Les tapisseries de M. H. Mourceau

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worldfairs
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Les tapisseries de M. H. Mourceau

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Texte et illustrations de "Les merveilles de l'Exposition de Universelle de 1867"

A quelle époque faut-il faire remonter l’invention des tapis et des tapisseries? L’histoire ne fixe point de date précise, mais dès la plus haute antiquité on se servait de tentures pour cacher la nudité des murailles, et de nattes pour couvrir le sol des appartements qui était pavé ou en terre battue.

Tyr, Sidon, Pergame étaient renommés pour leurs pailles ou leurs joncs tressés. De nos jours, le Levant fabrique encore des nattes de cette espèce, et elles sont très-recherchées à cause de leur extrême délicatesse et de leur dessin.

Plus tard on revêtit les murailles de pièces de cuir ou d’étoffes de laine ornées de dessins brodés ou imprimés. Les tapisseries de ce genre étaient un objet de grand luxe. Les plus riches reproduisaient, à l’aide des couleurs les plus vives, des dessins de grandeur naturelle.

Les tisser était l’occupation favorite des châtelaines du moyen âge, et les historiens nous parlent en termes élogieux de la célèbre tapisserie de Bayeux, qu’exécuta dans le courant du neuvième siècle la reine Mathilde. La fabrication des tapisseries devint par la suite une industrie qui se concentra dans les Pays-Bas, et les plus grands artistes ne dédaignèrent pas de dessiner des cartons pour les tisseurs de tapis. Raphaël lui-même en exécuta à la demande de Léon X. Des Pays-Bas, cette fabrication s’introduisit en Allemagne et en France, mais ce ne fut que sous le règne de Louis XIV que cette industrie prit son véritable essor dans notre pays.

Fauteuil style Louis XIV, par Mourceau (médaille d'or)
Fauteuil style Louis XIV, par Mourceau (médaille d'or)

Colbert, qui avait déjà emprunté aux Pays-Bas la fabrication des dentelles et celle des glaces à Venise, créa dans l’établissement des frères Gobelin, teinturiers alors en grand renom, la célèbre manufacture qui a conservé leur nom. Lebrun, qui portait le titre de premier peintre du roi, en fut nommé directeur, et les cartons qui servirent à la fabrication furent dessinés par Lesueur, Vander Meulen et Mignard.

Mais bientôt la fabrication des tapisseries se répandit sur différents points de la France, et aujourd’hui les principaux centres de production sont : Paris, Aubusson, Amiens, Abbeville, Beauvais, Nimes et Tourcoing. Toutefois, si la fabrication est disséminée, c’est Paris qui est le grand marché de toutes les étoffes d’ameublement et qui produit les tissus les plus nouveaux.

La plus ancienne manufacture de Paris est celle de la rue Saint-Maur, et appartient à M. H. Mourceau. Située au milieu du quartier le plus populeux de Paris, le faubourg du Temple à proximité de la place du Château-d'Eau, qui est appelée à devenir la plus belle place publique de l'Europe, elle possède plus de cent métiers à la Jacquart et occupe encore un grand nombre de tisserands au dehors. Son outillage, des plus complet , et son organisation qui ne laissent rien à désirer, ont été copiés par plus d’un fabricant parisien, lorsqu'il a procédé à son installation.

Fauteuil style Louis XVI, par Mourceau (médaille d'or), par Mourceau (médaille d'or)
Fauteuil style Louis XVI, par Mourceau (médaille d'or), par Mourceau (médaille d'or)

C’est dans cette manufacture, dans un vaste salon à cheminée monumentale , éclairé par de larges fenêtres, au plafond de style Louis XIV, avec caissons contenant les portraits de Lebrun, le peintre; Gobelin, le Goloriste; Richard-Lenoir, le filateur; et Jacquart, le mécanicien; dans un de ces salons pour lesquels la tapisserie semble avoir été créée, que nous avons été revoir ces magnifiques tissus qui ont été si admirés au Champ de Mars et dont nos gravures reproduisent quelques spécimens.

Nous ne pouvons citer tous les objets que M. Mourceau avait exposés, mais nous parlerons de ceux qui ont le plus appelé notre attention par leurs qualités vraiment remarquables.

