Les jardins

Paris 1925 - Architecture, pavilions, gardens, urban furniture
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worldfairs
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Les jardins

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Texte de "L'art vivant" de 1925

L'absence d'homogénéité qui frappe à l’Exposition tient presque uniquement au peu de place dont on disposait : les constructions trop rapprochées semblent gênées, leurs couleurs se nuisent au lieu de s’harmoniser.

Jardin de Mallet-Stevens, Arbres de J. et J. Martel
Jardin de Mallet-Stevens, Arbres de J. et J. Martel

On aurait évité ce défaut si l’Exposition s’était installée aux portes de la Capitale comme beaucoup le souhaitaient; ses architectures se seraient étendues sur de vastes terrains, et, les jardins, au lieu d’être réduits à de simples échantillonnages, auraient joué, un rôle de premier plan : ils auraient créé un lien entre chaque pavillon, ils nous auraient permis de les voir isolés les uns des autres, et de mieux apprécier leurs qualités.

La fontaine de Jean Durkhalter devant le pavillon du commissariat général
La fontaine de Jean Durkhalter devant le pavillon du commissariat général

Peut-être, après tout, était-il nécessaire de construire au centre même de Paris pour atteindre un maximum de recettes.

Ce n’est point parce que nous avons à parler des jardins que nous leur attribuons de l’importance et que nous nous plaignons du peu de place qu’ils tiennent à l’Exposition. " L’art des jardins ” associé à l’architecture n’est pas le moindre des arts décoratifs. Mais il est inutile de revenir sur ces considérations générales : oublions
le parc aux grandes lignes que nous aurions souhaité et acceptons simplement ce que l’on a pu nous présenter.

A cause de ce manque d’espace et de l’infinie variété des terrains découpés en tous sens par les architectures, les maîtres jardinistes se sont trouvés aux prises avec les plus grosses difficultés. Il ne s’agissait point, en somme, d’exposer un jardin préparé à l’avance mais de le créer sur place en tenant compte de toutes sortes de circonstances : des mouvements du sol, de l’emplacement des bâtiments voisins, des vues, de l’éclairage, etc. Exercice compliqué devant conduire parfois à un résultat médiocre. Il est certain, par exemple, que celui qui avait à remplir un très petit rectangle n’avait pas la possibilité d’étendre bien loin son imagination.

Jardin de la galerie du mobilier
Jardin de la galerie du mobilier

Ceux qui se sont installés sur le Cours-la-Reine n'ont pas été les plus mal servis; ils y ont trouvé des arbres qui, habilement utilisés, ont constitué vraiment un fort beau cadre.

Ailleurs on s’est contenté de faire venir un peu de terre et beaucoup de fleurs. L’avenue principale est bordée de longues plates-bandes fleuries, coupées à intervalles réguliers par des arbustes; elles forment une bordure à laquelle le regard s'attache. C'est le seul grand parti que l'on ait pu obtenir. Les maîtres jardinistes ont utilisé de leur mieux l'espace que les architectes ont bien voulu leur abandonner entre les pavillons. Mallet Stevens, probablement avec une arrière-pensée de blague, voulant à toute force des arbres, les a imaginés en ciment armé; les autres ont fait ce qu’ils ont pu avec des arbustes, des pergolas, du treillage. En somme, les jardins que nous présente l' Exposition ne sont point à proprement parler des jardins; ce sont des décorations fragmentaires et provisoires dans lesquelles d’ailleurs il y a beaucoup d’idées intelligentes et neuves.

Sculpture de Despiau
Sculpture de Despiau

Entrons par la porte de la Concorde et commençons notre promenade dans l’ombre du Cours-la-Reine, et, eu nous rappelant les difficultés que nous avons signalées, regardons autour de nous.

