Jeudi 17 octobre - Une soirée au musée Roybet Fould « Le pavillon de Haïti-Hawaï à La Garenne-Colombes »

Conférence de Philippe Le Port, passionné d’art et d’histoire
Dans le cadre de la future exposition « Montages et remontages : architectures éphémères des Expositions universelles au XIXe siècle » présentée à partir du 13 novembre au musée, Philippe Le Port viendra présenter l’histoire du pavillon d’Haïti-Hawaï construit pour l’Exposition de 1889 et remonté à La Garenne-Colombes.
À 18 h - Musée Roybet Fould
Entrée libre dans la limite des places disponibles
Renseignements et réservations (conseillées) : 01 71 05 77 92

La génese de l'Exposition Universelle et de la Tour Eiffel

Paris 1889 - Discussions, informations, questions
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Re: La génese de l'Exposition Universelle et de la Tour Eiffel

Message par worldfairs » 25 mai 2019 06:26 pm

Texte et illustrations de "La construction moderne - 29 septembre 1888"

CONCOURS

EXPOSITION UNIVERSELLE.

Le concours pour le diplôme des récompenses à l’Exposition universelle de 1889, est ouvert à tous les artistes français.

Le premier degré consistera dans une esquisse qui devra être déposée à l’Hôtel-de-Ville de Paris avant le 15 novembre.


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Re: La génese de l'Exposition Universelle et de la Tour Eiffel

Message par worldfairs » 26 mai 2019 02:12 pm

Texte et illustrations de "La construction moderne - 17 novembre 1888"


L’exposition publique des esquisses pour le concours du diplôme de l’Exposition universelle de 1889 est ouverte du 16 au 18 novembre inclus, à l’Hôtel de Ville, salle Saint-Jean, et le jugement sera prononcé le 19 novembre.


NOMINATIONS

A la suite d’un concours, M. Lejeune, architecte à Nanterre, a été nommé architecte de la ville de Suresnes.
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Message par worldfairs » 26 mai 2019 05:19 pm

Texte et illustrations de "La construction moderne - 24 novembre 1888"

CONCOURS POUR LE DIPLOME DES EXPOSANTS A L'EXPOSITION UNIVERSELLE

De jour eu jour, elle acquiert une plus grande importance, image qu’on distribue aux exposants sous le nom de diplôme; les épiciers et les parfumeurs lui donnent la place d’honneur, an milieu des somptuosités mirobolantes de leurs étalages, le pharmacien l’accroche au-dessus de son comptoir, le dentiste l’installe dans son salon d’attente, entre deux paysages de Van Croûten, le bottier au milieu de ses chaussures, le chapelier à côté de ses feutres et de ses gibus ; le diplôme s’étale partout afin, et sa vue nous poursuit de porte en porte, de boutique en boutique, et jusque dans la loge de notre concierge, dont la fille a obtenu des récompenses à l’exposition de Blanc et Noir et des brevets de capacité. Le diplôme de l’Exposition de 1889 est destiné à venir s’adjoindre il ses aînés, à briller entre tons, dans le luxe d'un cadre doré; on ne saurait donc apporter trop de soin à sa confection artistique, et donner trop de relief à la gorge de ses déesses, au fessier de ses amours. Le concours s’imposait pour obtenir quelque chose de nouveau, d’élégant, de gracieux; et ; plus de cent cinquante artistes, ou se disant tels, ont apporté à la salle Saint-Jean le résultat de leurs élucubrations. L’exposition des esquisses n’a duré que deux jours, avant le prononcé du jugement; mais jamais je n’ai vu de foule plus pressée et plus attentivement examinatrice, que celle du dimanche 20 novembre, à l’Hôtel de Ville. Si les maîtres de l’art se sont abstenus du concours, pas mal d’élèves y ont pris part ; pas mal de jeunes dessinateurs en châles et en meubles, y sont allés de leur écusson et de leur allégorie, en prenant plaisir à inscrire, en marge de leur esquisse, la devise obligatoire. J’aurais beau jeu à me divertir des naïvetés et des inexpériences que j’ai été forcé de passer en revue, je ne m’y risquerai guère, car les incartades ne me manqueraient pas. « Rassure-toi, vilain merle, m’écrirait un anonyme facétieux, les diplômes, ça n’est pas fait pour toi. » J'ai donc examiné consciencieusement, en tâchant de trier, dans le tas, les esquisses les moins médiocres, dont je vais donner la liste; il y en a bien une vingtaine. Aucune d’elles, à vrai dire, ne répond à mon idéal. La tour Eiffel est fatalement venue associer l’embricaillement de sa charpente métallique au poncif des allégories surannées ; ce qu’il y a de dames aux seins nus couronnant des athlètes de foire est innombrable ; les renommées embouchant la trompette, les génies portant des écussons ne se comptent pas, les pastiches de Bandry et de Ingres abondent; mais, dans aucun projet, je n’ai rencontré cette note originale, jeune et indépendante qui vous fait dire : Tiens, voilà qui est trouvé.

Nous devons, pourtant, nous contenter de ce qui nous est offert, ne récriminons donc pas davantage; les commerçants et les industriels, moins difficiles que nous, ont peut-être trouvé le diplôme de leur rêve.

Cela dit, je me risque à donner la nomenclature suivante, par numéros d’ordre. — N° 8. Dans la Ville de Paris, la France convie l'Industrie, les Sciences, le Commerce et les Arts. Composition touffue, peuplée et mouvementée. — N° 17. Pour devise : Six étoiles. Minerve assise comparant une ruche d’abeilles à la tour Eiffel. — N“ 19. Fusain. Composition dans le style des titres de livres du XVIe siècle. — N° 26. Un ? pour devise. Composition symétrique, au crayon noir et à la sanguine ; à gauche une femme peu vêtue, à droite nu homme peu habillé. Assez d’élégance dans le dessin. — N° 32. Devise : Roy ne puis, prince ne daigne, peintre suis. L’arc du soubassement de la tour Eiffel joue un grand rôle dans le dessin de ce Rohan du crayon. — N° 33. Signes cabalistiques en place de devise. Aquarelle en ton sanguine d’un joli aspect. — N° 52. Labor. Camaïeu bleuâtre assez bien agencé. — N° 67. Tolus in illis. Très joli dessin dans le genre de Carrier Belleuse, crayon blanc sur fond brun. — N°69. Progrès. Le char du Progrès tiré par des lions... et en longueur, pour les besoins de la cause, escorté par les cinq parties dn monde, éclairé par le génie de la paix, S. G. D. G. et des obus à la mélinite. Cette esquisse est très appréciée du haut commerce. — N° 75. Un pastiche de Prud’hon. — N°81. Parfum de cyclamen. Des amours bousculent une mappemonde, pour conquérir la palme que leur tend une dame assise. — N° 85. Le mot France pour devise, avec une cocarde comme auréole. Imitation de la manière de Paul Baudry. Un génie soutient un cartouche où se trouve inscrit le nom du diplômé (celui du statuaire Guillaume, ô flatterie!) ; la France couronne le nom de l’exposant, et laRenommée fait ta-ra-ta-ta dans sa trompette. Esquisse très prônée par les boulangistes. - N°89. Sans devise. Une jolie esquisse très simplement agencée. Un grand cadre ovale avec la figure du Progrès et deux figures volantes. — N° 93. Esquisse peinte ; d’une allégorie obscure. Une femme enchaînée sur la gauche, une mère faisant épeler l’alphabet à son enfant, sur la droite. — N° 97. Joli dessin, aux deux crayons sur fond bleuté. L’auteur connaît à fond l’oeuvre de Prud’hon. — Nn 101. A toi France! Composition architecturale rappelant les Compositions antiques de Bouchet, ou le fameux tableau du peintre Court, Le Martyre de Sainte-Agnes, dans le Forum romain. — N° 108. La lumière sera, la force. Composition très mouvementée et moins banale que les antres ; du brio dans le dessin. — N° 127. In manustuas. Dessin élégant, plein d’entrain, trop plein d’entrain même. Le diplômé fait le panier à deux anses avec une jeune canaque et une japonaise des bateaux de fleurs ; ils s'en vont bras-dessus, bras-dessous, vers la distributrice des couronnes, en tintinnabulant de la tête et en.Zola, souffle-moi le reste!

—N° 128. Spes. Composition très calme, très classique, fort appréciée des boutiquiers sérieux et même des critiques d’art qui ne s’emballent pas. L’espérance a peut-être des chances. — Enfin pour finir, le n° 142. Voilà le projet le plus originalement composé, à mon avis, avec sa grosse tête rayonnante, son grand cartouche bizarrement bistourné et son groupe de déesses aux opulentes mamelles. Pourquoi faut-il que tous les types des personnages soient laids et vulgaires ! C’est assurément malheureux, car, sans cela, l’adage serait vrai encore, pour cette fois : Aux derniers les bons.

Je citerai encore pour n’oublier aucun des projets qui méritaient quelque attention, le n° 44, Ohimé ! ; le n°80, Fiducia; le n° 118, Fais ce que veult; le n° 121, Spe Laborlevis.

Quelles seront les esquisses choisies par le jury, pour le concours définitif? je vous avouerai que ma perspicacité se trouve prise en défaut ; et j’attends, sans émotion, le résultat du jugement; les cent-cinquante concurrents qui se sont mis martel en tête pour trouver quelque ingénieuse allégorie, sont certainement moins calmes, car il est évident que ce sera, pour le vainqueur, une fameuse réclame, de mettre sa signature au bas d’un diplôme destiné à être encadré dans les cinq parties du monde.

Jehan de Lutèce.

Post-scriptum. — Lundi soir, 19 novembre, le jugement du concours vient d’être rendu. Sur la porte hermétiquement close de la salle Saint-Jean, une affiche à la main est apposée ; elle désigne, par ordre alphabétique, les noms de cinq concurrents choisis par lejury, pour prendre part à la seconde et définitive épreuve. Ce sont: MM. Louis Bonnier, architecte (Spes), n° 128.
— Henri Danger (Ohimé!), n° 44. — Daniel Dupuis et Georges Duval (France), n° 85. — Victor Galland (Progrès), n° 69. — Michel Lançon ( Vesontio), n°99. —Une note au crayon prévient les concurrents qu’ils aient à reprendre leurs esquisses ;
donc pas d’exposition publique après le jugement de cette première épreuve, comme cela a lieu généralement, pour chaque concours.
Pas d’exposition ; par conséquent, pas de contrôle public concernant la bonne on mauvaise décision des juges. Je veux bien croire que le jury ne doit être accusé ni de partialité, ni de népotisme à aucun degré, je veux bien penser qu’il a jugé suivant sa conscience et son goût, mais c'est égal, c’est roide! comme disait le personnage d’une pièce d’Alexandre Dumas.
J. de L.


NOTES ET IMPRESSIONS

A propos du concours pour le dessin du diplôme des récompenses de l'Exposition de 1889.

J’ai été, comme d’autres, — et ces autres étaient nombreux qui vous obligeaient à piétiner sur place ; ce n’eût pas été l’heure de se plaindre de l'indifférence du public, —j’ai donc été voir à l’Hôtel de Ville les esquisses présentées pour le diplôme des récompenses de l'Exposition universelle de 1889.

