Les Meubles de M. Sauvrezy. — Classes 14 et 15

Paris 1867 - Discussions, informations, questions
Avatar du membre
worldfairs
Site Admin
Messages : 6755
Enregistré le : 21 juin 2004 09:41 pm
Localisation : illkirch
Contact :

Les Meubles de M. Sauvrezy. — Classes 14 et 15

Message par worldfairs » 11 nov. 2018 07:47 pm

Texte de "L'Exposition Universelle de 1867 Illustrée"

Paris 1867 - Informations, renseignements, discussions, questions - Les Meubles de M. Sauvrezy. — Classes 14 et 15 - meublesauvrezy.jpg

C’est M. Sauvrezy que nous avions en vue, lorsque dans notre appréciation sur les meublés de M. Beurdeley nous nous exprimions ainsi :
« A côté des artistes chercheurs qui interrogent leur propre génie et lui demandent une forme neuve, un style nouveau qui soient la caractérisation de leur époque, nous devons placer ces autres artistes dont le goût et la science des styles anciens constituent le principal mérite, et qui savent admirablement faire revivre dans toute leur pureté, les conceptions des grands siècles éteints.... Les premiers sont les poètes de l’art, les autres en sont les historiens. »

Saisissons l’occasion que nous offre M. Sauvrezy de compléter notre pensée. En lui, nous avons affaire à un chercheur, à un artiste de l’ébénisterie.

En effet, l’esprit qui a présidé à la conception du meuble que nous reproduisons, est complètement nouveau et n’a point d’analogue.

En vain appellerons-nous ce meuble une crédence Renaissance; nous céderons ainsi à une manie de classification qui est une des nécessités de notre époque.

Les caractères principaux de la crédence de M. Sauvrezy sont une simplicité expressive dans le dessin, un soin extrême de la silhouette au moyen des grandes lignes, une sobriété de bon goût dans les détails d’ornementation, et enfin une parfaite harmonie dans l’ensemble, qualités qui pour un meuble comme pour un monument sont fondamentales ; car un meuble n’est pas autre chose qu’une œuvre d’architecture de dimensions réduites, et dans laquelle le bois remplace la pierre.

Remarquons tout d’abord, dans cette crédence, la sage proportion qui a été gardée entre le corps du haut et le corps du bas; rien de massif et rien de maigre : quatre pilastres supportent aisément la partie pleine du corps supérieur, qui s’y repose tout naturellement. L’œil s’y dirige sans effort; rien ne le distrait du centre logique du meuble, de ce qui constitue son véritable emploi.

L’ornementation y est sobrement ménagée, tout en conservant son rôle essentiel, qui est démarquer la physionomie de l’œuvre.

De même que dans la figure se résume l’expression humaine, de même dans le corps principal d’un meuble on concentre son caractère artistique.

C’est ainsi que de chaque côté du corps supérieur et dans les parues pleines, sont jetés avec une exquise délicatesse deux charmants émaux de Popelin; deux cariatides soutiennent le corps vide du milieu et sont inspirées de l’école de Germain Pilon, ce qui reviendrait à dire, sans métaphore, qu’elles possèdent cette grâce, cette finesse, cette, silhouette exquise qui distinguent les œuvres de cet artiste.

En dehors de cela, point d’abus de sculptures.

Que signifie, au reste, celte profusion de coups de ciseaux qui accrochent l’œil et, au lieu de le captiver, l’irritent et le fatiguent? Un meuble tourmenté me tourmente.

Jetons maintenant un regard sur la partie accessoire du meuble. Je veux dire sa base.

Là peu d’ornements; à peine de quoi rehausser la nudité de bon goût des pilastres carrés légèrement gainés; deux médaillons en bronze argenté en marquent le centre.
Enfin un dernier coup d’œil à distance nous fera saisir et admirer l’unité sévère et gracieuse à la fois de cet ensemble.

Or, savez-vous d'où vient cette unité rigoureuse et séduisante qui brille dans les meubles de M. Sauvrezy? Elle vient de ce que, à la-fois dessinateur, sculpteur et ébéniste, il compose, sculpte et assemble lui-même ses créations.

Pour aller plus vite, l’industrie moderne emploie plusieurs cerveaux et plusieurs bras. L’unité en souffre. Un meuble ainsi exécuté est comme un livre fait par plusieurs auteurs. Si un censeur vient examiner à son tour l’ensemble, il lui faut une grande énergie pour ne pas détruire le travail de chacun en y substituant son inspiration personnelle.

L’exposition de M. Sauvrezy est en outre une preuve éloquente que l’art est absolument indépendant du luxe avec lequel on le confond sans cesse. En effet, il apporte le même soin à un meuble modeste qu’à un meuble de prix. Il n’est pas fait, il est vrai, pour cette production à la vapeur, signe de notre époque; à lui la création des modèles, à d’autres le soin de les multiplier.

Je laisse à regret cette exposition ; et tout en déplorant que le jury n’ait pas rendu justice à son auteur, dont la réputation n’est cependant pas à faire, je ne veux pas terminer cette étude sans signaler encore un admirable meuble de cabinet en poirier noirci, et un délicieux bijou de pendule en ébène, genre Louis XVI, composé et exécuté dans un sentiment exquis.

Celte pendule est vendue à un étranger, — à un Russe, je crois ; — c’est ainsi que nos plus jolies merveilles s’enfuient hors de la France. Telle est au reste la conséquence de la supériorité de nos artistes. Nul n’étant prophète en son pays, un grand nombre d’entre eux sont célèbres à l’étranger avant d’être connus en France !

Qu’en disent nos Mécènes? et qu’en diront nos neveux?
Pour tout savoir sur les expositions universelles et internationales.
http://www.worldfairs.info

Retourner vers « Paris 1867 - Informations, renseignements, discussions, questions »

Qui est en ligne

Utilisateurs parcourant ce forum : Aucun utilisateur enregistré et 1 invité