Le chauffage et la ventilation

Paris 1889 - Innovations (techniques, transport ...)
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Le chauffage et la ventilation

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Texte et illustrations de "La construction moderne - 27 juillet 1889"

Disons tout de suite, en commençant, que la classe 27, qui comprend les appareils de chauffage et de ventilation, ne nous a pas paru briller outre mesure par la nouveauté. Nous y voyons figurer bon nombre des appareils que nous avons déjà décrits ici dans l’étude commencée vers le milieu de l’année 1887, sous le titre « chauffage et ventilation ». Nous ne reprendrons pas la description de ces appareils; nous nous bornerons à mentionner ceux, n’ayant pas figuré dans cette étude, qui nous sembleront offrir quelque intérêt.

Cheminées. — M. Fortel expose un appareil qui n’est qu’une variante de la cheminée Fondet. Comme le montrent la vue perspective et la coupe transversale ci-dessous, il est formé d’une simple caisse métallique plus profonde en haut qu’en bas, munie de cinq ouvertures : l’une H régnant sur toute la largeur de la face inférieure de l’appareil, communiquant avec l’air extérieur; deux, latérales, M, mises respectivement en rapport avec les deux bouches P percées sur les piédroits de la cheminée, comme dans la cheminée Fondet; deux autres enfin, C et N formant les deux orifices d’un tuyau régnant sur la hauteur de la caisse. L’appareil est logé contre le mur du fond de la cheminée, et les ouvertures M sont raccordées avec les bouches P des piédroits, comme l’indique la coupe. La fumée peut s’échapper dans la cheminée à la fois par l’ouverture G et par le vide laissé libre entre l’avant de l’appareil et le contre-cœur supérieur de la cheminée. Un couvercle D permet de régler ou de fermer ce vide.

Dans ces conditions, l’air extérieur, arrivant par H, s’échauffe au contact du tuyau métallique CN et de la paroi antérieure de la caisse, et sort dans la pièce par les bouches P. Au seul aspect de l’appareil, on se rend compte qu’il est moins compliqué que celui de Fondet, et que la détérioration d’une partie de la caisse, de la plaque antérieure, par exemple, la plus exposée, n’entraîne pas la mise au rebut de tout l’appareil, comme c’est le cas pour Fondet. De plus, au dire de l’inventeur, l’ouverture N correspondant exactement avec la poterie de la cheminée, le ramonage se fait sans difficulté.

Cheminée Fortel
Cheminée Fortel

M. Fortel expose, en outre, un appareil semblable, mais sans bouches latérales, qui, placé dans une cheminée, en « activerait le tirage ou l’empêcherait de fumer », si elle avait ce défaut auparavant. Nous avouons ne pas partager ici la confiance du constructeur : ce n’est pas parce que la fumée pourra s’écouler par l’orifice C, c’est-à-dire se renverser au lieu d’atteindre directement le tuyau de cheminée, que celle-ci tirera mieux, et que l'amélioration promise se produira.

Châssis de cheminée à deux rideaux. — M. L. Aubert a imaginé d’établir deux rideaux au même châssis de cheminée, l’un, en tôle, semblable à ceux employés jusqu’à ce jour, l’autre, en cuivre poli, découpé à jour, et placé en avant du premier. Voir la figure ci-dessous. Ce rideau en cuivre, découpé suivant des dessins que l’on peut varier à volonté, peut être utilisé à remplacer les garde-feux, pare-étincelles, éventails, etc. Quand il est complètement baissé, il diminue la section d’introduction d’air dans le foyer, et peut par suite, activer le feu. En été, comme le fait justement observer M. Aubert, ce rideau baissé peut éviter la dépense des garnitures intérieures de la cheminée ; il a surtout l’avantage, très appréciable, de déterminer dans la pièce une ventilation qui l’assainit.

Chaissis Aubert
Chaissis Aubert
Coupe alamandre
Coupe alamandre

Nous ne voyons à ce double rideau qu’un petit inconvénient, c’est que les grilles ou les chenets dépassent, d’habitude, le plan du châssis, et qu’alors le rideau en cuivre ne saurait être baissé jusqu’au sol : en ce cas, il ne jouerait plus tout-à-fait, le rôle de garde-feu.

Cheminées roulantes. — On a donné ce nom à de véritables poêles mobiles dont la forme et l’aspect habituels ont été changés, mais dont le fonctionnement reste le même. La seule différence consiste dans l’addition, en avant de la« cheminée », d’une porte mobile coupée de petites baies armées de mica, au travers desquelles le feu est visible. Qu’on examine, par exemple, la vue latérale ci-dessus de la Salamandre construite par M. Chaboche, la « cheminée roulante » la plus ancienne, si nous ne nous trompons, et qui a été plus ou moins copiée, depuis, par de nombreux constructeurs: n’était l’obliquité de la paroi d’arrière, obliquité rendue nécessaire pour loger, sans trop de saillie, l’appareil dans le cadre de la cheminée d’appartement, ne dirait-on pas un poêle mobile quelconque? Voici en AB, la plaque verticale qu’on rapporte devant la cheminée pour l’installation d’un poêle mobile; CD, la porte en carton, tournant autour de l’axe C, pour permettre le départ de l’air vicié et aussi pour s'assurer du tirage delà cheminée et, par suite, de la bonne marche du poêle; E. la base du poêle ; F et H, la boîte servant de cendrier et l’outil propre à faire tomber les cendres. Il semble manquer, il est vrai, le couvercle par où se fait le chargement; bien visible sur le poêle mobile, il n’est que dissimulé sous les dessins de la face antérieure de la Salamandre reproduite ici en perspective, et il n’en existe par moins. Pour être juste, signalons toutefois une autre différence : dans bien des poêles mobiles, dans le Chouberski, par exemple, le réglage du feu se fait au moyen d’une clef posée sur la buse E; ici, ce réglage a lieu par l’ouverture plus ou moins grande d’un papillon qui admet dans le cendrier, au-dessous de la grille, une plus ou moins grande quantité d’air : l’un règle le tirage ; l’autre règle l’introduction de l’air de combustion, ce qui mène au même résultat. On avouera sans doute avec nous que ces différences ne suffisent pas à détruire notre assimilation. Nous dirons donc, malgré les « avantages exclusifs » annoncés dans les prospectus des constructeurs que les « cheminées roulantes » ne sont que des poêles mobiles déguisés, et que les avantages ou les inconvénients de leur fonctionnement sont communs aux uns ou aux autres.

Vue de la Salamandre
Vue de la Salamandre

Au point de vue du rendement calorifique, les cheminées roulantes nous paraissent inférieures aux poêles mobiles : ceux-ci, franchement détachés en avant de la cheminée, rayonnent leur chaleur librement dans tous les sens ; les cheminées roulantes, au contraire, dont la paroi postérieure est presque en contact avec le cadre de la cheminée d’appartement, perdent en grande partie le rayonnement de cette même paroi.

