La librairie Hachette

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La librairie Hachette

Message par worldfairs » 04 janv. 2019 09:08 am

Texte et illustrations de "Les merveilles de l'Exposition de Universelle de 1867"


En 1824 a été fondée la librairie Hachette par l’homme de haute intelligence et d’infatigable activité dont elle porte le nom. Vouée d’abord exclusivement à la production des livres classiques, elle a, vers 1852, embrassé dans le cercle déjà si considérable de ses opérations, la littérature générale et les connaissances utiles. Elle est ainsi devenue une librairie encyclopédique. Maintenant sur ses catalogues figurent près de quatre mille volumes composés par huit cents auteurs, illustrés par cent trente dessinateurs et par deux cents graveurs, adressés au public, soit directement, soit par l’entremise d’innombrables correspondants. Il faut, pour se faire une idée juste de l’importance de cette maison, visiter ses magasins du boulevard Saint-Germain, passer en revue ces rayons où, du sous-sol au toit, reposent par centaines de milliers les volumes en feuilles, ou brochés, ou reliés, et étudier le mécanisme de tous ces rouages industriels et commerciaux mis en mouvement par deux cents employés, et exigeant le concours de près de trois mille personnes de divers états.

Paris 1867 - Informations, renseignements, discussions, questions - La librairie Hachette - Exposition de la maison Hachette et Cie - expositionlibrairiehachette.jpg
Exposition de la maison Hachette et Cie

Nous aimerions à nous étendre sur les collections nombreuses qu’a fondées et qu’augmente tous les jours l'intelligente initiative des directeurs actuels de la librairie Hachette. Ces collections se ramènent à un but commun, celui de satisfaire à tous les degrés aux besoins de l’instruction générale : collection de livres classiques organisée de telle sorte, que, depuis le plus humble écolier primaire jusqu’à l’homme occupé des plus transcendantes études, chacun y trouve les ressources adaptées à ses travaux, et que, dès qu’un enseignement nouveau surgit, il est immédiatement pourvu à ces nécessités nouvelles; collection de la Bibliothèque rose, où nos enfants trouvent tant de charmants volumes dus aux plumes les plus littéraires et illustrés par les meilleurs crayons; collection des volumes destinés aux bibliothèques populaires et renfermant, avec des volumes spécialement composés pour cet objet, des éditions à un bon marché étonnant des classiques français et des auteurs étrangers ; collection des grands dictionnaires encyclopédiques; collection des grands écrivains français, le monument à la fois le plus splendide et le plus sévère qu’on ait jamais élevé aux gloires de notre littérature..., etc. Mais ce sont les merveilles de l’Exposition que nous voulons décrire, et nous choisissons, dans la vitrine de la maison Hachette, les volumes dignes d’être ainsi qualifiés.

Paris 1867 - Informations, renseignements, discussions, questions - La librairie Hachette - Kara Fatma, Reine des Bachi-Bouzouks - karafatma.jpg
Kara Fatma, Reine des Bachi-Bouzouks

On ne peut contester à cette maison la gloire d’avoir la première publié ces volumes de grand luxe qui portent la signature de Gustave Doré. Nous les retrouvons à l’Exposition ces volumes somptueux qui figurent maintenant dans toutes les bibliothèques d’amateurs, et pour lesquels on a épuisé toutes les ressources de la typographie et de la gravure : l'Enfer du Dante, l'Atala de Chateaubriand, le Don Quichotte de Cervantes, et bientôt le Purgatoire et le Paradis. C’était la première fois qu’on appliquait la gravure sur bois dans d’aussi vastes proportions. L’entreprise était hardie, elle a pleinement réussi; on s’est disputé ces beaux volumes, et le nom de l’artiste qui les avait illustrés a acquis une énorme popularité. Nous mettons sous les yeux de nos lecteurs une des gravures du Don Quichotte. Voici presque achevé un la Fontaine, œuvre exceptionnelle en ce sens que les éditeurs ont voulu mettre à la portée des plus petites bourses un de ces superbes in-folios réservés aux riches bibliothèques ; ils y sont parvenus par d’ingénieuses combinaisons.

