Les petits Métiers égyptiens

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worldfairs
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Les petits Métiers égyptiens

Message par worldfairs » 30 avr. 2018 07:53 pm

Texte de "L'Exposition Universelle de 1867 Illustrée"

En entrant dans la cour de l’Okel du Champ de Mars par la petite porte ouverte sur la droite, en retour du portique, on trouve d’abord, à gauche, la boutique d’un barbier ; puis, celles d’un sellier, d’un brodeur et d’un bijoutier. De l’autre côté de la cour, en face de ces boutiques, sont installées celles d'un fabricant de tuyaux de pipes, d’un orfèvre et d’un fabricant de nattes de joncs. Tous ces établissements sont exactement semblables à ceux des ouvriers du Caire.

Paris 1867 - Informations, renseignements, discussions, questions - Les petits Métiers égyptiens - L'orfevre - orfevre.jpg
L'orfevre


On y voit, comme en Égypte, l’atelier en plein air où, coram populo, l’ouvrier-marchand confectionne et vend les produits de son industrie. Ici, toutefois, pour le p'otéger contre les effets d’une curiosité parfois indiscrète, on a cru devoir poser devant lui une légère balustrade, inutile dans un pays où la gravité orientale affecte toujours des allures qui semblent, à des yeux européens, celles de l’indifférence.

Derrière cet atelier est le véritable magasin, qui se ferme chaque soir au moyen de deux volets, se rejoignant horizontalement. Ouverts, l’un de ces deux volets, celui d’en haut, forme l’enseigne; et l’autre, celui d’en bas, le plancher. L’ouvrier y place, selon sa profession, soit une ou deux petites tables qui tiennent lieu d’établis, soit un métier peu compliqué, composé de quelques pièces de bois à peine dégrossies; un tabouret pour lui; un pour l’acheteur ou le visiteur; et, s’il est musulman, son tapis de prière. C'est tout.

Paris 1867 - Informations, renseignements, discussions, questions - Les petits Métiers égyptiens - Le barbier - barbier.jpg
Le barbier


Il n’a pas besoin de beaucoup d’outils; approchons-nous, nous le verrons à l’œuvre. Regardez ce barbier, dont tous les meubles
et ustensiles se composent de deux étroits et durs sofas ;. de trois ou quatre plats à barbe du genre de celui que le bon chevalier de la Manche prit un jour pour l’armet de Mambrin; d’une longue file de rasoirs à l’aspect peu rassurant; d’une fontaine de marbre et d’un fourneau portatif. L’inventaire ainsi terminé, comparant en vous-même avec orgueil ce pauvre intérieur demi-nu à celui du fastueux artiste capillaire dont les splendides salons font l’ornement de tout Paris, vous croyez peut-être avoir sous les yeux, vénérable relique du passé, le pur modèle du barbier primitif. Il n’en est rien. Cet Egyptien est un corrompu, la civilisation moderne l’a gâté. Examinez de près ses rasoirs; ils sont tous anglais.

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Le fabriquant de nattes de joncs

Plus heureux que vous, nous avons pu contempler le type du barbier oriental dans toute sa sincérité : c’était aux Eaux-Douces d’Europe, au milieu d’un de ces larges paysages comme on n’en voit que là, dans la prairie toute verdoyante de Kia’at Hané, encadrée d’antiques platanes. Entre deux fleuves aux noms sonores : le Cydaris et le Barbyzès, passaient et repassaient en cercle, les unes dans des arabna peints en bleu, rehaussés de dorures, traînés par de grands bœufs gris harnachés, panachés, pomponnés de rouge ; les autres dans do bonnes voitures modernes.

douillettement capitonnées, les Kadyn, les Hanym, les dames turques, en un mot, des harems les plus distingués de Constantinople. Tandis qu’enveloppées dans leurs férecljés de soie aux vives couleurs, et couvertes jusqu’aux yeux du yachmak de gaze blanche, elles feignaient de ne pas répondre aux agaceries des brillants officiers d’état-major, des jeunes apprentis diplomates, des jolis commis levantins, qui caracolaient autour d’elles, la foule des domestiques, mettant à profit un instant de loisir, rendait visite à l’arbre creux où loge le barbier du lieu.

