

A quelques pas du pavillon américain, le pavillon soviétique surélevé offrait par contre la masse impressionnante de son gigantesque hall à plusieurs étages. A sa manière aussi le pavillon soviétique devait impressionner favorablement les visiteurs. Non seulement par l’accumulation des témoignages de la production économique et industrielle soviétique, non seulement par celui de la Science dont les premiers « spoutniks » offraient une illustration, mais tout autant dans l’ordre de l’enseignement, des oeuvres sociales, du folklore, des arts populaires, etc.

Dans chacun de ces deux grands pavillons apparaissait également ce que l’on pourrait appeler le côté civil de leurs activités de base. Rien ne pouvait dès lors mieux préparer à une revision des préjugés entretenus dans les deux grands camps de l’Est et de l’Ouest. Et cela aussi devait permettre d’ouvrir ce dialogue essentiel où les faits seront toujours plus éloquents que les mots et les déclarations officielles.

De l’une et l’autre de ces deux participations majeures se dégageait avec évidence la lancée de chacune de ces deux puissantes communautés dans la voie de la Science et des techniques, caractère déterminant de notre époque. La convergence de trajectoires qui implique cette évolution nous confirme que bien plus que la culture de leurs antagonismes, c’est la collaboration entre les peuples qui s’impose désormais.

De nombreux témoignages recueillis pendant et après l’Exposition confirment que les Occidentaux, en particulier les nombreux Américains qui ont visité le pavillon soviétique, ont été frappés par la puissance de l’effort économique, scientifique, technique et culturel qui anime l’U.R.S.S. Les visiteurs soviétiques et ceux qui se réclament de leur idéologie ont à leur tour pris des Etats-Unis une vue différente de celle imposée peu à peu par les propagandes au cours des années de tension et de guerre froide. De ce point de vue on peut donc affirmer que la double participation américaine et soviétique à l’Exposition de Bruxelles s’est inscrite d’une manière positive dans le sens de la détente, dans celui d’une meilleure compréhension mutuelle, dès lors aussi dans le sens de la paix, ce qui est déjà un mérite non négligeable.

Il ne faudrait cependant pas déduire de ce qui précède que la confrontation des deux « Grands », Union soviétique et Etats-Unis, ait éclipsé la valeur de témoignage des autres participations.

Le pavillon français a réalisé une véritable performance architecturale. Faute d’un recul assez grand, cette construction hardie, en forme de gigantesque proue, merveille d’équilibre, ne put malheureusement s’imposer à l’admiration des visiteurs avec suffisamment d’évidence.

La Grande-Bretagne a, de son côté, réalisé le paradoxe d’associer ce qui pour les Anglais a touché à leur intimité même, cet émouvant sentiment de la tradition qui est aussi celui de la permanence du génie britannique à travers les siècles, à des réalisations qui s’inscrivent à l’extreme pointe des progrès de la Science et de la technique.

Pour être simplement équitable, il faudrait évidemment parler aussi de toutes les autres réalisations. En particulier et du point de vue architectural, du pavillon de la CECA et de celui des Nations unies, de la flèche du génie civil belge, du pavillon hollandais, si ingénieusement conçu et qui offrait aux visiteurs une synthèse articulée et vivante de toutes les activités d’un pays dont les réalisations industrielles, encore que récentes, n’en sont pas moins étonnantes. Elles témoignent de la confiance d’un peuple en son avenir et de la volonté d’une race qui, depuis toujours, s’est mesurée victorieusement aux forces naturelles.

Pas une participation au surplus qui n’ait été une réussite et n’ait cherché à intégrer en quelques sorte les permanences de certains traits de civilisation et la volonté d’affronter, avec les moyens modernes, les grands problèmes de notre temps.

Dans le message du Commissaire général, un voeu était clairement exprimé : Tous les peuples ayant apporté leur contribution au patrimoine de l’humanité ont, en effet, déclarait le Commissaire général, un droit égal à se faire mieux connaitre.

On peut dès lors déplorer qu’un certain nombre de grands pays qui déjà déterminent l’évolution du monde et en commandent la politique sur ses plans supérieurs, n’aient pas pu, pour des raisons diverses, être présents à Bruxelles.

De ce point de vue, il eut été souhaitable évidemment que l’Exposition de Bruxelles apparût aussi d’une manière toute particulière comme celle du Tiers Monde prenant conscience de sa réalité.

Le Message du Commissaire général avait d’ailleurs mis en relief cet aspect de l’évolution de notre temps. Une coopération créatrice entre tous les peuples s‘impose de plus en plus, déclarait-il. Pour les nations industrielles qui seront appelées à travailler à l’équipement des régions moins favorisées aussi bien que pour les peuples qui en bénéficieront, cette phase d’expansion créatrice pourrait faire naitre une espérance et un élan dont le monde actuel sent impérieusement le besoin.

Depuis 1954, époque où fut rédigé ce Message, le problème de la coopération mondiale en vue de l’équipement urgent du Tiers Monde n’a fait que s’accentuer.

Qu’ils soient scientifiques, économiques ou culturels, tous les problèmes, en effet, dépendent des Solutions qui seront données à cet affrontement des peuples.

En dépit de ses lacunes, l’Exposition 1958 a néanmoins bien reflété la physionomie générale d’un monde en pleine expansion, en plein dynamisme aussi de création et de recherches. Elle a offert en somme une préfiguration du monde que des millions d’énergies sont en train de façonner. D’un monde tel qu’on peut l’attendre d’une époque où l’instruction, la Science et ses disciplines sont de plus en plus largement diffusées, amorçant un véritable langage universel.

II faut, en tout cas, rendre justice aux dirigeants de l’Exposition de 1958 pour la liberté et l’objectivité qu’ils ont permis à tous les exposants de manifester, les sollicitant même explicitement de faire éclater, le plus clairement possible, le sens de leur génie respectif et de préciser celui de leur interprétation de l’existence.

Des participations comme celle des Nations unies, celle du Conseil de l’Europe et celle de la Communauté européenne du charbon et de l’acier ont à ce propos été significatives. Le public ne s’en est peut-être pas suffisamment rendu compte. II est vrai qu’un organisme comme les Nations unies aurait du pouvoir disposer de moyens comparables — sinon plus grands encore — à ceux mis en oeuvre par des puissances comme les Etats-Unis, l’Union soviétique et d’autres grandes participations étrangères. II eut été nécessaire, en effet, que les millions de visiteurs pussent se rendre compte de ce que représente en réalité l’effort des Nations unies dans le contexte de la vie Internationale moderne.

Par contre, dans le domaine combien fondamental de la Science, dans celui des arts plastiques et de toutes les manifestations les plus représentatives du génie humain, l’Exposition 1958 a certainement atteint et même dépassé ses objectifs les plus ambitieux.

D’autres facteurs d’évolution, tout aussi déterminants que celui de la poussée démographique, se révèlent en effet à nous avec un relief impressionnant. II s’agit des progrès extraordinaires accomplis dans le domaine des Sciences physiques, dans celui des mathématiques, de la biologie, etc.

Les progrès des mathématiques et ceux de la physique sont d’ailleurs étroitement convergents. II ne nous appartient certes pas de tenter ici un rappel ni même une simple esquisse de ces progrès, ni d’en dégager, même très approximativement, le sens général. L’entreprise se révèlerait aussi fastidieuse que vaine, les progrès se succèdent à une allure rapide, accumulant, utilisant, détruisant et reconstruisant sans cesse de nouvelles hypothèses, ouvrant des perspectives inattendues et posant tout naturellement de nouveaux problèmes.