A côté figurent les ouvrages destinés à la vulgarisation des sciences : le Tableau de la nature de L. Figuier, le Ciel de Guillemin, l'Oiseau de Michelet, un admirable volume imprimé par Claye et délicieusement illustré par le fin et léger crayon de Giacomelli; le Monde de la mer et la Vie souterraine; dans ce dernier volume, nous avons remarqué des planches représentant les minéraux précieux avec leurs nuances, le chatoiement de la lumière dans les cristaux. C’est le dernier mot de la chromolithographie.

Paris 1867 - Informations, renseignements, discussions, questions - La librairie Hachette - Don Quichotte - donquichotte.jpg
Don Quichotte

C’est la librairie Hachette qui a fondé et qui publie avec un succès croissant le magnifique journal de voyages intitulé le Tour du Monde. Ce recueil forme déjà sept volumes contenant pour plus d’un million de francs de gravures ; il est aussi populaire à l’étranger qu’en France et traduit dans toutes les langues. Nous empruntons à une des dernières livraisons un charmant dessin représentant la reine des Bachi-Bouzouks. Il donnera une idée du soin avec lequel est illustré ce beau journal où l’on s’attache à concilier l’exactitude absolue des vues, types et costumes avec les ressources de l’art le plus pittoresque et le plus séduisant. L’étranger, qui traduit à son usage le Tour du Monde, achète les clichés de ces beaux dessins et se rend ainsi le tributaire de nos artistes. Au milieu de la vitrine de la maison Hachette figurent des spécimens de texte et de gravures d’un ouvrage qui fera un des monuments les plus accomplis de la typographie française. C’est la grande édition des Saints Evangiles. Cent vingt dessins dus au crayon illustre de Bida, et dont quatre-vingt-six sont déjà gravés et tirés, orneront cette publication. Un artiste éprouvé, M. Rossigneux, a dessiné ces beaux caractères dont vous admirez le type élégant et sobre. C’est Claye qui les a imprimés en triomphant, à force de patience et d’art, de toutes les difficultés. Le jour où les Saints Evangiles seront achevés, ils auront coûté plus de six cent mille francs, mais ils constitueront une œuvre parfaite à tous égards; ils feront époque dans les fastes de la librairie française dont ils résument tous les progrès, et ils couronneront dignement le catalogue de la maison Hachette dont nous n’avons fait qu’indiquer en courant les utiles richesses.
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Re: La librairie Hachette

Message par worldfairs » 26 janv. 2019 05:08 pm

Texte et illustration de "Les merveilles de l'Exposition de Universelle de 1867"

La maison Hachette se signale cette année par la double valeur qu’elle a donnée à ses livres d’étrennes : valeur typographique et artistique et valeur littéraire et scientifique. Nous citerons surtout: les Phénomènes de la Physique, par le savant auteur du Ciel, M. Amédée Guillemin, hardie tentative pour connaître à tous, sans l’appareil des démonstrations mathématiques, ces phénomènes de la pesanteur, du froid, de la chaleur, de la lumière, de l’électricité, du magnétisme, qui sollicitent notre attention quotidienne, d’où relèvent notre existence, nos arts, notre industrie, et sur les causes et l'enchaînement desquels L’ignorance n’est plus permise : M. Guillemin a su rendre accessible à tous, à force de lucidité, ce vaste exposé d’une des sciences les plus importantes ; la Terre, par M. Elisée Reclus, n’offre pas moins d’intérêt : ce voyageur enlève pour ainsi dire ses lecteurs sur un sommet du haut duquel il leur fait voir l’ensemble de notre planète, ses mouvements dans le ciel, la forme générale des continents et des mers, leurs harmonies et leurs contrastes, les plaines, les plateaux et les monts, les eaux circulant, les forces souterraines en action, etc., vaste et brillante synthèse qui dépouille la géographie de toute aridité et qui lui donne une grandeur et un intérêt non soupçonnés; l’Univers, par le célèbre professeur Pouchet, tableau des merveilles du règne végétal, du règne animal et de l’univers sidéral; le Tour du monde, ce magnifique journal de voyage dont les huit années contiennent des relations originales d’expéditions dans toutes les parties du monde, illustrées de 4500 gravures; les Musiciens célèbres de M. Félix Clément, histoire de la musique par la biographie pendant les trois derniers siècles, ornée d’eaux-fortes qui en font un album ; le Shakespeare, traduit par Emile Montégut et illustré de bois anglais. A côté de ces beaux livres figurent les collections de la Bibliothèque rose, cet inépuisable trésor des enfants où tour à tour Mme de Ségur, Mme de Pitray, le capitaine Mayne-Reid, Mlle Gouraud, M. de Lanoye, Mme Jeanne Mariel, etc., viennent leur conter les histoires les plus belles et les plus morales que nos premiers dessinateurs remplissent de gravures charmantes. Enfin, pour couronner dignement cette trop rapide énumération, la superbe publication des Fables de la Fontaine, illustrées par Gustave Doré, le jeune maître qui n’a jamais déployé plus de pittoresque et de puissance que dans cette lutte avec le poète populaire si naïf et si fin.