Le jardin de Laprade qui se trouve à l’extrémité du Pavillon de la Ville de Paris est inspiré des jardins d’Espagne. C’est en réalité un bassin rectangulaire en carreaux de faïence verts et blancs, dans lequel reposent cinq massifs de fleurs et des plates-bandes: les carreaux forment comme des rigoles flans lesquelles circule une mince nappe d’eau où quelques pots de fleurs sont au frais. Chaque massif est surmonté d’une volière destinée sans doute à abriter perruches, oiseaux des îles. Avec les fleurs et les faïences, les oiseaux composeraient une harmonie délicieuse. Malheureusement cette harmonie ne s’accorde guère avec la galerie aux colonnes de marbre mauve élevée tout près de là par les Marbriers de Saint-Pons.

Jardin de Vacherot
Jardin de Vacherot

L’arrangement autour du Pavillon de la Ville de Paris est d’une correction parfaite. On le doit à M. Forestier, directeur des jardins de la Ville. Il a tracé le long du Pavillon une large allée sous la voûte des arbres ; il a élevé entre chaque fenêtre, au-dessus d’un parterre de pâles hortensias, des ifs taillés en boule ou en cône élancé, qui, avec les bas-reliefs de Bernard, font paraître les murs moins blêmes sous les ombrages.

Plus loin Marrast avait à utiliser un repli de terrain. Il s’en est servi avec infiniment d’habileté et de goût. Dans le creux il a fait courir un chemin dallé, traversé dans toute sa longueur par une rigole qu’alimente un bassin en demi-cercle, surélevé et rejeté à une extrémité. Il a orné l’un des versants avec de grandes touffes de rhododendrons, il a entouré les arbres de l’autre versant avec des rosiers grimpants; sur un côté du chemin il a placé des bancs et de grandes jarres en ciment d’un heureux effet, remplies de fleurs et de légers feuillages. L’endroit ne manque ni de charme, ni de pittoresque. Il offre un détail particulier : entre les dalles irrégulières. Marrast a fait pousser du gazon qui accentue leur dessin et ajoute encore de la fraîcheur. Le dallage des « Alpes-Maritimes », quoiqu'il présente la même disposition, offre une impression de sécheresse. La valeur d’un détail ne dépend-il pas du milieu qui l’entoure ?

Le bassin de Laprade
Le bassin de Laprade

Entre l’allée du Pavillon de la Ville de Paris et le jardin de Marrast, il y avait un grand espace rectangulaire; la Société “ Pour les jardins ” s’est chargée de le décorer; les fleurs qu’elle a apportées sont très belles, mais elles sont arrangées avec une mignardise un peu niaise que signifient ces corbeilles et ces paniers, posés sur le gazon comme sur un buffet de mariage?

Dans le fond en demi-cercle, M. Delamarre a placé sa fontaine. Elle ressemble de loin à un clocher gothique, de près à un faisceau de crayons, lesquels sont en réalité de longs parallélépipèdes encadrant quatre cartouches rectangulaires en hauteur avec figures de femmes assez gracieuses. Au milieu de chacune des faces de sa base massive, est plantée une poutre dorée par laquelle l’eau jaillit dans le bassin.

Le jardin de Marrast
Le jardin de Marrast

Il ne faut pas oublier d'aller jeter un coup d’œil au jardin de Monaco. Sur un très petit espace, une simple bande de terrain le long du pavillon, on a planté, entre des pierres meulières, et sur un fond de terre ocrée, toute une variété de plantes grasses; elles se penchent avec une nonchalance paresseuse et satisfaite; elles évoquent les pays sans hiver, avec leurs routes poussiéreuses et leurs champs de roses et d'œillets. Derrière le Pavillon des Arts du Peu, ou remarquera un gazon eu pointe qui est traversé par des bandes parallèles de petites plantes vertes au ton mat; elles mettent en valeur le brillant du gazon; elles font songer aux papiers filigranés, aux étoffes rayées, c’est bien peu de chose dira-t-on; mais encore fallait-il y penser.