Cent cinquante-cinq esquisses! Il en est donc encore qui participent à des concours? Qu’en pensez-vous, Monsieur Lockroy?— Sans doute il vous sera facile de me convaincre que la qualité moyenne de ces esquisses était loin d’être proportionnée à leur quantité. Hélas ! nous ne l’avons que trop observé. Mais ne s’en trouvât-il qu’une de remarquable — et il en était plus d’une — qu’elle justifierait à elle seule le principe des concours. Sans le concours, eussiez-vous été assuré, si impeccable que soit votre flair artistique, de découvrir celui qui eût fait mieux? — Reste à bien juger, il est vrai, et c’est là le point délicat, car un mauvais jugement vient détruire l’efficacité du principe. Néanmoins vous m’accorderez qu’il est plus facile de faire un bon choix parmi des projets présentés sur un sujet donné que de distinguer, avant la lettre, parmi les artistes, celui qui devra concevoir sur ce même sujet le meilleur projet. Sait-on jamais si l’on n’en a oublié aucun? Et si le favoritisme parvient à se glisser jusque dans le jugement des concours, pensez-vous être assez fort, assez dégagé de toute influence, pour ne lui jamais tendre le plus petit bout de l’oreille, lorsque le choix de l’artiste sera laissé à votre seule appréciation?

Tout cela d’ailleurs a été dit et redit, et ce n'est point la défense des concours que je veux entreprendre aujourd’hui.
D’autres plus autorisés l’ont fait avant moi. Cependant les concours ont encore cela de bon qu’ils servent à l’éducation de tons, •en mettant en relief les qualités et surtout les défauts de l’art d’une époque, en marquant les tendances des écoles, et par là ils peuvent amener certains penseurs à remonter aux causes de ces tendances et à leur chercher des remèdes. N’eût-on aucun remède à proposer, que la seule constatation du mal pourrait suffire à en détourner quelques-uns.

Or, ce qui nous a particulièrement frappé devant la plupart des esquisses exposées,— même après avoir mis de côté les grotesques et les non avenues, comme il s’en glisse malheureusement toujours dans les concours, principalement lorsque ceux-ci sont anonymes,— ce qui nous a surtout frappé, c’est un manque de mesure dans les interprétations, un défaut de pondération
dans les compositions, un oubli presque absolu du sujet principal.

Le sujet principal, n’est-ce pas, il semble que ce dût être le diplôme; c’est lui qu’on doit voir avant tout, l’encadrement n’est imaginé que pour le faire ressortir, pour expliquer les circonstances dans lesquelles il a été délivré et en perpétuer le souvenir. Ah! bien oui, qu’est-ce que ça leur fait aux peintres, ce diplôme? — Brossons d’abord notre tableau, ensuite on en grattera un coin pour y écrire ce qu’on voudra. — Et comment en serait-il autrement, alors que le moindre arrangement architectural les fait sourire. Combien sont-ils les peintres décorateurs qui, sans le secours d’un architecte, pourraient dans une composition ajuster une balustrade, une colonnade, un fronton, relier entre eux des attributs, combien sont-ils ? On a vite fait de les compter.

Aussi les sages se sont-ils contentés d’enfermer le diplôme, comme dans une cheminée, entre deux montants et une traverse sur laquelle ils ont assis des figures allégoriques. Tantôt la cheminée occupait le centre de la composition, alors de part et d'autre étaient disposées d’autres figures ; tantôt elle n’en occupait qu’un des côtés, de l’antre alors grimpaient des personnages se rendant à l’appel de la France qui distribuait au-dessus ses lauriers; quelquefois encore elle figurait entre les pieds-droits d'une arcade et dans l’imposte se dessinait une scène quelconque.

Mais à côté, chez les audacieux, que d’ajustements inimaginables !

Voilà pourtant où conduit une fausse délimitation du domaine des différentes branches de l’art, et le concours qui nous occupe est venu à point pour mettre en lumière les déplorables résultats d'un tel système.

Les architectes qui, mieux que d’autres, par leur habitude de composer, de grouper des masses, d’ajuster des éléments décoratifs, eussent été préparés pour imaginer de bons encadrements, ne les peuvent entreprendre, dès qu’on leur enlève le té et l’équerre, faute de savoir dessiner une figure. Les peintres, de leur côté, cantonnés dans les seuls tableaux de chevalet, restent impuissants dès qu’on ne leur limite pins l’emplacement qu’ils devront couvrir. Et là encore comme ils s’inquiètent peu de l’entourage, de la grandeur de la salle où leur toile devra figurer, de la hauteur où elle sera placée! Qu’elle fasse bien au Salon, qu’importe le reste.

Des esprits distingués n’ont pas été, cependant, sans se préoccuper de ce triste état de choses. A l’école des Beaux-Arts même, n'a cherché à mêler davantage peintres, sculpteurs et architectes ; un enseignement simultané des trois arts a été inauguré,
il y a quatre ou cinq ans. M. Guillaume, de l’Institut, qui longtemps dirigea l’Ecole et auquel elle doit de nombreuses améliorations, fut, je crois, un des plus chauds partisans, sinon l’instigateur de la nouvelle réforme. Hélas! rien n’a pu contre les habitudes prises. Des professeurs avaient été nommés, de dessin ;*our les architectes et les sculpteurs, d’architecture pour les sculpteurs et les peintres, de modelage pour les peintres et les architectes, et les cours avaient lieu simultanément dans la même galerie. Le premier moment de curiosité passé, les élèves désertaient la galerie, et l’Ecole aujourd’hui en est à se demander si elle doit maintenir des cours et continuer de déranger des professeurs pour la seule constatation du vide des salles. Bien des raisons ont contribué à cette désertion ; elles seraient trop longues à énumérer maintenant. Nous y reviendrons, n’ayez cure.

Puisse du moins le concours du dessin pour le diplôme des récompenses de l’Exposition de 1889 faire saisir à quelques élèves l’utilité des études qu’on leur demandait. Puisse-t-il aussi les préserver de ce mauvais goût, de ces exagérations, de ces contournements de figures, de cet art canaille, en un mot, qui cherche à nous envahir.

Ce n’était, dans beaucoup trop d’esquisses, qu’un fouillis de figures personnifiant qui la France, qui la République, qui la Fortune, qui la Renommée, qui le Génie, le Commerce, la Science, les Arts, le Progrès, les cinq parties du monde, et ceci et cela, et patati et patata, et cœtera; qu’un fouillis de ferrailles, de tours Eiffel, d’attributs, de locomotives, de téléphones, et de chevaux se cabrant, et de soleils, et de lions, de lauriers, de trompettes, de casques, que sais-je encore ? En faut-il tant, comme dit Cardane, pour constater le mérite d’un industriel, d’un commerçant, voire même, sans blesser personne, d’un artiste !

Et avec cela des inscriptions d’une modestie ! La France conduisant le monde — Boum ! Boum ! Allez donc, toujours la grosse caisse ! — La Gaule conviant les deux mondes à la concorde en souvenir des progrès réalisés depuis la grande époque. — Que c’est beau ! comme le moment est bien choisi, devant les turpitudes dévoilées chaque jour, pour se vanter aux autres peuples des progrès réalisés! — Ou encore celle-ci, empruntée à Victor Hugo :
La France est la tète du monde ;

Cyclope dont Paris est l’œil.

Quel tact! quel charmant souvenir à donner à des étrangers !

De grâce laissons tout ce fatras à nos politiciens dont c’est le métier de nous assourdir de mots creux, afin que nous ne puissions plus entendre ce qui se dit dans la coulisse.

Vous croyez peut-être que tout cela n’a aucun rapport avec l'art. Mais le tact, la mesure, la simplicité ne sont-ce pas des qualités maîtresses chez un artiste? Et n’est-ce pas, avant tout, dans le dessin d’un diplôme qui sera délivré à des exposants de nations différentes, qu’on eût aimé à les découvrir?

Nous les avons trouvées d’ailleurs, empressons-nous de l’ajouter, dans quelques esquisses, de plus très bien composées. Les unes, dans un encadrement architectural ou feuillagé, présentaient à droite la France distribuant ses palmes, assise ou debout sur un piédestal, avec la Renommée près d’elle; à gauche c’étaient les attributs du commerce, des sciences et des arts, avec ou sans personnage, le tout relié par de jolis détails. Les antres... Mais qu'est le sujet sans l’arrangement, et si vous ne les avez pas vues, que vous diront de sèches descriptions.

Mieux vaut en rester là, sur une impression plus réconfortante. Une dizaine d’esquisses étaient à retenir parmi les cent cinquante-cinq exposées. C’est plus déjà qu’il n’en fallait, le jury n’en ayant que cinq à choisir.
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Message par worldfairs » 26 mai 2019 05:31 pm

Texte et illustrations de "La construction moderne - 24 novembre 1888"

C’est le 1er janvier que commencera, pour Aire terminé le to lévrier, le montage des vitrines qui devront figurer à l’Exposition universelle. Par une circulaire adressée aux présidents des comités d'installation, M. Berger les a informés de cette décision. Dans trois mois donc, les objets d’ex position commenceront à être introduits dans l’enceinte. La même circulaire engage les comités des puissances étrangères à suivre l’exemple de’ l’Angleterre dont les travaux d installation sont assez avancés pour que le montage dos machines puisse commencer dès le D'janvier prochain.

D'autre part, M. Berger s'occupe actuellement de l’organisation et du fonctionnement du service de la manutention intérieure.
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Message par worldfairs » 27 mai 2019 01:26 pm

Texte et illustrations de "La construction moderne - 19 janvier 1889"

VISITE DU PRÉSIDENT DE LA RÉPUBLIQUE A L’EXPOSITION

Dimanche dernier, par un beau soleil de janvier dorant les lacs de boue des chantiers du Champ de Mars, M. Carnot, président de la République, a visité l’Exposition.

Les lecteurs de la Construction moderne ont lu dans tous les journaux les détails de cette inauguration avant la lettre, et plusieurs u’entre eux assistaient à cette petite fête. Je n’ai donc pas à y revenir pour leur apprendre comment M. Carnot, arrivé à deux heures, a traversé la section belge, la galerie de 30 mètres et la galerie des machines, conduit par M. Alphand, directeur des travaux, qui Ta prêté à M. Berger, directeur de l’exploitation, pour parcourir les sections industrielles et le palais des arts libéraux ; lequel M. Berger Ta laissé entre les mains de M. Garnier pour pénétrer dans la hutte des Ostrogoths et enfin à celles de M. Decauville qui l'a transporté gratis dans un petit chemin de fer mécanique allant du Champ de Mars aux Invalides.

Le côté intéressant de cette visite était de pouvoir montrer à tout ce monde d’invités et de journalistes que nous n’étions pas si en retard qu’on veut bien le dire ou le faire croire.

Certes je ne prétends pas prouver que nous sommes en avance, et qu’il n’y a plus que des vitres à poser, comme je l'entendais dire à un reporter bien informé. Nous savons bien malheureusement que des retards sont à craindre, mais non un retard d’ensemble. Et encore, étant donné le travail exécuté en trois jours en vue de la visite du président, on peut se dire qu’il ne faut jamais désespérer et qu’on doit s’attendre à tout, de la part de l’administration qui sait si bien déployer le zèle de tous ses collaborateurs, grands et petits.

Cette visite a en ce bon effet de faire voir à beaucoup de gens, qui par état sont très bavards, les travaux intérieurs d’installations véritablement très avancés, ce dont on ne se doute pas en dehors de l’enceinte de l’Exposition.

Le public a appris par tous les journaux que les sections industrielles étaient prêtes à recevoir leurs vitrines et par conséquent les exposants ; que les planchers étaient posés, les cloisons faites, les portes décoratives en place, et même quelques-unes peintes ; enfin les plafonds décorés et les vélums posés en partie.

— La classe 28 qui a en le succès de la journée présentait un coup d’œil très animé. — Les portes étaient complètement peintes et très brillantes, les vitrines en place et deux garçons de bureau déguisés en gardiens futurs de l'Exposition exhibaient des uniformes tout flambants neuf. Il ne manquait plus que des exposants puisqu’il y avait déjà des visiteurs.