Paris 1867 - Informations, renseignements, discussions, questions - La librairie Hachette - La fille (Fables de La Fontaine) - fillefableslafontaine.jpg
La fille (Fables de La Fontaine)
Paris 1867 - Informations, renseignements, discussions, questions - La librairie Hachette - Le singe et le chat (Fables de La Fontaine) - singeetchatlafontaine.jpg
Le singe et le chat (Fables de La Fontaine)
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Re: La librairie Hachette

Message par worldfairs » 29 janv. 2019 06:13 pm

Texte et illustration de "Les merveilles de l'Exposition de Universelle de 1867"

Atala, cette œuvre de la jeunesse de Chateaubriand, saluée à son apparition par de si vives acclamations mêlées de si amères critiques, Atala n’a succombé ni sous l’exagération du blâme, ni sous l'excès de la louange. Après soixante années il en subsiste autre chose que quelques nouveautés hardies et controversées. Le temps, qui retire bien vite aux œuvres passagères leurs fragiles beautés, n’a rien ôté au style magnifique de Chateaubriand de sa puissance ni de sa richesse. Tel morceau, quand on relit le livre aujourd’hui, étonne encore par son abondance et par son éclat, comme cet admirable tableau des rives du Meschacebé qui demeure, après tant d’efforts d’imitation, le modèle classique de la description pittoresque. Partout de splendides images, des impressions rendues avec une vivacité qui éblouit, semblent provoquer l’imagination d’un peintre et la défier à la fois.

Il restait en effet, après les nombreuses éditions épuisées d'Atala, à en faire une édition illustrée; mais où rencontrer l’artiste capable de concevoir une seconde fois les scènes si brillamment décrites par le poète ?

Un seul pouvait le tenter peut-être : c’est l’auteur si fécond de tant de dessins qui répand ses ouvrages avec une profusion sûre de ne s’épuiser jamais, qui se transforme avec chacun des sujets qu’il embrasse, et qui traite les plus connus avec une telle nouveauté, qui y introduit un tel imprévu, qui les présente sous un aspect si original qu’il leur fait comme une seconde vie. Il le pouvait aussi parce que le sentiment et la tendresse sont loin de lui être étrangers. M. Gustave Doré a été séduit par une œuvre si conforme, dans l’exubérance même de ses qualités, à la nature de son goût et de son esprit. On jugera, en parcourant les dessins de la nouvelle édition d'Atala, s’il a réussi à illustrer le livre, ou plutôt s’il n’a pas fait, selon sa coutume, un livre original que l’on a plaisir à mettre en regard de celui que l’on connaissait déjà, non pour compléter l’un par l’autre, mais pour comparer l’un à l’autre, car livre et dessins peuvent se passer aisément du secours d’un autre art, l’écrivain étant ici un peintre sans rival, et le peintre un poète qui se plait à montrer, en se mesurant avec les plus grands, ce qu’il peut entrer de leur souffle et de leur pensée dans un simple crayon.