Le jardin des "Alpes-maritimes"
Le jardin des "Alpes-maritimes"

Il y a quantité de sculptures au Cours-la-Reine. Il ne faut point s’étonner de leur médiocrité, rien ne nous permettait, après avoir visité les Salons, d’espérer qu'elles se révéleraient tout à coup comme d’admirables chefs-d’œuvre à l’occasion de l’Exposition des Arts Décoratifs. Si leur but est d’ajouter de l’agrément aux jardins, la plupart l’ont manqué. Voici deux chevreaux se disputant une branche, composition assez puérile qui occupe on ne sait pourquoi une place d’honneur, face à la porte Concorde. Voici, vis-à-vis du Pavillon de la Ville de Paris : la Fontaine de Lyée de Belleau, d’une mosaïque de clinquant, le portique en grès rose de Fougère, les faunes de Mars Vallett, la Vasque de Martial éditée par Barbedienne, une imitation de sculpture pisane et un composé de gréco-bouddhique et de Jean Goujon par Edo Canto, un enfant assis sur une tête de bélier par Févola.
Plus loin la " Danse triomphale ” de Sarrabezolles : une Pallas bondissante et dorée; " les Illusions et le Regret " de Mlle Heuvelmans : personnages aux mouvements éplorés pris au ralenti. Dans l’espace circulaire très ombragé attribué à M. Courtois, il était difficile de faire quelque chose qui parût agréable autour de " la Fontaine des Cygnes ” de M. boyau (un enchevêtrement compliqué de bêtes dorées au milieu d’un bassin); M. Courtois s’est contenté d’entourer le cirque de feuillages, de piliers en maçonnerie d’un rose tendre, réunis entre eux par un treillage blanc et de placer dans un coin un banc jaune canari. L’or, le rose, le blanc et le jaune enveloppé dans le vert des feuillages, c’est affreux.

Les parterres de Laprade
Les parterres de Laprade

Maintenant nous nous dirigerons vers la partie du Cours-la-Reine qui se trouve en arrière du Grand Palais, après le Pavillon Britannique. Ici, on s’en souvient, il existait déjà un jardin, un " jardin pittoresque ” avec des escaliers et des grottes; il est à peu près resté tel quel, avec en plus, quelques sculptures pénibles comme cette femme étendue à plat ventre dans un bassin et qui regarde un bouc penché vers elle. L’unique endroit véritablement transformé est situé en face du Pavillon du Commissariat. On trouvera là une curiosité : au milieu d'un bassin circulaire se dresse une fontaine composée de longues feuilles de ciment, bleues et blanches, appuyées les unes contre les autres et de hauteur différente. C’est une sorte de fétiche de la Nouvelle-Zélande. L’eau s’échappe par nappes sur les côtés en formant une rosace. Autour du bassin des bancs alternent avec des caisses de fleurs en ciment, qui ressemblent à des coffres à charbon. La seule chose qui soit ici digne d’intérêt c’est le nu de Despiau : une femme debout dans une niche, avec une attitude grave et simple.

Le jardin de Jacques Lambert
Le jardin de Jacques Lambert

Après la roseraie du Luxembourg, il faut visiter l’abri dans lequel la Société d’Horticulture organise tous les mois son Exposition temporaire. Au début de juin. Vilmorin occupait tout le parterre central; il était transformé en champ vallonné de fleurs multicolores surmonté sur les côtés par de sombres pavots et de minces digitales. Spectacle féerique auquel s’ajoutaient des roses merveilleuses.

Dans le jardin du Cours Albert-Ier, l’Alsace-Lorraine, le village Français, les Colonies, ont occupé toute la place. Et sur le quai, comme des pièces de feu d’artifice, on a aligné les arbres fruitiers aux branches étirées. On trouvera là aussi des ifs taillés en forme de pagode et une serre pour plantes rares.

Un coin du pavillon du Printemps
Un coin du pavillon du Printemps

Retournons sur nos pas et dirigeons-nous vers l’Esplanade des Invalides.

