La rue de Belgique

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worldfairs
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La rue de Belgique

Message par worldfairs » 23 déc. 2018 12:21 pm

Texte de "L'Exposition Universelle de 1867 Illustrée"

Paris 1867 - Informations, renseignements, discussions, questions - La rue de Belgique - ruebelgique.jpg

En bonne frontière quelle est, la rue de Belgique est aussi bien prussienne que belge. On ne sait à quel côté se vouer, ni par quel
bout la prendre. C’est surtout le côté de la Prusse qui m’inspire cette réflexion, dépourvue de toute allusion, on peut le croire.
Entrons donc dans la rue de Belgique par le Jardin central, direction qui est précisément l’inverse de la perspective adoptée dans notre gravure, mais que l’ordre logique de notre travail nous fait choisir.

Le carrefour y donnant accès contient quelques œuvres que nous devons signaler avant de commencer définitivement notre promenade.

A droite et à gauche des portiques de la galerie des Beaux-Arts sont placées de nombreuses statues, des tableaux et des photographies. Dans un angle est un autel gothique à côté duquel se trouve une belle Vierge du même style, en chêne sculpté, due au ciseau de M. Pickery. Le regard charmé par de délicates sculptures traitées avec un art infini s’y repose volontiers.

Au centre se dresse une chaire en chêne merveilleusement sculpté.

Malgré ses deux escaliers qui sont un vrai contre-sens pour un meuble d’église où tout est symbolique, et d’où la controverse bannie ne suppose jamais un orateur montant pendant que l’autre descend, cette chaire monumentale est digne de toute notre attention ; elle est conçue dans le p'us pur style ogival du douzième siècle, et elle est due au ciseau de M. Goyers frères, à Louvain.

On sait que les ateliers de mobilier religieux sont très-nombreux en Belgique, et que la ville de Louvain possède, à elle seule, trois ateliers très-importants qui ont un énorme débouché d’exportation en France, en Hollande, en Angleterre et en Allemagne. Il faut ajouter que c’est sans doute à cette situation exceptionnelle qu’est dû le prix relativement très-modéré inscrit sur cette belle œuvre d’art.

Cet hommage étant rendu au vrai mérite, tournons le dos au Jardin central, prenons la gauche et commençons notre examen.

Voici des pianos et des instruments en cuivre, le tout placé sur une estrade. Dans les pianos la Belgique a réalisé des progrès notables. Inférieure jadis, sa fabrication tend aujourd’hui à rivaliser avec celle de la France.

Voici l’imprimerie, les papiers colorés pour la reliure et les cartes à jouer exposés par M. Annoot Brackman, de Gand, MM. Brepols et Dierick, de Turnhout, M. Casterman, do Tournai.

Les villes de Turnhout et de Bruges sont les centres principaux de la fabrication des papiers de fantaisie et des cartes à jouer. La Belgique n’achète pas annuellement pour 20Ô0 francs de cartes à jouer, elle en exporte au contraire pour des sommes considérables.

Dans les vitrines de M. Casterman nous avons remarqué une reliure splendide et des éditions diamant d’une finesse à confondre l’observateur. Ce sont pour la plupart des livres religieux.

Arrêtons-nous devant le3 admirables photographies de la Société royale belge, dirigée par M. Fierlants. Il y a là des reproductions de tableaux des quinzième et seizième sjècles, d'une perfection incomparable’

Les tissus de laine peignée se présentent à la suite des vitrines précédentes 4an§ Imposition de la société anonyme de Loth-lez-Bruxelles. L’industrie lainière emprunte sa plus grande importance en Belgique à la mise en œuvre des lai nage j cardés.

Les savons parfumés et la parfumerie de M. Descressonnières composent une jolie vitrine à côté de laquelle on découvre l’orfèvrerie de M. Dufour. En surtout de table mat et bruni, « sujet de chasse et de pêche » en est la pièce capitale, sans oublier un pot à bière sur lequel est représentée une fête flamande d’après Teniers d’une très-jolie exécution.

Passons devant les rotins travaillés, tordus et ornementés d’Anvers, exposés par M. Van-Age-Van-Duerne et arrivons à l’orfèvrerie de Gand, cette vieille gloire de la, Belgique longtemps sans rivale au monde, sous le gouvernement des duos de Bourgogne. L’orfévrerie de Gand est représentée par M. Bourdpn-de-Bruyne (médaille d’argent).

