L'origine de la bijouterie

Paris 1867 - Arts, design, fashion
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worldfairs
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L'origine de la bijouterie

Message par worldfairs » 10 janv. 2019 07:14 pm

Texte et illustrations de "Les merveilles de l'Exposition de Universelle de 1867"

L'origine de la bijouterie remonte à la plus haute antiquité. On trouve en effet, chez certains peuples primitifs, des ornements de forme circulaire en or natif grossièrement travaillés. Dans la suite, les Égyptiens, les Étrusques, les Grecs, les Romains cultivèrent cet art.

Nos musées sont remplis d’objets travaillés avec goût qui témoignent et du luxe de la société antique, et de l’habileté des artistes esclaves chargés de les produire.

Paris 1867 - Arts, design, mode - L'origine de la bijouterie - Miroir style grec, exécuté par Rouvenat - miroirstylegrecrouvenat.jpg
Miroir style grec, exécuté par Rouvenat

Le grand cataclysme politique et religieux qui engloutit l’ancienne civilisation ne laisse à Rome et à Athènes que le souvenir de ses splendeurs passées. L’art ne vit que chez les peuples policés, qui n’ont d’autres règles que celles de l’esthétique la plus élevée et d’autre but que le désir d’approcher le plus près possible du beau idéal.

Au quinzième siècle, la France était assez riche et surtout assez puissante pour tourner ses conquêtes en Italie au profit de l’art. Aussi était-elle alors la seule contrée de l’Europe où les artistes pouvaient trouver aide et protection.

C’est vers la fin du quinzième siècle que des artistes italiens vinrent s’établir à Paris, où ils formèrent d’excellents élèves qui créèrent en France une industrie du premier ordre qui ne tarda pas à atteindre un haut degré de perfection et produisit des chefs-d’œuvre.

En 1542, le célèbre Benvenuto Cellini s’immortalise par d’admirables travaux d’orfèvrerie et de bijouterie qu’il exécute au petit Nesle, transformé pour lui en atelier.

Dès lors, le goût et la mode de porter des bijoux ne fit que se développer davantage, surtout à la cour de France sous les règnes de François Ier et de Henri II.

C’est aussi vers cette époque que Louis Berquen de Bruges découvre, non la taille du diamant avec sa propre poudre, qu’on lui attribue à tort, car cela était connu avant lui, mais la combinaison ingénieuse des facettes, qui donne à cette pierre son brillant éclat et un prix qui depuis ce moment n’a cessé de s’accroître.

Aussi la bijouterie, qui jusque-là n’était guère enrichie que d’émaux et de pierres de couleur, telles que rubis, saphirs, émeraudes, perles, etc., augmente-t-elle de richesse par l’adjonction du diamant dont on la décore, çe qui donne naissance, un peu plus tard, au genre de bijou qu’on appelle joaillerie, et qui n’est orné que de diamants.

On est parvenu à faire dans ce genre de véritables chefs-d’œuvre. Tel est le charmant miroir que nous reproduisons ici, d’un style sobre et élégant imitant le grec ancien.

Paris 1867 - Arts, design, mode - L'origine de la bijouterie - Diadème style Henri II, et broche grecque, par Rouvenat - diademebrocherouvenat.jpg
Diadème style Henri II, et broche grecque, par Rouvenat

Ce miroir est monté en or, rehaussé de diamants et de lapis sur une de ses faces; l’autre côté est simplement en or ciselé. La glace est en cristal de roche; elle remplace avantageusement la plaque d’acier poli dont les anciens se servaient et que le style archaïque du cadre réclamait à la rigueur.

Le musée Campana, acquis récemment par le gouvernement français, est une mine précieuse où viennent puiser avec fruit les artistes qui, comme M. Rouvenat, veulent créer de nouveaux modèles, tout en suivant les règles de l’art antique.

En faisant bien, on flatte le goût du public. En effet, ce que l’on aime, ce que l’on veut aujourd’hui, ce sont des dessins corrects, des formes pures; il faut que le goût le plus sévère, le plus irréprochable préside à la fabrication des objets de luxe.