Cheminée Chapsal
Cheminée Chapsal

La Salamandre, l'une des plus répandues parmi les cheminées roulantes, a été, comme nous le disions tout-à-l’heure, plus ou moins copiée par les constructeurs, et les différences que nous aurions à signaler ne porteraient que sur des détails de fort peu d’importance ; nous nous contenterons donc d’indiquer seulement le nom de quelques-unes: la Parisienne, de M. Sommaire; la Favoiite, de M. Grossot; l'Elégante, de M. Hervet; la Française, de M. Delaroche; la Sénégalienne, de M. Godin, etc. Les deux dernières, par une disposition facile à imaginer, ont, à leur partie supérieure, des bouches de chaleur alimentées par de l’air s’échauffant surtout au contact de la paroi d’arrière, celle dont le rayonnement dans la pièce est à peu près nul, et dont l’élévation de température est ainsi utilisée. Cette modification fait disparaître pour elles l’infériorité que nous avions signalée au point de vue du rendement, par rapport aux poêles mobiles.

Cheminée Godin
Cheminée Godin

Quelques constructeurs ont imaginé des cheminées roulantes qu’on peut installer dans une pièce dépourvue elle-même de cheminée, pourvu qu’on puisse relier la buse de la cheminée roulante à un tuyau de cheminée quelconque. L’appareil est muni lui-même de la table et des piédroits d’une cheminée ordinaire, de telle sorte que l’on a bien, cette fois, une vraie « cheminée roulante », jouant tout de môme le rôle d’un poêle mobile. Tel est le cas de la cheminée construite par M. Chapsal, et dont nous donnons une vue perspective. A est le bouton du couvercle à sable, placé sur la table de la cheminée par où se fait le chargement de combustible. Cette table, percée à jour, permet à de l’air de se répandre dans la pièce, après qu’il s’est échauffé au contact des parois du foyer renfermé dans le cadre métallique. Comme dans les poêles mobiles, la colonne de combustible est assez haute pour n’exiger de chargement que toutes les douze ou même vingt-quatre heures. Le feu est visible dans le bas de la colonne, au travers d’une porte mobile à claire-voie BC et au travers de baies de mica percées un peu au-dessus.

A côté des cheminées roulantes, se trouvent des cheminées fixes, disposées, mais sans le dépasser comme le font les premières, au devant du cadre de la cheminée d’appartement. M. Godin de Guise (Aisne), en expose différents types, parmi lesquels nous reproduisons, en perspective et en coupe transversale, l’un de ceux qui nous ont paru intéressants. C’est un foyer ordinaire en fonte, armé de briques réfractaires, et entouré, sur tout son pourtour, d’une paroi de fonte ajourée, comme le montre la perspective ci-contre. Entre la paroi supérieure à jour et la partie supérieure de la coquille du foyer se meut un « souffleur rotatif » AB en fonte ajourée, équilibré par deux poids D placés dans le triangle laissé libre entre les parois latérales du foyer et de la plaque à jour, et suspendus à une chaîne s'appuyant sur la poulie C. Ce « souffleur », en diminuant ou accroissant la section d’introduction d’air dans la cheminée active ou diminue la combustion dans le foyer.

Coupe de la cheminée Godin
Coupe de la cheminée Godin

Ce genre de cheminée n’a qu’un avantage sur les cheminées ordinaires, c’est qu’à cause de la saillie que l’appareil fait dans l’appartement, on utilise une plus grande quantité de la chaleur rayonnante du foyer. On se rappelle, que pour accroître cette chaleur rayonnante dans la pièce, on avait eu l’idée d’employer un foyer mobile, porté sur des roulettes, et qu’on avançait à une certaine distance de la cheminée, quand le tirage était bien établi. On se rappelle également que l’on a peu à peu renoncé à ce genre de foyers mobiles, parce que parfois, si le tirage venait un peu à baisser, la fumée se répandait dans la pièce. L’appareil dont nous parlons présente l’avantage de ces foyers mobiles, sans en avoir les inconvénients. Ajoutons qu’à part des dispositions ingénieuses, le même appareil n’a aucun caractère de nouveauté, car ce n’est, en somme, qu’un poêle d’une forme particulière.


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Texte et illustrations de "La construction moderne - 24 aout 1889"

Faut-il cependant proscrire le progrès ? Supprimons donc les chemins de fer, l’électricité, les machines à vapeur, etc., sous le prétexte que ces industries ont occasionné la mort de quelques victimes. Le poêle mobile réalise certainement un progrès très notable pour le chauffage des appartements : il demande fort peu de soins ; il chauffe avec une économie que doivent hautement apprécier les petites bourses; enfin, avantage qui a dû être pour beaucoup dans sa vogue, il permet de s’absenter de sa chambre pendant de longues heures, une journée entière même, sans qu’au retour on soit obligé de rallumer du feu pour relever la température. Mieux vaut, répondra-t-on, ne pas jouir de ces avantages, que de les payer parfois de sa vie. D’accord; mais l’alternative est-elle fatale ? Examinons :
Dans le rapport de M. Michel Lévy, en date du 25 février 1889, approuvé par le conseil d’hygiène et de salubrité du département de la Seine, on lit que « depuis 1880, la préfecture de police a relevé sept accidents graves causés par les poêles mobiles, et ayant entraîné la mort de huit personnes ». Cela ne fait pas tout à fait un accident mortel par an, dans tout le ressort de la préfecture de police. Quelque déplorables
que soient ces accidents quand ils surviennent, on ne peut pas dire que leur nombre soit excessif, et propre à justifier l’affolement de l’un des membres de l’Académie de médecine qui, dans une séance du mois de février dernier, allait jusqu’à proposer l’interdiction de la vente des poêles mobiles, ou, du moins à « n’autoriser leur vente qu’à la condition que le tirage soit suffisant pour transformer tout le carbone en acide carbonique, et à s’opposer à la formation de l’oxyde de carbone ». Comme aucun poêle mobile ne peut réaliser cette condition — nous dirons plus : aucun foyer, quelque perfectionné qu’on le suppose, n’a pu jusqu’ici éviter la formation d’une plus ou moins grande quantité d’oxyde de carbone — c’était la mort sans phrases, de ce genre d’appareils, s’entend. Heureusement l’Académie n’a pas adopté cette proposition; mais dans les conclusions qu’elle a formulées)définitivement sur ce sujet, elle a laissé singulièrement percer ses préventions, selon nous, excessives, contre les poêles mobiles : ainsi elle les proscrit « dans les crèches, les écoles, les lycées », et elle termine ses prescriptions, nous allions dire : proscriptions, par l’article suivant : « l’Académie croit de son devoir de signaler à l’attention des pouvoirs publics les dangers des poêles à combustion lento et des poêles mobiles en particulier, tant pour ceux qui en font usage que pour leurs voisins ; elle émet le vœu que l’administration supérieure veuille bien faire étudier les règles à prescrire pour y remédier ». Ne sent-on pas, en lisant ce dernier article, comme un regret de l’assemblée de ne pouvoir reprendre la proposition pure et simple de l’un de ses membres dont nous parlions plus haut?

