Liège Expo 1939 - Son décor matériel et spirituel

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worldfairs
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Liège Expo 1939 - Son décor matériel et spirituel

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Texte et illustrations de "Guide plan officiel - Liège 1939"

Ami, puisque visiteur de notre Exposition, tu viens d’acheter ce petit livre, avant de pousser plus avant, arrête-toi un moment Avant de te mêler à la foule joyeuse, donne un regard au décor planté pour toi, pour la joie de tes yeux, le contentement de ton oreille, la satisfaction profonde de ton esprit. Il n’y a pas si longtemps, il y avait ici un canal indolent, un jardin quasi désert fréquenté des flâneurs et des amoureux, des prés humides où les enfants venaient chasser la grenouille...

Regarde autour de toi : la Meuse élargie se joint au Canal Albert, triomphe de la technique moderne; au confluent de ces deux chemins d'eau, un phare haut de quarante mètres marque la place où se dresse le mémorial d'Albert, le Roi-Chevalier. A ses côtés, un groupe symbolise l'industrie wallonne, un autre le port d'Anvers — les deux grandes régions belges unies par le nouveau canal.

Un quartier va naître ici, celui du Port de Liège; il est conçu d'après les plus récentes données de l’urbanisme. Déjà, il a ses avenues, ses ponts, ses jardins, sa plaine de jeux réservée aux petits Liégeois de demain. Il a son palais, cette Salle des Fêtes de l'Expo, qui sera demain le Palais permanent des Fêtes et des Expositions de la ville de Liège. Au-dessus des murs bariolés, au-dessus de la tendre verdure des peupliers, regarde monter dans le ciel les hautes cheminées, les terrils pyramidaux. On les voit ? Il est bon qu'on les voie : ils sont les instruments d'un travail poursuivi sans trêve, jusque dans les entrailles de la terre.

Panorama de l'exposition
Panorama de l'exposition

Regarde encore comme cette cité du labeur a su se parer pour toi; dans ses jardins féeriques, il n’y a pas que des fleurs • il y a de l'eau. Cet élément, prodigué par la nature — au moins dans nos pays — le voici étalé en parterres, tiré en plates-bandes, épanoui en jets semblables à des palmiers. L'eau fournit, au Lido, une nappe limpide aux jeux des nageurs; plus loin, elle se recourbe pour former un tunnel que des génies auraient construit. Des rivières artificielles partent du Lido : elles y reviennent; des cascades tendent leurs draperies liquides. Un jet d’eau colossal jaillit du milieu du fleuve. Et, dominant cette féerie, l’architecture légère du téléférique offre au visiteur un voyage entre ciel et terre — au-dessus de toutes ces ondes.

Au soir tombant, les magies de la lumière vont transfigurer ce paysage unique; les miroirs de l’eau multiplieront par cent, par mille les lumières, les pylônes, les guirlandes d’ampoules, le prestige des feux d'artifice et des cortèges lumineux. Vingt curiosités requièrent ta visite; le « Gay Village Mosan », tout embaumé, tout ruisselant de la joie des « frairies » wallonnes; la Cité lacustre, dont les habitations surplombent un port, ouvert aux yachts légers; le Zoo, où la faune des eaux a élu domicile.

Et partout, des fleurs : Roseraie, belle comme un décor de conte de fées; Jardin du Dahlia, miracle des jardiniers modernes; berges fleuries, plantations de toute espèce. Et, du sein des parterres, au fronton des palais, au seuil des pavillons, des statues dressent des effigies de grâce, faisant le geste du bon accueil.

Des sculpteurs connus — Jespers, Canneel, de Paepe, Joseph Thys — ont évoqué des villes : Dinant, Tournai, Huy, Gand, Namur, Anvers; la façade du Grand Palais porte, comme un diadème, le bas-relief d’Adolphe Wansart. Eugène Canneel, Raymond de Meester, Adeiin Salle opposent la figure de l’amour maternel, l’élan d’un jeune dieu qui danse à la sauvage robustesse des grands fauves.

Et sur la rive droite, les majestueux édifices, les parcs, les parterres d’eau sont aussi, les uns et les autres, ornés, complétés, spiritualisés par des statues, des groupes, des bas-reliefs.

Tandis que les murs du Grand Palais des Fêtes sont parés d'un matériau neuf, aux couleurs de la lumière et de la flamme, les tentes multicolores du Lido, les pavillons aux teintes claires, les bâches éclatantes semblent des fleurs à la taille d’une géante


LE DECOR SPIRITUEL

Ce décor matériel, pour réussi qu’il soit, il (allait l'animer, lui donner, à la lettre, une âme vivante, sonore, parlante, haute en couleurs, riche en chansons : une ample comédie aux cent actes divers et sera jouée tous les jours à l'Expo.

