L’Art médical. — Les Instruments de chirurgie

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L’Art médical. — Les Instruments de chirurgie

Message par worldfairs » 27 déc. 2018 03:17 pm

Texte de "L'Exposition Universelle de 1867 Illustrée"

Paris 1867 - Informations, renseignements, discussions, questions - L’Art médical. — Les Instruments de chirurgie - instrumentschirurgie.jpg

La voix humaine est le plus harmonieux des instruments de musique, comme la main est le plus intelligent des instruments de chirurgie : mais la première ne peut remplacer un orchestre, pas plus que la main l’arsenal de la chirurgie contemporaine.

De nos jours il n’existe pas un seul traité de chirurgie qui ne désigne les objets nécessaires à la pratique chirurgicale. A dater du seizième siècle, tous les auteurs prirent soin d'orner leurs œuvres d’une série de figures représentant les appareils et les instruments en usage à leur époque. Ils s’empressèrent de mettre à profit l’art du dessin, pour retracer l’image des instruments propres aux opérations de la chirurgie et de l’obstétrique.

Actuellement cette branche de l’art au service de la science a pris une extension considérable; des volumes entiers sont consacrés à la description des bandages et appareils et des instruments opératoires; les progrès réalisés dans la médecine opératoire sont immenses à dater seulement de l’Exposition de 1855.

Ce ne sont pas les médecins et les chirurgiens seulement qui ont enrichi ces musées spéciaux : il faut faire une large part à l’intelligence des fabricants. vies véritables ingénieurs mécaniciens jouissent, pour la plupart, d’une considération qui leur fait prendre un rang social exceptionnellement élevé, affirmé par la fortune qu’ils acquièrent et les distinctions honorifiques qu’ils obtiennent.

La classe onzième, sous la rubrique : Art médical, ne comprend pas seulement les instruments de chirurgie; elle embrasse encore les appareils pour les organes des sens, des voies respiratoires, les nombreux appareils orthopédiques, la prothèse buccale et dentaire, l’hydrothérapie et tous les procédés balnéaires, la gymnastique, l’électricité, etc.

La fabrication des instruments de chirurgie et des appareils médicinaux occupe en France cinq mille ouvriers et ouvrières, qui livrent annuellement à la consommation pour quinze millions de francs.

Cette industrie emploie l’or, l’argent, le platine, l’aluminium, le fer, l’acier, le maillechort, l’ivoire, la corne, le bois, les peaux, la gomme, la gutta-percha, enfin le caoutchouc dans toutes ses transformations, vulcanisé, durci, tissé avec la soie, le fil ou le coton, etc.

Le grand prix dans cette classe a été accordé à un de nos plus habiles fabricants, d’origine belge, fixé à Paris, à M. L. Mathieu, décoré de la Légion d’honneur lors de l’Exposition universelle de 1862. Sa vitrine de 1867, à laquelle on pourrait reprocher trop de luxe (les instruments en vermeil y dominent), fait voir une variété d’instruments dont quelques-uns ont ce fini, cette légèreté, cette délicatesse commandés par les organes qui doivent en supporter le contact , entre autres une pince-ciseaux qui saisit et excise l’iris en un seul temps dans l’opération de la cataracte.

Un spéculum laryngien du docteur Labordette de Lisieux, que le conseil d’hygiène a prescrit pour les boîtes de secours. La valve supérieure est disposée en courbe de manière à suivre le voile du palais et à descendre dans le pharynx, tandis que la valve inférieure, plus courte, s’arrête à la base de la langue, qu’elle déprime. Avec ce miroir, on découvre très-dictinctement le ventricule du larynx et les cordes vocales.

Une partie importante du traitement de certaines maladies des organes respiratoires, les poumons y compris, depuis deux années, a été dirigée et s’est localisée sur ces régions elles-mêmes. Ce traitement consiste à faire respirer des eaux minérales, poudroyées, pulvérisées, et non plus à l’état de vapeurs comme autrefois; ces dernières ne contenant que de l’eau, dans cet état elles ont perdu leurs principes médicamenteux.

Le même fabricant, M. Mathieu, a exécuté un pulvérisateur à levier et à pression immédiate, que le malade manœuvre lui-même en produisant un brouillard d’une grande force de projection. Le bout injecteur, remplacé par un autre à plus grand diamètre, peut s’utiliser pour d’autres douches locales. A Marlioz, annexe de la station thermale d’Aix en Savoie, à Plessis-Lalande, dans l’établissement de M. le docteur Fleury, Mathieu a construit une table métallique, élégante, disposée de manière à ce qu’un certain nombre de personnes puissent respirer chacune par un jet particulier et doué d’une force de projection égale. Dans ces chambres d’inhalation, je me suis souvent assuré que le brouillard épais qui y régnait ne fatiguait pas les malades; on peut aussi varier à son gré la température du liquide poudroyé.

Un amygdalotome pivotant sur son axe, permet de resciser les amygdales de droite et de gauche en se servant de la main droite exclusivement, la main gauche garde sa liberté pour abaisser la langue pendant l’opération. Cette opération, innocente en apparence, n’est pas toujours exempte du danger des hémorragies; il faut donc les prévoir, et chaque fois que je pratique cette opération, j’ai la prudence de me munir du compresseur imaginé par mon savant ami, le docteur Ricord, compresseur que je retrouve dans cette même vitrine; les deux tiges sont terminées par une plaque; l’une des tiges va s’appliquer sur la plaie saignante en même temps que l’autre porte sur la joue; une vis maintient ces tiges rapprochées et comprimantes.

