Le Festival des Orphéons

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worldfairs
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Le Festival des Orphéons

Message par worldfairs » 01 mai 2018 10:00 am

Texte de "L'Exposition Universelle de 1867 Illustrée"

Paris 1867 - Informations, renseignements, discussions, questions - Le Festival des Orphéons - Festival des Orphéons de Franec - orpheonsdefranec.jpg
Festival des Orphéons de Franec

Jusqu’à ce jour, en dehors de la fabrication des instruments, la musique avait été comme bannie des Expositions. Vainement avait-on protesté contre cette espèce d’ostracisme, il avait été maintenu sans qu’on sût en réalité pourquoi.

Il était réservé à l’Exposition de 1867 de combler cette lacune regrettable.

Il faut le dire bien haut, c’est à la Commission impériale, si durement traitée par la critique, qu’est due l’initiative de cette mesure équitable.

L Exposition universelle de 1867 a plus que toutes les autres un caractère essentiellement démocratique, et à ce titre il eût été illogique de ne pas y admettre la musique populaire.

La Commission impériale a donc convoqué :
1° Les douze cent quatre-vingt huit orphéons français et les Sociétés chorales étrangères ;
2° Les dix-huit cent quarante neuf corps de musique instrumentale des départements;
3° Les musiques militaires de l’Europe qui se feront entendre dimanche, 21, au Palais de l’Industrie, dans un concours international, — événement sans précédent dans l’histoire de l’art.

Ce n’est pas tout.

Pour que le programme soit complet, elle a décidé que de grandes exécutions musicales feraient connaître au monde les chefs-d’œuvre de l’art musical.

Enfin, comme elle avait organisé l’histoire du travail, elle a voulu résumer dans une suite d’auditions l’histoire de la composition musicale.

Cette seule partie de son programme est encore à l’état de projet, et en ce moment on ignore quel sera le destin des concerts historiques, mais les concerts populaires ont eu lieu, ils ont eu un grand retentissement, et nous leur consacrerons spécialement ce premier article.
Et d’abord nous voulons que les cent cinquante mille musiciens travailleurs qui peuplent l’usine et la ferme se montrent reconnaissants des sacrifices qui ont été faits pour eux.

Les fêtes musicales populaires coûtent certainement plus de cent mille francs à la Commission impériale.

Nous voulons aussi que la France sache bien que l’Orphéon a des droits sérieux a ses sympathies les plus vives. Chaque jour l’institution orphéonique apporte sa pierre à l’édifice du progrès moral, en même temps qu’elle apporte son denier dans les caisses de la bienfaisance.
L’Orphéon, pendant ces dernières années, a versé plus de quinze cent mille francs dans l’aumônière de la charité.

Chacun applaudira donc à la décision du jury qui a décerné la sixième grande médaille d’or de la 89e classe, à l’Orphéon.

Mais que d’efforts il a fallu pour arriver à rendre nos Sociétés chorales dignes de cet honneur!

Nous serions heureux de raconter ici l’histoire de l’Orphéon français, de nommer tous les hommes dévoués qui, depuis Wilhem jusqu’à Ambroise Thomas et Bazin, depuis Choron jusqu’à Kastner et Laurent de Rillé, n’ont cessé de combattre en faveur de cette grande et féconde idée ; mais là n’est pas notre tâche, il nous faut parler de ce qui s’est fait hier et non de ce qui s’est accompli depuis quarante ans.

Le public ne sait pas ce que coûte de fatigues et de travail, sans compter l’argent, l’organisation d’une manifestation comme celle à laquelle il a assisté ces jours-ci.

Quelques chiffres pour donner une idée de cette tâche.

Cinq personnes actives ont été exclusivement occupées pendant cinq mois rien que pour le travail des bureaux pour la seule organisation des concours et festivals d’Orphéons.

Il a été répondu à trois mille six cents lettres. Il a été expédié six séries de circulaires sous enveloppes, de cinq à six cents exemplaires par série.

Il a été fait des centaines de démarches dans tous les ministères, dans toutes les administrations de chemins de fer, dans toutes les ambassades, au timbre, à la monnaie, à l’Imprimerie impériale, aux journaux, etc., etc., il a été tiré et posé plus de vingt mille affiches....

Les orphéonistes ont été appelés les premiers. Ils sont venus au nombre de six mille des points les plus éloignés.