La rapidité de ces conquêtes, naguère encore fruits d’une plus longue patience et d’une assimilation plus profonde, fait de notre époque, sur le plan scientifique, une époque de transition. Quelque chose comme le cours d’un torrent dont on ne pourra mesurer l’ampleur et la puissance, que quand il aura pu être canalisé. On ne pouvait donc attendre de l’Exposition de 1958, qu’elle put vraiment établir un bilan, ni dresser un inventaire exhaustif des conquêtes scientifiques, surtout de celles qui sont, en ce moment, en plein élan de découverte.

Il importait néanmoins que cette dimension dynamique et si caractéristique de notre temps fut mise en évidence. Il importait que les hommes, même non spécialistes, pussent en prendre, sinon la mesure, à tout le moins une certaine conscience, le sens général de sa formidable foulée. Peut-on dire que ce résultat ait été atteint ? Nous le croyons sincèrement.

La Science n’est pas un objet en soi. Elle est une méthode, une discipline, une constante expérience de rigueur. C’est donc plutôt des Sciences qu’il conviendrait de parler en les qualifiant chacune par son objet particulier et le champ de ses prospections.

Le Palais international de la Science — qu’il eut d’ailleurs fallu conserver et tenir à jour — a répondu à une double exigence : celle de la mise en évidence de la rigueur de la méthode scientifique, à quelque objet qu’elle s’applique; celle aussi d’une certaine « vulgarisation », c’est-à-dire d’un désir de se rendre accessible ou en tout cas sensible à un vaste public et de susciter ainsi des curiosités fécondes.

Chaque époque met toujours plus ou moins l’accent sur certaines recherches, se fixe certains centres d’intérêts et de découvertes. II était, dès lors, normal que l’accent fut mis, à Bruxelles, sur la structure de la matière. Une des quatre divisions du Palais international de la Science, devait ainsi réaliser une remarquable synthèse de la recherche scientifique nucléaire, de ce qui concerne l’atome, sa structure, ses lois et sa nature qui est essentiellement énergétique. II eut été difficile de faire sentir d’une manière plus concrète ce double problème de structure et de mouvement. Pour être plus exact, de rendre plus sensible les structures et les architectures dynamiques, selon lesquelles l’énergie se manifeste dans ce que nous avons longtemps appelé matière, donnant à ce terme une implication statique qui ne sera bientôt plus admise que comme sa manifestation macrophysique.

La connaissance, chaque jour plus poussée, de la structure de cette matière-énergie a permis d’en isoler les constituantes. Leur liste ne cesse de s’allonger. Ce qui tendrait à faire admettre que même en ce domaine où l’expérimentation et les mathématiques nous apportent lumière et confirmation, nos représentations ne sont que symboliques et pourraient être remises en question par d’autres découvertes. Si la connaissance approfondie de l’atome a permis d’en dénombrer les éléments constitutifs et leur dynamisme particulier, elle a permis aussi de s’en servir ou, plus exactement, de les faire servir.

De la notion d’électricité courante, on est ainsi passé à celle d’électro-nique. Le Palais de la Science n’a pas, à proprement parler, fait de l’électronique ou de la cybernétique un de ses chapitres, ni même une section spéciale. L’électronique n’en a pas moins été partout présente. Tous les appareils de mesures, de recherches, de contrôles, d’analyses, d’information des phénomènes, tout ce qui touche aussi à l’empire moderne des mathématiques, tout cela était application de l’électronique.

Peut-être était-il opportun de le souligner ici, puisque c’est désormais par cet outil prodigieux que l’homme moderne voit sa puissance de recherche, de découverte, mais aussi d’action transformatrice sur la nature sans cesse multipliée et par d’extraordinaires coefficients.

La subdivision du Palais international de la Science en quatre grandes disciplines : atome, cristal, molécule et cellule vivante, ne recouvre certes pas tout le champ de la Science moderne. II en a toutefois montré une articulation logique, partant de l’inanimé, au sens où nos conceptions traditionnelles en ont déterminé la notion, jusqu’aux manifestations élémentaires de la vie animée. Processus logique autant que didactique et, de plus, structuration progressive conforme à l’idée que l’on peut raisonnablement se faire de l’évolution.

Le succès exceptionnel, l’indéniable prestige que connut ce Palais international de la Science ont montré combien la conception initiale de ses promoteurs était juste. II a permis, non de tenter déjà une synthèse des Sciences physico-chimiques et biologiques, non de dresser un inventaire, ni un bilan complet des connaissances de notre époque, mais de faire le point et d’entrevoir plus clairement les grandes perspectives selon lesquelles la connaissance scientifique est en train de se développer. II a permis d’en saisir ainsi tout l’élan et d’entrevoir déjà certaines découvertes nouvelles qui se profilent à l’horizon. II a témoigné en outre de l’extra-ordinaire degré de maitrise du savant moderne et cela dans la plupart des disciplines, qu’elles soient biologiques ou physicochimiques.

Ce qui importait, en effet, c’était de faire percevoir, par un public non averti, pourquoi et dans quelle mesure la Science représente un des facteurs primordiaux et le plus caractéristique assurément de notre temps. On peut, sans nulle complaisance, affirmer que ce résultat a été atteint et avec des moyens qui n’ont pas cherché à schématiser, ni à vulgariser, au sens péjoratif du terme, une des formes supérieures de l’intelligence.

II est également louable que l’échantillonnage qui a été choisi de l’état de quelques disciplines scientifiques fondamentales ait pu donner, à un tel point, l’impression que la Science était étroitement liée au destin de l’espèce humaine, qu’elle en incarnait les valeurs les plus spécifiques, mais aussi que, comme l’espèce elle-même, elle était en pleine ouverture sur l’avenir, sur la formidable aventure dans laquelle le génie humain est désormais engagé vers d’imprévisibles, vers d’insoupçonnables devenirs.

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Re: Exposition Universelle de Bruxelles 1958 - Synthèse

Message par worldfairs »

L'IDÉE d’associer la technique à la Science vient spontanément à l’esprit. Si étonnantes que soient par elles-mêmes les découvertes scientifiques, c’est, en effet, sous la forme d’applications et, dès lors, de réalisations techniques qu’elles s’imposent. Notamment comme facteurs de transformation du monde et comme facteurs d’accélération et d’orientation de l’évolution.

Aucune section spéciale de l’Exposition n’a cependant été réservée à la technique ou aux techniques. On en trouvait, il est vrai, d’éloquents témoignages dans toutes les grandes participations nationales, internationales et les grandes collectivités. La part de la technique était elle-même très grande dans les réalisations du Palais International de la Science.

On ne peut donc adresser le reproche de n’avoir pas mis la technique suffisamment en relief au cours de l’Exposition 1958. Tout au plus eut-on pu souhaiter qu’un rassemblement, International lui aussi, des réalisations techniques les plus modernes et des grands projets, même sous forme de plans et de maquettes, ait en quelque sorte fait le pendant du Palais International de la Science. L’ampleur même du champ de la technique aurait sans nul doute cependant rendu difficile toute tentative d’en concentrer, en un pavillon particulier, un échantillonnage suffisamment représentatif.


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Re: Exposition Universelle de Bruxelles 1958 - Synthèse

Message par worldfairs »

RIEN ne témoigne aussi directement du génie humain, des frissons de la sensibilité, des rapports profonds de l'homme avec la vie, que les arts plastiques.