Tout cela était rassurant ; — et quand on sait en combien de temps tout a été préparé et qu’il a suffi de l’annonce de la visite du président pour mettre le feu aux poudres et faire déployer des prodiges d’activité; quand on a vu ces travaux enlevés à la vapeur, on peut proclamer devant les incrédules et les méfiants que quand on vent arriver, on arrive, et que, comme nous voulons être prêts, nous le serons, au grand étonnement et à l’admiration de tous ceux qui auront pu se rendre compte des efforts déployés par tous, et du travail gigantesque effectué pendant les quatre mois qui nous séparent de l’Exposition.

L’excellent résultat de la journée de dimanche est d’avoir rendu la confiance. On s’est moins inquiété de ce qui restait à faire en voyant ce qui avait été fait, et si l’on a beaucoup pataugé, on n’a pas perdu son temps.
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Re: La génese de l'Exposition Universelle et de la Tour Eiffel

Message par worldfairs » 27 mai 2019 04:51 pm

Texte et illustrations de "La construction moderne - 23 février 1889"

PROMENADES A L’EXPOSITION UNIVERSELLE

En regardant le frontispice que nous envoie aujourd’hui M. Mayeux, un ami de la Construction moderne, nous sommes resté rêveur. Nous comprenons l’étonnement de cette chimère, Stryge ou Gruivre, qui, du haut des balustrades de Notre-Dame, voit au loin, par-dessus les toits de la grande ville, s'élever an couchant l’immense pylône de fer.

Les Stryges sont-ils bien informés? S’inquiètent-ils des menus incidents du temps présent? On bien, dans leur rêve séculaire, à la hauteur qui leur permet de planer au-dessus des changements de ministère, se bornent-ils à réchauffer sons les rayons du soleil de midi leur échine bossue, à respirer la pure brise qui court dans l’espace tranquille, d’une colline lointaine à l’antre colline, bien au-dessus du fourmillement humain? Vivant an milieu des pinacles, des balustrades refouillées, des flèches et des clochetons fleuronnés qni les entourent, poursuivent-ils leur songe à, travers les souvenirs du passé?

On bien lisent-ils l'Intransigeant ? — Ecoutent-ils les conversations des visiteurs qui depuis le premier jour où Notre-Dame fut inaugurée — n’ont jamais manqué de faire l’ascension des tours et se donnent une fois dans leur vie la joie de voir en branle le beffroi ? Us doivent alors admirer quelquefois les étranges vicissitudes de ce monde qui font descendre M. Lockroy, l’inspirateur de l’autre tour, — la grande, la maigre, la vraie, la seule, la Sarah Bernard des tours, — périodiquement de son siège ministériel, tandis que M. Eiffel plus heureux monte chaque jour plus liant, sans que rien vienne jamais entraver son ascension.


Si les chimères de Notre-Dame commencent à se préoccuper de la tour et de l’Exposition, c’est pour nous, comme disent nos hommes du jour, un a utile enseignement », et nous en levons conclure que le moment est venu de faire comme elles.

Un fait assez étrange se produit cette année. Sans doute, les Parisiens attendent avec quelque impatience l’ouverture de leur Exposition, dont ils espèrent d’excellents résultats. Jusqu’à ce jour cependant, ils en parlent peu. Est-ce confiance que tout viendra à point ; est-ce conséquence des insupportables distractions causées par les intermittences incohérentes de la politique? Le fait est qu’on ne sent pas encore dans le public le frémissement qui précédait autrefois ces grandes inaugurations. Il est à croire que le spectacle préparatoire, après des expositions très répétées, a perdu de sa nouveauté. Il sera temps de s’émouvoir lorsque le machiniste aura frappé ses trois coups et que, la toile se levant, on pourra juger l’ensemble du décor.

Pour le moment, les passants jettent un coup d’œil distrait sur les gigantesques toitures qui sont venues occuper la plaine habituellement déserte du Champ de Mars. Seuls, sur les bancs de la caserne, les troupiers de faction à l’Ecole militaire suivent d’un regard intéressé l’édification des établissements Duval et des cheminées d’usine multicolores qui font le plus bel ornement de la façade Sud à l’Exposition.

La tour a cependant, sur le quai, ses admirateurs. Le dimanche, par la gelée, sous les rafales et la bise, comme par un clair rayon de soleil d’hiver quand le ciel se montre plus clément, d’innombrables familles stationnent, barbotant dans les chaussées défoncées. Les voitures s’arrêtent, déversent des étrangers qui déjà, viennent à Paris constater la hauteur du monument ; les vendeurs débitent, à force de cris, les innombrables reproductions du chef-d’œuvre avec portrait de l’auteur. Les privilégiés d’entre eux offrent la propre signature de M. Eiffel qui donne à leurs documents une valeur d’authenticité incontestable.

Les astronomes de nos places publiques ont transporté là leurs télescopes qui permettent de suivre les mouvements de quelques ouvriers aériens, logés comme des araignées au sommet de cette toile gigantesque. Les cabarets du voisinage accueillent les serruriers, plombiers, charpentiers, ajusteurs qui, dans leurs habits dominicaux, au centre de cercles attentifs, émettent des appréciations compétentes. Les gâteaux de Nanterre circulent au milieu de la jeunesse, que les parents amènent dès le bas âge, pour lui inculquer le sentiment des beautés réalistes de l’industrie moderne. C’est en un mot tout l’aspect des joies simples et pures que le dimanche offre aux Parisiens retenus par la saison dans les murs de leur ville.

De temps à antres de lourdes locomotives extraient du chantier boueux des trains pesamment chargés qui s’avancent lentement, à coups de sifflet, à travers la foule et, le nez en l’air, semble absorbée par une éclipse. C’est la note particulière de cette agape industrielle. Ajoutons-y, pour être complet, les innombrables panoramas, dioramas, fantasmoramas dont les carcasses circulaires s’élèvent de tous côtés, sur les terrains vagues encore qui bordent le Champ de Mars, en concurrence avec les baraquements scolaires dont la Ville a garni ces parages.

Le spectacle est curieux sans être enchanteur. Nous n’avons encore sous les yeux que le revers des coulisses : lots de rails abandonnés dans le terrain boueux et défoncé par les hommes et les chevaux, squelettes de bâtisses qui laissent voir leur carcasse provisoire ; chèvres qui montent les pièces de charpente, fermes au levage ; ravaleurs qui improvisent en plâtre de luxuenses décorations sur des lattis mal recouverts encore.


Cette exposition sera vaste ; jusqu’à présent elle paraît assez dispersée. Ses tronçons, fort éloignés les uns des antres, traînent un peu partout. Sur l’Esplanade des Invalides, gardée par les canons qui font de temps immémorial la joie des enfants, les Colonies occupent la droite : le Tonkin, rouge avec des toits verts, domine l’ensemble ; il est clair qu’on a voulu relever dans l’estime des contemporains l’expédition que vous savez; autour de lui l’Annam, la Cochinchine, l’Algérie observent une modestie du meilleur goût. Pour le moment, sur quelques échantillons en plâtre qui n’ont, reçu qu’un décor incomplet, il serait prématuré de vouloir juger les joies et les plaisirs tout orientaux qui nous seront offerts dans cette région exotique. Tout ce qu’on peut dire, c'est que l’esplanade sablée et nue, sur laquelle sont posées ces constructions pittoresques, dans un désordre agréable d’ailleurs, ne semble pas un cadre bien approprié à ce tableau qui a le tort de rappeler un peu trop l’exhibition annuelle des baraques de Bidel, de Pezon et de Corvi. Il est de ces rapprochements malencontreux, sans doute mal justifiés, mais auxquels on ne peut s’empêcher de penser.

Vis-à-vis, on a élevé un palais de l’Hygiène qui sera sans doute le sanctuaire des siphons, des clapets, des appareils à chasse d’eau intermittente, des poteries Doulton. Le palais, puisque palais ily a, est tenu dans la gamme simple et hygiénique. Franchement, avec une destination aussi utile, louable, mais non enchanteresse, on ne pouvait exiger une féerie des Mille et une nuits. Si le pittoresque manque un peu, il est évidemment racheté par une grande pensée qui saisira le visiteur dès l’entrée : à droite l’insalubrité coloniale, à gauche le remède, c’est-à-dire l’hygiène sous tontes ses formes.

Au delà et joignant l’hygiène, afin de poursuivre la même pensée philosophique, s’élève l’édifice consacré au ministère de la Guerre : fléau qui décime les populations, à côté du Tout à l’égout qui suffit à réduire toutes les épidémies, typhus, diphtérie, colique infantile (V. les Tableaux graphiques) et fait la compensation. Ce palais, qui s’annonce d’une assez belle et grande ordonnance, a cette originalité qu’il semble commencé sous Louis XVI et achevé sous Louis XVIII. Qu’on ne voie pas dans cette observation une critique déguisée : nous avons cette faiblesse d’aimer le style dit classique français, et celui-ci ne nous déplaît nullement.

Le ministère de la Guerre, avec les trésors de ses armements, ne manquera pas d’exciter la curiosité. Il ne faut donc pas désespérer d’attirer la foule aux Invalides ; nous supplions seulement M. Alphand de multiplier de ce côté les accessoires, à tirer de son inépuisable fécondité inventive, pour donner quelque agrément à ce supplément d’Exposition, relégué un peu loin, mal encadré, et qui se présente comme quelque peu déshérité.


Au sortir de l’Esplanade, le visiteur cheminera, cheminera sous les deux galeries jumelles qni, le long du quai d’Orsay, Seront vouées à l’agriculture. L’heureuse fortune a voulu que ces longs tunnels soient recoupés, de distance en distance, par les accès des ponts qui les interrompent et intercalent des passerelles, des tranchées. Ces interruptions mettront un peu de diversité dans une série nécessairement monotone. Certes l’agriculture a son prix, mais deux kilomètres de herses et de batteuses, à l’aller, et deux kilomètres de semeuses et de hacheuses, au retour, forment un trajet agricole d’un intérêt qui n’est pas à la portée de toutes les intelligences. Ces deux couloirs seront instructifs, sans gaieté déplacée.

On atteindra enfin le Champ de Mars. Sur la berge, les expositions fluviales et maritimes, encore à l’état de pans de bois, baignent en ce moment leurs pieds dans le fleuve grossi. Le long du quai, comme préface de l’Exposition, s’étend l’Histoire de l’habitation. Nos lecteurs ont pu s'en faire quelque idée d’après la reproduction que nous avons donnée.

La série chronologique y est parfois observée. A l’angle, dès le départ, s’élève une masse de rochers sourcilleux, en toile peinte des tons les plus navrants, qui exprime bien l’horreur des existences troglodytes. Cet antre farouche et caverneux est certainement assez vaste pour loger un chien de garde, de la petite espèce. C’est une bonne idée que de l’avoir placé, comme niche, à l’entrée.

Dans le voisinage on découvre deux habitations lacustres et modestes, sur pilotis, plantées au milieu d’un ancien petit bassin en ciment que l’on a pu ainsi utiliser. On comprend, au seul aspect, que les tristesses d'une vie aussi précaire que celle des hommes préhistoriques trouvaient une compensation dans les plaisirs que procure la pêche à la ligne, quand on peut s’y livrer sans sortir de chez soi. Pour mieux exprimer cette pensée consolante, nous demandons instamment à MM. Alphand et Ch. Garnier de semer quelques poissons ronges dans le bocal qui enclôt les Lacustres. Il n’y a pas de place pour des cygnes, mais le cyprin, lui, n’est pas encombrant.

