Caoutchouc et Gutta-Percha. L’usine Persan-Beaumont

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Caoutchouc et Gutta-Percha. L’usine Persan-Beaumont

Message par worldfairs » 06 déc. 2018 01:17 pm

Texte de "L'Exposition Universelle de 1867 Illustrée"

Paris 1867 - Informations, renseignements, discussions, questions - Caoutchouc et Gutta-Percha. L’usine Persan-Beaumont - caoutchoucpersanbeaumont.jpg

The India-rubber, gutta-percha and telegraph Works, Cie limited. En bonne conscience, voilà pour une usine qui est née, a grandi et est restée essentiellement française, une raison sociale qui, véritablement, ne l’est pas assez.

Règle générale, il faut parler la langue de ceux auxquels on s’adresse, le français à Paris, l'anglais à Londres, l’italien à Florence; c’est à cette condition seule qu’on peut se faire comprendre et, conséquemment, se faire connaître.

Le public est aujourd’hui beaucoup trop affairé pour prendre le temps d’aller au fond des choses, et de chercher le mot des énigmes, même les plus transparentes; il ne fait attention et ne s’intéresse qu’à ce qui lui entre du premier coup dans l’esprit par les oreilles ou par les yeux.
Nous comprenons donc très-bien qu’en passant devant la vitrine où sont exposés les magnifiques produits de la fabrique de Persan-Beaumont, la foule, abusée par l’enseigne, ait pu les prendre pour des produits d’outre-Manche; mais le jury devait-il s’en tenir ou s’en fier à la lettre, et se laisser tromper par les apparences?

Évidemment non. Si préalablement il n’avait pas été dûment informé, son devoir était de procéder à une enquête et de savoir si, oui ou non, un fabricant anglais s’était glissé là en intrus, et s’était frauduleusement installé au beau milieu de la section française.

Il ne pouvait sans se montrer infidèle à son mandat, et encourir le reproche de légèreté et d’ignorance, passer outre dans un pareil cas; et c’est cependant ce qu’il a fait.

Le directeur de la fabrique de Persan-Beaumont, profondément blessé de l’injurieux silence du jury, en a appelé à la Commission impériale, par-devant laquelle il a noblement protesté; on a paru reconnaître la légitimité de sa plainte, et on a fait procéder après coup à l’enquête, qui aurait dû devancer, pour être efficace, des décisions qui devaient rester sans appel.

Un des jurés qui avaient passé devant les remarquables produits de son usine, sans s’y arrêter, lui fut adressé.

Après avoir expliqué le sujet de sa mission, le délégué convint que l’on avait supposé que tous les objets exposés par la Cie The India-rubber, etc., étaient de provenance et de fabrique anglaises, et que le fait avait paru si clair, qu’on avait négligé de prendre les moindres renseignements; il ajouta qu’il avait visité la plupart des fabriques de caoutchouc, et qu’il n’avait pas songé un seul moment à se rendre à Persan-Beaumont, attendu qu’on lui avait assuré que ce n’était qu’un simple lieu de dépôt où des produits anglais étaient emmagasinés avant d’être dirigés sur Paris ou expédiés au lieu de destination.

Le directeur de Persan-Beaumont le remercia d’abord de cet aveu dépouillé d’artifice, et pour lui prouver que la religion du jury avait été surprise, il lui attesta que tous les objets exposés dans sa vitrine étaient de fabrique française et qu’il en faisait exécuter tous les jours de semblables sur des commandes qui lui étaient adressées par les plus grandes usines de France, pour les administrations de chemins de fer et pour la marine impériale elle-même.

Comme le délégué manifestait un étonnement mêlé d’une certaine dose d’incrédulité, le directeur de Persan-Beaumont proposa de le mener sur le champ à l’usine, et de lui faire toucher la vérité au doigt et à l’œil.
La proposition fut acceptée, et deux heures après, ces messieurs arrivaient à l’usine.

La fabrique était en pleine activité ; quatre machines à vapeur d’une force de cent cinquante chevaux mettaient tout en mouvement ; cent vingt ouvriers étaient à leur poste et faisaient subir au caoutchouc les préparations et les mélanges auxquels on le soumet avant ses appropriations diverses et ses transformations définitives ; tout enfin s’agitait et bourdonnait dans les différentes parties de la vaste usine.

A ce spectacle inattendu, le délégué resta interdit et confus; il déclara que Persan-Beaumont était la fabrique de caoutchouc la plus belle et la mieux installée qu’il eût jamais vue, et promit de faire, par un nouveau rapport, réparer l’injustice dont la compagnie avait été victime.

Le rapport a été fait, expédié à qui de droit, mais l’injustice n’a pas été réparée.

Après avoir relaté ces faits, disons maintenant ce qu’est la fabrique de Persan-Beaumont.

Fondée il y a trente ans à Saint-Denis sous le patronage de M. Godyear de New-York, qui obtint en 1855 la grande médaille d’honneur pour son caoutchouc durci, elle est arrivée, après plusieurs changements de direction,sous celle de M. Rousseau-Lafarge qui au même concours de 1855, avait obtenu la médaille d’argent. Celui-ci ayant acquis les brevets de M. Godyear, voulut donner plus d’extension à son usine : il la transporta de Saint-Denis dans le département de Seine-et-Oise à Persan-Beaumont.

Eu 1864, cession fut faite par lui de cette usine à la société The india rnbber, fjulta-percha and telegraph works, qui choisit pour son représentant et pour son directeur, un jeune homme qui unit au solide bon sens et à l’activité commerciale britannique toute la franchise et la bienveillance françaises.

D’immenses capitaux dépensés avec intelligence, ont quadruplé l’importance de cette fabrique dont les produits sont mis, par les juges les plus compétents, au premier rang parmi les plus beaux produits similaires fabriqués en France, en Angleterre et aux Etats-Unis. Son exposition attribuée aux premiers fabricants anglais en fait foi, et il n’est aucun des concurrents de la compagnie, et nous nommerons en tête MM. Aubert Gérard, Guibal, Hutchinson et Rattier, les quatre medailles d’or de l’Exposition, qui ne lui rende hautement la justice qui lui a été refusée.

On avait accrédité le bruit qu’un comité choisi parmi les membres de la Commission impériale allait être appelé à réviser la décision du jury; mais le Moniteur s’est bâté de déclarer que c’était à tort qu’on avait fait répandre un pareil bruit, et que les premières résolutions du jury étaient irrévocables. Soit; mais le devoir delà presse n’est-il pas de réparer les omissions du jury, et de donner à ceux qui en ont été victimes les compensations de la publicité?
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