La physique et la chimie indiquent presque chaque jour de nouvelles sources à la thérapeutique; il est en effet bien naturel que toutes les sciences, que toutes les découvertes viennent se mettre au service de l’homme pour atténuer ses souffrances et pour prolonger sa vie. Le médecin complet est tenu à suivre en tout et pour tout ce progrès incessant, s’il veut accomplir en honnête homme la mission qu’il s’est donnée; l’ignorance chez lui devient souvent un crime de lèse-humanité, puisqu’elle l’expose à compromettre la vie de son semblable qui s’est confié à lui.

La chimie aujourd’hui décompose et isole les gaz, elle en dispose, et les enferme, pour servir à des usages divers. Une simple vessie en caoutchouc est le réservoir qui contient du gaz hydrogène; un tube métallique muni d’une clef laisse échapper à volonté ce gaz eu pressant sur la vessie. Ce gaz est enflammé par l’étincelle électrique; cette flamme donne une chaleur intense avec le grand avantage de ne produire aucun rayonnement, par conséquent de ne pas intéresser les parties les plus voisines du point à cautériser, même dans les cavités les plus profondes. M. Nélaton et moi, en présence de M. Mathieu, avons fait usage de ce cautère à gaz, pour attaquer et détruire un cancer de matrice, inaccessible à l’instrument tranchant chez une dame âgée de trente-quatre ans.

Le génie inventif de notre regretté confrère, M le docteur Leroy d’Étiolles, liquidait souvent ses comptes annuels avec divers fabricants d’instruments de chirurgie par des sommes de 10 à 12 000 francs; le baron Heurteloug, a laissé à sa mort un coffre rempli de ses curieuses inventions, qui furent vendues comme ferraille, lorsque les notes acquittées qui y étaient jointes rappelaient une dépense de plus de 125 000 francs ; et tout cela pour perfectionner les ingénieux procédés dirigés contre les maladies des organes génito-urinaires, et plus spécialement pour l’extraction des corps étrangers de la vessie par broiement de la pierre.

L’exposition de 1867 rappelle un grand nombre.de ces instruments perfectionnés et apportés par des fabricants de diverses nations qui presque toutes ont fourni leur contingent, sans en excepter l’Amérique. On voit d’admirables pinces pour retirer de la vessie des fragments de sonde, de épingles, etc., en forçant ces corps étrangers à prendre une direction toujours déterminée, de manière à ne jamais blesser les canaux étroits qu’ils doivent traverser avant d’arriver au dehors.

Il n’y a pas encore longtemps, que par l’amputation on sacrifiait la totalité d’un membre, lorsqu’une affection articulaire grave l’exigeait; maintenant, depuis qu’en France l’habile chirurgien Roux en a démontré la possibilité, en même temps qu’on le faisait en Angleterre, on se borne à réséquer, à enlever les parties malades, on soustrait l’articulation compromise, on raccourcit le membre, mais on le conserve : une scie à chaîne opère ce prodige.

M. Mathieu a exposé un nouveau porte-scie qui peut s’adapter à toute scie à chaîne et se manœuvrant d’une seule main : de là plus d’harmonie dans le mouvement; la main restée libre fixe le membre, la tension de la chaîne est plus égale et sa marche plus rapide : le succès de l’opération n’étant confié qu’à un seul, l’opération dépend moins de l’intelligence d’un aide.

les tribunaux ont eu connaissance de ces perfectionnements de l’art, des voleurs les ont utilisés pour détacher des panneaux de porte qui supportaient des serrures.

On voit les trésors accumulés par les Charrière, les Robert et Collin, les Mathieu, les Luër, les maisons Favre, Capron, etc., etc. C’est en effet la France qui a triomphé dans cette onzième classe de l’Exposition. Ses richesses ne sont pas moins nombreuses quand on arrive à la prothèse. Par d’incroyables efforts de mécanique, on a construit des membres artificiels qui rendent les plus signalés services : ambitieux de faire oublier la perte d’un membre naturel, du moins dissimulent-ils toujours la mutilation. La légèreté de ces appareils est obtenue en combinant l’aluminium et l’acier avec un bois léger.

Lorsque le grand artiste lyrique du Grand Opéra, Roger, perdit la main par un accident de chasse, des hommes spéciaux se mirent à l’œuvre pour lui rendre la scène accessible de nouveau ; après beaucoup d’essais, G. Roger déclara dans une lettre publiée le 28 avril 18G2, que Mathieu avait seul résolu le problème.
Il n’y a lien d’étonnant que tant de perfectionnements se succèdent les uns aux autres : les mêmes travaux, les mêmes recherches se poursuivent chez toutes les nations sans jamais s’arrêter, et pour ainsi dire aux mêmes heures.

Les sciences seules constituent la véritable unité humaine, elles assurent la moralité autrement que ne l’ont su faire jusqu’à ce jour les plus éloquents discours. C’est de l’unité humaine produite par les sciences appliquées, qu’il faut attendre le mieux-être pour tous et du bonheur pour le plus grand nombre.
Les guerres, les conquêtes, les invasions, les haines nationales et religieuses, les persécutions, les menaces furent les horribles sacrifices supportés par nos pères pour insciemment nous acquérir et payer la civilisation actuelle. L’homme moderne ne veut plus souffrir ces sacrifices, il met le progrès et la justice sur le seul piédestal à conserver, et les fait adorer par l’humanité tout entière.
Pour tout savoir sur les expositions universelles et internationales.
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