Un champignon colossal avec sa coupole, en béton Coignet, fendu sur le côté d’une porte à voussure, nous a profondément intrigué. L’imitation de la nature du champignon est parfaite, mais les proportions sont extraordinaires. Il faut sans doute voir là le germe de l’habitation, à l’époque antédiluvienne où les champignons, de taille gigantesque, auraient pu, dans leurs flancs, offrir un abri intérieur à une famille entière. Mais y avait-il des familles dans ce temps-là?

L’Egypte, l’Assyrie, la Grèce préhistorique nous montrent comment se logeaient, an contraire, des célibataires peu exigeants, dans des temps un peu moins reculés. Ces spécimens intéressants de l’histoire architecturale sont d’une proportion qui permet de les ranger, le soir, dans une boîte commune. Dans ces conditions, il ne pouvait être question de nous montrer des demeures propres à des raouts trop nombreux ; aussi l’architecte s’est-il, avec beaucoup d’à propos, attaché à nous montrer simplement les origines du « logement de garçon » qui, découchant souvent, n’a pas besoin de place pour mettre un lit; qui, vivant hors de chez lui, n’a ni cuisine, ni cheminée, ni salle à manger. De là, une distribution intérieure extrêmement simple. La guérite du cantonnier est le type le plus récent de cette habitation où l’on se tient debout quand il pleut, et qui n’a pas d’autre destination.

L’époque gothique, puis la Renaissance nous conduisent tout naturellement à la demeure cambodgienne, à moins qu’elle ne soit khmère, indienne, ou chinoise, pour aboutir, près de la porte de sortie, à un Bouillon Duval qui doit probablement représenter dans la série l’épanouissement moderne et définitif de la vie de garçon. Je n’affirme rien d’une manière trop précise, parce que je n’ai pu repérer bien exactement la date et la provenance de chaque échantillon : plus tard la décoration achevée, les revêtements de couleur et les peintures nous fixeront définitivement. Ils sont indispensables pour égayer ces cartonnages qui, dans l’état actuel, avec leurs plâtres frais, manquent encore d’éclat, de pittoresque et de gaité.

Non seulement il faut que la couleur vienne vivifier cet ensemble qui aujourd’hui passerait plutôt pour de l’architecture funéraire, il faut encore trouver le moyen de relier entre eux ces spécimens un peu dispersés. Ce léger défaut apparaît ici comme aux Invalides. En 1878, la rue des Nations était une rue, et l’on en eût tiré nn excellent parti si on l’eût animée par des installations de cafés ou brasseries internationales. Aujourd’hui les habitations historiques, isolées ou disséminées sans groupement, ne forment pas encore un ensemble. Il est probable qu’nn peu de verdure, quelques jardinets avec tonnelles comme aux Invalides, quelques arbustes viendront plus tard encadrer et souder ces jolis jouets qui semblent aujourd'hui répandus trop au hasard, et qui produiront alors un fort bon effet. Notre rêve, nous l’avons déjà dit, serait que ces habitations fussent suffisamment garnies d’habitants, d’hommes des cavernes, de troglodytes, lacustres, égyptiens ou assyriens, en costume de l’époque, offrant des rafraîchissements « du temps ».

A l'érudition rien n’est impossible. N’affirme-t-on pas, et très sérieusement, que la Commission d’Archéologie chargée de restituer, à l’Exposition, une histoire des moyens de locomotion et de transport à travers les âges, a déjà reconstitué l’arche de Noé? Elle en est même restée sur ce début, telle était déjà l’immensité de ces premières recherches! Cela n’étonnera personne.

Ceci n’est point une plaisanterie, c’est un fait bien avéré; il démontre la gravité convaincue avec laquelle les Commissions ont abordé les missions qui leur sont confiées.
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Re: La génese de l'Exposition Universelle et de la Tour Eiffel

Message par worldfairs » 27 mai 2019 07:18 pm

Texte et illustrations de "La construction moderne - 2 mars 1889"

PROMENADES A L’EXPOSITION UNIVERSELLE (suite)

Lorsque, dans le préambule du quai, on aura repassé son Histoire de l’habitation humaine, on franchira sur un pont une vaste tranchée où se loge le chemin de fer qui reliera le Champ de Mars à l’esplanade des Invalides. Cette voie de communication sera utile, non seulement à ceux-ci, les invalides, les impotents, mais même aux personnes bien conservées, car la distance qui sépare les fragments épars de cette exposition est vraiment assez grande pour n’être pas à la portée de toutes les jambes.

La tranchée n’offre pas un spectacle bien intéressant. Au delà commence, dans un désordre évidemment voulu, une série de pavillons, chalets, édicules, maisons, palais où se logeront les principales nations du globe : la Suède et la Norwège, un peu en retard, dressent de vastes salles en bois sculpté et découpé ; le Brésil, la Bolivie élèvent des façades en plâtre, chargées de sculptures vigoureuses, dans le goût du pays ; la principauté de Monaco nous prépare une villa avec serres qui ferait très bonne figure sur le littoral ; la Guatémala, la République argentine et, en général, toutes les républiques de l’Équateur auront aussi fort bonne tenue, à en juger d’après leurs pavillons déjà très avancés.

Du Pôle à l’Equateur et de l’Équateur aux Tropiques on passera sans transition par les spécimens d’architecture les plus variés. Nous n’aurons pas à nous plaindre de la diversité du spectacle. Nous demandons cependant à présenter à ce propos une observation brève puisqu’elle n’a qu’un intérêt rétrospectif.

Le mot d'ordre, en cette exhibition de 1889, semble avoir été, pour toutes les annexes, de ne prendre aucune disposition qui fasse deviner un arrangement quelconque, qui semble dériver d’un plan préconçu quel qu’il soit. Le hasard, voulu et cherché, préside ici en maître : plusieurs bâtiments se présentent de face, les uns de côté, d’autres de travers ; ceux-ci barrent le chemin, ceux-là sont relégués dans les coins. On a ainsi créé un véritable dédale où l’imprévu naîtra à chaque pas, je le veux bien ; mais l’inattendu n’est pas toujours le bien venu. Ces pavillons isolés, désorientés, n’offrent aucun ensemble, et l’on se demande : pourquoi y en a-t-il cinquante au lieu de cent? Mais c’est la mode, à toutes les expositions, d’offrir ainsi un lot de « Divers » que l’on place u’importe où et n’importe comment. Ou paraît convaincu qu’on obtient ainsi des effets du plus haut pittoresque.

Rien n’est ennuyeux comme une symétrie et une régularité forcées, le fait est incontestable. Mais si l’on eût, par exemple, rangé tous ces bâtiments, épars aujourd’hui, le long de deux rues d’accès, rues que l’on aurait eu soin de faire tourner, pour éviter les vues rectilignes que l’on a tout de suite embrassées d’un coup d’œil et qui sont froides et ennuyeuses, le tableau n’eût-il pas été suffisamment varié, tout en formant un ensemble parce qu'il aurait formé un tout?Entre ces bâtiments de tontes formes et de toutes proportions, bordant deux côtés de la rue, la foule eût circulé, entrant dans l’un, sortant de l’autre, avec une perspective sans cesse changeante sous les yeux. Les contrastes de tous ces styles de fantaisie eussent donné une variété bien suffisante, bien qu’elle n’eût pas atteint les sommets de l’Incohérence.

N’insistons pas outre mesure sur une observation, secondaire après tout, et reprenons notre chemin.

Au sortir de ce jardin anglais ainsi semé de fabriques dans un désordre plein de naturel, on atteindra le grand parterre qui forme, en contre-bas, le centre de l’Exposition. Des terrasses l’entourent de tous côtés ; il est bordé de quelques allées, plantées d’arbres que nous avons cru reconnaître pour être les infortunés qu’on transporta jadis du Champ de Mars au Trocadéro où ils commençaient en ces derniers temps à reprendre connaissance, et qu’on ramène maintenant an pays natal. Au fond s’élèvera la fontaine monumentale qui doit jouer, dit-on, sous des illuminations féeriques. Pour le moment, les fondations étant achevées, on commence à y apporter les fragments de décoration.

Ménager ainsi un jardin et, s’il se peut, quelque ombrage au milieu du Champ de Mars, est une louable idée. Les visiteurs de 1878 se rappellent tons, comme d’une traversée dans le Sahara , les terribles voyages qu’il fallait accomplir sous le soleil d’août pour regagner le pont et le Trocadéro. On avait bien eu déjà la bonne intention de planter quelques marronniers et des pelouses, mais il n’avait poussé que du sable
jalonné de poteaux télégraphiques, car les arbres projetés n’avaient pas eu le courage de dépasser cet état naissant.

L’ombre et le repos sont nécessaires au sein des Expositions, fussent-elles d’un intérêt empoignant. Lorsqu’on parcourt d’innombrables kilomètres à travers les galeries-kaléidoscopes où les toiles façonnées succèdent à la bimbeloterie, les pianos aux armes à feu, la cristallerie aux machines à coudre, les tuyaux à la coutellerie, on aime — et c’est le meilleur moment de la journée — à goûter cette joie, inconnue au Juif errant, d’étendre ses jambes lassées, de ne plus rien regarder d’instructif, et de reposer ses yeux sur le spectacle de la foule. Nous faisons donc les vœux les plus sincères pour que la végétation qui, après émigration, est rentrée dans ses foyers , nous fournisse cette année des ombrages suffisamment tutélaires. Malheureusement le nombre des marronniers ne nous a pas paru bien considérable.

Quand donc se réalisera pour nous ce rêve : au sortir des galeries d’exposition où règne toujours une chaleur étouffante, respirer un air frais sous un feuillage qui soit plus qu’une espérance toujours déçue? La vue de la fontaine monumentale sera un dérivatif, destiné à tromper les patients; rien de plus, nous le craignons.

La première de toutes les Expositions, celle de Londres, avait par hasard donné une fois satisfaction à ce désir bien légitime, puisque les arbres centenaires du parc s’y trouvaient enclavés dans les serres colossales qui servaient de galeries. Ce souvenir d’un âge lointain nous fait paraître, par contraste, le présent plus inquiétant.

Cependant, le public ne sera pas, cette année, réduit comme en 1878 à complète siccité ; il pourra toujours trouver des abris le long des pavillons latéraux. A droite et à gauche, sur les terrasses qui bordent le jardin, s’étendent les Arts libéraux et les Beaux-Arts ; au delà s’étendent en prolongement deux autres bâtiments consacrés aux nations étrangères, suivant une ordonnance différente. Ceux-ci font retour au fond, pour se joindre au grand Dôme qui forme l’entrée principale.

Les Arts, beaux ou libéraux, sont de la tête aux pieds enveloppés de terre cuite qu’encadre une carcasse de tôle peinte en bleu vif. A notre sens, c’est beaucoup de terre cuite ; briques {liâtes, tuiles et tuileaux, frises, balustrades à tous les étages, écussons, médaillons, statues, tout est terre cuite. L’ensemble de la décoration ainsi obtenue ne nous a pas paru autrement intéressant. De plus, on est en train de boucher par des planches, pour les galeries intérieures de tableaux, les vastes baies de ces galeries, ce qui n’améliore pas sensiblement l’aspect décoratif. On se demande pourquoi tant et de si vastes ouvertures, puisqu’on les obstrue toutes par de vulgaires planches en bois blanc?

Dans nos appréciations, ne nous avançons pourtant pas trop prématurément. Les bâtiments sont en place, achevés, l’installation intérieure est commencée; mais il est possible que l’ornementation au dehors ne se présente encore que très incomplète et par conséquent imparfaite ; possible que l’aspect soit plus tard beaucoup amélioré.