Après la coutellerie de Namur, jetons un regard sur les cadres et les moulures remarquables de MM. Pohlmann et Dalk et arrêtons-nous sur l’armurerie qui a obtenu la première médaille d'or après la France. La vitrine qui se trouve sous mes yeux est celle de M. Jansen. Nous y remarquons deux fusils avec incrustations d’or style Louis XIII donnés par le roi des Belges à lord George Paget et à sir Georges Young, roi d'armes du très noble ordre de la Jarretière.

Sans transition passons à cette vitrine de cordonnerie pleine d'élégance et réparons un oubli dont nous nous sommes rendu coupable, dans notre revue générale de la cordonnerie, en ne signalant pas l’excellente fabrication de la Belgique, qui, en bien des points, ne le cède en rien à la France, et qui possède à Gand notamment une manufacture de premier ordre.

Voici les dentelles belges, représentées par l’exposition collective des fabricants de Grammont. La dentelle de Grammont est en fil de coton et de soie, tandis que la Malines est en fil de lin. Vingt centres importants se partagent l'industrie dentellière en Belgique, qui est, du reste, la terre classique de la dentelle.

Si nous ne devions nous borner à étudier les exposants de la rue de Belgique seule, nous aurions à traiter longuement de la dentelle de Bruxelles et de la Valencienne belge, qui ont atteint une supériorité presque sans autre rivale que la France; mais nous devons nous contenter de clore ce court résumé en disant que la Belgique occupe 130000 dentellières environ, et que sa production annuelle est de 50 millions de francs dont les salaires absorbent plus de la moitié.

Parcourons maintenant les fils à coudre de M. Jélie d’Alost, les toiles damassées delà même ville, les soies filées, les draps, enfin les toiles écrues, qui sont des industries nationales de la Belgique, et dans lesquelles elle a de temps immémorial une supériorité, qui est surtout aujourd’hui une supériorité économique, à mérite égal d’exécution, ce qui est énorme.

Ajoutons aussi que dans l’industrie des toiles, la Belgique a obtenu 5 médailles d’or, c’est-à-dire autant que la France, qui a bien plus d’exposants, qu’elle n’en a, une de plus que l’Angleterre §t deux de plus que la Prusse. N’oublions pas de constater ici que la prospérité de l’industrie linière est due aux efforts et à l’énergique initiative de M. Ch. Rogier aujourd'hui ministre des affaires étrangères de Belgique.

Prenons !e centre de la rue de Belgique; laissons derrière nous cette pyramide cubique de laiton; dans le numéro 10 de cette publication, notre collaborateur, M. Charles Boissay, a expliqué sa signification.

Commençons-donc la revue prussienne, çà et là mêlée de quelques enclaves belges. Voici une machine à guillocher et un pantographe exposés par M. Wagner de Berlin. Le mécanisme en est un peu compliqué et gênant pour l’usage, mais il produit des réductions microscopiques d’une exactitude extraordinaire. Arrêtons-nous devant une vitrine belge, dans laquelle MM. Montefiore-Levi, ont voulu nous montrer qu’un alliage de nickel, dont ils ont le secret, peut fournir une excellente fonte de statuette parfaitement accessible à la ciselure. A côté de cette statue figurent diverses monnaies en alliage de nickel très-blanc, sans argenture.

C’est au tour de Berlin, avec des bordures de dentelles exécutées à l’aiguille et exposées par M. Wechselmann; les dessins en sont admirables et elles sont destinées à une grande maison anglaise, b«s médailles d'or nous révèlent cependant ici la supériorité de la France et de la Belgique dominant même l’Angleterre.

Passons rapidement devant un de ces fins rideaux de cristal,dont Saint-Gobain à émaillé les galeries du Palais.

Voici de nouveau la Belgique avec leB bijoux de M. Leysen les prix en sont bas, mais les modèles peu variés, quelques diamants très-fins et bien sertis se font cependant remarquer.