Le Conseil d’hygiène publique delà Seine n’est pas loin de penser comme l’Académie : à la demande : « Y a-t-il lieu de donner à l’administration le conseil de réglementer l’industrie des poêles mobiles? » il répond : « non, parce que la question n'est pas encore suffisamment étudiée pour proposer un avis entraînant de pareilles conséquences ».

Nous croyons, nous, à l’impossibilité de réglementer cette industrie sans la détruire, et c’est peut-être ce qu’a senti le Conseil d’hygiène quand il craint d’adopter des mesures « entraînant de pareilles conséquences ». De simples conseils, l'énumération de quelques précautions, donnés aux personnes qui font usage de poêles mobiles, nous paraissent suffisants pour réduire les empoisonnements à une fréquence à peu près nulle. Comment, en effet, se sont produits la plupart des accidents autour desquels on a fait tant de bruit? Presque toujours par une incurie incroyable, par un manque absolu d’intelligence. Ainsi l’une des victimes, pour ne pas dépenser de combustible la nuit, place son poêle allumé dans une pièce sans cheminée, voisine de sa chambre à coucher; — une autre, pressée de se servir du poêle qu'elle venait de recevoir (nous avons été témoin de ce fait), le met en marche sans garnir de sable la gaine du couvercle de chargement; — une autre encore, après le fonctionnement de son poêle en marche normale, l’amène au milieu de la pièce, par conséquent à distance de la cheminée ; pour avoir plus près d’elle la source de chaleur; etc., etc. On avouera que de pareils accidents ne sont pas propres à faire condamner l’emploi des poêles mobiles; sinon, autant vaudrait, par exemple, surélever les parapets des ponts on des quais, sous le prétexte que de temps à autre il plaît à quelque désespéré de les escalader pour se jeter dans la Seine. Quant à l’empoisonnement raconté par M. Armand Gautier dans son rapport au Conseil d’hygiène « sur les appareils destinés au chauffage des voitures », empoisonnement dû au « dégagement d’oxyde de carbone mêlé d’acide carbonique provenant d’un poêle mobile placé dans un autre appartement que celui des victimes, mais qui communiquait avec ce dernier grâce aune fissure existant dans la muraille », on conviendra également que c’est là un fait tellement exceptionnel, qu’on ne saurait le prendre pour critérium du danger des poêles mobiles.

Nous ne voulons pas cependant méconnaître que les poêles mobiles, ou plutôt les poêles à chargement continu, car ce n’est pas la mobilité qui fait le péril, malgré l’avis d’un membre de l’Académie de médecine qui proposait d’en faire supprimer les roulettes, ne produisent de l’oxyde de carbone et de l’acide carbonique pouvant occasionner des accidents; mais nous croyons aussi que tout danger sera évité, si l’on prend les précautions fort élémentaires suivantes : 1° avoir assez de sable dans la gaine du couvercle, pour que celui-ci s’y engage assez profondément et produise ainsi un joint étanche ; 2° introduire dans la cheminée la buse du poêle, et ne jamais la laisser en dehors ; 3° faire percer sur la plaque mobile bouchant le cadre de la cheminée, une valve légère s’ouvrant vers la cheminée, mais ne pouvant s’ouvrir vers l’appartement; 4° ouvrir, une ou deux fois par jour, quelques minutes seulement, la fenêtre de la pièce chauffée.

Les deux premières précautions sont, évidemment, du ressort du bon sens. La troisième n’est pas toujours nécessaire?, car nous avons vu des poêles mobiles fonctionner très normalement dans une cheminée dont le cadre était complètement ouvert. Pour les cheminées à tirage faible, la précaution ou rideau est utile : la valve, en se soulevant, montre que le tirage se fait bien ; et si, par un coup de vent ou autrement, le tirage tendait à se renverser, la valve en question fermerait l’introduction dans la chambre aux produits de la combustion. On objectera, il est vrai, que ces produits pénétreront dans la pièce non plus par la valve, mais par le cendrier. Nous répondrons que ce fait est à peu près impossible dans une cheminée moyennement bien établie, par les raisons suivantes : depuis la buse jusqu’à l’ouverture du cendrier, il existe une distance verticale d’environ une trentaine de centimètres ; et sur cette hauteur le poêle est d’habitude plein de charbon. Le contre-courant ou courant descendant devra non seulement vaincre le tirage naturel de la cheminée, mais encore la résistance opposée par le frottement sur pareille hauteur de charbon. De plus, les rafales de vent, auteurs de ces contre-courants, n’ont jamais qu’une inclinaison très faible sur l’horizontale ; la composante verticale de leur vitesse est donc très faible aussi, et ce ne serait que dans le cas de véritables ouragans qu’elle pourrait arriver à l’emporter peut-être sur les résistances dont nous venons de parler. La quatrième précaution, enfin, sert à parer très simplement à l’insuffisance de ventilation fournie par le poêle mobile, quand il fonctionne dans une cheminée dont l’ouverture du cadre est fermée.

En résumé, nous le répétons, les dangers des poêles ont été singulièrement exagérés, et nous avons le regret de ne partager nullement les craintes formulées soit par l’Académie de médecine, soit même par le Conseil d’hygiène du département de la Seine. Pour notre part, nous venons de passer six hivers consécutifs avec un poêle mobile souvent allumé dans notre chambre à coucher, ou au moins dans une pièce adjacente, et jamais nous n’avons été même incommodé : il nous suffisait, pour cela, de constater, tous les soirs, que les précautions indiquées plus haut étaient prises.

On nous pardonnera de nous être étendu si longuement sur cette discussion : nous avons cru qu’il était bon de rassurer quelque peu nos lecteurs et de les engager à ne pas se séparer d’un appareil de chauffage aussi commode.

Poêle Codé. — C’est un poêle à feu visible, mais sans l’intermédiaire de mica, contrairement à la disposition de beaucoup d’appareils de ce genre. Le réservoir à charbon R, au lieu d’occuper toute la hauteur du corps cylindrique, n’en occupe qu’un peu plus de la moitié, et il va se rétrécissant à sa partie inférieure dans le sens du diamètre antéro-postérieur, tandis qu’il reste à peu près le même dans le sens latéral. Des barreaux de grille métalliques, représentés en coupe en A, A, limitent l’épaisseur du charbon dans le sens d’avant en arrière, comme l’indique la figure. Une pelle mobile R CD, en s’engageant dans les rainures EF, limite cette épaisseur dans le sens vertical. Immédiatement au-dessus du cendrier se trouve un chariot dont le fond plein peut basculer autour de l’axe horizontal M, et s’abaisser suivant HM ou se remettre dans la position horizontale par une manœuvre de la tige K.