Celui-ci, dans son coup de feu, le crâne nu rasé de frais, enseigne vivante ; les bras retroussés jusqu’au-dessus du coude, savonnait
sommairement avec la main le patient ; puis, saisissant une sorte de large canif, seul rasoir connu de ses pairs, faisait le geste de lui donner le fil sur une longue et large bande de cuir pendue à sa ceinture. S’asseyant ensuite sur une vieille souche, et prenant entre ses deux genoux, comme dans un étau, la tête à raser, qu’il tournait et retournait vigoureusement suivant les besoins de la cause, il procédait laborieusement à la plus rude des opérations, toujours terminée à la satisfaction réciproque de l’opérateur, de tous les assistants, et surtout de l’opéré.

Avec raison, glorieux de n’avoir pas fait à son client la moindre éraflure, il l’arrosait abondamment de l’eau presque mythologique du Barbyzès, l’essuyait soigneusement avec une des deux serviettes pendues aux branches de l’arbre, recevait le modique salaire qu’il lui plaisait de donner, et le renvoyait content. A qui le tour?

Paris 1867 - Informations, renseignements, discussions, questions - Les petits Métiers égyptiens - Le brodeur - brodeur.jpg
Le brodeur

La scène a moins de haut goût à l’Okel du Champ de Mars; mais bien que tout s’y passe d’une façon un peu plus conforme à nos habitudes, cela ne laisse pas que d’avoir un certain cachet oriental, car les rasoirs anglais du barbier égyptien sont à peu près la seule infraction qu’on y ait fait à la couleur locale.

D’ailleurs, à quelques pas plus loin, les procédés aussi naïfs qu’ingénieux des brodeurs nous reportent à une époque tellement reculée, nous réinitient à une méthode oubliée depuis si longtemps, que la curiosité du public doit trouver là une bien large compensation. On ne peut se lasser d’admirer ces deux braves ouvriers, traçant à la pointe du tranchet leurs fleurettes de carton sur une planchette de bois mou; les modelant avec le dos du même outil qui leur a servi à les découper; puis, après les avoir collées sur une pièce de soie ou de laine déjà collée elle-même sur une toile tendue entre quatre petits bâtons, simulacre de métier, .les recouvrant régulièrement d’un fil d’or, à l’aide d’une aiguille grossière, pour en former des ceintures, des bourses, des pantoufles, que certainement on croirait devoir être obtenues moyennant plus d’artifice. On est étonné de les voir arriver si facilement, si simplement, à un tel résultat.

Il en est de même des bijoutiers. On passerait des heures entières à les regarder prendre sur le bout d’une presselle un fil d’argent, le rouler tout bonnement entre leurs doigts pendant quelques secondes, qui leur suffisent pour en faire des croissants doubles et triples, des étoiles, des fleurs de lis remplies d'arabesques fines et déliées. A peine * ces frêles et charmantes créations sont-elles écloses, qu’ils les ont déjà enchâssées, toujours sans autre outil qu'une presselle, dans une sorte de sertissure qui les maintient solidement eu forme, à leur gré; ils les ont assemblées à l’aide d’anneaux microscopiques, et l’on voit sortir de leurs mains, comme par féerie, des broches à pendeloques, des boucles d'oreilles d’un dessin naïf et original, qu’ils vous donnent pour deux ou trois francs la paire. La façon leur coûte si peu !

Quant au fabricant de nattes, il est encore plus fort, il n’a pas d’outils. Il commence par tendre, à intervalles inégaux, sur deux rouleaux placés à la distance qui convient pour la longueur de la natte à tresser, des ficelles qui sont la chaîne. Son aide lui passe ensuite des brins de joncs, les uns longs d’un demi-mètre environ, les autres d’un quart de mètre; c’est la trame, qui se fait en entrelaçant les joncs dans les ficelles, les longs au milieu, les courts sur les bords. Chaque fois qu’il en a ainsi tressé, en mesurant dans le sens de la longueur, deux centimètres à peu près, il rabat fortement le tout de son côté, en prenant un morceau de bois mal équarri, qu’il fait glisser d’un seul coup sur toute la largeur de la natte; et ainsi de suite jusqu'à ce que son travail soit terminé. Alors il dénoue les bouts des ficelles, les détache des rouleaux, et les renoue à plusieurs reprises sur les deux extrémités de la natte, qui se trouve, de cette façon, confectionnée avec toute la solidité désirable. Et ce n’est vraiment pas mal réussi.
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