Au fond, les sections étrangères s’annoncent par une galerie couverte, sorte de cloître à colonnettes de fonte surmontées de ce cartouche que nous avons jadis publié en frontispice. Les deux statues en sont jolies ; il est fâcheux qu’elles se répètent à nombre illimité d’exemplaires, mais c’est là un inconvénient inévitable.

Le motif, robuste, a des saillies peut-être exagérées pour les maigres arcatures de tôle qui le portent. Ce défaut s’atténue beaucoup depuis que les peintres et les doreurs ont commencé leur œuvre : les tons vifs, s’enlevant sur des panneaux plus sombres, refouillent, trouent et allègent ce bloc sculptural qui ne parait plus peser aussi lourdement sur le pauvre petit fer à T qui lui sert de base unique.

Ces galeries abritées sont bordées de vastes brasseries on restaurants que nous trouvons fort bien placés là. Us formeront un cadre animé et vivant au jardin, le soir principalement ; et par contre, les visiteurs, en savourant les joies de l’ombre, jouiront du grand air et de la une du jardin. Ce qui mettrait le comble à notre satisfaction, serait qu’on prolongeât encore l'abri de ces galeries par un vélum courant sur toute la longueur : nous prévoyons que les délices de l’endroit seront très appréciées et attireront force flâneurs qui envahiront le passage couvert, déborderont fort au delà, et ne laisseront guère les passants bénéficier de cette ombre laborieusement créée.

Du dôme principal nous parlerons peu. A l’extérieur, on commence seulement à apporter les grands panneaux de staff qui garniront les portes colossales. A l’intérieur rien encore. L’activité est telle cependant que sons peu l’édifice prendra tournure.

En arrière s’allonge la grande artère centrale ; à droite et à gauche, transversalement, les galeries de l’Exposition française. Là tout est achevé, les portes d’entrée sont eu place, peintes de blanc et de rouge; de rouge et de vert, de bien et d’or, dans un style cambodgien que nous ne nous expliquons guère, mais qui a pour lui de laisser une note gaie aux regards. Les murs sont peints en rouge brun, les chevrons rehaussés de rouge ; les panneaux de la couverture sont peints aux armes de toutes les villes de France. Déjà sont commencées les installations des boutiques, sur modèle variant d’une galerie à l’autre, uniforme dans chaque galerie. Grâce à la peinture prodiguée, les salles auront un aspect infiniment plus vivant qu’en 1878 où le gris austère régnait en maître.

De ce côté les préparatifs sont fort avancés, plus que dans les sections étrangères où, l’œuvre de construction étant achevée comme dans les sections françaises, les exposants en retard n’ont pas encore fait leur apparition. A peine dans la section anglaise voit-on déballer quelques vitrines, destinées à la parfumerie; véritables reliques déjà vues souvent et qui ont fait le tour de tontes les Expositions internationales.
Le passage central aboutit enfin à la colossale galerie des machines. Colossale tant qu’on voudra, elle l’est certainement. Elle ne le paraît pas assez, à notre avis.

Les arcs, très hardis de portée et de disposition, recouvrent d’un seul jet les 115 mètres de leur ouverture ; ils montent à 50 mètres de hauteur. Malheureusement nous sommes si peu habitués à ces proportions extraordinaires que nous ne savons pas les apprécier : 115 mètres ne nous paraissent pas différer beaucoup de 60 on de 80 .L’impression première est celle d’une grande gare de chemin de fer, sans pins. Les arcs métalliques, très légers en réalité pour leur portée, semblent lourds : à la base ils sont énormes et paraissent hors de proportion avec leur destination parce qu’on n’a pas conscience de l’immensité réelle ; au sommet ils sont lourds encore à cause des gros tourillons, des mâchoires épaisses, des tôles qui obstruent, des cornières trop saillantes.

Quelque louable, ingénieuse, hardie, que soit cette tentative, elle ne nous a pas causé l’impression que nous attendions. C’est qu’elle est présentée « telle quelle fruste comme un fait. Cela ne suffit pas. L’œil et l’esprit ont toujours besoin d’être guidés, ont besoin de points de repère, d’éclaircissements. C’est l’art qui justement est chargé de souligner, de fournir l’interprétation nécessaire, de présenter le fait sous la forme saisissante qui le rend intelligible et dès lors frappant. Cette interprétation, cet éclaircissement sont plus nécessaires encore lorsqu’on présente à nos yeux un spectacle qui dépasse toute proportion connue de nous et appréciable pour nous.

Ici rien de tel n’a été ménagé. L’arc a une forme qui semble quelconque ; il pose lourdement et sans façons sur un pivot qui est un gros morceau de fonte, par un culot sans forme ; ses panneaux présentent un croisillon insignifiant. En somme, un immense espace, c’est à-dire rien du tout, couvert d’une manière quelconque, on n’en voit pas plus.

Que de talent et d’effort dépensés sans que le résultat nous en donne conscience ! Encore est-il à craindre que l’impression d’immensité ne disparaisse complètement quand ce vaisseau colossal sera garni, encombré de machines volumineuses qui arrêteront complètement le regard, ne lui permettront plus de courir d’un appui à l’autre et de mesurer lu portée, qui, an lieu de donner par des proportions réduites un favorable terme de comparaison, fourniront au contraire une échelle déjà colossale par elle-même. Déjà les transmissions posées produisent cet effet.
Le seul moyeu de comprendre la hardiesse extraordinaire de ce travail, c’est de regarder avec au recul suffisant la baie qui termine et clôt cette galerie du côté de la ville : à travers ses vitraux rayonnants on aperçoit alors nu groupe entier de maisons, presque lin quartier, qui vient s’encadrer dans l’ogive colossale.

De cette manière seulement on se rend compte de la proportion extraordinaire de l’œuvre accomplie et l’on rend justice à ses auteurs.
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Re: La génese de l'Exposition Universelle et de la Tour Eiffel

Message par worldfairs » 29 mai 2019 03:53 pm

Texte et illustrations de "La construction moderne - 30 mars 1889"

Les fêtes à l'Exposition Universelle

A M. Alphand,
Commissaire général des fêtes de l’Exposition.
Monsieur,
Lorsque nous avons appris que vous étiez désigné pour organiser la prochaine Exposition, nous en avons tous été charmés.
Votre prédécesseur de 1878, l’honnête M.Krantz, sema consciencieusement l’ennui et recueillit le déficit à pleines mains. Jamais sa pensée ne s’éleva au-dessus de cette conception, qu’il faut instruire et moraliser, les masses par la contemplation réfléchie des perfectionnements apportés aux godets de graissage, aux injecteurs et aux stuffing-box. Mais M. Alphand, nous disions-nous, est homme à bouleverser cette vieille routine, à nous donner une véritable fête originale, pittoresque, élégante et attrayante ; ce qui, pour une Exposition, est le comble de l’habileté : ne cherche-t-on pas, avant toute chose, à attirer les curieux, et pour cela ne faut-il pas les amuser ?

Triomphe de l'Empereur Maximilien (1517) - (Tiré de la collection de M. Planat)
Triomphe de l'Empereur Maximilien (1517) - (Tiré de la collection de M. Planat)

Jadis Paris avait ce privilège. Il semblait l’avoir perdu ; il serait bon que, l’ayant retrouvé, il en fît preuve devant l’Europe qui ne demande pas mieux, elle aussi, que de venir un peu se réchauffer au foyer des plaisirs délicats.
Or le programme de la fête est maintenant publié : Banquet de 1,500 couverts à Versailles; il y aura du veau, comme dans les salons de la Villette et de Rochechonart ; — festival à la place de la Nation, coïncidant avec la foire an pain d’épice; — enfin illumination du bois de Boulogne, avec cordons, s’il voqs plaît, des plus lumineux tout le long des boulevards. Le quinze août n’a qu’à se bien tenir.

Franchement, nous attendions mieux. Voulez-vous me permettre de dire toute ma pensée ? Au point de vue des intérêts démocratiques mêmes, me semble-t-il, la République aurait dû prouver qu’elle a, comme ses devanciers, du goût et de l’imagination, que la présence d’une Cour n’est nullement nécessaire, et :ne, sans elle, la France sait parfaitement offrir des fêtes originales et déployer un grand luxe vraiment artistique. Les artistes ce manquent pas encore chez nous, et je pense que, avec leur concours, il eût été facile d’inventer de l’inédit tout autrement séduisant que le projet officiel.

Car, je dois vous le dire, le cordon de gaz sur les édifices, les ballons ronges dans les arbres ont tout à fait perdu leur nouveauté ; les baraques de la fête foraine et du festival n’excitent pins que les protestations du voisinage; quant aux banquets de 1,500 couverts, on n'y chante même pins au dessert le «: baptême du petit ébéniste», ce qui leur enlève les dernières traces de couleur locale.

Ce ne sont pourtant pas les exemples dans le passé qui manquent, faciles à accommoder à nos goûts plus modernes, et dont on pouvait s’inspirer pour des fêtes, des réceptions, des défilés, des cortèges de grand apparat et de haut goût. Sans remonter aux temps les plus reculés, quoiqu’un peu d’érudition soit fort à la mode et n’effraie pas trop le public d’aujourd’hui, voulez-vous que nous en passions quelques-uns en revue? Histoire, comme on dit, de nous remettre au diapason, de revoir un peu ce qu’on entendait jadis par véritable splendeur? Si vous le voulez bien, après avoir ravivé nos souvenirs, nous en viendrons à des exemples plus modernes, même tout récents. Comme conclusion nous verrions le parti qu’on en peut tirer et nous constaterions que l’application n’en serait nullement impossible, loin de là.

Un peu d’archaïsme, s’il vous plait, au début; bien justifié d’ailleurs, car c’est an XVIe siècle que nous trouverons le père de tous les cortèges et triomphes, auquel les siècles suivants ont donné tant d’héritiers. Vous êtes trop fin connaisseur pour que je courre le risque de vous paraître ennuyeux eu remettant sous vos yeux de vénérables documents qui font la joie des collectionneurs.

Vers 1517, le sérénissime et très illus
Triomphe de l'Empereur Maximilien (1517) - (Tiré de la collection de M. Planat)
Triomphe de l'Empereur Maximilien (1517) - (Tiré de la collection de M. Planat)
tre seigneur Maximilien, empereur romain et chef de la chrétienté, roi et héritier de sept royaumes chrétiens, archiduc d’Autriche, duc de Bourgogne et d’antres grandes principautés et provinces de l’Europe, fit dessiner et graver sur bois, par Hans Burgmair, son Triomphe où il représenta « l’état de sa maison, ses inclinations, ses possessions territoriales, ses guerres, ses conquêtes et autres événements de son règne, par une marche de plusieurs centaines de figures, dont les unes à pied les autres à cheval ou traînées dans des chars, formant une entrée triomphale des pins magnifiques. »

Burgmair était un des plus vigoureux élèves d’Albert Dürer. L’œuvre complète devait se composer, croit-on, de 200 planches gravées dans ce style robuste, expressif et sans afféterie qui appartient aux artistes de cette aurore de la Renaissance. Malheureusement, Maximilien mourut avant l’achèvement complet de l’édifice qui ne comprenait encore que cent trente-cinq gravures. Son successeur se soucia fort peu de mener à bonne fin la glorification du respectable empereur, qui, après des malencontres dans sa carrière, ne fut guère plus heureux après sa mort.