La marche du poêle est facile à comprendre : la pelle BCD étant enlevée, et le chariot MH remis à sa position horizontale, la combustion a lieu dans l’intervalle des barreaux, et les produits de la combustion s’échappent par la buse T. Lorsque les cendres se sont accumulées à la partie inférieure et ralentissent la combustion, on glisse la pelle BCD dans Tune des rainures supérieures EF, et on fait basculer M H comme le représente la figure. Les cendres tombent dans le cendrier, et l’on rétablit le chariot à sa position primitive, après avoir de nouveau enlevé la pelle.

Poêle Cadé
Poêle Cadé

Comme nous le disions plus haut, le feu est visible dans l’intervalle des barreaux antérieurs A. A cause de l’espace rétréci, laissé entre les barreaux, une faible quantité de charbon est en ignition simultanément, malgré le diamètre considérable du réservoir R. Enfin, quand la combustion a lieu dans toute la hauteur des barreaux, il est probable que l’oxyde de carbone ne doit guère se produire qu’à la surface du charbon occupant le fond du réservoir, au point où la combustion est encore incomplète. Il semble donc résulter de ces dernières considérations, que ce poêle ne doit pas beaucoup plus dépenser que les poêles genre Chouberski; et que de plus, à l’avantage du feu visible, il joint celui d’une moindre production d’oxyde de carbone. A ce dernier point de vue, il diminuerait donc l’un des inconvénients signalés par l’Académie de médecine.
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Message par worldfairs »

Texte et illustrations de "La construction moderne - 28 septembre 1889"

Poêle Viville. — Encore un poêle dont le constructeur prétend, dans sa notice, avoir réalisé tous les desiderata de l’Académie de médecine; il prétend même -— foin de la modestie— « avoir atteint la perfection » ! Hélas! La perfection n’est pas de ce monde, a-t-on dit, et si on devait la surprendre quelque part, ce ne serait pas dans les poêles, même dans les poêles Viville. L’appareil de ce nom témoigne cependant d’efforts faits en vue de moins mériter les reproches adressés aux poêles mobiles en général. Ainsi, dans la coupe que nous donnons ici telle qu’elle est représentée sur la notice, on remarquera le tuyau AB dont l’extrémité inférieure communique librement avec l’air de la pièce chauffée , tandis que l’extrémité supérieure B débouche à la naissance de la buse. Par suite de la position de ce tuyau dans le foyer, il se produit un courant continu de A vers B, et cet air venant rencontrer l’oxyde de carbone produit, doit brûler au moins une partie de celui-ci ; ce qui diminuera d’autant les dangers dus à la présence de ce gaz. Malheureusement, d’après les renseignements qui nous ont été donnés sur place à l’Exposition, on a dû renoncer à l’emploi de ce moyen, parce que le tuyau placé en plein foyer se détériorait rapidement, se perçait, et ne servait plus à rien dès ce moment.

Poêle Viville
Poêle Viville

Un prétendu perfectionnement consistait aussi dans la fermeture « hydraulique » du cylindre contenant le charbon. La figure ci-dessus montre, en effet, deux fermetures parallèles ; l’une, intérieure, formée d’un bain de sable comme dans les poêles ordinaires; l'autre, extérieure, composée d’un cylindre métallique dont la paroi verticale plonge dans une profonde couche d’eau, formant ainsi un joint hydraulique. On conçoit que, dans ces conditions, l'étanchéité soit complètement assurée. Peut-être le joint hydraulique est-il superflu, car les joints du sable bien établis sont parfaitement suffisants ; mais le constructeur n’a pas eu seulement en vue cette étanchéité : il a voulu aussi rendre à l’air de la pièce l’état hygrométrique nécessaire, que lui enlève partiellement la combustion du poêle. Malheureusement, le couvercle supérieur CD, qui est plein, empêche en grande partie l’admission, dans la pièce, de la chaleur produite. Un avantage plus certain consiste dans la possibilité d’avoir un peu d’eau chaude, un robinet étant placé contre le réservoir du joint hydraulique. Mais on achète ce faible avantage par un peu de complication dans la construction de l’appareil.

Poêle manivelle. — La plupart des poêles mobiles ont l’inconvénient, lorsqu’on secoue la grille pour faire tomber les cendres, de dégager dans la pièce une poussière fine, assez incommode. Pour éviter cet inconvénient, on a ici formé le fond de la grille de trois barreaux cylindriques terminés, à l’extérieur, par des roues à engrenage engrenant entre elles.

Poêle manivelle
Poêle manivelle

La roue du milieu porte, comme l’indique la figure, une manivelle (d’où vient le nom de ce poêle) qui, manœuvrée, fait tourner les barreaux autour do leur axe, et tomber les cendres qui les surmontent. Le cendrier restant complètement fermé, aucune poussière ne se dégage à l’extérieur.

Une autre particularité de ce poêle mobile, c’est l’existence de bouches de chaleur situées vers le haut du poêle : l’espace annulaire compris entre ces deux enveloppes, qui reste fermé dans la plupart des poêles, est ici ouvert haut et bas ; l’air entré par les ouvertures inférieures s’échauffe au contact du cylindre intérieur, et sort par les bouches, donnant ainsi un supplément de chaleur à celle qui est fournie par le rayonnement. Le rendement de ce poêle serait ainsi plus élevé que celui de ses congénères, mais sans doute au détriment de l’hygiène, car le bas de l’enveloppe intérieure, en fonte, doit rougir, et les poussières contenues dans l’air doivent se brûler à son contact, produisant ainsi de mauvaises odeurs.

Ce poêle fait corps avec un socle carré muni de quatre roulettes, ce qui en augmente la stabilité, tout en l’isolant du parquet sans qu’il soit besoin d’une plaque supplémentaire isolatrice, comme on en met souvent sous les poêles mobiles.

Poêle Dequenne
Poêle Dequenne

Poêle Dequenne. —

La maison Dequenne et Cie de Guise (Aisne) expose un poêle à combustion lente qui présente quelques particularités intéressantes. Comme on le voit sur le croquis, il est fixe, mais rien n’empêcherait de le rendre mobile, si l’on voulait. Il est formé, à l’intérieur, d’un cylindre en tôle garni de briques réfractaires sur toute sa hauteur, et, à l’extérieur, d’une enveloppe en fonte ajourée, concentrique au cylindre, et servant d’ornement au poêle.

Jusque-là rien que d’ordinaire. Une particularité consiste dans l’existence d’une communication ouverte, du haut du cylindre intérieur avec le tuyau qui s’engage dans la cheminée, au delà de la valve de fermeture de ce dernier tuyau. Il résulte de cette disposition que si la buse est fermée, les gaz de la combustion montent à la partie supérieure pour redescendre par le tuyau vertical, figuré à droite de notre croquis, vers le tuyau qui s’engage dans la cheminée, à la condition, toutefois, d’avoir un tirage suffisant; la combustion a lieu ainsi sur toute la hauteur de la colonne. Si la buse est ouverte, les gasî s’écoulent directement par elle, et la combustion est limitée à la hauteur de la colonne située au-dessous de la buse. Les gaz qui auraient pu s’accumuler vers le haut dü poêle se dégagent par l’ouverture supérieure, pour se rendre dans la cheminée.

