La joaillerie par Mellerio dits Meller frères

Paris 1867 - Arts, design, fashion
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La joaillerie par Mellerio dits Meller frères

Message par worldfairs » 12 mars 2019 06:40 pm

Texte et illustrations de "Les merveilles de l'Exposition de Universelle de 1867"

Le commerce des pierres précieuses montées, la joaillerie en un mot, qui exige des capitaux énormes, ne peut être exercé que par des hommes possédant toute la confiance de l’acheteur ; on comprendra donc aisément que cette branche de l’art industriel se trouve dans quelques mains seulement et qu’il a fallu plusieurs générations pour former les maisons qui sont à la tête de la joaillerie.

Pour que dans une industrie, placée dans de semblables conditions, des progrès pussent s’opérer, il ne suffisait pas que des hommes intelligents surgissent et vinssent créer des modèles nouveaux, il fallait avant tout que ceux chez lesquels les têtes couronnées et la haute noblesse vont choisir leurs joyaux, se missent à la tête du mouvement; car eux seuls pouvaient imposer à leur clientèle le goût des choses nouvelles.

Si nous entrons dans ces considérations, c’est que dans ces derniers temps on n’a pas rendu aux maîtres de la joaillerie toute la justice qui leur est due; sous ce prétexte que tous les bijoux qu'ils vendent ne sortent pas de leurs ateliers, on a voulu les abaisser au rôle de simples marchands privés d’initiative, et, disons-le, d’intelligence.

On a feint d’oublier qu’ils ne se bornent pas à créer des modèles et à diriger le goût des personnes qu’ils emploient, mais qu’ils aident de leurs conseils et de leur expérience les fabricants moins connus qu’eux, et qu’en assurant un débouché certain à tout ce qui se produit de beau sur la place de Paris, ils entretiennent l’ardeur de la concurrence et le feu sacré de la création au profit du développement de ce goût parisien qui rayonne sur le monde entier.

Ces considérations sont à propos au moment où nous examinons les produits de MM. Mellerio dits Meller frères, chefs actuels d’une des plus anciennes maisons de joaillerie de Paris, puisque depuis cent ans environ elle a été transmise de père en fils dans la même famille.

Honneur et probité, telle a été la devise à l’observation de laquelle MM. Mellerio ont dû de se créer une clientèle des plus sérieuses et des plus importantes tant en France qu’à l’étranger, et surtout à Madrid, où ils ont depuis vingt ans une succursale puissamment organisée.

Fournisseurs de plusieurs souverains, parmi lesquels nous citerons S. M. l’Impératrice des Français et S. M. la Reine d’Espagne, Isabelle II, ils ont grandement contribué à propager à l’étranger le goût des belles choses, en n’exportant que des bijoux et des joyaux marqués au cachet du plus pur style parisien.

Par suite de l extension de leurs affaires, leurs ateliers étant devenus insuffisants, MM. Mellerio avaient ou à les agrandir ou à employer d’autres fabricants. C’est ce dernier parti qu’ils prirent; tout en maintenant en état leurs ateliers de joaillerie et de bijouterie, afin de pouvoir surveiller par eux-mêmes l’exécution de certains travaux, ils appelèrent les autres fabricants à combler l’insuffisance de leur propre production, les secondant, les encourageant, sans se préoccuper s ils ne se créaient pas ainsi pour l'avenir des concurrents.

Nous croyons qu'ils ont bien fait et qu’on doit leur savoir gré de fournir ainsi aux hommes de goût et aux dessinateurs habiles, les moyens de produire les bijoux et les joyaux semblables à ceux que nous avons admirés dans leur vitrine, qu’on peut à bon droit citer comme une des plus riches et des plus variées de toutes celles qui figuraient à l’Exposition.

Au milieu de ce scintillement des diamants et des pierres de couleur dont leur joaillerie et leur bijouterie étaient parsemées, on remarquait plusieurs pièces d’orfèvrerie artistique, parmi lesquelles brillait entre toutes le charmant bénitier donné par Sa Majesté l’Impératrice à Mme la duchesse de Mouchy.

Nous ne nous arrêterons pas à rechercher si cette masse d’objets exposés représentait réellement une valeur de trois millions, ainsi que nous l’avons souvent entendu affirmer. Bornons-nous à étudier les trois objets, si remarquables à divers titres, dont nous donnons la gravure.

Paris 1867 - Arts, design, mode - La joaillerie par Mellerio dits Meller frères - Diadème et plume de paon en brillants, par Mellerio dits Meller Frères - diademeplumepaonmellerio.jpg
Diadème et plume de paon en brillants, par Mellerio dits Meller Frères

La coiffure en feuilles de laurier, toute en brillants, d’un style pur et sévère, réunit tous les avantages du goût et de la richesse; toutes les feuilles se démontent par trois, en sorte qu’elles peuvent servir à des combinaisons diverses ; elle a été exécutée dans les propres ateliers de joaillerie de MM. Mellerio, placés depuis longues années sous la direction de M. Bonnet.

La plume du paon par ses chatoiements et ses nuances aussi riches que nombreuses, devait tenter l’imagination du joaillier qui serait assez hardi pour vouloir lutter contre la nature. MM. Mellerio ont eu cette hardiesse et leur création a été parfaitement interprétée et exécutée par le chef de leur atelier spécial de bijouterie, M. Foullé, qui, aux qualités de praticien consommé et de dessinateur habile, joint celle de travailleur dévoué, continuant ainsi les traditions de son père et de son aïeul, qui eux aussi travaillaient avec le même dévouement pour le père et le grand-père de MM. Mellerio.

Cette plume de paon est d’un effet saisissant; les petites barbes en brillant, d’une délicatesse merveilleuse, encadrent avec légèreté 1 œil du milieu, qui, par un mécanisme très-ingénieux, se détache à volonté pour se transformer en un superbe pendant de cou.

Paris 1867 - Arts, design, mode - La joaillerie par Mellerio dits Meller frères - Bandeau coquille en brillants, par Mellerio dits Meller Frères - bandeaucoquillemellerio.jpg
Bandeau coquille en brillants, par Mellerio dits Meller Frères

Le bandeau, en forme de coquille, est fait d’un seul morceau d’argent, travaillé de manière à présenter des cavités aux endroits où le diamant serti dans toutes ses parois produit un effet merveilleux. Sept jolies perles mobiles sont accompagnées de dix-huit briolettes en brillants qui étincellent comme des gouttes d’eau suspendues. Toutes ces pierres s’agitant au moindre mouvement produisent un effet magique.

Cette conque, dont les lignes ont été dirigées de façon a suivre la courbe du front et qui par sa masse aurait pu avoir une apparence de lourdeur. est heureusement allégée par les refents et le mouvement des perles et des briolettes en brillants.

Cet objet qui a fait l’admiration du monde élégant, et a attiré battent ion soutenue des gens compétents, vient d’être choisi par la Reine d’Espagne pour être placé dans la corbeille de mariage de sa fille l’Infante Marie-Isabelle.

Nous ne ferons que mentionner une feuille d’autruche frisée, un bouquet d’épis et de marguerites, une grappe d’acacia, un collier de perles noires et un saphir magnifique : c’étaient, avec celles que nous venons de citer, les principales pièces de l’Exposition de MM. Mellerio, qui ont naturellement obtenu la médaille d’or.

Un dernier détail: MM. Mellerio, malgré les nombreuses occupations qu’entraîne pour eux l’extension continue de leurs affaires, et quoique possédant de bons dessinateurs, ne dédaignent pas de prendre eux-mêmes le crayon pour fixer leurs créations, donnant ainsi l’exemple à ceux qui les entourent.
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