Le palais Hindou de la section anglaise

Paris 1889 - Architecture, pavilions, gardens, urban furniture
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Le palais Hindou de la section anglaise

Message par worldfairs » 27 juin 2019 04:59 pm

Texte et illustrations de "La construction moderne - 14 septembre 1889"

Le palais indien de la section anglaise n’est pas, comme la pagode d’Angkor dont nous avons parlé dernièrement, une reproduction exacte d’un monument du pays, mais sa composition est assez habilement faite pour donner au public une idée de la construction des anciens palais hindous.

Les principaux motifs dont il est orné sont des moulages qui ont été exécutés aux Indes dans des palais de différentes localités et déposés au musée de Kensington à Londres, on en a fait refaire d’autres pour l’exécution du monument de l’Exposition. Le motif principal du palais consiste dans une belle salle octogonale comprenant dans sa hauteur une galerie ornée de balcons, formant une sorte de tribune et ter minée par une gracieuse coupole. Le centre de la salle est occupé par une fontaine de marbre composée de quatre lions fantastiques portant une vasque. Tout autour, un portique de huit élégantes colonnes soutiennent la corniche et les balcons du premier étage, elles se continuent ensuite formant les belles colonnettes qui portent la coupole. Sous le portique de larges niches occupent quatre des pans coupés de la salle octogonale.

Palais Hindou - Architecte: M. Purdon Clarke
Palais Hindou - Architecte: M. Purdon Clarke

Elles sont occupées par des petites boutiques ou par les comptoirs du café indien installé au rez-de-chaussée. Les autres pans coupés sont largement ouverts et ornés de colonnes semblables à celles du portique central, ils servent aux entrées des deux galeries latérales et à celles qui donnent dans les jardins. Un escalier montant à la tribune du premier étage est ménagé dans l’un des bas côtés. Les galeries possèdent de droite et de gauche, sur leurs bas côtés, cinq belles boutiques décorées exactement comme celles qu’on admire dans les bazars des grandes villes de l’Inde. Elles offrent aux yeux un ensemble charmant, bien fait pour exciter la curiosité.

De la tribune centrale du premier étage des ouvertures sont ménagées du côté des galeries, afin d’avoir la vue agréable des magasins, et le spectacle donné par le mouvement du public.

Au dehors, la façade est ornée de beaux portiques aux proportions trapues. Il y a de nombreux exemples de ce genre de construction aux Indes, ils correspondent tous aux époques ou les empereurs mogols étaient tout-puissants dans la contrée.

L’Inde, comme on sait, n’a jamais cessé dans son histoire, d’avoir des guerres terribles et elle a été soumise tour à tour par des peuples de races différentes. Au commencement du XIIIe siècle, le nord de l’Inde était aux Hindous, il dut presque aussitôt passer aux mains des Mahométans et pendant plus de cent cinquante années l’empire subit l'influence absolue de-Turcs. C'est cette période de l’histoire qu’on désigne sous le nom de dynastie des Pathans. Les ruines du vieux Delhi et célèbre minaret de Kutab ainsi que le tombeau d’Ala ud-din datent de ces époques lointaines. Partout où les monument-hindous subsistaient, les Mahométans venaient en vainqueurs les détruire où les modifier comme on le voit encore actuellement dans les provinces éloignées les unes des autres, comme à Ajmère dans le Rajpoutana à Ahmedabad dans le Guicowar, à Kutab près de Delhi, etc.

Les empereurs mogols vinrent ensuite se rendre maîtres du pays. C’est à Shére-Shah et à son fils Selimqui aimaient tous deux les arts, que l’on doit les progrès accomplis dans ce genre d’architecture créé aux Indes par les Pathans; les successeurs continuèrent encore. Akhar qui régna de 1556 à 1605 est un de ceux qui firent élever les plus beaux monuments qu’on voit encore aujourd’hui. Il savait prendre à l’art hindou des époques précédentes ses sculptures merveilleuses et ses gracieuses proportions, pour les réunir aux créations plus modernes.

A Futtehpore-Sikri, situé à près d’une journée de la célèbre ville d’Agra, on admire l’immense mosquée de Dourgah et le superbe mausolée de Selim Chisti, puis une quantité de pavillons et de petits palais qui autrefois étaient reliés par des terrasses et des jardins. Ces monuments divers qui occupent une surface considérable, plus grande à elle seule que le château de Versailles et ses parcs, étaient entourés de hautes murailles crénelées. Ce séjour enchanteur était l’œuvre favorite du grand Akbar, il y demeura pendant presque toute la durée de son règne. Aujourd’hui, sauf la mosquée et les tombeaux, presque tout se trouve dans un grand état de délabrement; quelquefois même, ce sont des ruines complètes. Le gouvernement anglais fait malheureusement bien peu d’efforts pour la restauration de ces splendides monuments qui sont la gloire du pays.

Les petits portiques que nous voyons placés contre la façade du palais indien de l’Exposition sont un spécimen de cette architecture originale.
Les pavillons construits en pierre de grès rouge que l’on voit à Futtehpore-Sikri, le Pantch Mahal entre autres, sont accompagnés de portiques du même genre. Leurs colonnes sont délicatement ciselées ainsi que les consoles qui supportent les longues architraves de pierre. La corniche est remplacée par de grandes dalles qui font l’office d’auvents destinés à vous garantir des rayons du soleil, puis un bandeau orné d’une balustrade découpée à jour ou sculptée de gracieux rinceaux couronne le tout. Le portique est couvert par de longues et minces tables de pierres de grès qui ont quelquefois plus de quatre à cinq mètres de portée. Grâce à leur élasticité, elles sont encore assez solides pour supporter un poids relativement considérable.

Les colonnes de la salle octogonale du palais de l’Exposition sont d'origine plus ancienne que les portiques dont nous venons de parler. Elles sont moulées sur celles du cloître hindou de Kutab, près de Delhi. On en voit encore un nombre considérable dans les anciens monuments hindous à Ajmere, à Ahmedabad, etc. Malgré les changements opérés par les Mahométans, il reste assez de ces merveilleuses sculptures pour pouvoir juger de la perfection et du goût extrême que les Hindous mettaient dans l’exécution de leurs monuments religieux et de leurs palais avant les conquêtes.


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