L’examen du croquis montre que, pour le chargement, aucune pièce n’a besoin d’être déposée sur le sol, contrairement à la grande majorité dos autres poêles, les deux portes dont ce poêle est muni à sa partie supérieure étant à charnière. La petite porte est creusée, sur tout son pourtour, d’une gaine remplie d’amiante serrée contre son siège, quand elle est fermée. La grande porte ne sert qu’à l’ornement du poêle.
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Re: Le chauffage et la ventilation

Message par worldfairs »

Texte et illustrations de "La construction moderne - 7 décembre 1889"

Poêle Molinari. — C’est un poêle fixe en terre réfractaire, dont nous donnons ci-dessous une coupe verticale. Le foyer, en terre réfractaire, est surmonté d’un cylindre métallique, fermé, à sa partie supérieure, par un joint de sable ordinaire, cl servant de réservoir à la colonne de combustible. Autour de ce cylindre central se trouvent deux enveloppes concentriques, en terre réfractaire, AA et RR. Grâce aux chicanes métalliques D placées entre ces deux enveloppes, les gaz de la combustion sortant à l’arrière du foyer circulent entre elles en les contournant, de manière à augmenter la surface de chauffe, et s’échappent par le tuyau T, qui les amène à la cheminée. Les parties métalliques qui forment le bas et le haut du poêle sont percées d’ouvertures : l'air, introduit par les ouvertures inférieures, s’échauffe au contact de la terre réfractaire du foyer, et. s’élevant entre le cylindre métallique et l’enveloppe intérieure en terre réfractaire, s échaudé à leur contact, et sort par les ouvertures supérieures. On obtient donc ainsi, comme dans le poêle-manivelle, mais c ans c e meilleures conditions, Réchauffement de l'air soi tant par les bouches de chaleur, et aussi le chauffage de la pièce par le rayonnement de l’enveloppe extérieure.

C’est donc là un très bon poêle, mais, comme nous l'avons dit â propos des calorifères en terre réfractaire, dans les articles parus ici sous le titre : Chauffage et ventilation, il y a toujours à craindre soit les fendillements de la terre, soit la non-étanchéité des joints; ce qui se traduirait, en définitive, par le mélange d’une partie des gaz de la combustion avec l’air de la pièce ainsi chauffée. Nous n’insistons pas aujourd’hui sur ce point, après les explications que nous avons déjà données sur les inconvénients des appareils de chauffage eu terre.

Poêle Molinari
Poêle Molinari

Si l’exposition française ne brille pas énormément pour la nouveauté, on peut dire que l'exposition étrangère est à peu près absente. Nous aurions espéré que l’Angleterre, les Etats-Unis, la Russie, la Belgique, la Suisse, ces pays du froid, exposeraient des appareils sinon nouveaux au moins dignes d'intérêt. Eh bien, nous avons beau parcourir les sections étrangères, circuler dans tousles sens du palais des machines aux galeries des industries diverses, visiter les pavillons spéciaux éparpillés sur la surface du Champ-de-Mars ou de l’Esplanade, nous ne découvrons rien, ou à peu près rien. C’est à peine si, à force de rechercher, nous avons rencontré quelques appareils de chauffage au gaz dans un coin reculé des Etats-Unis, et quelques cheminées ou poêles en un coin non moins reculé de la Belgique. A part ces deux nations, les autres nous ont paru jusqu’ici « briller par leur absence ». Nous disons « jusqu’ici» parce qu’il se pourrait bien qu’un jour, en examinant les belles fourrures de la Russie ou les mérinos d’Australie exposés par l’Angleterre, nous nous heurtions tout à coup à quelque magnifique appareil de chauffage comme en produisent ces deux pays; nous ne manquerons pas, en ce cas, de le servir à nos lecteurs. Le désordre (que nous ne sommes pas seul à constater) qui règne non seulement dans la distribution des produits do chaque nation, mais même dans l’emplacement réservé à chacune d’elles, a certes quelque chose de piquant, la curiosité étant tenue sans cesse en éveil par la diversité dos produits et des nations qui passent sous les yeux en un faible parcours. Mais, en revanche, c’est d’une complication désespérante, d'un travail bien fatiguant, si l’on veut suivre les progrès d’une même industrie dans les diverses nations représentées à l'Exposition. Il est dès lors difficile que le désordre que nous signalons ne se répercute pas, de temps à autre, dans notre rédaction, malgré tout notre bon vouloir, et nous demandons l’indulgence.

Dans les galeries du premier étage du palais des machines, nous avons trouvé, dans la section belge, quelques modèles de cheminées qui nous ont semblé ne rien présenter de particulièrement intéressant.

Poêle belge "l'hélicoïdal"
Poêle belge "l'hélicoïdal"

Poêle belge «l’héliçoidal». — A côté de ces cheminées, est exposé le poêle fixe dont nous donnons une coupe verticale d’après la notice du constructeur. Il se compose d'une colonne en fonte servant de réservoir de combustible, et portant à l’intérieur deux hélices, venues de fonte, remontant parallèlement jusqu’au niveau de la buse D. Ces hélices sont entourées d’un cylindre HH en tôle, et la fumée sortant du foyer F est astreinte à parcourir toutes les spires de ces hélices, restant ainsi plus longtemps en contact avec les parois à chauffer. La colonne CC est fermée, à sa partie supérieure, par un joint de sable ordinaire représenté en R; l'intervalle entre les deux cylindres, où circule la fumée, est également fermé, en A. par un deuxième joint de sable. Un mécanisme, actionné par des boutons K ressortant au-dessus du cendrier, permet de décendrer et de vider le foyer.

Poêle Jorion-Renard
Poêle Jorion-Renard

Colonne calorifère à feu continu de M. Jorion-Rcnard. — Cet appareil est seulement figuré, dans la section belge, par un dessin qui, n'étant pas très explicite, doit être quelque peu interprété, en l'absence de toute personne pouvant donner des renseignements. On y voit un foyer F, rappelant celui du poêle Phénix, mais dont la fumée, au lieu de s’échapper latéralement dans une cheminée, continue son ascension verticale dans un tuyau T qui le surmonte. Autour du foyer sont disposés des tuyaux verticaux A, A, R, R, qu'on voit en coupe sur le plan, et qui sont entourés d'une enveloppe générale formant l’extérieur triangulaire du poêle. La fumée, à ce qu'il semble, en s'échappant latéralement à la colonne centrale, se répandrait dans tout l’espace laissé libre par les divers tuyaux, et l'air amené par la prise P viendrait circuler dans l’intérieur de ces tuyaux où il s'échaufferait, pour se rendre enfin aux bouches de chaleur SS, disposées circulairement autour du tuyau de fumée. La coupe verticale, que nous donnons telle qu'elle est exposée, n’indique pas clairement, la position de ces mêmes tuyaux. Un peu au-dessous du niveau des bouches, le diamètre du poêle est diminué comme l’indique la figure, afin que l’air vienne encore en contact avec le tuyau de fumée, et prenne ainsi, d'après l'auteur, « une température de 190° », tandis qu’il est entré dans la prise P « à 0° ». H, K, sont des portes de chargement et d’allumage.

