Bijouterie et joaillerie par M. Boucheron

Paris 1867 - Arts, design, fashion
Avatar du membre
worldfairs
Site Admin
Messages : 6779
Enregistré le : 21 juin 2004 09:41 pm
Localisation : illkirch
Contact :

Bijouterie et joaillerie par M. Boucheron

Message par worldfairs » 11 avr. 2019 01:04 pm

Texte et illustrations de "Les merveilles de l'Exposition de Universelle de 1867"

L’art de la bijouterie et de la joaillerie est l’un des plus délicats et des plus charmants. C’est qu’il est naturellement féminin. C’est que le bijou est une partie de la femme. Il a été créé par elle et pour elle. Il est l’expression de son génie, de son caractère. Une femme sans parure est une femme incomplète. Une femme qui a une perle à l’oreille ou un diamant dans les cheveux est plus femme qu’une autre. Quelle jolie tête ne gagne pas à être couronnée d’un beau diadème? quels sont les beaux yeux dont l’éclat perd à être voisin de l’éclat de l’or et des pierreries? quel cou sculptural souffre d’être enfermé dans un collier de rubis ou d’émeraudes ? Belles ou seulement jolies, ou même seulement gracieuses, toutes les femmes acquièrent un degré de beauté de plus ou de charme en se parant. Et cela est tellement vrai qu’il en a toujours été ainsi. N’avons-nous pas des bijoux de toutes les époques civilisées, des égyptiens, des étrusques, des grecs, des romains ? et pour aller plus loin des bijoux indiens, chinois, japonais. La parure des femmes est un besoin universel et éternel.

chatelainelouis16boucheron.jpg
Chatelaine Louis XVI, par Boucheron (Médaille d'or)

Nous ne sommes pas de ceux qui mettent de parti pris et à tout propos le temps présent au-dessus des temps écoulés. Mais nous repoussons aussi l’exagération contraire. Non, le siècle actuel et surtout le présent règne ont été caractérisés par une sorte de renaissance générale de l’art industriel — pour ne parler que de ce dont il nous est permis de nous occuper ici.

Les perfectionnements innombrables apportés par les progrès de la science aux procédés de fabrication, perfectionnements dus à la mécanique ou à l’électricité, comme la galvanoplastie, le guillochage par la pile, etc., d’un autre côté les progrès de la science archéologique qui, il y a trente ans, n’existait encore qu’à l’état d’un fouillis inextricable d’erreurs et de préjugés, ces deux causes surtout ont bouleversé complètement l’art du joaillier.

Ajoutons que, grâce à l’épanouissement de la vérité archéologique , au développement du goût pour la curiosité, à l’éclectisme éclairé qui en est résulté et qui a fait « admettre » toutes les productions du passé qui avaient un côté vraiment artistique, le moyen âge aussi bien que la Renaissance, le Louis XVI et le Louis XV aussi bien que le Louis XIV, — on est arrivé à des créations qui sans doute ne sont souvent que des imitations pures, ou la plupart du temps que des combinaisons de genres et de styles divers, mais qui toutes ont un caractère et portent la marque d’un goût véritable.

Ainsi, nous faisons des bijoux étrusques et nous en fabriquons d’égyptiens. Eh bien, quoique nous n’ayons pu découvrir les procédés dont les anciens se servaient pour fabriquer les petites pièces si menues qui composent leurs colliers, ni les moyens qu’ils employaient pour exécuter certains détails minutieux, néanmoins je ne crains pas de soutenir que nous faisons aussi bien qu’eux, je dirai même que notre exécution est plus parfaite et plus régulière. Et si l’on y regarde de près, si l’on veut y mettre une équité parfaite, on reconnaîtra qu’il en est de même pour bien des bijoux, des pièces d’orfèvrerie, des bronzes et des meubles des dix-sept et dix-huitième siècles. J’excepterais cependant volontiers de cette assertion générale ce qu’on appelle les « boites, » tabatières, boites à mouches, etc., de cette époque : j’en connais dont la netteté de faire ne saurait être surpassée.

parurelouis16boucheron.jpg
Parure Louis XVI, par Boucheron (Médaille d'or)

On m’objectera que la netteté supérieure que j’attribue aux productions contemporaines est un excès de qualité, un défaut par conséquent ; qu’elle donne de la raideur, de la monotonie, de la froideur aux objets, et qu’un léger désordre, un peu de mouvement et de liberté, révélant la main de l’homme donnent plus de vie à un objet. L’objection est sérieuse et spécieuse ; mais c’est affaire d’appréciation et de goût personnel ; je maintiens donc mon dire.