Que devint l’œuvre de Burgmair? Au XVIe siècle, quelques épreuves seulement avant la lettre étaient connues. Plus tard on crut que tous les bois avaient été détruits dans un incendie à Augsbourg ; ce fut au XVIIIe siècle seulement qu'ils furent retrouvés, partie dans le musée d’Ambras, dans le Tyrol, et partie dans les collections du collège des Jésuites, à Gratz en Styrie. Les curieux purent alors se procurer quelques collections complètes, devenues rares aujourd’hui.

Le Triomphe de Maximilien, outre le mérite artistique de l’exécution, est curieux en ce sens qu’il a pour ainsi dire servi de modèle à plus d’une cérémonie du même genre, réalisée dans les siècles suivants. Tout récemment, à Vienne, le grand peintre Mackart, qui était homme de goût et fin connaisseur, y puisa évidemment ses inspirations pour le cortège qui mérita et obtint un si grand retentissement. C’est précisément cette grandiose cérémonie, pittoresque au plus haut degré — et, par conséquent, amusante aussi bien pour le lettré, l’érudit, que pour la foule — qui nous paraît être un des exemples les plus remarquables et les pins faciles à imiter, le jour où l’on voudra organiser chez nous des fêtes sortant un peu de la banalité courante, et dignes d’appeler l’attention de tous ceux qui ont les regards fixés sur notre Exposition.

Pour le moment, restons encore dans le XVIe siècle. Le respectable Marc Treytzsanrwein, secrétaire de l’empereur, rédigea en 1512, sous la dictée même de Maximilien, ce que nous appellerions l’ordre et la marche du cortège.

En tête marchait le héraut qui était « un homme nud, monté sur un griffon (animal chimérique) non sellé ». — On voit que le digne secrétaire ne voulait, en conscience, induire personne en erreur et prenait soin d’avertir que cet animal à tête d’aigle, avec oreilles d’éléphant, armé de deux fortes serres, dont le train de derrière, sous ses ailes héraldiques, était emprunté au lion, que cet ensemble n’était qu’une pure chimère.

« La nudité du héraut n’était couverte que par les ailes de l'animal. » — Encore faut-il dire que ces ailes ne voilaient que l’indispensable. Mais la Renaissance, n’ayant que de bonnes intentions décoratives, n’avait pas de scrupules inutiles. Le cor, embouché par le héraut, était « d’une forme extraordinaire ». Et en effet il est enrichi de volutes, de palmettes, de fruits, de guirlandes, dans le goût du temps, et est censé jeter des flammes, ce qui en fait un instrument de musique tout aussi chimérique que l’animal.

A la suite, des étendards, des tableaux à l’italienne, portés sur des brancards, par des chevaux harnachés, étalaient aux regards les innombrables titres de l’empereur an respect et à la louange de ses sujets. Comme nous ne pouvons tout reproduire, nous nous bornons au regret de ne pas mettre sous les yeux ces modèles d’une très belle décoration dans le style de la Renaissance.

Le fifre, Antoine de Dorstalt, tenant une large bannière à banderolles, venait à la suite, sur son cheval, escorté de trois fifres également à cheval ; chacun peut se figurer la richesse des costumes ramagés, de couleurs éclatantes, des toques empanachées.

La devise de la bannière disait : « Moi, Antoine de Dorstalt, j’ai joué du fifre en plusieurs pays pour le valeureux empereur Maximilien, en beaucoup de grandes batailles, ainsi que dans la lice au combat à plaisance et à outrance ; c’est pourquoi j’ai l’honneur de paraître, en ma qualité de fifre, dans ce triomphe. » Maximilien, quand on avait longtemps joué du fifre pour lui, n’oubliait pas le service rendu. Après tout, pourquoi Antoine ayant été à la peine n’eût-il pas été à l’honneur?

Après les cinq tambours, paraissait Jean Tenschel, maître fauconnier, dont la devise expliquait que : profitant des enseignements de l’empereur, il avait perfectionné la fauconnerie « an point qu’il était en état de faire jouir son maître du plaisir de la chasse au faucon tant en hiver qu’en été ». C’était d’un bon serviteur : les plaisirs ne sont pas assez nombreux en ce monde pour qu’on dédaigne les esprits inventifs qui savent les étendre à toutes les saisons, comme dit la chanson.

Carrousel de Louis XIV en 1662 - (Tiré de la collection de M. Planat)
Carrousel de Louis XIV en 1662 - (Tiré de la collection de M. Planat)

Nous n’énumérerons pas les cortèges de la chasse an chamois, an cerf, à l’ours, au sanglier, où ces animaux paraissaient couronnés de lauriers en l'honneur de leur vainqueur ; les diverses charges de la cour, les musiques de rebecs, chalumeaux, cromornes, de régal et de positif, sortes d’orgues à soufflets, traînés sur des chars par des dromadaires ; les musiques de mélodie douce et de chapelle ; les bouffons, les fous et la momerie, l’escrime, les tournois, joutes et courses ; le mariage de Bourgogne ; les représentants des pays héréditaires, comme l’Alsace que nous reproduisons ici d'après l’original ; puis les victoires et conquêtes, guerres du Hainaut, d’Utrecht, de Flandre, de Hongrie, d’Italie, de Bavière, etc. figurées par des lansquenets portant des châteaux et des villes, montés sur des chars que l’on manœuvrait d’après les principes d’une mécanique encore élémentaire, et dont notre reproduction figure un groupe ; les chars de trophées de toutes nationalités; l’artillerie, le trésor, les statues des empereurs et rois des Romains; les prisonniers, les trompettes de l’Empire, les hérauts d’armes, le glaive et le char triomphal de l’empereur; enfin les princes, les comtes, les chevaliers, les soldats de mérite nominativement désignés avec leur nationalité d’origine : alsaciens, anglais, espagnols, suisses; et, pour terminer, sans que l’on s’explique leur intervention, les sauvages de Calicut, armés de targes, d’épées, d’arcs anglais, et précédant les gros bagages de l’armée.

Voilà certes un beau modèle dont on pourrait tirer quelques inspirations. De quelle manière? C’est ce que je me propose de rappeler plus loin ; je dis rappeler, car l’application en est toute faite à l’heure qu’il est.

Sans insister davantage pour le moment, nous nous hâterons d’aller plus loin, sans faire plus que mentionner au passage les célèbres fêtes d’Anvers au xvii6 siècle, et l’admirable décor dont Rubens et ses élèves fournirent l’encadrement. Je n’ai pas besoin de vous rappeler cette série d’arcs de triomphe que nous a conservés la gravure, ce merveilleux chef-d’œuvre de luxuriante décoration, dont la bonne ville flamande n’avait pas perdu le souvenir et qu’elle sut utiliser une fois encore, lorsqu’elle donna de grandes fêtes d’inauguration, il y a une douzaine d’années.

Je viens tout de suite aux pompes légendaires de Louis XIV. Ce roi a pu commettre bien des fautes, je vous assure que ce n’était pas un sot. N’eût-il pas d’autre mérite, il avait en tout cas celui d’entendre merveilleusement l’ordonnance des grandes représentations. C’était un excellent commissaire général des fêtes de son temps. Puisque comme tel, vous voilà son héritier, laissez-moi vous affirmer qu’il serait pour vous de très bon conseil et que vous pourriez trouver chez votre prédécesseur plus d’une heureuse inspiration.

Je ne parlerai pas ici des cérémonies officielles, ni des représentations dans l’intérieur des palais ; je vous demanderai seule ment la permission de dire quelques mots de cette grande fête publique du Carrousel qui nous permettra de voir exactement comment on entendait alors le régal des yeux : et surtout des têtes de 1664 à Versailles, qui, si vous partagiez mon sentiment, vous fourniraient tout de suite le « canevas » d’une représentation des plus curieuses et, comme on dit, des plus attractives, ce qui est le grand point.

Carrousel de Louis XIV en 1662 - (Tiré de la collection de M. Planat)
Carrousel de Louis XIV en 1662 - (Tiré de la collection de M. Planat)

C’est en 1662, pour célébrer la naissance du dauphin, que Louis XIV donna la mémorable fête du Carrousel sur la place qui, depuis, en a conservé le nom. Elle dépasse de beaucoup en splendeur la fête précédemment donnée à la place Royale. Colbert, qui, pour ne pas rester au-dessous de Fouquet, savait réunir l’argent nécessaire pour donner aux fêtes du roi une splendeur inusitée, lit peu après graver « les estampes de la marche, des habits, des devises, des courses et de tout ce qui composa cette fête magnifique». Perrault en dirigea la publication, avec dédicaces, description et poème héroïque eu latin, suivant le goût de l’époque ; Chanveau grava les figures et Israël Sylvestre les ensembles.

Le Maréchal de Grammont, réputé pour son expérience dans les armes et son goût délicat pour ces sortes de galanteries, fut chargé par le roi d’organiser la course de têtes et de bagnes, et proposa d’y présenter cinq quadrilles, composés chacun d’un chef, de dix chevaliers avec leurs officiers et équipages, et figurant les nations les plus célèbres. Au XVIIe siècle, celles-ci étaient, paraît-il : les Romains que conduisit le roi lui-même ; les Persans sous les ordres de Monsieur, frère du roi ; les Turcs, sous le prince de Condé ; les Indiens, bous sou fils le due d’Auguien ; enfin les sauvages de l’Amérique, amenés par le duc de Guise. Tout comme au siècle précédent, il n’était pas de fête galante sans sauvages, d’où qu’ils vinssent.

Le camp fut établi dans la cour qui précédait les Tuileries ; au milieu du palais fut élevé un amphithéâtre pour les reines et princesses de la Cour, « duquel l’architecture était de deux ordres, le premier dorique et le second ionique, enrichi d’un double rang de pilastres et de colonnes de marbre, dont les hases et les chapiteaux étaient d’or, comme aussi les deux frises, les Balustrades et les autres ornements : cette architecture se terminait en nu fronton, avec inscription..Aux deux côtés de ce fronton étaient deux grandes figures de relief, dont l’une représentait la Guerre et l’autre la Paix, assises toutes deux, la première sur des trophées d’armes, l’autre sur un monceau d’instruments de tontes sortes d’arts. »

Au-dessous des trois reines, des princesses et des dames de la Cour, s’assirent les maréchaux qui devaient être juges de camp, les ambassadeurs, les ministres étrangers qui devaient gravement assister à cette course de bagnes.

Le cinq juin, les compagnies des gardes, suisses et françaises, furent rangées dès le matin depuis la place Vendôme, par les rues de Richelieu, Saint-Honoré et Saint-Nicaise, jusqu’à l’entrée de l’amphithéâtre. A l’hôtel de Vendôme, où s’habillèrent les quadrilles, le roi fut rejoint par tous les chefs et leurs officiers.

Le défilé à travers les rues et la place nous a été conservé par Sylvestre : successivement arrivèrent chacun des quatre maréchaux, juges de camp, précédés de trompettes, de timbaliers, d’écuyers, pages, palefreniers et estafiers ; puis les 70 chevaux de main du roi, chacun accompagné de deux palefreniers en costumes; 50 valets de pieds, les écuyers, le roi, ses enseignes, ses dix chevaliers de quadrille, leurs 40 estafiers, leurs 20 pages. Dans le même ordre s’avancèrent: le frère du roi, le prince de Condé, etc. Inutile de désigner par leurs noms tous les personnages marquants et connus : le duc de Luxembourg, le duc de Villeroy, le marquis de Vardes, le duc de Bouillon, le marquis de Péguilin, depuis duc de Lauzun, les comtes de Noailles, d’Armagnac, de Saint-Aiguan, etc., qui remplirent tous les rôles importants ou secondaires.