M. Rouvenat nous semble avoir parfaitement compris cette heureuse tendance du public a n’admirer que les choses vraiment belles. Les visiteurs qui se pressent autour de sa vitrine à l’Exposition universelle témoignent que ses constants et laborieux efforts ont été couronnés de succès.

Parmi les objets qui sont le plus admirés, nous citerons d’abord un ravissant petit oiseau en diamants. Ce charmant bijou, qui par sa légèreté et son éclat peut, mélangé aux fleurs, servir de coiffure de bal, obtient en ce moment une vogue méritée.

Il a été acheté par S. M. Napoléon III, et il paraît que l’exemple donné par l Empereur a été suivi par la plupart des souverains qui sont venus visiter l’Exposition universelle du Champ de Mars.

Nous avons aussi remarqué une branche de lilas, chef-d’œuvre d’imitation de fleurs naturelles, qui n’a que le défaut d’être trop riche et d’avoir sa grappe un peu trop fournie. Cette branche de lilas est un des plus curieux échantillons des produits de cette maison; l’artiste qui l’a exécutée a eu, dit-on, pendant tout le temps de son travail une branche de lilas blanc près de lui. Chaque fleur a été copiée séparément sur nature, et l’exactitude a été jusqu’à la reproduction du bouton et des fleurs à demi couvertes.

Nous regrettons de ne plus voir un magnifique diadème style Henri II, qui était certainement l’une des plus belles pièces offertes par M. Rouvenat à l’admiration des amateurs.

L’art du joaillier tient à la fois de celui du peintre et de celui du sculpteur. Pour faire un bijou, il faut d’abord, en en composant le dessin, combiner des lignes et des couleurs suivant les principes ordinaires de la peinture. Il faut exécuter ce dessin en relief. Mais les difficultés avec lesquelles on est aux prises sont grandes : car dans l’arrangement général que l’on a en vue de former avec telles ou telles pierres, il faut tenir compte de ce fait, que certaines dimensions, que certaines combinaisons ne conviennent pas à ces pierres; il faut tenir le plus grand compte de tout .ce qui peut les mettre en valeur : ici, une monture légère est de mise; là, il en faut une plus forte; l’émail peut être voisin de ceci et point de cela ; il faut calculer aussi l’éclat des pierres et disposer habilement des reflets qu'elles envoient. Ajoutez à cela les obstacles techniques matériels.
Et pourtant on les surmonte. Que de compositions heureuses on rencontre dans les vitrines de la bijouterie française à l’Exposition! Que de dessins élégants, légers et riches en même temps ! Les jolis arrangements !

Eh quoi ! depuis que l’on fait des bijoux, on trouve encore moyen d’en créer de nouveaux ! Certes, et d’exquis et qui égalent tout ce que l’antiquité ou les temps modernes nous ont légué de plus beau.

Telles sont, nous le disons sans hésiter et sans craindre d’être taxés d’exagération, les deux pièces que M. Rouvenat a bien voulu nous communiquer.

Cet artiste s’est, quant à elles, inspiré non pas directement de la nature, mais en passant par l’intermédiaire de la Renaissance et de la Grèce: il s’est inspiré de celles-ci sans les pasticher; il a interprété la nature en la regardant tour à tour avec les yeux d’Athènes et de l’Italie.

Le diadème style Henri II est, par sa valeur commerciale et par ses mérites artistiques, par la pureté de sa forme notamment, qui en fait un spécimen charmant de l’art du seizième siècle, digne d’une tète couronnée. Il a été acquis à l’Exposition par Mme la duchesse de Bavino.

La broche grecque est, si l’on peut parler ainsi, de la joaillerie savante ; ce n’est pas qu’il soit plus savant de faire des bijoux de genre antique que de style moderne, ni qu’il y ait une joaillerie ennuyeuse comme il y a une musique ennuyeuse que l’on appelle savante, mais c’est que cet objet a été étudié avec un soin extrême. La délicatesse du travail et la solidité de la monture donnent à ce bijou, qui est l’un des plus finis que M. Rouvenat ait exposés, une valeur artistique du premier ordre.
Pour tout savoir sur les expositions universelles et internationales.
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