A ces divers points de vue, nous ne craignons pas de dire que la bijouterie la plus parfaite sous tous les rapports est la bijouterie française. — Mais arrêtons-nous ici et expliquons-nous de cette assertion qui pourrait déplaire aux étrangers. Ce mot de supériorité appliqué à notre pays, est revenu bien souvent sous notre plume à propos de diverses industries. En principe qu’y a-t-il là d’étonnant ? Il est évident a priori qu’un grand pays comme la France, avec son passé et dans son état de civilisation raffinée, doit avoir de nombreuses supériorités sur ses voisins. Il est, en outre, incontestable que l’élégance et le goût sont notre apanage, et que par conséquent dans toutes les industries ou le goût tient une grande place nous devons être les maîtres, nous devons l’emporter sur les peuples du Nord, un peu froids, un peu raides, un peu lourds, et sur les peuples du Midi, un peu négligeants et un peu pompeux. Ce n’est donc pas par l’effet d’une pure vanité, de cette vanité qui aussi est un des traits de notre caractère, que nous nous sommes si souvent proclamés les premiers à l’Exposition universelle. D’ailleurs nous avons pour nous le suffrage des étrangers qui formaient le jury international, et qui nous ont tant de fois décerné les plus hautes récompenses.

Donc en matière de bijouterie et de joaillerie, nous ne craignons aucune comparaison avec le passé ni avec nos voisins.

Mais il est temps de parler des chefs-d’œuvre que nous reproduisons ici.

Ils étaient exposés par M. Boucheron et lui ont valu la médaille d’or.

Notre première gravure représente une châtelaine, garnie de sa montre, de style Louis XVI, qui rappelle les beaux spécimens de cette époque; la ciselure est remarquable dans les détails ; un semé de roses incrustées dans le fond guilloché de la montre présente une nouveauté d’un goût exquis. Le chiffre de la propriétaire de ce joli bijou est modestement relégué au second plan, laissant ainsi en valeur la partie saillante qui porte des attributs de style Louis XVI, ciselés avec une finesse inouïe.

miroirstylerenaissanceboucheron.jpg
Miroir style renaissance, en émail, par boucheron (Médaille d'or)

La riche parure de camées que représente notre gravure est montée avec brillants et perles dans le style Louis XVI. Les pierres sont de toute beauté; les camées, gravés par Kissinger, sont de véritables œuvres d’art; le dessin général se recommande suffisamment à première vue pour que nous n’ayons pas à y insister; mais ce qui est parfait, ce sont les petits trophées composés de carquois, arc et flèches qui pendent entre les camées du collier, et qui sont heureusement rappelés au sommet de la broche qui est magnifique.

plumeenbrillantsboucheron.jpg
Plumes en brillants, par Boucheron (Médaille d'or)

Le miroir à main, de style Renaissance, qu’avait exposé M. Boucheron, est une pièce unique pour les émaux transparents ; ils encadrent le miroir qui est en cristal de roche; le manche est repercé et ciselé; c’est le dernier mot de la ciselure. Les parties ciselées sont mates et forment un charmant contraste avec l’éclat des émaux, rehaussés eux-mêmes de diamants, de perles et de rubis ; ces émaux sont d’une netteté dans les divisions, d’une diversité de nuances qui ne laissent rien à désirer. Lorsque l’on se regarde et que le miroir se trouve interposé entre le jour et la personne qui se mire, les émaux produisent un effet aussi charmant que celui des vitrages dans les édifices orientaux.

Les deux plumes en brillants que nous reproduisons sont d’un dessin heureux et naturel. L’effet doit en être admirable lorsque ces plumes, placées dans la coiffure en guise d’aigrette, se balancent gracieusement aux mouvements de la tête. Le nœud qui les relie offre aussi des lignes élégantes qu’accentue l’éclat des magnifiques brillants qui le recouvrent; ce joli bijou a l’immense avantage de pouvoir se démonter et de permettre de se servir séparément soit d’une des plumes, soit du nœud en brillants.

Outre ces belles pièces, la vitrine de M. Boucheron contenait, indépendamment de deux boutons en brillants d’une valeur de 450 000 fr., un choix remarquable de jolis bijoux de fantaisie, parmi lesquels nous citerons particulièrement ceux sur or rouge repercé ; ces derniers bijoux sont appelés au plus grand succès et nous devons en féliciter M. Boucheron qui les a créés il y a quelques années.

Avant de finir il nous reste à mentionner un magnifique service à café en vermeil avec émaux et de genre étrusque. Cet objet a malheureusement passé inaperçu, la vitrine d’orfèvrerie de M. Boucheron étant très-mal placée.

Nous devons d’autant plus le regretter que la disposition des plateaux était des plus originales et des plus neuves, et que M. Boucheron s’était payé le luxe de faire faire pour chacune des tasses des émaux d’un dessin différent; ces émaux très-remarquables étaient noir et rouge laissés sur le mat.

Du reste tous les objets exposés par M. Boucheron étaient remarquables comme exécution, et du goût le plus pur et le plus élevé; ils justifient pleinement la haute récompense que le jury a décernée à cet honorable fabricant qui en était cependant à son premier début comme exposant.
Pour tout savoir sur les expositions universelles et internationales.
http://www.worldfairs.info

Retourner vers « Paris 1867 - Arts, design, mode »

Qui est en ligne

Utilisateurs parcourant ce forum : Aucun utilisateur enregistré et 1 invité