Parce qu’ils se réclament moins de la logique et d’une certaine rhétorique qui polarise la connaissance, leur témoignage sur le mystère de la vie et celui de nos rapports souvent indicibles avec elle est plus direct. Plus efficace et plus concret aussi. II y a de ce fait dans toute œuvre d’art une part de magie comme une émanation qui touche et suscite un émoi, un éveil propice au jaillissement d’un état de conscience, d’un moment de la connaissance. La magie de Part plastique tient aussi à sa substance et à la nature de son élaboration. Une œuvre d’art, qu’elle soit peinture ou sculpture, est toujours créée par l’homme. Elle est, par là même et en raison du temps de sa réalisation, imprégnée d’une somme de moments d’intensité vécus par l'artiste. Cette émotion, ces moments de dialogue conscient ou inconscient avec lui-même, avec la matière, avec l'œuvre, sont transmis par ses mains, traductrices fidèles de son propre état de vie, d’intensité, d’illumination, d’intuition, d’adoration, de désarroi, d’angoisse, de plénitude, de sérénité.

C’est tout cela qui, à côté du matériau de l'œuvre, des couleurs, des structures et des formes, constitue la substance de l'œuvre plastique. Et c’est aussi cette densité qui nous touche sous tel ou tel angle par lequel elle suscite notre attention, par lequel elle nous éveille, appelle notre accueil jusqu’à nous laisser envahir d’une émotion à la faveur de laquelle un échange profond, un véritable transfert s’accomplit de l'œuvre à nous.
II était donc naturel qu’une place de choix fut faite aux arts plastiques, à l’Exposition de 1958 qui se plaçait sous le signe de l’humain.
Dans la plupart des palais et des pavillons dcs participants étrangers, des ceuvres de la plus haute qualité, certaines justement célèbres, ont été exposées, témoignage éloquent du génie particulier des nations et de leurs cultures. On en trouvera d’ailleurs un rappel dans différents tomes du Memorial.

Inspirée à l’origine du Musée imaginaire d’André Malraux, une idée magnifique avait été mise en avant. On allait tenter, à l’occasion de l’Exposition de 1958, de réunir les œuvres majeures de tous les pays participants. L’art n’ayant pas de frontières politiques, d’autres pays, même non participants, auraient également été sollicités. L’idée qu’exposait d’ailleurs le Message du Commissaire général annonçait en effet une confrontation des œuvres les plus significatives du génie des diverses civilisations, sans qu’il soit tenu compte pour autant d’un classement par écoles.

Certains événements de la politique Internationale ont malheureusement empêché cette réalisation qui eut certainement donné une incomparable dimension spirituelle et humaine à l’Exposition de Bruxelles.

On aurait pu se rendre compte, en effet, que sur les thèmes essentiels les hommes ont eu, de tous temps, des réactions profondes très proches. Le génie n’est certes pas monnaie courante. Il est cependant comme l’encaisse-or de l’humanité. II ne tient étroitement compte, ni de l’espace, ni du temps. L’esprit de création et de révélation soufflé où il veut. Une telle confrontation d’œuvres majeures aurait, sans nul doute, mis à jour d’étranges parentés entre des œuvres des civilisations les plus éloignées dans le temps et les plus disparates dans l’espace. La révélation de cette unité profonde de la sensibilité humaine, sous des formes apparemment divergentes, eut été un appoint positif. Les organisateurs s’étaient, dans cet esprit, refusé à un classement par pays et par école. Tout au plus peut-on cherché à éclairer quelques thèmes, mais ces thèmes eux-mêmes eussent été retenus pour leur contenu et leur substance humaine plutôt qu’en fonction de critères esthétiques. Ce n’est pas sans une certaine mélancolie que nous rappelons ici — souhaitant que l’idée soit reprise par les organisateurs d’autres grandes expositions internationales, plus heureux que ne le furent ceux de Bruxelles — le classement ou plus exactement l’ordre de rapprochement qui avait été suggéré et devait servir de clé à ce rassemblement des grandes œuvres qui eussent accepté le rendez-vous de Bruxelles. On situait l'homme au cœur de la préoccupation de l'artiste, créateur et témoin. Ainsi les œuvres plastiques eussent-elles représenté l’homme devant Dieu, devant un état de foi ou tel appel de l’infini; l’homme devant la mort, son mystère et ce qu’éveille son appréhension et le sens qu’on lui donne; l’homme devant l’amour; l’homme devant la famille; l’homme confronté au travail, à la collectivité, à ses rapports et à ses problèmes; l’homme face à la guerre et à la peur. On imagine aisément les réflexions, voire les révélations qu’eussent pu engendrer de tels rapprochements et quelle étonnante unité elle eut révélé sur l’humain, ses angoisses, ses préoccupations.

On ne peut hélas faire que des supputations sur ce qu’eut été un tel rapprochement, encore que l’idée de la comparaison des œuvres selon leur thème, plus que selon tel ou tel classement d’école, ait fait depuis longtemps l’objet d’études remarquables.

De cette confrontation, plus directe évidemment que la visite successive de musées ou la comparaison de reproductions, une dimension spirituelle plus vivante de l’humain se fut certainement dégagée. Non la confirmation, ni l’infirmation de telle ou telle forme de spiritualité, de telle tendance religieuse, idéologique ou esthétique, mais la révélation d’un angle de perception commun à l’espèce humaine et qui en traduit ainsi l’unité fondamentale. Et plus encore peut-être la révélation qu’à côté de nos langages habituels existent des éléments de représentation indicibles et cependant communicables; la révélation d’une véritable frange qui forme comme une aura à toute expression profonde de l’humain. Aura ou peut-être plus exactement magie qui nous inclinerait à penser que nous ne pouvons jamais nous limiter à telle ou telle dimension que nous croyons suffisante à nous traduire. Au delà des mots et des formes même, si c’est nous qui les créons, nous témoignons souvent, sans en être conscients, que les dimensions du monde, telles que nous les percevons et les exprimons, ne sont qu’une fraction de dimensions plus vastes et sans doute aussi d’une autre nature.

Le génie humain a précisément pour fonction de nous confirmer que nous sommes plus que ce que nous croyons être. Que, comme le dit Pascal, l’homme passe infiniment l’homme ou que, comme l’exprime cette admirable maxime tant de fois reproduite dans la maison du Gruuthuus à Bruges, Plus est en vous.

Au moment où l’homme chemine vers une unité, que les limites de la planète, la rapidité des Communications et de l’information rendent chaque jour plus impérieuse, un dialogue silencieux, mais combien efficace, entre des œuvres majeures qui composent le patrimoine de tous les peuples, eut donc pu être un acte plus que symbolique: une révélation. Cette confrontation eut peut-être ouvert aussi des perspectives insoupçonnées sur le langage, plus exactement sur les moyens de communiquer, au niveau même d’où jaillit et s’articule l’humain.

C’est pourquoi, nous souhaitons qu’une prochaine grande manifestation mondiale, plus heureuse que ne le fut celle de Bruxelles en 1958, reprenne l’idée de cette confrontation et cherche à lui donner tous ses développements.

Quant à l’exposition « Cinquante ans d’art moderne », elle fut un immense succès. Elle restera, en effet, une des plus importantes manifestations culturelles du siècle, l’une des plus significatives assurément.

Il serait fastidieux, après tant de spécialistes qualifiés, d’en refaire ici le rappel.

