Kiosque de la maison Cheuvreux-Aubertot

Paris 1867 - Architecture, pavilions
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worldfairs
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Kiosque de la maison Cheuvreux-Aubertot

Message par worldfairs » 12 janv. 2019 05:49 pm

Texte et illustrations de "Les merveilles de l'Exposition de Universelle de 1867"

L'Exposition universelle n’est pas, à proprement parler, la réalisation d’une idée due à l’initiative du public ou d un certain nombre de particuliers. Il faut remonter plus haut pour trouver le point de départ de cette manifestation grandiose de la vitalité de la France, — et aussi du reste du monde. Mais il a suffi que cette idée fût sérieusement mise en avant, pour que de tous les points de la France, dans toutes les classes de la société, un mouvement unanime se produisit, qui fournit au gouvernement et aux hommes éminents qui avaient été chargés d’organiser cette solennité de la pensée et du travail, un concours tout-puissant au moyen duquel on est arrivé au résultat qui depuis six mois fait l’admiration et l’envie de tous les peuples.

Paris 1867 - Architecture, pavillons - Kiosque de la maison Cheuvreux-Aubertot - Kiosque de la Maison Cheuvreux-Aubertot - kiosquemaisoncheuvreuxaubertot.jpg
Kiosque de la Maison Cheuvreux-Aubertot

Ce n’est pas ici le lieu de dire tous les efforts qui ont été faits dans tant de directions, morales, intellectuelles ou pratiques. Mais nous pouvons indiquer comme une des manifestations les plus éclatantes de ce fait que la bonne volonté empressée, que les sacrifices pécuniaires des individus n’ont pas manqué à la grande œuvre; nous pouvons citer la beauté, la richesse, la perfection de certains aménagements. Tout le monde a présent à l’esprit l’architecture somptueuse de l’exposition des Pays-Bas : ses belles boiseries de chêne, ses pilastres à chapiteaux de bronze doré, etc.; les beaux portiques à arcades, à colonnes, à fresques Renaissance de l’Italie ; les galeries si originales, en bois blanc dentelé et revêtu de couleurs éclatantes où sont rangés les produits russes ; l’éblouissant ensemble que forment les salons Orientaux, Japonais, Persan, Marocain, Tunisien, Turc, etc. Les étrangers ont bien mérité de nous ; ils nous ont donné là des marques libérales et éminemment courtoises de sympathie.

Les Français s’en sont montrés dignes et nos exposants n’ont reculé devant rien pour encadrer comme il convenait tant de produits précieux. Nos installations portent le caractère d’élégance et de goût qui nous est reconnu sans conteste par tous nos rivaux.

Pour ne parler que des établissements situés dans le Parc, que de dispositions agréables à l’œil, heureuses, que d’imaginations variées et hardies ! Parmi les constructions les plus remarquables sous tous les rapports, se trouve celle de MM. Hoschedé et Blémont, les successeurs de cette maison Cheuvreux-Aubertot dont on sait l’ancienneté et le renom. Une fois en possession d’une place qui est peut-être la meilleure cfe tout le jardin, ils ont, nous a-t-on dit, eux si sévères dans leur administration, dépensé sans compter pour la première fois : « Ils ont voulu faire au public souverain un don de joyeuse exposition digne d’eux et de lui. »

Paris 1867 - Architecture, pavillons - Kiosque de la maison Cheuvreux-Aubertot - Cachemire des Indes - cachemireindes.jpg
Cachemire des Indes

Dirigeons-nous vers cette partie nord du Parc qui est la plus vivante, la plus variée et la plus attrayante de toutes. A deux pas de la cascade, sur un tertre dont le gazon est rafraîchi par un petit ruisseau, s’élève le kiosque de la maison Cheuvreux-Aubertot.

Cette blanche et délicate construction, coiffée d’un toit pittoresque, est, comme on le voit par notre gravure, conçue dans le style de la Renaissance, modifié dans le sens des habitudes de l’art français contemporain. Ce petit édifice, qui fait honneur à son auteur, est dû à un jeune architecte, M. Paul Sédille. Cette œuvre toute française, à l'inspiration de laquelle MM. Hoschedé-Blémont n’ont pas été étrangers, charme doucement.

Le pavillon du Champ de Mars, qui est l’image exacte de la maison du boulevard Poissonnière, tombera bientôt plus vite encore qu’il ne s'est élevé.

Paris 1867 - Architecture, pavillons - Kiosque de la maison Cheuvreux-Aubertot - Mouchoir de Valenciennes - mouchoirvalenciennes.jpg
Mouchoir de Valenciennes

Hâtons-nous donc d’imiter les petites figures dont notre artiste a animé son dessin. Les voici qui gravissent encore une fois la petite colline qu'elles connaissent bien. Pour elles, la splendide vitrine encadrée de blanc déploie ses séductions. Jamais étoffes n’ont été plus habilement assorties, couleurs plus harmonieusement mariées, plus artistement opposées ou fondues. Jamais main plus heureuse n’a composé cet ensemble difficile qu’on appelle un étalage, et qui, en même temps qu’il a pour les femmes un attrait irrésistible, constitue une des beautés et des gaietés du Paris moderne.