Dans l’air, des diffuseurs lanceront, sur l'aile des ondes, des milliers d'airs, captés sur des disques choisis : musiques, paroles, voix joyeuses, voix exaltantes du monde.

Au théâtre du Gay Village Mosan, il y aura, presque tous les jours, des concerts dirigés par le jeune Grand Prix de Rome, Léon Simar. Au Palais des Fêtes, la baguette du Maître Armand Marsick guidera les grands concerts exécutés par la phalange d’élite de l'orchestre symphonique permanent; des chanteurs, des cantatrices, des virtuoses se feront applaudir : Liège n’est pas en vain la cité de la musique et du chant, patrie de Dumont, de Grétry, de César Franck et d’Ysaye; ses chorales illustres chanteront, elles aussit sous les voûtes des palais, sous le ciel étoilé. Des concours internationaux assembleront des chorales venues de tous les pays. Des centaines de sociétés peupleront le décor des rythmes sonores du FESTIVAL PERMANENT.

La parole — la voix humaine... — aura sa large place. Les Beaux-Arts auront dans deux sections spéciales : art moderne, art ancien. Des manifestations de tous genres empliront chaque quartier de la cité féerique de mouvement, de bruit, de gaieté.

Au lendemain même de l'inauguration, le premier cortège fera défiler par les allées trente sociétés carnavalesques, choisies parmi les meilleures du pays et du nord de la France. Huit jours plus tard, le flot mouvant et coloré de deux mille cinq cents drapeaux déferlera sur l’Expo. Double préface à des spectacles d une ampleur, d une couleur inégalées : le « Jeu de Liège » et le « Cortège nautique ».

Le premier — sur des thèmes lyriques de Théo Fleischmann, mis en musique par Léon Simar — assemblera des milliers d'acteurs, habillés par James Thiriar; toute l'histoire de la principauté revivra en images brèves et violentes , au cours d un défilé que suivra une représentation à l'Esplanade. Le second, sur les eaux de la Meuse nocturne, évoquera les légendes de la Meuse, de sa source modeste à son embouchure hollandaise, en passant par le doux pays de Jeanne d’Arc, les champs héroïques de Verdun, les villettes mosanes, telle Dinant, les forêts d'Argonne et d'Ardenne, emplies de souvenirs; il se terminera dans l'allégresse d’une « liesse di porotche » : « cramignons serpentants, carrousels tournoyants, à la joie des, géants de Liège : Tchantchès, Nanèsse, li Botteresse et li Cotîresse ». Car, le folklore wallon, abondant, varié, truculent, sera de la partie. Tout un quartier de l’Expo lui est dédié : le Gay Village Mosan, aux architectures traditionnelles, synthèse des bourgades de la Hesbaye, du Condroz, de l’Ardenne, bruissante de danses et de chansons.

La vie moderne aussi s’exprimera librement, joyeusement. La Meuse, le bassin du Lido, la patinoire de la Salle des Fêtes, le circuit routier animeront tous les coins du vaste domaine; et le programme de manifestations sportives est à ce point chargé qu'il débordera de l'enceinte de l'Exposition pour couvrir toute la région liégeoise; ses derniers flots iront expirer à Spa, lors du Concours hippique international.

De nombreuses compétitions sportives, un Festival international de Gymnastique, voilà, entre bien d'autres, quelques-unes des grandes épreuves inscrites à ce calendrier. D'autre part, un Parc des Attractions, réalisé d’après une technique originale, offrira ses joies naïves et compliquées à la foule des amateurs dé sensations fortes.

Visiteur, ami, voilà le décor planté; avons-nous oublié quelque chose de ce qui pouvait agrémenter ta promenade, égayer ton séjour ? Si oui, tu n'en seras que ravi davantage — car nous avons voulu te réserver la découverte et la surprise! Tu as déjà compris que notre Expo sort des sentiers battus, qu’elle est jeune, pimpante, originale. Que l’Art s’y mêle à la Vie, que ces deux voix unies entonnent avec une fière allégresse l'Hymne au Travail, richesse de la vieille terre liégeoise. Cette volonté tendue ne nous enlève rien — les dieux en soient loués ! — de notre gaieté, de notre optimisme, de notre jeunesse. C’est ainsi que nous souhaitons conquérir et garder notre place au soleil, dans la Nation et dans l’Univers.

René LYR,
Directeur des Services de Presse,
Propagande et Publicité;
Conseiller technique des Fêtes
et de la Musique.


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