Le catalogue en était déjà un élément capital pour la compréhension. Au surplus, le tome V du Mémorial complète ou situe, avec plus de précision encore, le sens de cette exposition et en rappelle l’exceptionnelle qualité.

Rien ne pouvait en tout cas être plus justifié que cette exposition qui rassemble d’une manière aussi impressionnante que prestigieuse les œuvres les plus significatives de la première moitié du XXe siècle.

Ici aussi, l’importance de l’art plastique comme expression d’une époque, d’une civilisation, de ses mouvements internes, de ses racines, mais aussi de ses développements possibles, a été lumineusement mise en évidence.

Nous ne parlerons pas ici en détail de la valeur artistique ni de la haute qualité de toutes ces oeuvres qui, pendant six mois, ont attiré des visiteurs du monde entier.

Telle qu’elle s’est présentée, cette exposition justifierait à notre sens un essai. Non seulement du point de vue esthétique, mais d’un point de vue qui touche plus directement à un des moments vraiment exceptionnels de l’évolution humaine.

Dans cette exposition, en effet, les oeuvres, peintures ou sculptures les plus diverses — certains auront pense et dit les plus hétéroclites — ont voisiné, créant par leur rassemblement une hallucinante évocation des possibilités du génie plastique.

D’un tel ensemble il eut été difficile de dégager, comme on eut pu le faire à d’autres époques moins tumultueuses, un style, une constante, même une orientation. Ce qui, par contre, s’imposait c’était la puissance et Ia véhémence d’un véritable instinct : celui d’une rupture avec des formes traditionnelles, avec des canons esthétiques longtemps considérés et respectés comme des lois authentiques.

Longtemps, en effet, entre l'artiste et le public, le dialogue fut facile. Un langage s’était établi. Mais, comme toutes les créations humaines, les langages vieillissent. A certains moments, il n’en reste plus que la part la plus automatique, celle qui, dès lors, exige le moins d’effort dans l’échange et la communication.

La révolution de la peinture moderne remonte certes à plus de cinquante ans et de ce point de vue il peut paraitre arbitraire d’avoir refusé certaines œuvres antérieures, de même que certaines œuvres ont pu détonner dans l’ensemble par un côté classique mais désuet. Telle qu’elle fut présentée, l’exposition « Cinquante ans d’art moderne » a toutefois révélé, avec la vigueur d’une démonstration irréfutable, un état de révolution plus que de révolte. Non une révolution concertée, déduite d’une doctrine, d’une idéologie, voire d’une volonté bien arrêtée, mais bien plus, une révolution intérieure de la sensibilité, l’expression d’une véritable mutation dans la conscience de l’homme de notre temps. Or les artistes ont, de tous temps, traduit par avance et souvent sans en avoir eux-mêmes pleinement conscience, les grands mouvements de l’histoire, plus exactement les étapes d’une évolution dont nous savons mieux aujourd’hui qu’elle est une des formes et une des forces de la vie de l’espèce humaine.

Sans nul esprit de système et sans chercher à faire entrer les œuvres dans tel ou tel concept général formulé a priori, on pourrait aisément faire percevoir et même démontrer que ce foisonnement de recherches, en peinture comme en sculpture, procède depuis des dizaines d’années non seulement d’un besoin de libération à l’égard de règles périmées, mais encore d’un besoin de traduire, de refléter les problèmes nouveaux d’un monde qui s’est radicalement transforme au cours de deux ou trois générations.

L’art plastique cependant n’a pas été le seul à pressentir et à expérimenter ces recherches de formes nouvelles. Ses modes d’expression ont pourtant été plus loin que tout ce qui a été entrepris en d’autres domaines. Les moyens picturaux, la liberté de choix de formes neuves, sans recherche de l’intelligibilité préalable du public, ont permis des ruptures plus profondes. Ces ruptures ont heurté, indisposé. Elles ont aussi réveillé des niveaux de conscience en état de moindre vigilance et que satisfaisait trop aisément un conformisme fait de paresse de participation. Ce n’est donc nullement émettre un paradoxe que d’affirmer que l’art plastique moderne a eu cette vertu de choc et que son agressivité même apparaitra un jour féconde, parce qu’elle a réengendré des réflexes de vie, d’attentions, d’éveil. Or, rien n’est plus indispensable à l’homme, quel qu’il soit, que d’être au maximum possible maintenu dans un état de curiosité, d’appétit intérieur, de connaissance et de communion et, pour tout dire, de véritable éveil.

Si ce but a été atteint, ce ne fut certes pas de propos délibéré de la part des artistes au cours de ces cinquante années d’art plastique. Même de la part des plus grands. Ce qu’ils ont fait, les recherches qu’ils ont osé entreprendre, les remises en question qu’ils n’ont pas craint de proposer au risque d’être souvent en contradiction avec eux-mêmes, le refus d’être compris, la volonté systématique de heurter, ne sont pas des signes de décadence. La vigueur et la violence interne de l’art plastique moderne traduisent, à travers la sensibilité aigue des peintres et des sculpteurs, leur besoin de quitter les sentiers battus, non pour se singulariser, mais parce que tel est pour eux le moyen, et le seul, de s’exprimer aussi pleinement que possible. C’est de ce point de vue qu’une exposition comme celle-ci fut révélatrice et fournit les matériaux d’une véritable psychanalyse de notre temps.

S’il y a un paradoxe, et à notre sens il n’est qu’apparent et transitoire, c’est que la frénésie de recherches de moyens personnels d’expression qui pouvait, dans une certaine mesure, rompre le dialogue avec le public, ait coïncidé avec un moment du monde ou le social se développe, où, selon l’expression de Teilhard de Chardin, le monde se socialise. On pourrait sans doute donner de cette distorsion de multiples explications. Sans doute, dans de nombreux cas, l’artiste, en raison de sa sensibilité et parce qu’il est une créature forcément isolée dans l’acte même de sa création, a-t-il réagi contre l’empiètement de cette socialisation. La qualité d’un public plus large, mais fort imprégné encore des normes d’une classe sociale dirigeante, a sans doute exacerbé ce désir de rupture.

Les recherches plastiques déterminées par un tel besoin de s’exprimer soi-même, mais aussi d’exprimer les problèmes du temps que l’on vit, correspondent également à la recherche d’un langage. L’art le plus moderne n’a-t-il pas inconsciemment préfiguré le temps de découvertes scientifiques et techniques qui sont en train de modifier la condition même de l’homme et, dans une large mesure, son habitat et ses comportements?

En cela aussi l’art plastique est puissamment révélateur. II n’est certainement pas asocial, ni antisocial, comme on le croit trop fréquemment. II est certes un témoignage impressionnant sur l’homme tel qu’il devient; ceci est déjà d’une importance considérable et nous entraine bien au delà de l’esthétique. L’art moderne a donné une foison d’œuvres majeures et, sans nul doute, d’authentiques chefs-d'œuvre. II n’a pas encore trouvé son style qui sera celui d’un langage? Peut-être, mais il y tend.

L’art plastique est donc devenu une force agissante, plus exactement le témoin que des forces profondes sont en action dans l’homme.

Il faut comprendre cet aspect d’œuvres parfois déroutantes et pourtant foisonnantes de vie, irradiantes. L’art en effet redevient plus que jamais magie. C’est peut-être d’ailleurs dans cette voie qu’il faut attendre et encourager une fonction plus essentielle que d’aucuns ne le croient, moins antinomique qu’on pourrait le penser de la grande foulée des Sciences et des techniques.