En contemplant la délicieuse gravure que nous reproduisons plus haut, on verra que la maison Hachette, à qui nous devons tant et de si splendides publications, n’a rien négligé pour la mise en œuvre de cette belle édition.

Paris 1867 - Informations, renseignements, discussions, questions - La librairie Hachette - Scène d'Atala - Hachette et Cie - sceneatalahachette.jpg
Scène d'Atala - Hachette et Cie
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Re: La librairie Hachette

Message par worldfairs » 02 mars 2019 05:34 pm

Paris 1867 - Informations, renseignements, discussions, questions - La librairie Hachette - Ugolin et ses enfants - L'Enfer de Dante par Hachette & Cie - ugolinenfantsenferdante.jpg
Ugolin et ses enfants - L'Enfer de Dante par Hachette & Cie

On leur fit descendre un à un l’escalier du donjon, et ils descendirent pendant si longtemps qu’il leur sembla qu’ils se rendaient au cœur de la terre. Enfin ils sont arrivés. On les pousse en avant dans l’obscure demeure; la porte se referme, en grinçant sur ses gonds; les verrous glissent en rugissant; les clefs tournent. Puis les pas des geôliers et des gardes s’éloignent, et peu à peu se perdent dans les escaliers tournants par où ils sont venus; à chaque étage qu’ils ont monté on les entend moins. Moins! il y a longtemps que pas un bruit, pas un écho ne frappe leurs oreilles. Ils écoutent encore pourtant, et encore — et encore. Rien! Les heures passent. Us s’appellent; ils se comptent; ils se rapprochent; ils se serrent les uns contre les autres; ils s’embrassent; ils s’attendrissent.

Seul Ugolin est silencieux et inaccessible à l’émotion.

Ils ont peur! ils faiblissent; ils songent à fuir; ils sont affolés et éperdus. Us se calment : on envisage la situation; on cherche les moyens de se dérober à la mort épouvantable qui menace; on se concerte; les plans sont aussitôt que proposés reconnus irréalisables; on s’attache néanmoins au plus insensé. On creusera la terre avec ses mains, on passera sous la muraille, et l’on arrivera ainsi dans les fossés du château. De là à la liberté, à la campagne, à la verdure, à l’air pur, à la lumière et à la chaleur du soleil, à la vie enfin, il n’y aura qu’un pas.

Seul Ugolin se tait.

C’est dit! A l’œuvre! Courage! Ah! le commencement est dur. Le sol résiste ; les ongles des jeunes seigneurs ne sont pas en acier. Mais avec de la jeunesse, de la force, de la volonté, l’amour de la liberté et de la vie, on remuerait des montagnes. Courage!

Ugolin ne les aide point et ne dit pas un mot.

Courage! Courage! Mais les ongles sont sanglants; mais la peau des doigts est usée; mais les nerfs de la main sont engourdis ; mais les muscles des bras refusent le service; et des défaillances de poitrine arrêtent les enfants dans leur tâche. Us renoncent, et le désespoir leur arrache des larmes de sang.

Ugolin ne pleure pas.

Ugolin ne pleure pas! ce n’est donc pas un père! Et vous qui ne m’avez pas assez aidé quand je mettais toutes mes forces à déchirer ce sol rebelle, vous n’êtes pas mes frères! On se querelle, on va se dévorer. Mais non! encore un effort : ces barreaux, enlevons-les; unissons-nous tous; élançons-nous. On s’élance, et l’on retombe; on saisit le fer, on l’ébranle, on le mord. C’est en vain. Alors ces quatre jeunes gens si beaux, si forts, si fiers, si nobles, se roulent sur la terre, s’arrachent les cheveux, mordent la boue, blasphèment Dieu en écumant.

Ugolin garde le silence.

Bientôt la faim, la hideuse faim, torture leurs entrailles, brûle leur palais, enflamme leur cerveau, fait luire à leurs yeux des flammes infernales, et répand dans tous leurs membres une faiblesse perfide. Ils se tordent alors, ils crient et ils pleurent.