Pour accomplir ce voyage, ils se sont imposé de lourds sacrifices, puis la lutte terminée, ils sont retournés dans leurs modestes foyers sans envie haineuse contre les vainqueurs et emportant de leur excursion un souvenir impérissable.

Les sociétés chorales sont arrivées à Paris le 4 juillet. Toutes les dispositions avaient été prises par le comité pour qu’elles trouvassent dès leurs premiers pas dans la ville des gîtes convenables à des prix modérés.

Le vendredi 5, après une seule répétition générale, il a été donné dans la magnifique nef du Palais de l’Industrie, décorée comme pour la solennité des récompenses de l’Exposition, le premier festival, sous la direction de Georges Hainl, chef d’orchestre de l’Opéra.

Douze chœurs empruntés aux compositeurs anciens et modernes étaient au programme; ils ont été admirablement exécutés. Plusieurs ont obtenu les honneurs d’un bis enthousiaste et unanime.

L’excellente musique de la garde de Paris avait prêté son concours ù l’Orphéon, et la vaillante phalange de M. Paulus a obtenu un succès prodigieux.

Rien ne saurait rendre l’effet magistral du Domine salvum, chanté par ces six mille voix soutenues par l’orgue et la musique militaire.
Dimanche, second festival ; mêmes applaudissements, même enthousiasme chez l’auditeur.

Le samedi et le lundi avaient été réservés pour les concours. Ils ont eu lieu partie au théâtre international, partie dans le jardin réservé de l’Exposition.

C’était un spectacle curieux que celui de voir ces bandes de chanteurs vêtus de costumes pittoresques, bannières déployées, l’insigne à la boutonnière, le visage rayonnant, parcourir les allées du Parc au milieu des splendeurs de l’art et de l’industrie et par un soleil magnifique, pour se rendre dans les vastes serres où les attendaient leurs juges, choisis parmi les sommités : Ambroise
Thomas, G. Kastner, Félicien David, Dupré, Ch. Battaille, Elwart, Delle-Sedie, etc.

Les concours étaient français et internationaux. La foule, — cela s’explique, — s’est particulièrement portée aux derniers.

La Belgique, la Hollande, l’Angleterre avaient envoyé leurs meilleures sociétés. Mais la victoire est restée à la France dans toutes les épreuves, y compris celle si intéressante de solution à vue.

Trois fois la société impériale de Lille a prouvé sa supériorité. Toutes les méthodes de notation avaient été invitées à se produire; l’école Galin Paris-Chevé est seule entrée en lice; elle a été battue, et la déconvenue a été si amère pour quelques clavistes, que séance tenante on a oublié les convenances qu’on doit au jury. Le public a flétri comme il convenait cette regrettable manifestation.

La réunion des orphéonistes à l’Exposition a été l’occasion d’un spectacle qui ne manquait ni de pittoresque ni même de grandeur.

A un moment donné, les sociétés réunies en cortège ont défilé sur la plate-forme de la galerie des machines.

Le bruit des bravos qui les saluait au passage, mêlé aux voix métalliques des machines en mouvement, avait quelque chose de solennel. On se disait avec raison que sans doute un grand nombre de chanteurs avaient travaillé à ces puissants engins de l’industrie, et on acclamait tout à la fois l’ouvrier et le chanteur.

Si pour le public l'attrait de ces réunions était dans le festival, pour les orphéonistes la vraie fête consistait dans la distribution des récompenses, récompenses magnifiques, sérieusement disputées et dont les vainqueurs ont raison d’être fiers.

Une somme de sept mille francs en espèces, des objets d’art de grand prix, des couronnes de vermeil, six cents médailles d’or, de vermeil, d’argent et de bronze d’aluminium ont été distribuées au nom du jury.

L’empressement des sociétés à se rendre à cette solennité était d’autant plus grand, que le secret des décisions des juges avait été gardé, et d’autre part qu’on avait l’espoir de voir l’Impératrice assister à la séance.

Plus solennelle encore devait être cette cérémonie.

Protecteur de la grande famille orphéonique, l’Empereur a voulu lui donner une preuve nouvelle de sa bienveillante sollicitude, et LL. MM., suivies d’un cortège de gala, sont venues présider à la distribution des récompenses, à laquelle assistaient les ministres de l’instruction publique, de l’agriculture et des beaux-arts, les membres du jury et de nombreuses illustrations.

C’est l’Impératrice qui a donné à M. Boulanger, directeur de la société impériale de Lille, la couronne de vermeil, le grand prix du concours international que lui avait décerné le jury.

