L’Artillerie de la marine française à l’Exposition universelle

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L’Artillerie de la marine française à l’Exposition universelle

Message par worldfairs » 12 nov. 2018 08:48 am

Texte de "L'Exposition Universelle de 1867 Illustrée"

Les personnes les plus étrangères aux choses de la guerre ont entendu parler des pièces énormes d’artillerie employées maintenant dans tous les pays par la marine militaire. Durant plusieurs mois nous avons vu la foule curieuse se presser autour des canons gigantesques que l’Angleterre, la Prusse et la Suède avaient envoyés au champ de Mars, et se demander avec une certaine inquiétude, en ne trouvant dans l’exposition française aucun spécimen de notre artillerie navale, si nous avions des canons capables de lutter avec ces formidables engins de destruction. A coup sûr nous le pouvions sans crainte, mais les savants officiers qui venaient d’accomplir d’une façon si remarquable la transformation de notre artillerie de marine, n’avaient pas prévu que, dans le pacifique concours de 1867, les machines de guerre tiendraient une place ainsi importante. Cette lacune fut bien vite comblée, et notre dessin représente la position pittoresque occupée, à l’entrée de la grande voie qui passe sous le pont d'acier et conduit vers l’intérieur du jardin, par le parc de l’artillerie de marine.

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Canon Gaudet

Auprès des petites pièces de bronze destinées aux compagnies de débarquement, on a placé les quatre gros canons de seize, dix-neuf, vingt-quatre et vingt-sept centimètres, types du nouvel armement de la flotte. Ces canons sont rayés, en fonte renforcée jusqu’à une certaine distance en avant des tourillons par des Dettes d’acier, sorte d’anneaux placés à chaud sur le corps de fonte, ayant par la nature de leur composition une grande élasticité, en sorte qu’elles le maintiennent comme pourrait le faire un ressort au moment où la dilatation des gaz de la poudre tend à disjoindre les parois. Us pèsent, selon leur grosseur, 5000, 8000, 14000, 22 000 kilogrammes, et lancent les projectiles creux et les projectiles massifs à des distances qui peuvent atteindre 7800 mètres, c’est-à-dire, à près de deux lieues. — Un cinquième canon les domine tous de sa masse gigantesque, c’est le canon monstre de quarante-deux centimètres, pesant 37 000 kilogrammes et lançant, avec une charge de poudre de cinquante kilos, un boulet massif sphérique de trois cents kilos. Ce canon, destiné à l’armement des côtes, repose sur un affût du poids de 20 000 kilos. Tous ces canons se chargent par la culasse; et leur arrière se trouvant ainsi dégagé, la pièce, malgré son poids, énorme a une véritable élégance.

Le bon marché relatif des pièces françaises et les garanties de résistance et de solidité qu’elles ont données, doivent être particulièrement remarquées. Elles coûtent trois fois moins que les pièces anglaises. Un canon Armstrong revient à plus de quatre francs le kilogramme, le canon de marine française, à un franc. — Ainsi un canon Armstrong pesant 20 000 kilos coûtera plus de quatre-vingt mille francs, — le canon français vingt mille francs seulement, et il pourra tirer mille coups sans aucun danger d’explosion La justesse du tir est égale aux longues portées, et elle est due au système adopté pour les rayures et pour le forcement du projectile dans l’âme de la pièce : mais pour en arriver là, combien, depuis des années, a-t-il fallu d’efforts, de science et de travail persévérant et sans relâche!

En 1855, l’artillerie de terre entreprenait à Calais, par ordre de l’Empereur, des essais sur les canons rayés qui portaient surtout sur le forcement du projectile. Les pièces étaient en bronze. Sur un rapport du colonel Frebault, maintenant général et chargé de la direction de l’artillerie au ministère de la marine, les expériences furent reprises au polygone de Gavres près Lorient sur les pièces en fonte; et, après avoir reconnu que l’inclinaison des ray ures, et le système des tenons adaptes aux projectiles pour produire le forcement devaient être modifiés à cause de la fonte, on obtint des résultats très-remarquable pour la portée, la justesse du tir et la résistance de la pièce. Pendant que l’Angleterre dépensait près de cent millions en essais infructueux pour aboutir à un système auquel il fallut bientôt renoncer, les savants et modestes officiers de notre artillerie de marine, dont le dévouement n’avait reculé devant aucune fatigue, parvenaient à utiliser te notre vieux matériel et à obtenir presque immédiatement, et sans nouveaux crédits au budget, une artillerie douée d’une grande puissance et qui était alors supérieure aux artilleries étrangères. Pour le moment cela suffisait : car, être prêt à temps et avant l’adversaire est le point capital : mais, les travaux du polygone de Gavres continuaient sans interruption. — Tout était observé, décrit, analysé : et de recherche en recherche, et d'expérience en expérience, quand la guerre d’Amérique et les tendances de plus en plus marquées vers les gros calibres, produites par une plus grande force de résistance donnée aux plaques de cuirasses protégeant les navires, et par les travaux des polygones anglais, eurent fait comprendre la nécessité d’une artillerie complètement nouvelle, nous étions prêts encore. Pendant que les autres nations, et en particulier l’Angleterre, hésitaient entre divers systèmes, notre artillerie de marine, secondée par les travaux de l’artillerie de terre, présentait un système qui réunissait l’économie, la sûreté, la pénétration, la portée et la rapidité plus grande dans le tir, ainsi qu’une diminution dans le nombre d'hommes nécessaires au service, tant à cause du pas de la rayure et du double rang de frettes ou anneaux d’acier qui venaient enserrer une partie de la pièce en fonte, que par le chargement par la culasse et l’excellence de la fermeture.

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Canon de marine française

Combien dureront ces nouvelles pièces et ne seront-elles point remplacées bientôt par des pièces d’acier qui donneront les mêmes résultats sous un moindre volume et avec un poids inférieur? Nul ne saurait le dire. — La question des canons d’acier est une des préoccupations de nos artilleurs. Déjà l’usine d’Essen en Prusse, appartenant à MM. Krupp, en a fabriqué une quantité considérable, et l’un de nos dessins représente le canon d’acier que MM. Petin et Gaudet, les habiles métallurgistes de Rive de Gier ont établi pour la marine : mais les données scientifiques varieront peu. Il n’y a plus là qu’une question de fabrication d’une grande importance.

L’harmonie de ces masses qui semblent destinées à des Titans, l’effort d’intelligence et de science employées à combiner toutes ces parties surprend plus encore que leur grandeur. Quel sujet d’étonnement lorsque l’on pense qu’une nation civilisée est condamnée à ces gigantesques travaux destinés à créer la destruction à une époque qui se proclame l’ère du progrès et de la civilisation, si elle ne veut se condamner elle-même et succomber au milieu des ambitions rivales ! La force devenue l’unique sauvegarde et le concours pacifique du champ de Mars transformé en concours des instruments de guerre, voilà pour la politique et l’Exposition de 1867 de singuliers spectacles. Remercions donc au moins nos artilleurs de nous donner, par les magnifiques échantillons qu’ils exposent, la sécurité relative et la confiance que la vue de ces engins protecteurs doit inspirer.
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