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Re: Exposition Universelle de Bruxelles 1958 - Synthèse

Message par worldfairs »

LE thème de l’Exposition et son slogan « Bilan du Monde pour un Monde plus humain » marquaient, avec netteté, l’intention de ses promoteurs de placer celle-ci dans une perspective humaniste.

Ce mot, il est vrai, est non seulement ambivalent, il est aussi passable-ment galvaudé. On peut d’ailleurs se demander si aucune grande manifestation humaine, aucune oeuvre, qu’elle soit individuelle ou collective, pourrait être, si peu que ce soit, détachée d’une préoccupation ou d’un objectif humaniste. Tout autre chose est évidemment de définir ou de formuler un humanisme particulier. L’évolution du monde, l’ampleur des progrès impliquent, par contre, la nécessité de rechercher les méthodes les plus adéquates à la défense, à la protection et aux chances de promotion de l’homme au sein même des créations de son bouillonnant génie et de leurs engagements aux conséquences trop souvent imprévisibles.

Pour nombre d’intellectuels, de philosophes, de penseurs, l’humanisme est le plus souvent une discipline intellectuelle et morale, un problème de culture dans lequel entrent, pour une part importante, des éléments constitutifs d’un patrimoine assez largement universel.

L’humanisme est, en ce cas, l’état d’un homme nanti d’une certaine culture à dominante classique. On saisit immédiatement ce qu’une telle conception de l’humanisme a de restrictif, mais également de plus en plus insuffisant pour l’homme moderne confronté à une phase d’expansion de l’espèce, à des découvertes universelles, à des mesures et à des dimensions sans équivalent dans le langage culturel d’un passé même récent. On comprend mieux aussi qu’un certain humanisme, celui qui nous est le plus familier, qui est en quelque manière consubstantiel à notre culture et à nos modes d’existence, soit fortement teinté de culture occidentale. Or, en cela aussi un tel humanisme, s’il n’est pas complète-ment périmé, est certainement moins adéquat à un monde qui, non seulement intensifie ses rythmes dans tous les domaines, mais qui se socialise et se planétise.

II était dès lors plus approprié de chercher la voie humaniste dans une intention, celle d’un monde plus humain. Encore que ce terme doive, à son tour, être précisé, car est humain tout ce qui nous concerne en bien comme en mal. Le plus humain impliqué dans le thème devait, bien sûr, être entendu dans un sens exhaustif.

On a parlé aussi de nouvel humanisme, humanisme rénové. Autant d’expressions qui se situent évidemment dans la même perspective, mais impliquent un état de fait, à savoir que notre époque n’a pas encore trouvé les normes, ni les méthodes d’un comportement plus adéquat à ses conquêtes, aussi bien qu’aux problèmes qui se posent chaque jour à chacun de nous plus nombreux et plus complexes.

Cet état de recherches, ce temps de prospection et d’élaboration qui marquent si profondément notre époque et lui donnent son caractère d’intense dynamisme mais en font aussi une période de transition, se sont dégagés avec un impressionnant relief et une indéniable évidence dans le domaine des Sciences, de l’architecture et des arts plastiques. On devait en trouver évidemment la confirmation aussi dans toute la partie de l’Exposition qui a été plus directement consacrée à cet humanisme dans ses formes du passe, ses recherches, dans tout ce qui s’est en 1958 réclamé du domaine culturel.

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Re: Exposition Universelle de Bruxelles 1958 - Synthèse

Message par worldfairs »

PERSONNE ne contestera que, sur ce plan culturel, dans sa notion la plus large, le bilan de l’Exposition n’ait été impressionnant aussi. Toutes les grandes participations nationales et internationales, ayant accepté le thème de l’Exposition, ont eu à coeur de montrer de quelle manière elles concevaient et appliquaient cette intention commune de défendre et de promouvoir les valeurs humaines supérieures.

Ainsi, les grands courants religieux et spirituels ont-ils pu faire l’éloquente démonstration de leur contribution constante à une civilisation supérieure qui aide l’homme à se dépasser, à contenir et à faire reculer les limites de son animalité.

Ici aussi, le caractère universel de la préoccupation de promotion et de dépassement de l’humain a été mise en lumière. On a pu se rendre compte que sous des formes et des formulations différentes, cette préoccupation de promotion qualitative de l’homme était une constante, un véritable impératif de l’espèce humaine et qu’aucun peuple n’avait en cette matière, ni privilège de race, ni priorité de génie spécifiquement national ou ethnique.

Chaque pays, chaque groupe de civilisation, chaque religion, philosophie ou idéologie peut certes se confirmer dans la valeur et la qualité de ses critères d’évidence, de ses méthodes ou même de certaines réalisations; cela n’a pu empêcher qu’un esprit objectif volontairement dépourvu de toute tendance n’ait du constater qu’au sein de cette humanité, si pleine encore de conflits et de contradictions, se retrouvait au fond partout un même souci de dignité, un même sens de l’évolution et du dépassement de l’homme.

Sur le plan plus directement culturel, celui de l’éducation, de l’enseignement, de la pensée exprimée dans des oeuvres littéraires, le bilan de l’ensemble des participations a certes été remarquable. Œuvres éminentes du passé, oeuvres plus récentes, quelle que soit la civilisation d’origine, ont confirmé ce fait indéniable, à savoir qu’à partir d’un certain moment, d’une certaine qualité surtout, les témoignages culturels constituent vraiment une part d’un patrimoine collectif de l’humanité. II ne serait pas difficile non plus — encore que ceci dépasse l’objectif de ces quelques pages — de montrer à quel point, jusqu’au présent le plus proche, ces témoignages supérieurs de la culture à travers le passé se répondent, engendrent des accords, des harmonies, vaste fresque ou mieux encore immense symphonie, honneur de l’homme et valeur du patrimoine de l’espèce humaine.

Sans doute de telles constatations ont-elles été faites maintes fois. II nous a paru opportun de mettre à nouveau l’accent sur cette unité du génie humain à travers sa plus grande diversité. II ne faut certes pas s’appesantir trop exclusivement sur le passé. II ne serait d’ailleurs pas opportun non plus de chercher à poétiser exagérément et de croire qu’il faille nécessairement jeter quelque manteau de Noé sur tout ce que reste à transformer dans l’homme, individu et société. II est par contre important qu’à certains moments, sans nulle complaisance excessive à soi-même, ni aux carences de l’espèce, l’homme rééclaire, à la lumière du présent qu’il est en train de vivre, les étapes qu’il a du franchir dans le passé. Ainsi peut-il se convaincre que l’unité de l’espèce humaine n’est pas une chimère et que l’on peut donc croire que l’histoire marche dans le sens de l’unité du monde.

Sur l’essentiel qui est toujours concret parce qu’il est vécu et ne peut être confondu avec nulle notion abstraite ou simplement conceptuelle, les similitudes et les convergences dans le temps et dans l’espace entre les hommes apparemment les plus éloignés, sinon les plus opposés, l’emportent sur les divergences. Et en cela aussi, se révèle une vérité qui doit nous permettre d’espérer et surtout de travailler sans cesse à cette inéluctable unité du monde. Unité qui ne sera ni uniformité, ni unification, mais composition des diversités qui font précisément la richesse intrinsèque de l’humain et, nous confirment que l’évolution de l’humanité peut et doit être exhaustive.