Or on sait que l’exploitation en grand permet seule la production à bon marché, les frais généraux d’une entreprise diminuant en proportion de son étendue, d’après des lois invariables.

Mais examinons maintenant en détail les merveilles du kiosque de MM. Hoschedé et Blémont.

Les cachemires de l’Inde qui y sont exposés figurent au premier rang parmi les plus beaux que nous ayons jamais vus.

Comme toutes les maisons du premier ordre, c’est de Kachemyr même, d’Umritsir et des principaux centres de la fabrication indienne que MM. Hoschedé-Blémont font venir les leurs. Mais ils font en ceci preuve d’une intelligente supériorité; ils les font directement exécuter sur leurs propres dessins, revus, corrigés et remaniés jusqu’à ce qu’ils aient atteint la perfection. Ces produits spéciaux sont leur propriété exclusive et ne se trouvent que chez eux.

Paris 1867 - Architecture, pavillons - Kiosque de la maison Cheuvreux-Aubertot - Mantille de Chantilly - mantillechantilly.jpg
Mantille de Chantilly

Nous avons choisi, entre cent, un de ces châles, celui qui nous a paru le plus beau, pour lui décerner les honneurs du burin. On appréciera la splendeur de son dessin et la richesse de sa structure. Quant à la finesse du tissu, elle dépasse tout ce qu’on peut imaginer, et fait songer à ces cachemires que les conteurs font passer à travers une bague.

Après les cachemires, l’exposition des dentelles tient la première place. Mais là non plus on ne voit pas ces monstruosités coûteuses, ces tours de force possibles à tous ceux qui peuvent disposer de grands capitaux, ces robes, par exemple, dont le mètre revient au même prix que celui des terrains de l’Opéra; tout cela est bon pour la montre : on s’étonne et l’on passe. La question de supériorité n’est pas là. On peut facilement exiger des tours de force d’une ouvrière ; mais il est moins aisé de la diriger dans le sens d’une production qui soit à la fois pratique et supérieure.

Telle est la belle mantille de Chantilly que nous avons gravée. Quelle nouveauté de formes! Quelle magnificence dans les festons et dans les guirlandes !

Passons maintenant au volant qui vient après dans l’ordre des illustrations. Il est en point d’Alençon, et d’une finesse.... arachnéenne.

Ce mouchoir de Valenciennes? c’est celui sur lequel, dans l’exposition de Belgique, est placée la médaille d’or. Quelle conception ! Comme c’est achevé ! « C’est la fin du fini ! » nous disait une dilettante en dentelles.

Paris 1867 - Architecture, pavillons - Kiosque de la maison Cheuvreux-Aubertot - Volant en point d'Alençon - volantpointalençon.jpg
Volant en point d'Alençon

Dans ce petit palais, du reste, rien d’excentrique ni d’extravagant. Examinez chacun des éléments qui composent cette riche exposition, châles tissés et sertis dans les Indes, dentelles ouvrées en Belgique, à Bayeux et à Caen, et dont le dessin a été tracé à Paris, modes nouvelles, confections créées d’hier : tout cela plaît à tous, tout cela est à la portée de tous ; et c’est là le principal mérite des produits de MM. Hoschedé et Blémont : ils ont saisi le côté utile et vraiment pratique de l’Exposition; ils ont cherché à concilier l’élégance et la raison; ils ont inventé le luxe économe.

Mais il est à propos de rappeler l’origine de l’établissement Cheuvreux-Aubertot, d’en faire connaître le mécanisme, de dire les conditions exceptionnelles dans lesquelles il fonctionne. Fondée en 1786, la maison Cheuvreux-Aubertot fut successivement gouvernée par MM. Cheuvreux fils et Legentil, qui a été une de nos illustrations industrielles, puis par MM. Herbet et Loreau. MM. Hoschedé et Blémont unissent le respect des traditions de probité et de dignité, que le passé leur a léguées, à l’intelligence des besoins et des exigences de l’époque actuelle.

L’importance d’une maison de cette valeur et le déploiement d’activité qu’elle produit sont énormes. Lorsque l’on pénètre dans ces vastes magasins, après avoir franchi la belle galerie qui donne sur le boulevard Poissonnière, on se trouve au centre d’un réseau de galeries qui étendent d’innombrables rayons dans tous les sens : ici des balustrades, là des allées tendues de soie et de velours, plus loin des escaliers en éventail qui conduisent dans un véritable dédale situé au premier étage; partout des employés qui s’empressent auprès du public; partout la vie, la circulation et le mouvement.