Nous n’avons pas su comprendre l'usage des tuyaux R qui viennent [déboucher au-dessous de la grille du foyer. Seraient-ils destinés à rendre à l’air l’humidité nécessaire, le cendrier contenant une certaine quantité d’eau qu'évaporerait la chaleur du foyer qui la surmonte ? S’il y a trois de ces tuyaux, comme semble l’indiquer le plan, il nous semble qu’on va dépasser le degré d’hydraulicité utile.

Il est à craindre, d’un autre côté, si la marche respective de l’air et de la fumée est celle que nous avons indiquée, que celle-ci, dans son ascension constante, s’écoule d’un côté du poêle plutôt que de l’autre et chauffe inégalement les tuyaux d’air. Nous ferons remarquer également que l’air qui sort à « 100° » d’après l’auteur, serait à une température insupportable, et l’on a dû sans doute employer un artifice quelconque pour en abaisser la température quand il rentre dans les pièces à chauffer.

(A suivre.)
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Texte et illustrations de "La construction moderne - 28 décembre 1889"

Calorifère Molinari. — Nous donnons le plan et deux coupes de ce calorifère; ces figures sont assez explicites pour que nous soyons dispensé d’une longue description. Il est construit en briques réfractaires, ayant, en plan, la forme d’un fer à cheval. Entre la paroi du foyer et la paroi extérieure du calorifère, se trouvent deux parois verticales, parallèles aux précédentes, laissant entre elles un intervalle annulaire divisé, dans sa hauteur, en six compartiments horizontaux par des diaphragmes métalliques.

Calorifère Molinari
Calorifère Molinari

Ces diaphragmes sont alternativement ouverts dans leur milieu et dans leurs extrémités, de manière à forcer la fumée à parcourir la totalité des compartiments, pour, du compartiment inférieur, se rendre à la cheminée. La direction de la fumée étant descendante, on est assuré que la fumée - parcourt également tous les compartiments. L’air chaud, au contraire, s’élève contre ces parois et est ainsi chauffé méthodiquement.

On remarquera que toutes les parois, soit celles du foyer soit celles des compartiments sont entourées par l'air à chauffer, ce qui est une condition excellente pour l'utilisation de la chaleur fournie par le combustible. Ce calorifère serait donc un des meilleurs appareils que nous connaissions, si nous n’avions pas à lui faire l’objection qui est d’ailleurs commune à tous les calorifères céramiques : la possibilité de fuites au travers des joints des briques ou au travers des briques elles-mêmes. Ici même, ces fuites sont peut-être à craindre encore, à la jonction des briques avec les diaphragmes métalliques. Nous ajouterons toutefois, que si ces fuites se produisent au bout d’un certain temps d’usage de cet appareil, ou n’aura à refaire que les parois du foyer et celles où circule la fumée, le reste du calorifère pouvant être conservé impunément.

Calorifère Défossé de Rouen.— C’est un calorifère métallique dont la surface de chauffe, eu dehors de la cloche du foyer, est formée d’une série de coffres horizontaux en tôle, où la fumée suit une direction descendante, pour obtenir ce que nous avons appelé un chauffage méthodique. Ces coffres snot eux-mêmes traversés par des cylindres verticaux dont les joints avec les deux tôles horizontales sont maintenus au moyen de boulons AB traversant le coffre de part en part et opérant le serrage nécessaire sur ces joints. L’air s’échauffe en circulant le long de ces cylindres et des coffres qui les ortent.

Calorifère Défossé
Calorifère Défossé

Nous avons déjà dit ce que nous pensions des calorifères pen tôle; nous n’y reviendrons pas. Mais le constructeur a cru devoir ajouter un perfectionnement qu’il traduit par le nom de calorifère ventilateur. Il a juxtaposé, a côté du calorifère dont nous venons de parler, un deuxième calorifère de moindre dimension, muni d’un seul coffre vertical où passe la fumée du foyer de ventilation, et où peut aboutir également la fumée du calorifère voisin, pour de là se rendre à la cheminée. Ce calorifère ventilateur, qu’on voit en plan en MN, est séparé du calorifère proprement dit par la cloison RS, et forme, à proprement parler, un véritable foyer d’appel.

L’auteur a voulu, par celle disposition, chauffer une enceinte et en extraire à la fois l’air vicié au moyen d'un même appareil. Il ajoute que, pour la ventilation d’été, il suffira d’allumer le calorifère ventilateur. La cheminée du calorifère fait l'appel de l’air vicié, et cet appel est augmenté par le foyer d’appel situé à son extrémité inférieure.

Calorifère mixte
Calorifère mixte

Le constructeur préconise encore un autre système qu’il nomme calorifère mixte, où il juxtapose deux calorifères, l’un métallique, en tout semblable au précédent, et l’autre céramique, à étages. dont on voit la coupe ci-contre. On sait que l’avantage des calorifères métalliques est d’arriver vile à une haute température; mais ils ont l’inconvénient de se refroidir aussi vite, s’il survient quelque négligence du chauffeur. Les calorifères céramiques ont précisément l’avantage et l’inconvénient inverses. D’où il résulte, d'après M. Défossé, qu’en combinant ces deux systèmes, on aura un appareil qui réunira les deux avantages sans en avoir les inconvénients. De là son calorifère mixte, où les deux systèmes sont juxtaposés, comme nous l’avons dit.
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Texte et illustrations de "La construction moderne - 1 mars 1890"

Calorifère à air chaud à chargement continu. — C’est la première fois qu’il nous a été donné de voir un calorifère à chargement continu ; c’est, en tout cas, le seul de ce genre qui figurât à l’Exposition, et peut-être n’est-ce pas trop nous aventurer que de prétendre qu’on n’avait jamais, jusqu’ici, réalisé la continuité de chargement dans un calorifère à air chaud. A ce point de vue, le calorifère Bondonneau, du nom de son auteur, est remarquable. Nous en donnons une vue d’après le croquis figuré sur sa notice. On voit en haut, en A, la porte de chargement du combustible, qui tombe sur une grille placée au niveau de la porte du foyer B. Toute la hauteur comprise entre les niveaux A et R peut être remplie de combustible ; et, à cause de la plaque de séparation vue en coupe sur le croquis, la combustion ne s’étend que sur la hauteur comprise entre le niveau de la grille et le niveau de la partie inférieure de celte lame. La fumée est dirigée sur la droite, dans des tuyaux métalliques formant surface de chauffe.

