Coquillages et Coraux

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worldfairs
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Coquillages et Coraux

Message par worldfairs » 28 déc. 2018 06:07 pm

Texte de "L'Exposition Universelle de 1867 Illustrée"

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En face des expositions de corail et de coquillages de la salle des Éponges, je me suis surpris à réfléchir profondément aux mystérieuses ressources de l’industrie. Ainsi ces coquilles, dépouilles de mollusques rassemblées ici des quatre coins du monde, représentent non-seulement des sommes considérables, mais la matière première d’une foule d’industries à peu près ignorées.

Ainsi il y a là-bas, aux Indes, à Singapoor, au Cap, à Panama, à Madagascar, aux Antilles, à Natal, en Australie, à Haïti, partout, partout— des hommes qui ont pour mission de cueillir ces produits des flots, de les assortir, de les rassembler. Il y a là-bas d’autres hommes qui ont mission de concentrer toutes ces productions minuscules éparses, d’en faire des provisions, des envois considérables, et de verser tout cela dans le sein toujours ouvert de Paris ou de Londres. Ainsi ces petits coquillages qui nous semblent insignifiants et que nous voyons rassemblés sur cette boîte de quelques francs comme valeur, sont venus se rassembler là, partis quelquefois des cinq parties du monde. Merveilleuse chose que l’industrie!

En regardant ces produits divers, je me disais que cette force productrice ne se lasse jamais. Je me disais que tandis que j’étais là, moi seul, admirant ces produits apportés au Champ de Mars, les pêcheurs pêchaient là-bas, bien loin dans leur île ou sur le rivage de leur mer, les entrepositaires achetaient, rassemblaient, classaient, étiquetaient tous ces produits, et les vaisseaux apportaient dans notre vieux monde des curiosités semblables à celles que je voyais. Et cela sans interruption, sans défaillance, sans jamais se lasser. Où vont cependant tous ces milliers de bénitiers fabriqués avec la même coquille, celle de l'hippope que nous verrons tout à l’heure? Que deviennent toutes les boîtes de colle et de carton? Qui peut user les camées que peuvent fournir les centaines de mille casques que nous avons accumulés dans des magasins grands comme des halles?

Mystère 1 C’est là la consommation de l’humanité. Ces objets sont brisés, détruits, usés peu à peu et disparaissent, rentrant dans le néant sans qu’il soit possible de comprendre quand et comment.

Ici en étudiant la collection de coquillages et de coraux exposés, nous ne voulons nous intéresser qu’aux applications industrielles de ces matières. Tout le monde sait, en effet, que ces objets forment des collections charmantes et en même temps précieuses ; celle si admirable, à Paris, appartenant à M. Delessert, et conservée par les soins du célèbre docteur Chenu, en est la preuve. Il y a, dans des collections semblables, des coquilles qui sont de véritables joyaux d’une valeur et d’un prix énormes. Il y a là dedans des échantillons uniques, des joies ineffables pour les collectionneurs !

Quant aux collections exposées dans le Palais, il s’y présente un fait curieux, c’est que le corail vrai, le corail rouge de la Méditerranée, n’y est pas représenté; il entre dans un autre ordre de travailleurs, il est un objet de bijouterie, et comme tel, des lieux de production, il ne s’entrepose pas dans les mêmes maisons. Nous voyons ici, pour les collections pittoresques des gens du monde qui se laissent séduire par l’aspect nacré, argenté ou gracieux seulement de quelques coquille?, des coraux blancs et rouges de l’Inde, des madrépores, des coquilles araignées, des volutes, des mitres et des pyrules, et les troches et les agatines, etc., etc. Toutes ce3 variétés se centralisent, en général, à Singapoor, et c’est de là qu’elles arrivent aux négociants parisiens. C’est de là qu’elles rayonnent alors sur nos ports de mer, sur les plages de nos établissements à la mode.

Vendues à des négociants spéciaux, ces coquilles sont soumises par eux à des traitements spéciaux ayant pour but, d’abord d’enlever l’espèce d’écorce calcaire grossière qui recouvre la couleur de la nacre interne.

On obtient ce résultat, en général, au moyen d’eau fortement acidulée d’acide chlorhydrique; mais cela ne suffit pas toujours : on emploie alors la meule et l’on enlève ces facettes qui font des troches, par exemple, comme un cabachon blanc à facettes vertes ou roses. Et les marchands peu consciencieux, auxquels ce commerce est tombé, font croire au public que les coquillages ainsi préparés sont plus beaux que les autres, parce qu’ils viennent des mers chaudes éloignées, partant de loin, donc valant beaucoup d’argent, etc. Et le tour est joué Ils ont tort et raison tout à la fois, car si le public voyait dans leur état brut et sous leur drap marin ces mêmes coquilles qu’il admire, il ferait comme le singe fit de la noix, jetant loin de lui le fruit dont il ne soupçonnait pas la saveur agréable sous le brou amer.