C’est l’Empereur qui a couronné la jeune Anglaise de la société Tonie sol-fa, dont l’exécution avait été remarquable.

L’honneur de présenter cette jeune fille à LL. MM., avait été réservé à M. Laurent de Rillé, secrétaire du comité.

A cette distribution il s’est produit un incident curieux. Les orphéonistes se trouvant trop éloignés pour voir l’Empereur et l’Impératrice, se sont précipités vers le trône, mais en silence, sans tumulte, sans désordre: sur un signe ils se sont arrêtés à quelques mètres de l’estrade impériale.

Avons-nous besoin de dire que les sociétés chorales ont alué leurs augustes protecteurs de chaleureuses acclamations?

Cet honneur rendu à l’orphéon a produit un effet immense, et il ne contribuera pas peu à propager encore la pensée féconde de Wilhem et de Choron. De retour chez lui, l’ouvrier chanteur racontera les splendeurs de cette fête, il dira avec quelle grâce touchante il a été reçu par la Souveraine, et son récit, naïf et imagé tout à la fois, se répétera de maison en maison, de village en village, pour devenir un jour légendaire.

Nous ne saurions donner ici la liste complète des lauréats, nous ne citerons donc que les premiers prix des premières divisions :

Concours international.
1er prix, 5000 fr. : Société impériale de Lille, directeur, M. Boulanger.
2e prix, consistant en une chope en argent ciselé d’une valeur de 1200 fr., œuvre de M. Fannières : la Légia, société chorale de Liège.

DIVISION D’EXCELLENCE. .
1er prix, 2000 fr. : Société impériale de Lille.
2e prix, consistant en une coupe en bronze ciselé d’une valeur de 500 fr. : Société chorale de Lille.

DIVISION SUPÉRIEURE.
1er prix, consistant en une couronne de vermeil : la Société la Parisienne.
2e prix : la Société les Neustriens de Caen.

DIVISION SUPÉRIEURE. — 2e SECTION.
1er prix, médaille d’or : le Choral parisien.
2e prix : Société chorale du Mans.

1re DIVISION.
1er prix, médaille d’or : Orphéon Bitterois.
2e prix : Orphéon de Tarascon.

2e DIVISION.
1ere prix : Choral de Nantes.
2e prix : Orphéon de Bédarieux.

3e DIVISION.
1er prix : la Société chorale Saint-Jacques, de Castres.

Concours de lecture & vue.
1ere DIVISION. — 1ere SECTION.
1er prix : Cercle impérial de Lille ; directeur, M. Boulanger.
2' prix, ex æquo : Enfants de Lutèce, M. Gobert.
Enfants de Paris, M. Bolaërt.

2e SECTION.
1er prix : Choral Parisien et Choral du Mans. Ex æquo.
2e prix : Orphéon de Poitiers.

2e DIVISION. — 1ere SECTION.
l*r prix : ex æquo : Orphéons de Saint-Dié et de Brest.
2' prix : Société de Joinville-le-Pont.

2e DIVISION. — 2e SECTION.
1er prix : Orphéon d’Houdan.

On sait que l’orphéon militaire si noblement dirigé par M. Vignaud, et dont M. l'Épine et de la Jarte s’occupent activement, a pris part à cette lutte dans une division spéciale; voici quel a été le résultat du concours :

1. Ex æquo.
1er Grenadiers : M. Magnier.
43e de Ligne : M. Kakosky.

2. 3e Grenadiers : M. Solder.

3. Ex æquo.
58e de,Ligne : M. Zwerzina.
1er Chasseurs à pied : M. Bangratz.

4. 2e Voltigeurs : M. Antony.
5. 14e de Ligne : M. Krehs.

Il ne nous reste plus qu’à féliciter les organisateurs de cette imposante manifestation. A leur tête, M. Laurent de Rillé, inspecteur du chant dans les écoles normales et lycées, compositeur distingué. Puis tous les membres du comité, MM. A. Thomas, J. Cohen, marquis de Béthisy. A. Boieldieu, Chouquet Lecomte; puis M. Berger, chef de service de la Commission impériale, dont le concours intelligent et zélé n’a jamais fait défaut à l’entreprise.

A l’heure où paraîtra ce compte rendu, les fêtes instrumentales seront bien près d’être terminées. Elles marqueront une date mémorable dans l’histoire de l’art musical.
Pour tout savoir sur les expositions universelles et internationales.
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