Calorifère Bondonneau
Calorifère Bondonneau

Nous devons faire quelques réserves sur la disposition de ces surfaces de chauffe ; mais nous ne pouvons pas ne pas féliciter le constructeur de ce calorifère, d’avoir ainsi mis en pratique la continuité de chargement : c'est un avantage inappréciable de n’avoir à s’occuper du foyer d’un calorifère que « une fois toutes les 24 heures,» comme M. Bondonneau l’affirme dans sa notice.

Calorifère Lusseau
Calorifère Lusseau

Calorifères à eau chaude et à vapeur. Nous n’avons que peu de chose à dire sur ces calorifères. Les chaudières à eau chaude, origine de la circulation, nous ont paru quelque peu compliquées, et peut-être la simplicité de ces chaudières, comme celles employées par M. Anceau (deux cylindres verticaux concentriques dont la section annulaire extérieure est pleine d’eau, la section intérieure servant de passage à la fumée qui lèche ensuite la surface extérieure du cylindre extérieur) peut-être, disons-nous, la simplicité est-elle préférable à une certaine complication que nous avons remarquée dans les chaudières exposées ou dessinées. Nous croyons que celte complication y rachète et au delà l’avantage que l’on a voulu viser, d’utiliser mieux la chaleur du combustible. Nous donnons, comme exemples deux des chaudières construites par M. Lusseau, reproduites ci-dessous d'après le croquis inséré dans la notice de ce constructeur : dans la figure, on voit des tubes horizontaux faisant communiquer le corps intérieur de la chaudière avec l’anneau extérieur de celle-ci : nul doute que la fumée, en léchant la surface de ces tuyaux ainsi que celle du corps de la chaudière, n’élève rapidement la température de l’eau ; mais n’est-ce pas d’une construction quelque peu difficile?

(A suivre.)
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Re: Le chauffage et la ventilation

Message par worldfairs »

Texte et illustrations de "La construction moderne - 31 mai 1890"

Nous en dirions autant d’une chaudière construite par M. Jorion Renard, dans la section belge, qui rappelle la chaudière de la figure 1 de M. Lusseau, à laquelle on aurait ajouté, dans le haut, un plateau circulaire plein d’eau, communiquant avec le corps de la chaudière par un large tuyau, et percé lui-même d’orifices circulaires. Il est bon d’ajouter que M. Jorion-Renard a enveloppé l’ensemble de sa chaudière d’une gaine en tôle dans l’intérieur de laquelle vient circuler de l’air chaud, qui s’échauffe encore en passant dans les trous percés dans le plateau dont nous parlions tout a l’heure. Sa chaudière, outre qu’elle est l’origine de la circulation d’eau chaude, sert donc ainsi elle-même de surface de chauffe directe à une partie de l’air à chauffer. C’est certainement fort ingénieux, mais peut-être un peu compliqué.

chauffageventilation-09.jpg

Pour les tuyaux de circulation d’eau chaude ou de vapeur, on s’est ingénié de toutes les façons à multiplier les ailettes sur ces tuyaux, de façon à augmenter sensiblement leur surface de chauffe. Quelques constructeurs les fixent sur les tuyaux de fonte ou de fer, au moyen d’un mastic bon conducteur de la chaleur ; ils disent, entre autres raisons, pour justifier leur système, que grâce à ce mastic, ils peuvent rapprocher ou éloigner à volonté leurs ailettes, de façon à augmenter ou à diminuer d’autant la surface de chauffe. Cet avantage, comme nous l’avons déjà dit, nous paraît quelque peu spécieux, en ce sens que si l’on est conduit, par exemple, à rapprocher les ailettes, cela tendrait à prouver que le diamètre du tuyau choisi était trop faible, et inversement.

D’autres constructeurs vissent les ailettes sur les tuyaux ; d’autres les font venir de fonte ; d’autres enfin les glissent sur les tuyaux, en les maintenant en place au moyen d’une tige de fer qui les traverse toutes. D’autres, enfin, ont poussé la minutie jusqu’à excentrer ces ailettes, de manière que le chauffage de l’air qui les traverse soit méthodique, ce mot ayant le sens que nous avons si souvent défini. Ainsi, pour les ailettes venues de fonte, on emploie la disposition de la figure 1 : le tuyau est muni d’une surépaisseur à sa partie supérieure, surépaisseur qui cesse tout près des brides d’assemblage, afin de pouvoir passer les boulons ; les ailettes viennent en mourant jusqu’à cette partie supérieure, et conservant toute leur saillie à la partie inférieure : de cette façon, dit le constructeur, l’air montant par A trouve des surfaces de chauffage de plus on plus chaudes, jusqu’à ce qu’il s’écoule au dessus du tuyau. Si, au contraire, les ailettes étaient concentriques au tuyau, l’air en arrivant vers la partie supérieure B de ces ailettes, trouverait une surface dont la température serait inférieure à celle qu’elle vient déjà de rencontrer. Le même raisonnement s’applique , naturellement, aux ailettes excentriques vissées sur tuyaux de fer, comme l’indique la figure 2.

En supposant que ce raisonnement soit exact, on admettra peut-être avec nous que c’est bien chercher, comme l’on dit, « la petite bête ». Mais, en l’espèce, ce raisonnement ne nous paraît pas juste; en effet, le diamètre des tuyaux et aussi celui des ailettes sont, en général, assez faibles ; l’air qui arrive par le bas de l’ailette pour la remonter reste un temps fort court on contact avec l’ailette ou le tuyau, de sorte que cet air n’arrive pas, en ce court contact, à prendre même la température de la partie périphérique des ailettes; en continuant donc sa course dans la partie supérieure de l’ailette, la température de l’air doit encore s’élever au contact de celle partie supérieure; et, si l’on supprime celle-ci, c’est une perte que l’on subit dans réchauffement de l'air. Nous croyons donc que ce perfectionnement, ainsi poussé à l’extrême, n’en est plus un, et est même un défaut.

« Propulseur » de M. Cuau. — Dans les circulations d’eau chaude à air libre, la circulation se fait généralement avec une certaine lenteur, par suite de la faible différence de densité qui existe entre la colonne montante et la colonne descendante. Le chauffage se fait donc avec la même lenteur.
Pour augmenter cette rapidité de circulation, M. Cuau a eu l'idée d’amener un jet de vapeur dans la circulation d’eau chaude, au moyen d’un appareil qu’il nomme « propulseur ». Cette vapeur sous pression se condense d’abord au contact de l’eau dont elle élève peu à peu la température, et finalement entraîne rapidement cette eau dans toute la circulation, jusqu’à ce qu’elle rentre dans la chaudière d’origine. Les renseignements que nous avons pu obtenir de la personne préposée à la garde des appareils Cuau ne nous ont pas paru suffisants pour donner une idée exacte du fonctionnement de ce propulseur; nous sommes resté dans l’incertitude sur ce mode de « propulsion ». Nous ne voyons pas assez clairement quel avantage on retire de l’introduction constante de la vapeur dans l’eau de circulation, lorsque cette vapeur, en parcourant la conduite, pourrait donner elle-même, sans intermédiaire et avec autant de rapidité, le chauffage dont on poursuit la réalisation....

