Le Monte Pincio de Ferdinand Heilbuth

Paris 1867 - Arts, design, fashion
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worldfairs
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Le Monte Pincio de Ferdinand Heilbuth

Message par worldfairs » 29 avr. 2018 08:42 pm

Texte de "L'Exposition Universelle de 1867 Illustrée"

Paris 1867 - Arts, design, mode - Le Monte Pincio de Ferdinand Heilbuth - montepincio.jpg


Ferdinand Heilbuth est un Prussien annexé, qui a de l’esprit comme un Français. Il est convenu depuis Voltaire que les Français ont de l’esprit. C’est, du moins, le bruit qu’ils font courir à l’étranger. Mais Heilbuth n’a pas seulement de l’esprit; il a aussi en partage la verve et la gaieté, et par excellence ce que nos voisins d’outre-Manche appellent du mot intraduisible à'humour : Si, au lieu d’un pinceau, il se servait d’une plume, ce serait de la plume de Swift.

On a souvent rapproché Louis Knauss, le nouvel officier de la Légion d’honneur, de Ferdinand Heilbuth, qui n’est encore que chevalier. Il y a peut-être entre eux plus de différences que de rapports.

Tous deux sont peintres par tempérament; mais Heilbuth est plus dessinateur, et Knauss plus coloriste ; tous deux appartiennent à l’école sceptique et railleuse; mais Knauss, emporté par les élans d'une nature moins contenue, tombe assez volontiers dans la charge et dans la farce, tandis que son émule, nature fine, élégante, aristocratique, s’en tient à la satire légère : l’un glisse et l’autre appuie. Il y a entre eux la distance du rire au sourire.

M. Heilbuth a demeuré longtemps à Rome, c’est le séjour privilégié des artistes; mais il y a vécu avec les vivants bien plus qu’avec les morts; au lieu de s’enfermer dans les galeries du Vatican ou dans les musées du Capitole, il a couru les promenades, les rues, les places publiques, les palais et les églises, portant avec lui partout le talent d’observation sagace qui le distingue. Rome où tout est convenable et convenu, où chacun s’enveloppe de réserve, où personne ne sort des bornes d’une dignité froide, Rome, plus qu’aucun autre milieu, était bien faite pour développer toutes les qualités de cette nature, et les accroître en les contenant. C’était à Rome, plus que partout ailleurs, que Ferdinand Heilbuth pouvait arriver à l’apogée de son talent. Il ne s’est pas laissé éblouir par les pompes et les splendeurs de l’Église catholique ; je lui reprocherai plutôt de les avoir regardées par le petit bout de la lorgnette, en protestant plus qu’en catholique. Est-ce que je me trompe, monsieur Heilbuth? Mais que tout cela est donc minutieusement observé, et délicatement rendu!

Heilbuth est-le peintre ordinaire de ces princes de l’Église, vêtus de la pourpre sacrée, qui donnent à la Ville éternelle son accent, son cachet, sa physionomie. Mais il ne les peint point à genoux, comme faisait quelques siècles avant lui Fra-Beato Angelico, lorsqu’il mettait dans ses tableaux la Vierge ou les saints. Heilbuth trouve toujours sur sa palette la note ironique. Mais rendons du moins cette justice au malin artiste que sa malice n’est jamais irrespectueuse; que son ironie est douce, légère et voilée, et qu’elle n’offensera pas ceux-là même qui en sont l’objet. N’est-ce point ainsi que l’on doit toucher aux travers des grands...quand on y touche?

Nous avons choisi, dans l’œuvre du jeune maître, une de ses toiles les plus achevées, et surtout celle qui, selon nous, donne le mieux la caractéristique de son talent.

Nous sommes sur les hauteurs du Monte-Pincio (que le livret, toujours fantaisiste, appelle le Monte-Pririo). C’est l’heure de la promenade du beau monde. Deux cardinaux se rencontrent et s’abordent. Leurs gens se tiennent respectueusement à distance, le chapeau à la main. C’est tout... et c’est un tableau !

Dans le geste, dans l’attitude, dans la physionomie des deux prélats, il y a je ne sais quelle réserve cauteleuse et quelle prudence diplomatique. Il est aisé de voir qu’ils jouent au plus fin; mais il est difficile de dire lequel trompera l’autre. L’œil d’OEdipe ne verrait rien sur le visage de ces sphinx en manteau rouge.

La dignité des maîtres se traduit en suffisance chez leurs valets ; ceux-là n’ont étudié la vie que dans les antichambres, mais dans des antichambres de palais, et ils doivent singulièrement mépriser la livrée quand elle ne monte pas derrière les carrosses des Porporati.
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