Ce qu’il faudrait pouvoir décrire, c'est la splendeur, l’éclat étincelant des armes, des étoffes, des pierreries dont les quadrilles étaient couvertes jusqu’aux derniérs figurants. La couleur de feu et le noir, les diamants, étaient réservés à la quadrille romaine du roi; l’incarnat et le blanc, les rubis, à la quadrille persane de Monsieur ; le bleu et le noir, les turquoises et les diamants, aux Turcs du prince de Condé; la couleur de chair et le jaune, les diamants et les perles, aux Indiens de M. d’Angnien; le vert et le blanc, les peaux d’animaux sauvages, congrue-ment rehaussées d’émeraudes, aux Américains du duc de Guise.

Ne pouvant entrer dans les détails, et pour donner seulement quelque idée de cet éclat merveilleux des couleurs, du chatoiement de l’or et des pierreries, nous nous bornerons à dire que les écuyers et pages romains, par exemple, avaient le justaucorps en brocard d’or brodé par écailles d’argent, les lambrequins des manches et de la ceinture en écailles de satin de feu, brodé d’or et doublé de toile d’argent; les manches de dessous étaient de toile d'or, reliées d’un bracelet couleur de feu brodé d’or, et se terminaient en manchettes de toile d’argent taillée en feuilles. Le caparaçon des chevaux était de satin feu à bandes d’or chargées de pierreries, de broderies or et argent coupées de campanes, ornées de masques d’orfèvrerie, avec pendants en pièces d’orfèvrerie également. Au milieu du caparaçon était un aigle de broderie d’or relevée en bosse. Le chanfrein et la crinière étaient ombragés de plumes couleur de feu.

Le prince de Condé, fort ressemblant sur l’estampe avec son nez busqué, ses yeux à fleur de tête et le contour creusé de son visage (1), avait une surveste de satin cramoisi brodée d’argent, à grosses agrafes de turquoises et de diamants ; de même pour les entournures des épaules, avec dessous de croissants d’argent en orfèvrerie. Les lambrequins étaient ornés des mêmes pierreries ; le revers, apparaissant aux coins de devant relevés et agrafés, était de brocard d’argent; l’écharpe, d’argent rayé d’or. Le turban était à bandes d’argent rebrodé d'argent, garni de diamants et de turquoises.
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Re: La génese de l'Exposition Universelle et de la Tour Eiffel

Message par worldfairs » 30 mai 2019 07:34 pm

Texte et illustrations de "La construction moderne - 6 avril 1889"

Les fêtes à l'Exposition Universelle (suite)

Au mois de mai 1664, le galant roi Louis XIV « voulant donner aux reines et à toute sa cour des fêtes peu communes » choisit à cet effet le palais de Versailles qui n’avait pas reçu encore tous les embellissements dont il fut doté depuis ; il était cependant célèbre déjà par la beauté des jardins, des promenades, la diversité de ses ménageries d’animaux et l’étendue de ses viviers où pullulaient les animaux aquatiques.

Dans ce cadre dès lors merveilleux furent données des fêtes de jour et de nuit qui occupèrent une semaine entière. M. de Saint-Aignan, secondé parle célèbre Vigarani, fut chargé de fournir le thème et de réaliser la mise en scène. Le* plaisirs de l’ile enchantée, tel fut le titre de la pièce où l’on mit en œuvre un épisode de l’Arioste : Dans le palais d’Alcine, Roger et d’autres chevaliers étaient retenus, par les charmes de l'enchanteresse, sous le joug des plaisirs, jusqu’au moment où, délivrés de ces enchantements, ils retournaient à des exercices plus guerriers.

Le premier jour vit une scène allégorique pour laquelle on choisit un vaste rond-point où aboutissaient quatre larges allées bordées par de hautes palissades de verdure, et décoré de portiques et de festons enrichis d’or et de peintures, aux armes du roi. Quatre milles bougies formaient l’illumination.

La cour s’y étant placée, le héraut, M. des Bardins, « vêtu d’un habit à l’antique, couleur de feu en broderies d’argent, » fit son entrée à cheval, suivi de trois pages : M. d’Artagnan, M. de Saint-Aignan et M. de Noailles. Les trompettes et timbaliers précédaient le roi, représentant Roger loi-même « montant un des plus beaux chevaux du monde, dont le harnais, couleur de feu, éclatait d’or, d’argent et de pierreries ». Nous avons vu que la couleur de feu était celle de Louis XIV.

Fêtes de Vienne de 1879
Fêtes de Vienne de 1879

Le roi était armé à la façon des Grecs, du moins telle que la comprenait l’archéologie empanachée et décorative du temps : il portait une cuirasse de lames d’argent couverte en broderie d’or et de diamants. On nota particulièrement que son casque, tout couvert de plumes couleur de feu, avait « une grâce incomparable ». Il ne faut pas trop sourire de ces appréciations contemporaines, car ces costumes de ballet ont, en effet, une grâce fort noble et une grande élégance.

Les compagnons de Roger, rôles empruntés au Roland furieux : Guidon le Sauvage, Oger le Danois, Aquilant le Noir, Griffon le Blanc, étaient représentés par le duc de Guise, le comte d’Armagnac, le duc de Foix, le duc de Coaslin, le comte de Lude, le prince de Marcillac, fils du duc de La Rochefoucault, etc.
Sur un char immense parut Apollon, qui n’était autre que le sieur La Grange, de la troupe de Molière ; Apollon avait été choisi, parce que « en son honneur se célébraient autrefois les jeux Pythiens, que ces chevaliers s’étaient proposé d’imiter en leurs courses et en leur équipage ». A ses pieds les quatre Ages ou Siècles étaient reconnaissables à leurs attributs. Autour du char venaient les monstres célestes; les figures les plus remarquables de l’antiquité servaient de cortège : Daphné, Hyacinthe, les Heures, les Signes du Zodiaque conduits par le Temps, avec sa faux et ses ailes; lequel n’était autre sous son déguisement, que le sieur Millet, cocher de Sa Majesté.

Les pasteurs qui fermaient le cortège, et devaient rapidement élever la barrière pour les courses de bagues, étaient, comme il convient à leurs humbles fonctions, vêtus fort modestement : ce ils portaient des vestes couleur de feu, enrichies d’argent et des coiffures de même. » Rustique simplicité !

Pour comprendre ces mascarades, dont les assemblages nous paraissent étranges aujourd’hui, mais qui avaient au moins ce mérite de fournir un thème merveilleux à des féeries fort pittoresques, il faut se rappeler que les romans de chevalerie n’étaient pas complètement oubliés, que la Renaissance italienne les avait remis à la mode, bien que sous une forme toute différente des vieux romans de gestes, et tout empreinte de luxe voluptueux; que les bergeries chevaleresques et héroïques de M. d’Urfé et plus tard de Mlle de Scudéry, avaient la veille encore occupé tontes les imaginations ; que le culte de l’antiquité classique était venu ensuite s’établir et faire bon ménage an milieu de ces luxuriantes chimères. L’imagination, au XVIIe siècle, plus jeune, plus naïve, plus exubérante que nos esprits quelque peu secs et stériles, et de sève bien plus riche au milieu de ses écarts, s’accommodait fort bien de ces composés hétéroclites, pourvu qu’ils fussent prétextes à mettre en évidence le luxe, élégant en même temps que somptueux, et l’allure cavalière des compagnons du roi. Il faut se rappeler aussi que ces courtisans partaient chaque année en campagne, guerroyaient fort sérieusement six mois de l’année, laissaient assez fréquemment leurs membres sur les champs de bataille. A leurs divertissements de cour, pendant les intervalles d’un repos assez bien gagné, il n’était pas possible qu’il ne restât pas quelque caractère belliqueux propre à en rehausser singulièrement la fadeur.

Le Siècle d’airain, représenté sons forme très agréable, par l’actrice Mlle de Brie, prononça des vers à la louange de la reine ; puis commencèrent les courses de bagues, où M. de la Vallière fut vainqueur.

La nuit venue, la collation fut servie aux dames de la cour . par des pages, des moissonneurs, des vendangeurs, auxquels s’entremêlaient des « concertants » de Pan, de Diane et autres divinités, précédés de Saisons montées sur des chevaux, des éléphants, des chameaux et des ours.Tous les chevaliers qui avaient pris part aux courses, dans leurs costumes d’apparat, entouraient les tables brillamment illuminées, en s’appuyant aux barrières du pourtour.
Pendant ce temps, les Signes du Zodiaque commencèrent le ballet qui devait couronner cette première journée.

Le second jour, fut jouée la Princesse d’Elide, composée par le sieur Molière, comédie-ballet avec prologue et intermèdes.

Le lendemain, Alcine et ses nymphes, montées sur des monstres marins, s’avancèrent au milieu des eaux et vinrent convier la reine à un nouveau ballet, donné dans son palais, et qui se termina par la délivrance des chevaliers retenus par elle. Un coup de tonnerre, suivi d'éclairs, marqua la destruction du palais, aussitôt réduit en cendres par un feu d’artifices qui termina les divertissements de Vile enchantée.

Les journées suivantes virent encore des courses de têtes, la représentation du Fâcheux, du Mariage forcé, et celle du Tartuffe.

Telle fut, en résumé, cette semaine consacrée à la féerie. Nos mœurs modernes ne comportant plus les développements de la somptueuse fantaisie dans une cour, nous n’avons cependant pas supprimé tout à fait ces plaisirs de luxe et d’imagination, car ils sont un besoin de l’homme qu’on retrouve dans tous les temps; nous les avons transformés et reportés sur nos scènes de théâtre. A ce titre la Gaîté et le théâtre du Châtelet sont les héritiers du grand roi ; et l’on pourrait remarquer que la dépense n’y est guère moins considérable, pour la mise en scène de ces coûteuses fantaisies, qu'elle ne l’était jadis à Versailles. En fait, c’est toujours le public qui paye : l’importante différence est cependant qu’il paye aujourd’hui pour son plaisir, si celui-ci le tente, et qu’il était autrefois exclu des pompeuses représentations dont il faisait les frais, bon gré mal gré.

Sans nous attarder à des remarques qui ne sont point de notre sujet, nous viendrons tout de suite à l’exemple le plus récent que nous ayons à citer ; le XVIIIe siècle nous offrirait certes, dans l’intervalle, quelques beaux modèles, mais ils nous paraissent d’une moins directe application.

Il y a maintenant dix ans que la ville de Vienne voulut fêter les noces d’argent de l’empereur Joseph et de l’impératrice Elisabeth. Au mois de janvier 1879, le conseil municipal vota les fonds nécessaires pour un grand cortège historique dont l’organisation fut confiée au célèbre peintre Hans Mackart, à son ami Schilcher, aux architectes Streit et Otto Wagner, et au sculpteur Kundmann. Trois mois après, la cérémonie eut lieu : le cortège, arrivant par le Prater, traversa le Danube, pour arriver sur la place de la fête, après quoi il suivit la Ringstrasse, suite de boulevards neufs, pour retourner au Danube.

Les architectes étaient chargés de disposer et de décorer la place de la fête et de construire les chars. Les autres artistes furent chargés des costumes. Vingt-six groupes de particuliers se formèrent pour représenter dignement chaque corporation de métiers et fournir les fonds nécessaires ;les notables de la ville représentèrent la bourgeoisie ; les membres de la noblesse organisèrent le groupe de la chasse historique ; les artistes celui des arts plastiques; les sociétés de chemins de fer, de navigation, organisèrent des groupes spéciaux, de même que les diverses industries. Les maisons de banque voulurent contribuer largement à la formation du capital indispensable. Les différentes académies, les étudiants, les sociétés de gymnastique, de tir, la société des architectes et des ingénieurs, se firent également représenter; les sociétés chorales se chargèrent de la partie musicale.