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Re: Exposition Universelle de Bruxelles 1958 - Synthèse

Message par worldfairs »

POUR être équitable dans cette vue rétrospective sur quelques témoignages significatifs de l’Exposition 1958, il conviendrait aussi de faire une large place à deux autres domaines de grandes manifestations qui peuvent revendiquer une importance égale et comparable à celle que nous avons accordée à la Science et aux arts plastiques.

Il convient d’évoquer, d’une part les grandes manifestations musicales, chorégraphiques, d’art dramatique, de cinéma et de folklore qui ont fait de Bruxelles en 1958, le lieu du plus prestigieux festival International qui ait jamais été réalisé; de l’autre, un certain nombre de congrès qui, par leur objet, ont présenté un caractère hautement culturel, sans oublier bien entendu les grands messages spirituels, scientifiques, artistiques et littéraires qui ont réuni les plus éminents représentants des grands courants de la pensée et de l’art contemporain.

II serait difficile d’exprimer mieux que cela n’a été fait dans le tome V du Mémorial, le bilan des grands spectacles de musique, de danse, de théâtre, les festivals de cinéma qui se sont tenus, non seulement sur le plateau du Heysel au cours des six mois que dura l’Exposition, mais également à Bruxelles et dans la plupart des grandes villes du pays.

Les artistes les plus connus dans le monde entier, qu’ils fussent musiciens, chanteurs, comédiens, cinéastes, danseurs, ont été présents à l’Exposition de 1958. Ils ont permis de mesurer combien ces arts, musique, danse, théâtre ou cinéma sont eux aussi révélateurs des multiples aspects du génie humain et du génie particulier de certains peuples. On pourrait d’ailleurs, à propos de la musique, de la danse, du théâtre ou du cinéma, exprimer des réflexions assez proches de celles que nous ont inspirées les arts plastiques. La musique en particulier est un moyen universel, sans nul doute le plus universel d’expression des sentiments humains. Entre la musique ancienne, la musique classique, la musique moderne, le jazz, les musiques religieuses ou folkloriques, quelle diversité, mais aussi pour celles qui sont plus proches de nous dans le temps, quelle étonnante recherche de rythme, de tonalité! Ici aussi, autant que dans les formes les plus modernes de la peinture ou de la sculpture, l’homme cherche de nouveaux moyens de s’exprimer. II entend ne pas limiter — aux canons d’une beauté éprouvée — le champ de son expression musicale. Et en cela, comme pour les arts plastiques, on retrouve le témoignage de véritables poussées, de recherche de libération; la montée créatrice vers des expressions d’une humanité vivante dont les conditions ne sont plus celles oh une élite très avertie pouvait seule apprécier des oeuvres par ailleurs composées à son intention. Les moyens de diffusion de la musique par le disque, le cinéma, la télévision, la radio ont multiplié le nombre d’auditeurs. Un public nouveau, plus vaste, mais aussi peu à peu mieux informe est en train de naitre. A côté d’un déclin et même d’une perversion de goût qui peut résulter de la diffusion à des fins commerciales ou de distraction d’une musique facile, quelles possibilités cet art n’ouvre-t-il pas, quelles zones de sensibilité ne touche-t-il pas qui affectent des millions d’auditeurs parmi lesquels naissent des exigences nouvelles? Et comme nous le disions à propos de l’Exposition de « Cinquante ans d’art moderne », quelles possibilités de créer ici également un nouveau langage, de nouvelles possibilités de communicabilité entre les hommes, à travers la distance que les ondes franchissent désormais sans arrêt au point de tisser autour de nous une véritable trame silencieuse et pourtant sonore! Chant immense, encore confus mais qui peut un jour, lui aussi, comme l’architecture ou les arts plastiques, atteindre à la dignité d’un langage et d’un style.

On pourrait en dire autant de la chorégraphie et du cinéma. Et quelles révélations le théâtre lui aussi ne nous a-t-il pas données depuis quelques années, de quelle révolution n’a-t-il pas été l’objet dans la mise en scène, l’éclairage? Quel art majeur ne confirme-t-il pas, qu’il s’agisse de grandes oeuvres du passé rendues à une vie intense et à un plus large public ou qu’il s’agisse d’oeuvres contemporaines ? D’autres auront dit ou diraient mieux que nous le rôle véritablement rénovateur que, dans la plupart des pays représentés à l’Exposition 1958, ont joué quelques grands animateurs du théâtre, metteurs en scène, comédiens et grandes compagnies qui ont non seulement rafraichi et réinventé tant de chefs-d’oeuvre, mais ont éveillé de par le monde des millions d’hommes à la magie du théâtre, au dialogue qui s’établit, au delà même du texte, avec un spectateur qui se sent dès lors impliqué aussi intensément qu’il le fut jadis ou l’est encore par des manifestations de l’art religieux et de sa liturgie.

Haute leçon aussi et qui pourrait répondre à ceux qui, systématiquement pessimistes, ne peuvent penser leur époque qu’en termes de décadence, de déclin et de démission plus ou moins consciente de l’homme.
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Re: Exposition Universelle de Bruxelles 1958 - Synthèse

Message par worldfairs »

LE tome II du Mémorial a été consacré aux grands Messages et aux nombreux congrès qui se tinrent au cours de l’Exposition. Ce serait déflorer ces messages que d’en donner ici une simple analyse. Quant aux congrès, si tous ne peuvent prétendre s’inscrire dans le cadre d’une préoccupation humaniste, tous cherchèrent avec une rare bonne volonté à se rattacher par l’un ou l’autre point au thème central de l’Exposition.

Encore que le Message scientifique ait rejoint lui aussi les grands thèmes humanistes, tant il est vrai qu’aucune activité supérieure de l’intélligence, aucune discipline si rigoureuse et si particulière fut-elle, ne peut jamais s’abstraire du souci de l’humanité et du Service de l’humain, c’est évidemment dans les Messages spirituel, littéraire et artistique que l’on a pu retrouver, le plus directement, les points de vue les plus proches de l’idée de défense et de promotion des valeurs morales et culturelles.
Certains congrès ou colloques ont permis, eux aussi, de poser assez directement et assez concrètement les problèmes d’humanisme, qu’il s’agisse de príncipes, de méthodes ou d’éducation dans le sens le plus général.

On peut dès lors considérer que cette part de l’activité de l’Exposition a confirmé le choix du thème et son intention de promotion de l’homme et du monde dans un sens plus humain.

Certaines déclarations, certaines interventions, certains moments de ces messages ou de ces congrès ont été de véritables sommets. II s ont de ce fait conféré à l’Exposition une dimension spirituelle et morale d’une exceptionnelle qualité.

La dimension spirituelle de l’humanisme a donc vraiment été une des dominantes de cette Exposition qui s’est mise délibérément sous le signe de la priorité de la défense et de la promotion de l’humain.

Et pourtant, en dépit d’une telle convergence d’intentions, d’une préoccupation à ce point dominante, on ne pourrait affirmer que l’Exposition ait été la révélation, ni même un prélude de ce nouvel humanisme qu’appelait le Message du Commissaire général.

Comme nous l’avons fait à propos de la Science ou des arts plastiques, nous voudrions exprimer à ce propos quelques remarques. Nous croyons, que la démonstration qui a été faite du besoin d’un humanisme plus adapté aux problèmes, qui sont ceux de l’époque que nous vivons, a peut-être été plus concluante que n’eut pu l’être la formulation d’un texte ou d’un message qui eut tenté de faire le point ou la synthèse de cet humanisme dont nous éprouvons le besoin, même si nous en formulons mal l’exigence.