Nous n’insisterons pas sur le Chauffage Perkins, dont nous avons déjà parlé autrefois, dans notre article intitulé Chauffage et ventilation. M. Ch. Gandillot, qui s’est fait une spécialité de ce genre de chauffage, a exposé des fourneaux où des enroulements de tuyaux en fer étiré, de 0m027 de diamètre extérieur, forment la chaudière origine de la circulation. Il distribue une petite brochure où il énumère les avantages de ce système, qui sont réels, en effet. Il nous a semblé toutefois, qu’il y exagérait un peu les avantages de bon marché : il rapporte des expériences, faites surtout en Angleterre, où le chauffage Perkins donnerait une économie de 30% de combustible sur les calorifères à air chaud. Cette proportion nous paraît excessive, et peut-être le résultat obtenu tient-il, dans ces expériences, aux mauvaises conditions où étaient installés les calorifères à air chaud : ceux-ci ne doivent pas, pour conserver tous leurs avantages, porter la chaleur à une distance notablement supérieure à 23 mètres, et si cette distance augmente sensiblement, le chauffage Perkins peut l’emporter aisément. Ce qui est vrai, c’est que dans les calorifères à air chaud, il faut de temps en temps remplacer les cloches, et démolir par suite tout ou partie du fourneau ; de là un avantage en faveur du chauffage à petits tuyaux, qui demande des réparations plus lointaines, mais qui en demande encore, car ces petits tuyaux ne résistent pas indéfiniment à l’oxydation, à l’usure que produisent les coups de feu; enfin, il ne faut pas une couche bien considérable de dépôt des matières tenues en suspension dans l’eau, pour oblitérer l’intérieur de tuyaux qui n’ont que 15 m/m de diamètre.

chauffageventilation-10.jpg

Chauffage à vapeur. — M. Fouché expose ce qu’il appelle un aéro-condenseur, semblable, sauf l’échelle, à celui qu’il a employé pour le chauffage et la ventilation du Poste central, des télégraphes. La vapeur, au sortir d’une machine motrices qu’elle vient d’actionner, est amenée dans un espace clos où elle est condensée par un courant d’air sortant d’un ventilateur. Cet air, échauffé par cette condensation même, est envoyé ensuite dans les locaux à chauffer, qu'il ventile en même temps.

Il est clair que cet air ainsi distribué ne peut être mélangé ni de poussière ni de fumée, comme le fait, remarquer avec raison le constructeur; mais il est non moins clair que ce système ne peut être employé avec avantage que dans les locaux où l’on a besoin déjà de force motrice pour des usages autres que ceux du chauffage et de la ventilation.

Le chauffage à vapeur nécessite l’emploi de certains appareils comme les purgeurs, les détendeurs de pression, etc., dont, on pouvait voir notamment des spécimens dans l'exposition de MM. Geneste et Herscher. Mais outre que ces appareils ne nous ont pas paru présenter de bien grandes innovations, nous ne pouvons pas entrer ici dans des détails qui seraient trop techniques.

Chauffage au gaz. — La caractéristique de ce genre de chauffage à l’Exposition est l’emploi presque général de l’amiante comme transmetteur de la chaleur; nous avons remarqué un grand nombre de cheminées au gaz, parmi lesquelles nous citerons les cheminées Dequenne, Deselle, et Fougeron.

Dans la cheminée Fougeron, l’amiante entoure divers fils de platine suspendus verticalement devant le foyer. Dans la cheminée Deselle, des croisillons d’amiante garnissent des briques réfractaires placées verticalement dans un cadre métallique qu’un artifice de construction permet d’élargir ou de rétrécir à volonté, et d’installer ainsi dans des ouvertures diverses de cheminées.

Enfin, dans la cheminée Dequenne, on a employé de la bourre d’amiante comprimée, formant une « brique d’amiante » que l'on place verticalement dans l’ouverture de la cheminée. Afin de laisser toujours des fibres d’amiante dépasser la surface de la brique, on gratte de temps à autre celle surface au moyen d’une pointe en métal quelconque. Des réflecteurs en cuivre poli, placés autour de la brique, réfléchissent la chaleur vers l’appartement.

Dans toutes ces cheminées, le gaz est amené, par un brûleur, à la surface de l’amiante, qui rayonne abondamment la chaleur fournie par la combustion de celui-ci.

Appareils de ventilation. — Il nous resterait à parler des appareils de ventilation proprement dite, connus sous le nom de ventilateurs. Mais ce genre d’appareils ressort entièrement de la science de l’ingénieur, et nous ne pouvons en rien dire ici.

chauffageventilation-11.jpg

Il nous sera permis, toutefois, de dire un mot d’un ventilateur qui n’a rien de technique et qui est exposé dans la section anglaise par M. Banner. Il consiste en un tube de tôle en U dont les deux branches verticales communiquent l'une en A, avec l'air extérieur; l’autre, en B, avec l’air intérieur (fig. 3). Vers le haut de chacune de ces branches et dans leur axe est établie une espèce de pomme d'arrosoir mise en communication avec de l’eau sous pression. Si l'on fait fonctionner la pomme d'arrosoir de gauche, comme le montre la figure, l'eau sortant en poussière produit une aspiration en A, et l'air ainsi aspiré est entraîné et rejeté par B dans la pièce à ventiler, tandis que l’eau s’écoule à l’extérieur par le tuyau siphonné C. Si l'on met en action la pomme d’arrosoir de droite, le mouvement contraire se produit; l’air de la pièce est aspiré en B et rejeté à l’extérieur par l’ouverture A.

Pour masquer cette tuyauterie peu décorative, M. Banner l’entoure d’une enveloppe en zinc munie d’une porte qui en permet la visite.

M. Banner préconise également un « ventilateur à eau horizontal » dont nous donnons ici le croquis (fig. 4). Celui-ci peut s’établir sous un plancher, et, selon que Ton ouvre les robinets d’eau R ou S, l’air suit le chemin BA ou AB.

L’eau s’écoule par le tuyau MN. Le croquis est assez explicite pour que nous n’entrions pas dans d’autre description.

Il nous paraît évident que ces ventilateurs, horizontaux ou verticaux, peuvent rendre des services pendant l'été, alors que le courant d’air est dirigé de A vers B : l’air, en passant au travers de la poussière d’eau, peut ainsi se rafraîchir légèrement. Pendant l’hiver, il est non moins clair que ces ventilateurs doivent être utilisés uniquement pour expulser l’air vicié, auquel on fait prendre la direction de B vers A.
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