Une grande installation noua attire, c’est celle de la manufacture royale de porcelaine, de Berlin. Beaucoup d’art et une véritable production économique, deux qualités enviables. Les pots à bière y abondent; quelques sujets nous frappent, entre autres une scène allégorique en porcelaine, peinte après cuisson, représentant la Fortune distribuant ses faveurs; l’exécution en est jolie, mais ce bariolage de couleur me séduit médiocrement.

Avançons encore, voici un célèbre orfèvre de Berlin, M. Wagner (médaille d’or). Une de ses pièces les plus remarquables est un bouclier d’honneur, offert par la noblesse rhénane à Frédéric-Guillaume, prince de Prusse, à l'occasion de son mariage.

Un médaillon d'alliance, occupant le centre d’une croix de Saint-André, marque le sujet. Autour et dans les subdivisions formées par les branches de la croix, s’étale circulairement un chapelet de blasons en émaux, très-finement exécutés. Signalons encore un autre bouclier repoussé en argent, présenté à François II par la haute noblesse d’Allemagne, en 1864.

Un pas de plus, et nous quittons-l’art industriel pour entrer dans la science; nous rencontrons, en effet, des appareils électriques de Gloessener, à courant d’induction, des interrupteurs et un chronographe électrique, dont l’étude et la description exigeraient un développement que nous ne pouvons leur accorder dans une revue encyclopédique et forcément rapide comme celle-ci.

Voici maintenant les beaux-arts avec une statue en plâtre de Frédéric le Grand, du temps de la conquête de Silésie.

L’artiste, M. Sussmann-Hellborn, a représenté cet ancien ami de Voltaire, jeune encore, debout et le doigt fièrement posé sur une carte de géographie. On y distingue le mot de Pologne! Cette Statue, magistralement faite, est destinée à l'hôtel de ville de Breslau.

Après un espace vide, voici une petite Statue équestre, peu attrayante, de Frédéric-Guillaume ÏV, Notre rédacteur en chef nous a déjà brillamment entretenu d’une œuvre supérieure, celle de M. Drake, Que dire après lui? sinon que celle-ci est destinée à dominer le pont du Rhin et qu’elle n’a qu'a bien s’y tenir.

Les portiques latéraux de gauche, affectés à la Prusse, sont généralement peu intéressants.

Sur le panneau d’une cloison, nous remarquons cependant des fleurs photographiées et peintes avec un art et un naturel admirables. On est tenté de les cueillir. Elles sont l’œuvre de M. Günther de Berlin. Marchons encore; dans une espèce de niche est placé un groupe en plâtre représentant un faune avec un jeune satyre jouant des cymbales. Ce groupe est savamment exécuté, mais les figures y ont, malgré leur expression mythologique, un air germanique un peu trop prononcé. Sur le panneau suivant est la grande reproduction photographique d’un tableau magnifique représentant Frédéric à Sans-Souci. C’est la seule reproduction qui soit réellement belle parmi les diverses épreuves exposées au même endroit.

Voici deux panneaux qui annoncent la salle de l’exposition collective de Bielfield (médaille d’or), Les toiles damassées de M. Westermann y sont admirables. L’un des deux panneaux, représentant la colonne Vendôme damassée en blanc sur fond gris, apparaît au premier abord comme un dessin de dentelles, tant est merveilleuse sa finesse.

Voici le portique de la galerie des vêtements, l’exposition de M. Gebhardt l’annonce; des gazes de soie avec application de fleura et d’ornements attirent les regards.

A côté apparaît la vitrine de M. de Diergardt, premier prix du nouvel ordre de récompenses, avec des soies et des velours unis et façonnés et une palette nuancée des plus riches couleurs.

Une grande carte géographique remplit de ses reliefs et de ses teintes vertes tout le panneau suivant, et après lui s’ouvre la galerie des matières premières, marquée par la grotte de sel dont notre numéro 10 a donné le dessin accompagné des explications compétentes de M. Boissay.

Traversons la galerie des machines, où la soufflerie Cockerill jette ses grands soupirs cadencés, et échappons-nous par la porte d’Europe dont le cintre désagréablement nu aurait fort bien fait ressortir les vitraux belges de M. Henri Dobbelaere, dont on a relégué les verrières dans le coin d’une annexe où le jour est trop vif pour que l’on puisse juger de leurs qualités artistiques.

C’eût été, de plus, dignement terminer une rue de Belgique.
Pour tout savoir sur les expositions universelles et internationales.
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