La maison Cheuvreux n’occupe pas moins de deux cents personnes dans ses magasins mêmes. On peut juger par là du nombre d’ouvriers de choix que fait vivre à Paris la fabrication de ses ouvrages de modes et de lingerie. On en compte plus de cinq cents ici; à Tarare, à Fère-Champenoise et dans nos principaux centres d’industrie, des milliers de personnes contribuent par leur travail à l’approvisionnement du grand établissement qui nous occupe.

Paris 1867 - Architecture, pavillons - Kiosque de la maison Cheuvreux-Aubertot - Rideau brodé de Tarare - rideaubrodetarare.jpg
Rideau brodé de Tarare

Toutes ces œuvres d’art, tous ces dessins sont la propriété de la maison qui les a conçus et inspirés.

Mais arrêtons-nous, il faudrait tout détailler, tout commenter. Or nos gravures sont là pour quelques objets, et, pour les autres, on peut visiter sans peine le pavillon si bien rempli du Champ de Mars. Nous recommandons les vitrines de l’industrie linière. Nous nous bornons aussi à indiquer ces belles confections qui ont obtenu une des premières récompenses dans la classe 35, et les corbeilles de mariage, les trousseaux , les ameublements hors ligne qui complètent cet ensemble. Nous tenons seulement à émettre, sur les conditions dans lesquelles il est formé, et sur les avantages qu’il peut y avoir à en former de pareils, quelques considérations qui ne seront peut-être pas sans utilité.

Nous avons toujours pensé que si la spécialité isolée avait des résultats excellents, elle avait aussi des inconvénients graves.

Sans doute au point de vue du choix, de la fabrication irréprochable, de la perfection du produit, de la meilleure provenance des matières premières, de l’approvisionnement plus sur, plus régulier, mieux organisé de ces matières, la spécialité a du bon. Mais inévitablement, toujours, le produit fabriqué par le spécialiste porte un cachet très-accentué; encore, au point de vue de l’originalité cela n’est pas mauvais ; cependant on est là en présence d’une originalité qui tranche nettement sur tout ce qui l’entoure, qui ne s’y lie pas spontanément.

Les inconvénients de ce que j’oserai appeler dans les objets un manque de liant se font surtout sentir dans l’ameublement et dans la toilette.

Prenons une femme dont la toilette soit venue par fragments des quatre coins de Paris ; pas une pièce n’est sortie du même endroit : quel goût délicat, quel art infini il lui faudra pour harmoniser tous ces éléments étrangers, hostiles les uns aux autres! Nature des tissus, qualité des teintures, caractère des colorations, esprit des dessins, coupes, tout sera en désaccord, ou du moins ne sera pas unifié : il y aura juxtaposition et non fusion.

Si au contraire, en général, les principales ou du moins les plus saillantes parties de sa toilette proviennent de la même source; si, par exemple, elle les a demandées à une maison où l’on trouve à la fois la lingerie, la confection, la dentelle, le cachemire, quelle différence ! Sa personne forme alors un tout bien un : point de disparate, point de dissonance ; un aspect général qui charme, qui plaît ; et ce résultat s’obtient tout aussi bien avec des objets d’une valeur modérée qu'avec des tissus de grand prix. Eh! qu’est-ce après tout que le goût dans la toilette? Qu’est-ce qu’une femme bien mise, sinon celle dont la toilette est harmonieuse, fût-elle toute simple.

Insistons sur ce sujet. Pourquoi les objets provenant d’une même maison seront-ils d’un meilleur effet entre eux que joints à d’autres ? Le lecteur a déjà fait la réponse à cette question. C’est qu’il régnera dans les caractères généraux et essentiels de ces produits un esprit commun ; une même inspiration aura présidé à leur création, aura réglé et dirigé, influencé dans un même sens l'imagination des artistes qui fournissent leur concours au chef de maison idéal que nous avons en ce moment en vue.

Il en est ainsi pour l’ameublement. Nous irons même jusqu’à dire qu’il nous paraît nécessaire qu’un ameublement sorte tout entier et complètement terminé des mêmes mains. Nous conseillerons toujours aux personnes qui tiennent à être meublées d’une façon véritablement artistique, de s’adresser de préférence aux fabricants d’étoffes qui sont en même temps tapissiers, ou du moins qui ont des tapissiers désignés travaillant en quelque sorte sous leur direction. Nul ne saura mieux qu’eux assortir la forme, la courbe, la décoration des bois, la nature du capitonnage, les dimensions et la couleur des garnitures au style, à l’épaisseur ou à la finesse, à la matité ou au brillant de l’étoffe. Nul ne saura mieux choisir des tapis, des portières, des tapis de table, des tabourets et des meubles de fantaisie qui « aillent ensemble, » comme on dit.

Et maintenant, tirons le rideau. Mais ce rideau même qui ferme notre revue, n’est-il pas une haute expression du luxe et de l'élégance ?
Pour tout savoir sur les expositions universelles et internationales.
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