Au milieu des vitrines, sous les grande:-ramifications de coraux jaunes et routes, nous devons signaler quelques coquilles dont les dames vont de suite apprécier la i .deur. Les casques sont ces énormes volutes à peau blanche crayeuse, dont la bouche noire et rouge est sillonnée de bourrelets blanchâtres placés en travers : ceux-ci sont les énormes casques que l’on tire des Lucayes ou îles Bahama, cette pléiade d îlots, de bancs de sa ble, d’écueils qui ferment au nord la mer de; Antilles et vont rejoindre la Floride. Mais il y a, tout à côté des premiers, sous la vitrine, deux autres variétés du même coquillage : ce sont les casques roses qui viennent du même pays et les casques rouges que l’on pêche au Cap. Ces deux derniers manquent de noir à la bouche. Tous ont la grosseur de la tête d’un homme, et leur coquille, fort épaisse, sert à faire des camées. Oui, c’est de cette grosse coquille, qui ressemble à une lanterne, que sont partis les morceaux qui, après être passés sous la main d’un artiste habile, ornent votre cou gracieux et vos oreilles aux tons roses et transparents.

Chaque coquillage ne fournit qu’un petit nombre de plaques de premier choix, et encore faut-il qu’il ait la lame épaisse et non piquée par les vers marins perforants. La meilleure portion est celle qui se voit au fond de la bouche, en regardant le casque près de son ouverture.

On détache encore quelques petites plaques, mais de moindre importance et de second choix , sur la partie en cône aplati qui en forme le fond et que les ouvriers nomment la couronne.

Une belle coquille casque vaut jusqu’à 25 fr. et son prix peut descendre jusqu’à 1 franc et 0 fr. 50 c., ce qui explique — outre le travail artistique — la différence de valeur des camées.

A côté des casques, signalons les tridaines dont on fait, à Rome, des mosaïques, et rappelons les coquilles blanches, si pures de couleur, dont, les côtés sont relevés au bord et découpés en gracieux festons. Elles portent des mouchetures rouges violacées et jaunâtres d’un joli effet : ce sont les hippopes, les bénitiers, dont les marchands de bronzes font une énorme consommation. Voici à côté les haliotides ou oreille s de mer : ce sont de magnifiques coquilles un peu plates, d’une nacre très-belle verte et rose irisée : on les reconnaît facilement à la rangée de trous qu’elles portent près d’un de leurs bords et qui servent à l’animal, qui a sué ces coquilles, à passer ses tentacules. Nous avons en France, sur nos côtes de Bretagne, une haliotide, moins grande, mais tout aussi jolie que celle-ci, qui vient du Japon. L’animal qui la remplit est fort bon à manger, et les kosish renommés de Brest ne sont pas autre chose.

Les Japonais ont le talent d’amincir la nacre de ces admirables coquilles en feuilles minces comme du papier, dans lesquelles on découpe des feuilles d’éventail et mille autres petits objets. Pour eux, rien n’est perdu et les fragments sont incrustés dans les meubles laqués : ils aiment cette substance et ils ont raison, car il en est peu d’aussi riches; aussi en mettent-Ds partout. L’une des coquilles qui plaît davantage est celle du nautile qui vient des mers de Chine et ressemble à un gros limaçon argenté mat. Cette belle coquille est encore employée pour la marqueterie et produit de charmants effets.

Au milieu des coquillages de la maison Haymann, nous voyons des échantillons d’objets qui plaisent non-seulement aux hommes, mais aux femmes. Ce sont les cannes. Non pas que je prétende que mes lectrices — si jamais j’en ai — se servent de cet objet très-masculin, mais elles se récrient en oubliant que le manche de leur ombrelle est précisément fait du même rotin, du même riz, du même bambou que la canne de leur frère ou de leur mari. La grosseur de l’échantillon change et c’est merveille de voir la variété des produits que l’on rassemble pour suivre la mode, en inventer de nouvelles et, dans tous les cas, demeurer gracieux et commode. Il y a des cannes da tous les pays du monde, les unes venant des jungles de l’Inde et les autres cueillies dans les forêts vierges de l’Amérique du Sud. L’une plaît parce qu’elle est jaune, l’autre parce qu’elle est noire, celle-ci parce qu’elle est légère comme |une plume, cette autre parce qu’elle pèse comme une barre de plomb. Et ainsi pour tous les goûts.
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