Mackart, s’inspirant du Triomphe de Maximilien dont nous avons longuement parlé, choisit pour l’époque des costumes à adopter la fin du règne de cet empereur et l’avènement de Charles-Quint son successeur : « Le costume avait un caractère noble, riche et pittoresque; de plus, aucune époque ne fournissait des documents et des dessins aussi authentiques, » Nous avons signalé ces documents et ces dessins.

Une difficulté se présenta pourtant : les hommes d’aujourd’hui ont peu l’habitude du pourpoint et des toques empanachées. A échanger la jaquette étriquée, le pantalon peu décoratif mais auquel nous sommes faits, le chapeau noir d’allure peu conquérante, contre le feutre cavalier, les chausses flottantes, les manteaux que doit galamment retrousser une rapière belliqueuse, les paisibles habitants de Vienne ne couraient-ils pas le risque de ressembler fort, dans leur air d’emprunt, à ces mascarades du Mardi gras qui font la joie des seuls enfants en bas âge, trop jeunes pour discerner ou commence le ridicule?

Four rassurer le public sur ses destinées plastiques, Mackart prit le parti d’exposer les études où il traçait, d’après nature, l’ébauche des costumes destinés à ses amis et à lui; véritables portraits où l’artiste avait sa tirer parti de la physionomie de chacun, pour lui adapter le costume fait à sa taille et à sa tournure. Le succès fut très vif : les spectateurs comprirent qu’il était facile à chacun de se faire la « tête du temps », et que l’ensemble pouvait n’avoir pas trop l’air d’un anachronisme. La résolution une fois prise, Stadlin prit la direction de l’exécution, surveilla les costumes, évita les fautes de goût, conseilla, donna le caractère artistique; et finalement l’ensemble fort harmonieux fut d’un goût excellent.

Pas plus que nous n’avons pu le faire pour les grandes fêtes du XVIe et du XVIIe siècle, nous n’entrerons ici dans le détail de ce splendide « bal costumé » auquel se prêta une ville entière (1). En peu de mots, nous indiquerons l’ordre du cortège : en tête douze cents étudiants des Universités et Académies, l’épée à la main; puis les hérauts, trompettes et musiciens delà ville de Vienne, les porte-bannières ; le groupe delà chasse historique ; l’agriculture, les mines; les corps de métiers : boulangers, bouchers, hôteliers, tailleurs, carrossiers, charpentiers, peintres en bâtiment; horlogers, constructeurs de machines, chaque profession escortant son char; les antiquaires, la navigation, les chemins de fer, la métallurgie, les orfèvres, les imprimeurs, les marchands d’estampes; et pour terminer, les artistes que conduisait Makart, à cheval au milieu de ses amis.

Ces deux exemples, les plus récents parmi ceux que nous avons signalés, nous semblent les plus intéressants à consulter ; M. Alphand, ayant fort bien compris que l’Exposition prochaine, pour être instructive, n’eu doit pas moins être avant tout attrayante, qu’elle doit être accompagnée de fêtes dignes de Paris et de la France, n’y verra-t-il pas quelque donnée originale à emprunter, pour la mettre en œuvre avec tonte la fantaisie pittoresque que nous reconnaissons volontiers à cet habile organisateur?

A notre modeste avis, deux grandes représentations seraient à organiser, dont le cadre est tout tracé.

Puisque Versailles a été choisi pour le banquet officiel dont nous nous garderons bien de médire, mais dont l’intérêt ne sera pas tel qu’il faille organiser des trains de plaisir pour y amener les curieux ; puisque l’on a déjà pensé à ce palais qui résume une des époques où. la France eut certainement le plus de prestige aux yeux de l’étranger, pourquoi ne ferait-on pas davantage; pourquoi ne nous restituerait-on pas, dans la mesure du possible, la grande fête de 1664 ?

Volontiers je me représente, pour ces féeries nocturnes, le palais illuminé ainsi que les bosquets, les futaies, les charmilles, toutes les eaux jaillissantes sous les feux qu'aura allumés M. Alphand; l’an des ronds-points serait décoré comme il le fut par Vigarani ; on rétablirait les décors et les machines qui servirent aux diverses journées que nous venons de rappeler. Le Théâtre Français, convoqué, nous donnerait une représentation des pièces inaugurées sous Louis XIV : la Princesse d’Elidé, les Fâcheux, le Tartuffe même si on le juge curieux ; la mise en scène, les costumes que nous connaissons très exactement seraient rétablis tels qu’ils furent à l’origine. Les ballets et les intermèdes seraient confiés à l’Opéra, et nous seraient rendus avec la musique de l’époque, comme on l’a tenté timidement à l’Odéon, non sans grand succès.

Il nous semble que, par le goût de restitutions qui fait aujourd’hui fureur, le spectacle ainsi composé paraîtrait curieux ; d’autant plus qu’il ne s’agit pas ici de ces restaurations de chefs-d’œuvre démodés, faits pour les seuls lettrés et les archéologues, mais d’une mise en scène animée, vivante, pittoresque au plus haut degré; spectacle pour les yeux de la foule, tout aussi bien que régal délicat pour les connaisseurs. 11 est bon de se rappeler
que ces pièces de circonstance, improvisées par un artiste comme Molière, ne sont autre chose que des ballets, des pantomimes si l’on peut ainsi dire, encadrés de superbes décors tout aussi bien que nos féeries modernes; allégories ingénieuses faites pour présenter des groupes fort plastiques, habillés avec une richesse extrême, soutenus d’une musique qui a bien son mérite.

Il nous paraît qu’un semblable spectacle, remis dans son véritable cadre : les jardins de Versailles tels que le temps nous les a par miracle conservés, avec le concours de deux troupes hors ligne comme celles de nos grands théâtres qui ont fidèlement gardé la tradition da grand siècle, — que ce spectacle aurait le don d’exciter la curiosité tant à l’étranger, qui mieux que nous a conservé le souvenir et le respect de cette rayonnante époque, que chez nous-mêmes.

Pour le compléter tout à fait, nous ne nous ferions même aucun scrupule de demander à une scène d’un genre bien inférieur, mais qui a ses fidèles, à l’Hippodrome ou au Cirque, de nous rendre l’image des courses auxquelles le grand roi ne craignait pas de prendre part. Il nous semble qu’il y aurait là aussi sujet à un Vaste déploiement de cortèges, de cavalcades, d’exercices sous de pompeux costumes, qui aurait bien son intérêt, facilement accessible à la foule.

Pendant ce temps, imitant à Paris la décision hardie et originale du conseil municipal de Vienne, nous organiserions quelque grand défilé historique semblable à celui de Mackart. Il no s’agit pas de ces mascarades du mardi gras où fleurissent les traditionnels mousquetaires, les seigneurs Louis XV sortant de chez le fripier, ou les Clodoches populaciers ; à Paris comme à Vienne il faudrait demander anx artistes de nous créer une véritable œuvre d’art.

Que la commission des fêtes choisisse telle époque qui conviendra le mieux aux fantaisies de la politique, le choix nous est fort indifférent ; à une condition cependant, c’est que l’époque soit suffisamment pittoresque et se prête à de beaux déploiements de costumes et d’apparat. Les principes n’ont rien à voir dans un cortège de divertissement public : nous ne conseillerions pas aux organisateurs d’aller prendre pour sujet les trois « Glorieuses » journées de 1830 ; pour glorieuses qu’elles soient, affublées des modes de Louis Philippe, elles ne sont nullement décoratives.

Qu’on fasse ensuite appel aux maîtres dans les arts : aux architectes les plus originaux, les plus inventifs, à ceux qui ont davantage le sens de la décoration, pour la composition des chars qui doivent être des morceaux artistiques : à nos peintres, à nos sculpteurs pour la conception, la disposition des figures, des groupes. J’affirme que plus d’un parmi les artistes qui aiment et connaissent le passé, se fera un grand plaisir de se donner ainsi à lui-même la réalisation vivante de sa conception, et saura y mettre ce' grain de fantaisie originale que ne découvriraient jamais les organisateurs de fêtes les plus officielles.

Après quoi il ne restera plus qu’à faire appel au public : Suivant l’exemple donné encore à Vienne, qu'on s’adresse aux jeunes gens de notre école des Beaux-Arts, de notre école de Droit, de nos écoles spéciales. Croit-on qu’ils ne saisiront pas avec empressement cette occasion de se divertir d’intelligente façon, d’entrer en concurrence entre eux pour l’originalité et l’invention ?

Pourquoi les corps de métiers, les industries diverses qui toutes, et surtout à Paris, ont un évident intérêt à la réussite des fêtes projetées et à désirer pour elles un grand retentissement, pourquoi ne prêteraient-ils pas leur concours d’aussi bonne grâce à Paris qu’à Vienne? Nos riches compagnies de chemins de fer seraient, je crois, tontes disposées à des sacrifices qui se traduiraient pour elles par un grand afflux de curieux ? Le concours de nos sociétés financières n’est-il pas également assuré par l'intérêt qu’elles ont à voir l’Exposition et Paris brillants et animés pendant la trêve que les politiciens de profession voudront peut-être bien nous accorder?

Tout ce qui a intérêt au succès de l’Exposition peut contribuer, semble-t-il, et contribuera volontiers de sa bourse. Tout ce qui est jeune doit saisir l’occasion de s’amuser d'une façon qui n’est point banale, mais qui, au contraire, sous la direction d’artistes de mérite, peut être fort originale et spirituelle.

Nous supplions donc M. Alphand de laisser les banquets de 1,500 couverts aux députés et aux maires qui en sont les convives naturels; de réserver au 15 août et à la foire du pain d’épices le festival promis, et de compter davantage sur les ressources moins vulgaires que l’on peut tirer d’un peuple artiste comme le nôtre

P. Planat.
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Re: La génese de l'Exposition Universelle et de la Tour Eiffel

Message par worldfairs » 30 mai 2019 08:20 pm

Texte et illustrations de "La construction moderne - 13 avril 1889"

LES FÊTES DE L’EXPOSITION UNIVERSELLE

L’idée de fêtes vraiment dignes de Paris et de la France ne paraît pas mal accueillie. Paisse-t-elle faire sou chemin jusqu’aux autorités qui peuvent nous donner, à leur volonté, de la quintessence de banalité OU de la bonne originalité ! »

Signalons entre autres le mot que nous adresse notre correspondant d’Angleterre, parce qu’il renferme une excellente idée.

9 avril.

Heu! Planate! Bene scrisisti. Seulement il faut définir la fête. Je propose Paris à travers les siècles.

Le cortège doit donner une image fidèle du peuple, des autorités, de la vie militaire, civile et religieuse de la bonne ville de Paria depuis l’époque gauloise avec les druides, passant par l'époque romaine, consuls, licteurs, flamens, collèges d’artisans, soldats, lutteurs, gladiateurs, plusieurs époques du moyen âge ; la Renaissance de François Ier représentée par les élèves de l’École des Beaux-Arts ; puis l’époque de Henri IV, de Louis XIII et Louis XIV, la Régence, Louis XVI et les bergeries , enfin les sans-culottides, l’époque moderne avec emblèmes de tous les arts actuels.

Dans chaque groupe il faudra ménager la part des vilains, des gueux, des jacqueries, afin de bien montrer que pendant que Monseigneur s’amuse, Jacques Bonhomme souffre. En arrivant à l’époque moderne, on montrera, an contraire, des groupes de paysans de la Beauce gros et gras, le sac aux écus bien garni. Cela fera l'affaire des politiciens.

Allez de l'avant, votre idée est bonne.
Pour tout savoir sur les expositions universelles et internationales.
http://www.worldfairs.info

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