La constatation que le déploiement humaniste à l’Exposition de Bruxelles a permis de faire, c’est qu’il n’existe rien encore qui puisse être considéré même comme une approche valable de cet humanisme. Et c’est parfaitement plausible. L’homme aborde une étape nouvelle de son destin.

L’humanité offre l’image d’un immense chantier encore forcément disparate. Elle impose aussi à tout esprit non prévenu une autre vérité : celle de l’existence d’un formidable creuset où vont se brasser, se heurter, s’amalgamer, se composer non plus seulement des idées, mais des intérêts, des passions ethniques ou racistes, des interprétations diverses de l’histoire et de l’évolution, des conceptions philosophiques et religieuses antagonistes, des appréciations diverses d’un patrimoine universel mais composite.

Un irréversible processus de libération entraine des peuples hier encore colonisés ou subordonnés à des tutelles politiques ou économiques. La poussée croissante de la démographie dont les coefficients d’accélération affectent surtout les peuples qui constituent le Tiers Monde; la rapidité des moyens de communication, les déplacements d’individus qui en résultent et les nouvelles prises de conscience réciproques qui en découlent; la multiplication des moyens d’information, mais aussi de ceux de propagande, par la presse, la radio, le cinéma ou la télévision; l’affrontement des systèmes politiques et idéologiques; la résistance des intérêts privés mis en péril; le réveil des haines et des complexes d’humiliation; d’un autre côté, l’intensité des nostalgies et la peur de l’irrémédiable déclin de certaines structures et formes de civilisation; les découvertes scientifiques, le développement des techniques qui introduisent de nouveaux communs dénominateurs entre les peuples, amorçant une sorte de langage universel; le recul de certaines traditions battues en brèche par les progrès et le développement invisible mais difficilement contestable et salutaire d’un esprit critique; la déchristianisation progressive des masses dans le même temps où des êtres confirment leur adhésion religieuse; la peur à certains moments, presque physiquement sensible, du danger apocalyptique des armes atomiques, voire des conséquences à plus ou moins longue échéance de la multiplication des expériences atomiques; l’accès de l’homme à l’espace cosmique et les découvertes qui peuvent en résulter touchant sa conception de l’Univers et de la vie; la faim qui frappe des centaines de millions d'individus et fait des 2/3 des habitants de la planète des sous-alimentés; la misère, le désespoir, l’ignorance à côté de la richesse, des abus et une scandaleuse disproportion de la répartition des ressources; tous ces facteurs que nous avons à dessein cités sans ordre logique et sans porter sur aucun d’eux de jugement de valeur, constituent précisément les matériaux et les forces qui sont en train de se brasser dans ce qui, pour l’instant, ressemble plus encore à un chaudron de sorcière qu’au creuset bien contrôlé de quelque industrie ou d’un laboratoire scientifique.

Ces facteurs, ces forces, ces carences, ces moyens, ces tensions, ces remises en cause de tant de méthodes et de tant de problèmes sont en effet la substance même de la phase d’histoire qu’est en train de vivre l’humanité.

Les philosophes, les Sages, les hommes de foi — et de toutes les croyances — peuvent imaginer des Solutions logiques ou proposer des interprétations, même acceptables par l’intelligence. Ils peuvent aussi nous faire entrevoir, comme une réalité future, l’unité du monde, une unité qui sauvegardera les diversités aussi bien ethniques ou religieuses, que fonctionnelles; que le mouvement de l’histoire parait clairement tracé; que de cette marche à l’unité la Science et les techniques constituent un puissant ferment. Mais le simple bon sens suffit pour affirmer que, si inéluctable que soit cette marche à l’unité de l’espèce humaine et à son organisation plus logique et plus harmonieuse, elle n’est pas pour un demain très proche. Les antagonismes sont nombreux. Ils sont vivaces. La plupart luttent contre l’unité. Une véritable épaisseur de résistances humaines faites de contradictions d’intérêts, d’ignorances et d’aveuglements devra donc être réduite avant que ne puissent se dégager les grandes avenues d’une humanité organisée et nous dirions volontiers, d’une humanité urbanisée.

Le même réflexe d’élémentaire bon sens nous dit également qu’aucun humanisme, put-il même résulter de la synthèse des plus nobles esprits et des plus désintéressés, ne pourrait, même s’il était clairement formulé, prétendre à l’adhésion des esprits, ni des coeurs, par la seule vertu de ce qu’il estimerait être sa vérité.

C’est qu’aussi bien l’homme lui-même nous apparait chaque jour plus complexe. Le patrimoine de l’espèce ne cesse de s’enrichir. L’intelligence demeure assurément une faculté souveraine. Le problème à résoudre n’cst toutefois pas exclusivement un problème d’intelligence, ni même de Science. L’activité cérébrale ne cesse de s’amplifier à l’échelle de la planète. Elle ne cesse de s’intensifier. Elle ne recouvre pourtant pas le problème qu’implique la notion, même classique, de l’humanisme. A fortiori, s’il s’agit d’un nouvel humanisme plus adéquat, à’un statut de l’homme, tel qu’il nous apparaît et plus encore tel qu’il se dessine dans les perspectives d’une évolution plausible.

Ce dont l’homme a en réalité besoin, c’est d’un statut moral acceptable. Non seulement d’un code de morale collective ou Internationale, non seulement d’une morale individuelle élevée et qui soit une forme supérieure de son civisme; mais d’une haute morale. Plus exactement encore d’une véritable hygiène supérieure dominée à la fois par un souci de défense et de protection de ce qui nous fait homme et humain et par un souci non moins impératif de promotion intellectuelle, morale et spirituelle.

Le problème de l’humanisme ne pouvait assurément être posé dans de tels termes, ni selon de telles exigences. II a déjà été remarquable que l’on ait pu, dans le « Bilan du monde », donner aussi bonne mesure au côté humaniste, sous tant de formes diverses, au patrimoine collectif de l’espèce humaine. La seule intention d’établir ce bilan, pour qu’il puisse nous permettre de rechercher les moyens de rendre le monde plus humain, était louable.

Si avec le recul de quelques années déjà on peut dégager mieux le sens général de ce que fut le message, la leçon de l’Exposition, c’est la meilleure preuve qu’elle n’aura pas été inutile.

On peut donc admettre, sans que cela puisse créer aucun complexe, ni que cela diminue le crédit de l’Exposition 1958, qu’elle n’ait pas formulé la grande synthèse d’un nouvel humanisme, impossible à définir encore et qui désormais aura d’ailleurs une autre signification, s’inspirera d’autres méthodes et visera d’autres objectifs que l’humanisme tel que le posent encore un peu naïvement philosophes et intellectuels.

Ce dont on perçoit en effet la nécessité, c’est d’autre chose que de formules brillantes mais rhétoriques. Le problème qui se pose à l’humanité et qui va même dominer son destin est celui d’une protection, d’une défense de ses sources de vitalité, de ses chances de dépassement, de promotion.