Nous devons placer en première ligne un tableau en tapisserie, représentant un charmant paysage; les personnages, les animaux, les fleurs et les fruits du premier plan sont bien en valeur ; le dessin est correct, les couleurs se marient agréablement et se détachent franchement sur le fond. Au second plan, un motif d’architecture avec terrasse et un bois dans le lointain complètent ce charmant tableau qui serait digne de porter la signature de nos meilleurs paysagistes. Cette tapisserie, que l’on croirait sortie des Gobelins, a cependant été exécutée au métier Jacquart. Mais c’est un de ces tours de force qu’on ne saurait renouveler tous les jours, car il a fallu plus de 190 000 cartons pour tisser ce panneau, qui était incontestablement la plus belle de toutes les pièces de tissus qui figuraient à l’Exposition.

Lambrequin, style Louis XIII, par Mourceau (médaille d'or)
Lambrequin, style Louis XIII, par Mourceau (médaille d'or)

Nous devons également mentionner un autre panneau, style Berain, à fond d’or; sobre de composition, d’un dessin fort correct, admirable de couleur et d’un fini surprenant, cette tapisserie très-remarquée a produit un très-grand effet. Elle avait de plus le mérite d’avoir été tissée à l’aide d’un procédé complètement nouveau.

Deux portières, style Louis XVI, l’une avec bouquets de fleurs et ornements sur fond gris, et l’autre avec pendentifs et attributs champêtres sur fond vert d’eau, étaient parfaites de ton, de dessin et de travail.

Deux canapés, style Louis XVI, le premier fond cramoisi avec médaillon blanc, et le second avec fleurs sur fond gris, étaient très-bien réussis.

Nous avons également remarqué toute une série de chaises et de fauteuils de tous les styles et de tous les genres, une magnifique collection de tapis de table, et un fort beau choix de médaillons avec chiffres ou blasons.

Ces étoffes, qui avaient toutes été exécutées au métier, et dont les modèles ont été dessinés par les meilleurs artistes de Paris, possèdent le double mérite de produire de magnifiques effets de couleurs et de ne conter que la moitié environ de ce que coûtent les tapisseries d’Aubusson.

Canapé style Louis XVI, par Mourceau (médaille d'or)
Canapé style Louis XVI, par Mourceau (médaille d'or)

Cette dernière qualité, que nous prisons fort, permet d’employer tous les tissus de la manufacture de la rue Saint-Maur, — c’est-à-dire la tapisserie proprement dite, le reps, la vénitienne, le velours d’Orient, la popeline et les fonds satinés à fleurs et ornements qu’envierait Lyon, — dans les salons les plus' riches comme dans les plus modestes, dans les bibliothèques, dans les galeries, dans les chambres à coucher, dans tous les appartements en un mot.

Et maintenant quand on songe aux immenses difficultés qu’il faut surmonter dans un travail fait sur un métier par un ouvrier qui ne voit pas le résultat de son labeur, qui n’a sous les yeux que l’envers de l’étoffe qu’il tisse, et qui ne peut, sous peine de perdre complètement un tissu de valeur, se tromper, ne fût-ce qu’une seule fois, dans les deux ou trois mille navettes qu’il doit employer, on est saisi d’admiration devant cette régularité et cette perfection des formes, devant ces ornements si fins, si déliés, devant ces tableaux que l’on croirait peints par le pinceau délicat d’un maitre.

Le jury international a décerné une médaille d’or à M. H. Mourceau, qui avait déjà obtenu, en 1855, une grande médaille d’honneur, et qui avait été nommé chevalier de la Légion d’honneur à la suite de l’Exposition de Londres de 1862. Ce n’est que justice, car M. H. Mourceau ne se contente pas de diriger sa manufacture qui est une des plus importantes, avec une intelligence, une activité et un sentiment artistique des plus développés , mais il recherche et applique, non sans de grands sacrifices pécuniers, les procédés les plus nouveaux, et il a résolu, son exposition nous l’a prouvé, le problème de produire de belles et de bonnes choses à un bon marché des plus surprenants. Nous l’en félicitons et l’engageons à continuer dans cette voie, qui est la bonne !


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