Lit style Louis XVI, par Henri Fourdinois

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Lit style Louis XVI, par Henri Fourdinois

Message par worldfairs » 12 avr. 2019 09:24 am

Texte et illustrations de "Les merveilles de l'Exposition de Universelle de 1867"


On sait que les caractères essentiels et nécessaires de toute œuvre d’art sont l’unité dans la variété, et l’harmonie : composition d’un tableau, agencement des masses colorantes et des lignes, disposition des contours et des masses d’une statue, ordonnance d’une construction quelconque et de son ornementation, tout l’ensemble et les détails de la création artistique sont soumis à cette loi.

On comprendra sans peine que la décoration extérieure d’un édifice, d’une construction quelconque, d’une habitation, si simple qu’elle doive être, que l’ornementation et le mobilier soient soumis à cette même règle. Pour l’ornementation à demeure, cela est de toute évidence, car celle-ci fait partie intégrante de l’œuvre architectonique. Pour la partie meuble, cela n’est pas plus contestable, quoique beaucoup moins pratiqué.

Oui, s’il s’agit d’une église, d’un palais législatif ou de tout autre édifice public, il est clair que la décoration et les meubles devront être du même style et surtout du même caractère que l’édifice. Pour les habitations des particuliers, à moins qu’il ne s’agisse d’un château ou d’un hôtel, il est moins indispensable que l’intérieur s’accorde absolument avec l’extérieur : si la façade d’une maison commune n’est pas d’une originalité extrême, il est loisible aux habitants du premier étage d’avoir un meuble Louis XVI, et à ceux du troisième, un meuble Napoléon III, — sous cette réserve expresse, toutefois, que les corniches et les ferrures du premier appartement seront du style Louis XVI et celles du dernier, modernes.

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Dans le cas donc qui nous occupe, il est entendu que, sauf accord avec la décoration à demeure, on est complètement libre de choisir le style et l’époque de son mobilier. Mais il faut nous hâter d’ajouter que, le choix fait, l’exercice de la liberté est épuisé. On se trouve, dès ce moment, en présence d’exigences inflexibles. Il faut que le mobilier dans son ensemble constitue à son tour, et strictement, une unité artistique. Il faut que les meubles dans leur dessin et dans leur décor, dans leurs sculptures, dans leur couleur, dans leur dorure, dans leur polissure ou dans leur matité, dans les étoffes qui les complètent, forment chacun une œuvre d’art, et forment, pris tous ensemble, une œuvre d’art avec les tapis, avec les tentures, avec les rideaux, avec les bronzes. Il faut qu’en entrant dans un salon on soit frappé dans le même sens, on reçoive les mêmes impressions de tous les objets qu’on aura sous les yeux. C’est alors seulement que l’on dira non sans émotion : « Que cela est beau! » parole que l’on ne prononce jamais sincèrement qu’en présence d’une véritable unité artistique.

Mais ce n’est pas assez. Nous venons de dire que l’on était libre de choisir le style et l’époque de son ameublement, nous nous sommes un peu aventuré. Il faut encore que ce style et ce mobilier soient en harmonie avec le genre de vie que mène la personne qui va s’en entourer, avec sa profession si elle en a une, avec son milieu, avec la société qu’elle reçoit. Un peu de sévérité conviendra au mobilier d’un magistrat ou de tout autre fonctionnaire, ou d’un savant; chez un artiste, chez une femme jeune et élégante, il faudra des objets riants.

Avons-nous tout dit ? Non : plus on y songe, plus on voit combien est complexe et délicate la question de l’ameublement. Voici encore des restrictions qui s’imposent à nous : les dimensions du lieu, son orientation même, la complexion et l’âge de la maîtresse de la maison que tels ou tels reflets embelliront ou feront pâlir, sont encore des données dont il faut tenir compte.

Ces considérations nous sont suggérées par ce fait qui nous parait considérable : M. Henri Fourdinois, celui dont nous pouvons dire qu’il est le premier de son industrie, puisqu’il a obtenu, l’an dernier, le grand prix pour meubles et tapisserie, et que sa maison est la seule à laquelle aient toujours été décernées les premières récompenses à toutes les expositions universelles, M. Fourdinois comprenant bien (et d’autant mieux qu’une longue expérience le lui avait démontré chaque jour) l’importance de l’association étroite des diverses industries qui concourent à l’ameublement, les embrasse toutes aujourd’hui. Tous ses meubles sont construits d’après ses compositions et entièrement achevés sous sa direction. Et quand nous parlons de meubles, nous n’entendons pas seulement les bois : il fournit aussi les étoffes dont il fait exécuter lui-même les modèles, qu’il donne ensuite aux fabricants spéciaux; il met aussi en œuvre celles qui lui sont fournies directement. Il en est de même des ornements accessoires, tels que garnitures de croisées, bronzes d’ameublement, etc. On voit quel avantage il résulte de cette manière de procéder pour ceux qui ont recours à son talent : ils sont ainsi dispensés de s’adresser successivement à cette foule de coopérateurs, sculpteurs, tapissiers, ébénistes, etc., qu’il est absolument impossible à un particulier de faire marcher rigoureusement ensemble: un homme de l’art seul peut les diriger vers un résultat commun, et seul a l’autorité nécessaire pour leur imposer sa volonté et les inspirer tous du même esprit par une surveillance qui les suit jusqu’à l’entier achèvement du travail. Du reste, il faut le dire, un mouvement s’est produit dans cette direction, et l’on préfère généralement aujourd’hui s’adresser aux fabricants plutôt qu’aux tapissiers, qui ne sont que de simples intermédiaires.

Le chef-d’œuvre que nous avons gravé, ce lit Louis XVI qui a fait l’admiration, nous pourrions presque dire du monde entier, tant pour la majesté de sa composition que pour l’invention heureuse, la grâce et la perfection des détails, est en bois doré avec des panneaux en tapisserie d’Aubusson de tons délicats, dans le petit dossier. Le fronton du grand dossier porte un médaillon destiné à recevoir un chiffre ou un blason. Au chevet s’élèvent deux pilastres avec chutes de fleurs; ils supportent la coupole qui est formée de côtes de soie brodée avec arêtes en bois doré. Dans le fond, des rideaux de soie brochée sont relevés et laissent voir un rideau brodé à la main. A défaut de la couleur que nous avons le regret de ne pas pouvoir reproduire, nous recommandons à l’attention la plus soutenue, à l’étude du lecteur la composition et le dessin de toutes les parties de ce meuble qui est un modèle parfait du goût le plus pur.
Pour tout savoir sur les expositions universelles et internationales.
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