Pour atteindre de tels objectifs de protection et de promotion, il n’importe nullement de mutiler l’homme. II s’agit moins de le fermer à la vue de certains dangers que de l’ouvrir à ce qui peut faire éclore en lui plus de vitalité et de chances de défense et de dépassement. C’est pourquoi, l’humanisme ne peut plus être un simple code moral basé sur une méta-physique toujours récusable. II faut avant tout tenir compte de l’homme concret, de l’homme tel qu’il se manifeste dans son contexte historique avec ses problèmes particuliers, dans l’espace et dans le temps. II faut faire confiance à l’homme, non par un acte d’optimisme systématique qui ne serait que fuite devant les réalités, mais en tenant compte de ses possibilités créatrices; du patrimoine impressionnant qu’il a déjà accumulé, qu’il a mémorisé, mais dont il doit sans cesse et par lui-même rééclairer à chaque génération le contenu et dont il doit pouvoir dégager de nouveaux rapports vivants. II faut tenir compte de ce que son sens réflexif a marqué son intelligence; qu’il lui a permis de fonder une raison; que l’expérimentation alliée à une exigence de rigueur toujours plus grande en aiguise la lucidité et en a fait une pointe toujours plus acérée qui lui permet de progresser dans les voies de la connaissance. II faut largement tenir compte aussi des interférences et des convergences de plus en plus nombreuses qui vont se dégager entre les peuples, les races, les civilisations.

Mais dans le même temps où s’accentue le prestige de l’objectivité, il faut que l’homme soit cependant plus que jamais attentif à ce que cette objectivité elle-même, en devenant trop exclusive, trop impérative, n’aveugle la part la plus vivante de chacun de nous : notre subjectivité qui s’identifie avec notre conscience la plus intime.

La conscience est éminemment subjective. Elle nous est à chacun consubstantielle. Elle dépasse cependant l'égo par ses possibilités et par sa fonction. Elle est à la source de nos intuitions. La connaissance qui procède de l’intelligence réflexive et du jugement ne pourrait se déclencher si, à son origine, il n’y avait chaque fois et à chaque opération, prise de conscience. Nous n’entendons certes pas tenter de définir ici ce qu’est la conscience. Par certaines de ses manifestations essentielles, elle échappe d’ailleurs à une formulation qui pourrait en rendre totalement compte. Son rôle est non seulement déterminant pour tout ce qui concerne la connaissance, la perception lucide du monde extérieur, elle est aussi, mais plus obscurément, liée à la vie telle qu’elle se manifeste en nous. La conscience participe, de ce fait, non seulement à la connaissance intellectuelle, elle est notre point de jonction, notre point de participation le plus profond, à nous-mêmes et à la vie.

Dans le mécanisme de protection des valeurs de l’humain et des sources d’où éclosent ces valeurs de même que dans tout appel de dépassement, c’est la conscience que l’on retrouve, c’est par elle que nous pouvons communier avec le réel, par le plus intime et le plus singulier de nous-mêmes. C’est par elle que nous pouvons aussi prendre la mesure vivante d’une certaine relativité, laquelle implique évidemment une autre référence, nullement notionnelle, mais perceptible : celle de l’unité de la vie, au delà des contradictions, des dualités, au-delà des notions habituelles d’espace et de temps.

Dans l’humanisme — haute hygiène de l’être et de l’espèce — il faudra donc qu’une priorité toute particulière soit accordée à la conscience. Elle ne peut être antinomique de la connaissance. Elle ne combattra jamais ses exigences de rigueur. Elle contribuera, au contraire, à nous maintenir vigilants, attentifs à une démystification qui s’impose plus que jamais et réclame une attention continuelle. C’est dire que lucidité et conscience ne sont pas des termes qui s’opposent. La conscience n’est pas non plus a priori, ni systématiquement anti-rationnelle, puisque c’est d’elle que la raison tire ses critères d’évidence. Mais ce qu’il importe de reconnaitre c’est que la conscience, génératrice d’activités diverses, doit garder le primat sur chacune de celle-ci.

La conscience est notre boussole, notre gouvernail des profondeurs. Elle seule peut nous permettre d’avancer dans toutes les voies de la connaissance avec les outils qui seront requis, selon les objets à connaitre. Elle seule peut nous permettre de prospecter nos propres terres intérieures, à la lettre même, de les découvrir, de les éclairer, de leur donner vie et activité et ainsi, tonifiant à tous les niveaux la densité de la vie, de nous accomplir au maximum par une participation aussi intense que lucide. La conscience est notre potentiel d’éveil, de cet éveil, qui est le signe supérieur de l’humain et son principal moyen d’accomplissement.

C’est à notre sens dans cette direction, qui n’en refuse aucune dans l’ordre de la connaissance, mais qui réinstaure une hiérarchie vraiment fonctionnelle de la conscience, que l’humanisme attendu, souhaité, pourra être approfondi, repris, adapté et vraiment réédifié.

Visant la défense et la promotion de l’homme en partant de données concrètes et vivantes, un tel humanisme, une telle hygiène supérieure, une telle haute morale de l’être et de l’espèce doit permettre la coexistence de points de départ différents, dès l’instant ou l’objectif fondamental de défense et de promotion de l’humain y est impliqué. Ces voies ne peuvent que converger un jour et cette convergence qui témoignera de l’accomplissement d’un stade vers l’unité se traduira alors en émergence de l’homme. Émergence dont nous sentons en nous la potentialité et qui s’inscrit déjà dans toutes les trajectoires d’une évolution que plus personne ne conteste.

Telle pourrait être une des leçons, la plus importante peut-être, dont l’Exposition nous aura fourni plus que les thèmes, l’intuition plus précise et même l’impératif.

A suivre...
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Re: Exposition Universelle de Bruxelles 1958 - Synthèse

Message par worldfairs »

LE coup d’oeil rétrospectif et les quelques réflexions que nous avons cru pouvoir faire sur ce que fut l’Exposition de Bruxelles 1958 n’appellent pas, à proprement parler, de conclusions.

Parallèlement aux témoignages que nous fournissent les autres tomes du Memorial, nous avons simplement cherché, non à faire une synthèse de ce que fut l’Exposition, mais plus modestement, nous avons tenté de dégager Ia signification et les prolongements possibles et souhaitables de cette manifestation dont personne ne songe à minimiser les réalisations exceptionnelles, ni le prodigieux échantillonnage du patrimoine humain universel qu’elle nous a permis de confronter et de juger.

Rarement aussi programme aura été atteint avec un tel coefficient de réussite que celui, fort ambitieux pourtant, que s’étaient fixé le Commissaire général et son équipe de collaborateurs. Les participants étrangers et nationaux, qui ont répondu à l’appel de son Message, n’auront pas été déçus. II est vrai que leur compréhension des intentions des promoteurs de l’Exposition, et en particulier celle du thème, a contribué pour une part décisive à la richesse de cette manifestation internationale.

Dans l’ensemble, l’Exposition 1958 a été une grande réussite. Ses lacunes ne doivent pas être mises à son passif. Un de ses principaux mérites c’est précisément d’avoir révélé les grandes ouvertures qui débouchent sur l’avenir et proposent de nouveaux impératifs à l’humanité toute entière. Et c’est ici sans doute que doit être cherché l’essentiel du message ouvert à la vie en marche, dont les organisateurs de l’Exposition ont permis la révélation, même quand celle-ci n’a pas été exprimée en formules définitives.

Ainsi l’Exposition 1958 ne s’est-elle pas close en octobre 1958, mais continue-t-elle son action. Souhaitons que cet aspect soit compris et qu’en rayonnent encore longtemps la haute leçon et un espoir plus assuré dans le destin spirituel d’une humanité dont le mouvement se traduit dans tant de domaines par un dépassement ininterrompu.
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