Le moulin par Constable

Paris 1867 - Arts, design, fashion
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worldfairs
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Le moulin par Constable

Message par worldfairs » 11 avr. 2019 02:19 pm

Texte et illustrations de "Les merveilles de l'Exposition de Universelle de 1867"

La Providence, en donnant aux Anglais une dose de bon sens plus forte qu’aux autres peuples, un esprit essentiellement pratique, n’a pas permis qu’ils fussent artistes dans toute l’acception du mot : l’Angleterre ne compte pas de grands peintres, de grands architectes, de grands musiciens, bien qu’elle ait des sculpteurs éminents dans le passé comme dans le présent et des écrivains et des poètes immortels, Shakespeare, par exemple, qui est égal à n’importe quel génie, en supposant qu’il y ait des génies qui soient ses égaux.

Ainsi, dans les lettres, les Anglais n’ont rien à envier à personne ; dans les autres arts ils sont inférieurs. Nous expliquons cela par le caractère principal que nous venons de leur attribuer : sans doute la poésie, le drame, le roman sont des fictions, des créations imaginatives comme le tableau, la statue, l’édifice, la symphonie, et si l’âme d’un peuple peut, dans une de ces régions, s’élever jusqu’aux plus hauts sommets de l’invention humaine, comment se ferait-il qu’elle ne le pût pas dans toutes? C’est qu’en littérature, l’effort est comparativement facile; en peinture, il doit être plus grand.

Paris 1867 - Arts, design, mode - Le moulin par Constable - lemoulinconstable.jpg

C’est ainsi que les Anglais n’ont jamais eu et n’auront jamais de grandes
peintures. Ils n’ont eu jusqu’ici et ils n’auront jamais que de cette peinture qui (ne la dédaignons pas, son importance est encore assez grande) a encore un côté pratique : le genre, qui raconte une histoire et même porte une leçon morale, comme les œuvres de Hogarth, et, à un degré moins littéraire, de Wilkie; le paysage, qui représente la vie anglaise, qui est l’Angleterre; et le portrait. Quant à la grande peinture d’histoire, c’est en vain que nous en avons cherché un exemple en Angleterre et en Ecosse : nous avons bien vu dévastés toiles portant des figures de grandeur naturelle dans des costumes historiques, mais de peinture, jamais.

Le paysage anglais représente bien l’Angleterre. A l’exception de Turner qui faisait avec puissance des paysages de fantaisie, les peintres anglais n’aiment et ne savent représenter avec fidélité que les prairies de cette Angleterre plus verte peut-être que la verte Erin et à coup sûr mieux cultivée : le pré, l’eau, le moulin, la route, les arbres indigènes, la barrière formée traditionnellement de planches parallèles retenues par une poutre en diagonale, la haie vive, le beau bétail paissant tranquillement, le charretier en culotte courte, le ciel un peu gris et chargé de riches nuages, voilà ce qu’ils excellent à rendre; ils saisissent mieux que personne le caractère de ces spectacles, ils en perçoivent les accents, ils se pénètrent de cette harmonie particulière, et ils la font passer avec toute sa saveur et toute son intensité sur leurs toiles. Le faire de l’artiste lui-même porte la trace de cette manière de sentir et de voir. Ce n’est pas d’une main rapide et légère qu’il traduit ces sensations et ces sentiments, c’est avec sincérité, avec patience, avec soin, et sa peinture est solide et simple comme le sol, la végétation et les animaux de la vieille Angleterre.

Tel est le Moulin de Constable que nous empruntons à une publication de premier ordre qui figurait avec honneur à l’Exposition universelle, l’Histoire des peintres.
Pour tout savoir sur les expositions universelles et internationales.
http://www.worldfairs.info

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