Nous avons dit au début quelles difficultés se présentaient. Dans l’impossibilité où l’on était de planter des arbres on a chargé M. Jacques Lambert de masquer les prises d’air de la gare souterraine, au moyen de hautes étagères destinées à recevoir des pots de fleurs. Il les a peintes d'un rouge écarlate, avec filets bleus, et les a accompagnées de minces pylônes terminés en boutons de lotus, ainsi que de balustrades ornées de chrysanthèmes japonais. Si M. Lambert attire immanquablement le regard du visiteur, il ne paraît pas s’être beaucoup soucié des fleurs qu’on lui demandait de présenter.

Le jardin de Marrast
Le jardin de Marrast

Nous signalerons le Pavillon du Printemps, non point parce que nous le préférons aux autres, mais parce qu’il se rattache par sa conception à l’art des jardins. Sous une corniche, aux lieux et place d’une colonne, s’élève un if; les chapiteaux sont composés de corbeilles fleuries d’où retombent des guirlandes de feuillages; les plantes et les fleurs qui sont des ornements surajoutée dans les autres palais, font ici partie de l’architecture.

Il fallait une décoration pour couper en son milieu l’avenue et rompre sa monotonie. La Manufacture de Sèvres s'est chargée de réaliser ce projet. Elle a installé un jardin très discret avec des bassins dont les margelles en carreaux de faïence turquoise s'accordent très bien avec l’eau et les fleurs; mais elle a élevé de chaque côté d’énormes vases blancs vernissés qui sont extrêmement gênants; ils dissimulent la perspective; ils écrasent le bassin que Laprade a installé en arrière et qui devient par cela même inutile : ses arcatures en marbre rose, sur lesquelles sont perchés des enfants dorés, et où circule de l’eau en cascade, paraissent d’une maigreur extrême. Heureusement que des nymphéas et de ravissants massifs de pois de senteur nous consolent de cette demi-réussite.

Le long du reste de l’avenue, dans les emplacements rectangulaires réservés entre chaque palais, on trouvera des jardins.

Le jardin de la Principauté de Monaco
Le jardin de la Principauté de Monaco

Voici le jardin de Mallet-Stevens et les arbres de J. et J Martel, en ciment, plantés aux quatre coins d’une pelouse creuse au fond de laquelle repose un tapis de (leurs (c’est une manière intelligente de les mettre à l’abri du vent). Voici Vacherot qui s’est surtout préoccupé des angles de son quadrilatère: chacun d'eux est orné d’une fontaine à masque de faune, précédée par un gazon aux contours géométriques; d’autre part, il a entouré son jardin d’une pergola rouge; il a placé au centre un bassin au milieu duquel s'élève un gosse ridicule. Voici encore contre le pavillon de Sue et Mare, une fontaine en mosaïque qui ressemble à un édicule dont nous préférons laisser deviner le nom. Enfin, voici Grebu, avec ses flots de capucines s'échappant de corbeilles montées sur échasses.

M. Guevrekian disposait d’un terrain triangulaire, en face de la Bibliothèque de Huillard. Il s’en est tiré très habilement et avec beaucoup d’originalité. Des gazons disposés suivant des plans différents qui se coupent en triangles, accompagnent un bassin blanc à compartiments dont le fond est peint de cercles concentriques en couleur, qui ressemblent à des cibles. L’eau s’échappe dans ces bassins, sorte de godets à aquarelle, par des tuyaux jumelés comme les canons d’un dreadnought. En arrière, contre le mur de feuillages, s'élève une palissade composée de plaques de verre triangulaires dégradées du rose au blanc. En somme gazon vert, bassin blanc à fond bleu et rouge, forment avec cette clôture un arrangement de couleurs assez piquantes.

On fait le reproche à l’Exposition des Arts Décoratifs d’être très peu démocratique. Certes, il aurait été utile pour ce qui nous concerne, de montrer un potager, un projet de jardin pour maison ouvrière; mais encore une fois, on manquait de la place nécessaire et il fallait se contenter de placer d’agréables décorations fragmentaires, inutilisables ailleurs. Etant donné ce but très limité, le résultat n’est vraiment point mauvais.


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