Joueur de mandoline

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worldfairs
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Joueur de mandoline

Message par worldfairs » 23 août 2018 11:27 am

Texte de "L'Exposition Universelle de 1867 Illustrée"

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Personne ne l’avait oublié, tout le monde l’a revu avec le même plaisir et la même admiration.

L’œuvre de M. Paul Dubois avait été le grand succès de l’exposition de peinture et de sculpture de 1865. Elle partagea avec la fougueuse artillerie de M. Schreyer la faveur du public. Aujourd’hui que deux années se sont écoulées depuis que, pour la première fois, elle fut exposée dans la pleine lumière d’un jardin,— et que c’est long deux années, dans les temps pressés où nous vivons, — les mêmes suffrages l’accueillent et la même attention la salue.
Le plâtre blanc posé sur son piédestal, sous l’éblouissante clarté du soleil attend les promeneurs dans cette attitude, jeune et sereine, poétique et cependant naturelle qui. dès les premiers jours, la signalèrent aux gens de goût.

Ici, dès le début, on me permettra d’ouvrir une parenthèse.

Un mot s’est trouvé sous ma plume à propos d’une œuvre d’art recommandable entra toutes. La vérité ne veut pas que je l’efface. Plâtre est écrit, plâtre restera; mais pourquoi le marbre éclatant, le marbre, serviteur radieux et pur des dieux et des héros le marbre consacré par le ciseau de Phidias
et de Praxitèle, n’a-t-il pas remplacé la matière grossière dans laquelle M. Paul Dubois a pétri son jeune Italien?

Un caprice de l’artiste ne l’a pas voulu sans doute, mais lorsque les musées de l’avenir réclament de telles œuvres, on voudrait qu’elles fussent reproduites dans la pierre lumineuse et solide, la pierre immortelle de Paros ou de Carrare.

Lorsqu'on veut voir le Joueur de mandoline, ou, si mieux vous l’aimez, le Chanteur florentin du quinzième siècle, — et c’est sous cette dénomination que le plâtre de M. Paul Dubois est inscrit dans le catalogue de 1865, il suffit de suivre en droite ligne la grande avenue qui part du pont d’Iéna, de traverser le jardin central et de l’autre côté du pavillon des médailles, mais un peu obliquement, sur la frontière de la France, on le découvrira du premier regard.

Au besoin, si vous hésitez, quelque groupe rangé autour de la statue vous dirait à quelle place il faut la chercher.

On sait que l’œuvre de M. Paul Dubois appartient à S. A. I. la princesse Mathilde, qui a bien voulu la prêter pour la grande solennité de l’Exposition universelle. Quiconque a l’amour du beau l’en remerciera.

De l’admiration de quelques privilégiés elle est entrée dans l’admiration de tous.

Le chanteur est debout, le corps légèrement rejeté en arrière; ses deux mains caressent l’instrument populaire qui repose sur sa poitrine; U porte le costume élégant du quinzième siècle, que tant de toiles célèbres signées des plus grands noms ont reproduit, des cheveux abondants et bouclés couronnent son front d’adolescent, sa bouche est entr’ouverte; il semble qu’un son s’en exhale.

A son air de jeunesse et de gaieté, à son attitude dont la grâce n’est pas alanguie, on reconnaît un de ces fils de la fière et opulente Florence, que le goût et l’impulsion des Médicis enrichissaient de tant de merveilles.

C’était la grande époque, l’Italie avait l’Arioste, elle allait avoir le Tasse. Laurent le Magnifique faisait de la ville Toscane la cité sans rivale. Le souffle de la Renaissance animait tout. Il y avait comme une floraison de peintres, de poètes, de sculpteurs. Et voyez comme ce chanteur appartient bien à une génération qui a le sentiment des choses de l’art! La jeunesse et le contentement brillent sur son visage, il a chanté la veille, il chantera le lendemain, il chante parce que le ciel est bleu et la ville superbe. Sa pose est aisée avec un air d’indolence et de joie, comme celle d’un jeune homme ravi de ce qu’il voit autour de lui.

Peut-être a-t-il rencontré tout à l’heure le rude Michel-Ange Buonarotti qui se rendait à son atelier pour pétrir le bronze et tailler le marbre. Peut-être salue-t-il à son passage et dans son naïf enthousiasme le cortège du chef brillant de la république. Peut-être encore s’est-il arrêté devant la maison de Raphaël auquel il adresse ses stances et sa musique.

Le chanteur florentin touche à cet âge heureux où l’adolescence incline vers la jeunesse. Il a les formes grêles, mais élégantes, sveltes et souples. Un demi-sourire égaye sa bouche harmonieuse faite pour les beaux vers; il y a dans son air, dans le mouvement de son corps, cette douceur et cette suavité dont les Italiens connaissent le charme sous le nom de morbidezza; son regard interroge l’espace; son visage a les contours délicats, son cou de la fermeté. Et quelle pureté de forme dans les mains!

J’ai dit plus haut que deux années séparaient cette Exposition nouvelle de l’Exposition partielle de 1365. Quand tout se mesure à la vitesse des locomotives et à la foudroyante rapidité de la télégraphie électrique, ne peut-on pas dire avec une certaine vérité que la postérité commence au bout de ce temps, et que si le même succès entoure une œuvre couronnée à son apparition, c’est qu’il faut la classer désormais parmi celles qui ne périront pas?

Cette épreuve, le Chanteur florentin de M. Paul Dubois en a triomphé. Du domaine de la critique il a passé dans celui de l’histoire de l'art contemporain.


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