Ugolin se tait.

Au bout de quelques jours les fils se taisaient comme le comte, d’un silence éternel.

Il y a mille manières de procéder à l’examen critique d’une œuvre d’art. On peut ne la considérer qu’au point de vue de l’exécution, de la facture et du tour de main, et c’est ce que font en général les artistes, méprisant profondément, et non sans affectation, tout le reste, c’est-à-dire la composition, l’élaboration intellectuelle, la conception, l’idée. On peut ne s’occuper que de celle-ci, que du sujet : c’est le tort des littérateurs et du gros du public. On peut tout embrasser, pensée et réalisation plastique de la pensée, fond et forme : on le doit; point de critique sérieuse et utile en dehors de cette marche. Cependant il est bien permis parfois d’adopter l’une ou l’autre manière, lorsqu’on est exposé, à cause de la multitude des objets que l’on a à passer en revue, à tomber dans la monotonie en les encadrant tous de la même façon. C’est pourquoi nous venons d’étudier le dessin de M. Gustave Doré, représentant Ugolin et ses fils, au seul point de vue du sujet. Nous avons fait une amplification littéraire sur le court passage du Dante qui a donné lieu à tant de fortes créations plastiques.

Nous voulons toutefois faire remarquer que, dans cette page, sous cette forme un peu lyrique était contenu un mode d’examen critique particulier. Nous nous sommes appliqué à déduire de l’état déterminé, précis, dans lequel l’auteur nous présente ses malheureux affamés, les diverses circonstances par lesquelles ils ont dû passer pour y arriver, circonstances que résume la situation dans laquelle on nous les montre. Eh bien, ce point de vue, qui au fond était celui auquel nous nous sommes presque uniquement placé pour juger l'œuvre de M. Doré, il faudra toujours l’admettre dans toute l'étude d’œuvre d’art. Car les arts plastiques ne pouvant comme le récit peindre successivement toutes les phases d’une action, sont obligés de choisir le moment culminant de cette action; or le moment culminant c’est celui dans lequel se trouvent condensés tous les autres; le moment culminant de l’histoire de la mort d’Ugolin, c’est celui où les souffrances sont à leur comble; si l’œuvre plastique ne résume pas toutes les souffrances antérieures, c’est que l’artiste n’a pas su choisir le moment le plus caractéristique de tous. On est donc fondé en présence d’un tableau à reconstruire le passé, un passé voisin encore, des personnages qu’on a sous les yeux; un doit rechercher ce qui s’est accompli quelques minutes, quelques heures auparavant, si l’on veut être bien en état de juger de l’exactitude de l’action, des expressions, des mouvements.

Paris 1867 - Informations, renseignements, discussions, questions - La librairie Hachette - Le Dante et Virgile - L'Enfer de Dante par Hachette & Cie - dantevirgileenferdante.jpg
Le Dante et Virgile - L'Enfer de Dante par Hachette & Cie

Voici un autre bois emprunté à l'Enfer du Dante, de M. Gustave Doré. Ciel sombre, atmosphère pesante, rochers affreux et inaccessibles, mer aux eaux lourdes et glauques roulant les damnés en proie à d’horribles souffrances; la composition est grandiose et terrible. Au milieu, le Dante conduit par Virgile magnifiquement drapé. Que cette scène est puissamment triste! Pour ne citer qu’un détail, très-important il est vrai, il faut faire remarquer que les principales lignes, pures de tout accident, sont d’abord un horizon immense plusieurs fois répété par la bande lumineuse, mornement lumineuse, et par les bandes noires de nuages qui surmontent immédiatement les flots; puis une ligne verticale répétée aussi par les implacables falaises noires et désolées qui forment le seul décor de ce lieu funèbre. Eh bien, ces deux lignes arides et nues sont d’un grand effet esthétique, parce quelles parlent de l’infini et encadrent dans l’infini l’action désespérée à laquelle on assiste.
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