Bronzes de Servant

Paris 1867 - Arts, design, fashion
Avatar du membre
worldfairs
Site Admin
Messages : 6752
Enregistré le : 21 juin 2004 09:41 pm
Localisation : illkirch
Contact :

Bronzes de Servant

Message par worldfairs » 11 févr. 2019 07:32 pm

Texte et illustrations de "Les merveilles de l'Exposition de Universelle de 1867"

Rien n’est plus difficile que de tracer des limites précises entre les diverses productions de l’intelligence humaine : et la raison de cette difficulté est très-accessible : pour toutes ses créations l’homme a recours aux mêmes moyens, aux mêmes opérations de son esprit, aux mêmes facultés de son âme : il en a en effet trop peu à sa disposition pour ne les pas employer toutes ; de là il résulte que toutes ses œuvres portent le sceau de son imagination et de sa raison, sans qu’une seule d’entre elles puisse être entièrement affranchie de l’influence de l’une ou de l’autre. C’est ainsi qu’il y a toujours de l’imagination dans les choses les plus rationnelles (dans les sciences, par exemple, l’hypothèse est la part de l’imagination) et de la raison dans les œuvres d’art (que de calculs et de chiffres il a fallu pour construire le Parthénon et Saint-Pierre de Rome!). L’âme de l’homme est une et ne saurait se diviser; ses œuvres sont mixtes comme elle.

Paris 1867 - Arts, design, mode - Bronzes de Servant - Miroir (Style grec), par servant - miroirservant.jpg
Miroir (Style grec), par servant

Mais s’il est difficile de limiter absolument, de disjoindre radicalement l’art et la science, il l’est bien plus de déterminer la frontière qui sépare l’art pur de l’art appliqué. Et, à vrai dire, il y a un point où ils se rencontrent, où ils se confondent. C’est, croyons-nous, lorsque la figure humaine qui, traitée pour elle-même, constitue la statuaire pure, tient dans une œuvre d’art industriel la place capitale : alors la destination utile de l’objet, cette appropriation qui le classe dans le domaine de l’art appliqué, tombe au second rang, et malgré cette destination, l’objet devient une œuvre d’art pur : ou plutôt les deux qualités se fusionnent; le morceau que nous supposons appartient aux deux domaines à la fois.

Ces réflexions nous sont suggérées par le miroir de M. Servant que nous donnons ici. C’est bien un miroir, mais c’est aussi une statue, et voilà cet ouvrage élevé tout de suite à un niveau supérieur. Et, que l’on y fasse bien attention, ce n’est pas seulement la dimension et la proportion soit relatives, soit absolues de la figure qui haussent ainsi ce travail, c’en est aussi le caractère et le style; remplacez cette figure par une poupée de pacotille, et on l’oublie pour le miroir. Telle qu’elle est, au contraire, elle frappe d’abord et c’est d’elle qu’on s’occupe.

Notre gravure en rend bien les lignes, le galbe, le mouvement et la grâce, et permet d’en deviner l’esprit pur et délicat. On en remarquera sans doute le naturel : cette jeune fille est bien debout, bien en équilibre et soutient réellement, quoique avec aisance, le fardeau quelle est destinée à porter éternellement. Ce que j’aime aussi, c’est que c’est bien une attitude définitive et qui doit se prolonger dans laquelle elle se trouve : une de ses jambes se repose pour un temps, et sa tête pensive cherche dans la contemplation une distraction à son ennui. Signalons aussi l’arrangement et le jet des draperies, qui s’adaptent assez au corps pour n’en pas dénaturer les formes, mais qui cependant sont assez mouvementées pour intéresser.

Rien de plus élégant que le support et le cadre de la glace; la par tu fixe dans laquelle le miroir bascule est fine sans maigreur, et les petites têtes de panthère qui surmontent les tenons font valoir la courbe. Le fleuron qui couronne le tout est d’un bon dessin et riche sans lourdeur ; il répond aux pieds du bas. L’ensemble, miroir, statue et vasque, est bien agencé et monte sans effort comme une gerbe épanouie.

Cette pièce, de style grec, est, pour la figure et les ornements, bronzée au bronze vert-de-gris relevé de quelques touches d’or. La vasque d’où s’élève la figure est en marbre noir.

La seconde pièce que nous empruntons à M. Servant est du même style, et d’un excellent style. La forme générale, les détails, les incidents sont d’un caractère et d’un goût parfaits, et portent ce cachet qu’on retrouve aux meilleurs ouvrages que nous ait légués l’antiquité et notamment Pompéi (qui était romaine, mais dont bien des vases étaient du grec le plus pur).

Paris 1867 - Arts, design, mode - Bronzes de Servant - Vase en bronze (style grec), par servant - vasebronzeservant.jpg
Vase en bronze (style grec), par servant

Quelle sobriété et quelle abondance à la fois dans l’ornementation , et quelle animation digne, attrayante et contenue dans les épisodes des contours ! Ces anses sont fermes et légères, originales et, si Ion peut dire, pleines de distinction. Ce pied a du caractère, mais n’a rien de tapageur; les jambes évidées sont bien dégagées, et les fleurons qui garnissent le fond des arcades les meublent sans leur rien enlever de leur élégante délicatesse. La figure de la Victoire est ciselée avec soin et d’un relief suffisamment accentué.
Au bas des anses sont deux mascarons de Bacchus juvénile. Il faut aussi regarder avec soin tous ces cordons d’oves, de fleurons, de perles, de dentelures qui ceignent la panse et le pied.

Ce vase de Bacchus est tout en bronze. Deux côtés sont ornés d’une Victoire. Il est recouvert d’une patine claire qui laisse voir le métal et est relevée de quelques parties dorées.

Ici, on en sera d’avis si l’on a bien compris ce que nous avons dit plus haut sur l’art industriel et l’art pur, nous sommes en présence d’une œuvre qui rentre dans le domaine du premier.
Pour tout savoir sur les expositions universelles et internationales.
http://www.worldfairs.info

Retourner vers « Paris 1867 - Arts, design, mode »

Qui est en ligne

Utilisateurs parcourant ce forum : Aucun utilisateur enregistré et 1 invité