La Tour Eiffel

Paris 1889 - Architecture, pavilions
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La Tour Eiffel

Message par worldfairs » 15 mai 2019 08:27 pm

Texte et illustrations de "La construction moderne - 30 avril 1887"

La tour, la fameuse tour, est entrée dans la période d’exécution. C’est même, de toutes les constructions qui doivent couvrir le Champ de Mars, celle dont les travaux sont poussés le plus activement et dont l’état d’avancement est le plus curieux à étudier. Aussi MM. Alphand et Eiffel avaient-ils convié nombre d’ingénieurs et de constructeurs à examiner, vendredi dernier, les fondations de la tour. Nous avons assisté à cette visite, et nous pouvons donner aux lecteurs de la Construction moderne des renseignements précis sur ce qui a été fait jusqu’à ce jour.

Comme on le sait, la tour est supportée par quatre arcs métalliques qui viennent reposer normalement sur quatre piles en maçonnerie. Nous avons reproduit, dans un croquis (fig. 1), l’emplacement des piles par rapport à la Seine, avec les numéros d’ordre par lesquels elles sont désignées sur le chantier.

toureiffelfig1.jpg
toureiffelfig1.jpg (38.85 Kio) Vu 138 fois

Le sol du Champ de Mars, tant de fois bouleversé depuis cent ans, comporte une couche superficielle de 7 à 8 mètres de hauteur, composée de remblais et de terrains très variés ; au-dessous se trouve une couche de gravier et de sable de même épaisseur, et enfin une couche d’argile qui forme la première assise du terrain géologique. La couche de sable offre de bonne conditions de résistance pour les fondations, et c’est sur elle que doivent reposer tous les massifs de maçonnerie de la tour. Mais les piles 1 et 4 sont très rapprochées de la Seine ; elles sont même situées sur un ancien bras du fleuve, comblé il y a environ cent ans. Aussi pour ces deux piles la couche solide n’est-elle atteinte qu’à une j assez grande profondeur, et encore après avoir traversé des
sables aquifères qui ont rendu l’emploi de l’air comprimé nécessaire pour les fondations.

Les quatre piles forment un carré dont le côté a cent mètres de longueur. Lorsqu’on est au milieu de chantier, on est vraiment étonné de la grandeur de l’emplacement occupé par la tour, et l’on commence à se rendre compte des dimensions colossales qu’auront les arcs qui composent le soubassement. Comme point de comparaison on a du reste le Trocadéro, dont les tours s’élèvent à cent mètres environ au-dessus du sol du Champ de Mars : la construction de M. Eiffel s’élèvera trois fois plus haut. A dire vrai ce n’est pas tant la hauteur totale qui frappe, que l’immense portée des arcs métalliques, et leurs proportions gigantesques. La tour ne sera ni belle, ni utile, chacun le sait, mais elle est intéressante au point de vue de l’art du constructeur, et puisque sa construction est irrévocable, nous aurons soin d’en suivre toutes les phases et d’étudier la solution de toutes les difficultés qui sont à vaincre, et qui se présentent pour la première fois aux ingénieurs.

Chaque pile a 26 mètres de côté, mais n’est pas composée, comme on pourrait le croire, d’un seul massif de maçonnerie. Ceci n’était pas nécessaire, en effet. Il suffisait d’offrir un point d'appui à chacun des quatre arêtiers qui forment le caisson de chaque arc métallique.

La figure 2 indique l’emplacement de ces quatre piliers A B C D dans la pile n" 4 que nous avons prise pour modèle. E E représente un mur allégé par des voûtes, et uniquement destiné à supporter le socle qui doit servir de base apparente à chaque arc. Nous avons couvert de hachures les parties de maçonnerie qui dépasseront le sol du Champ de Mars. Quant aux piliers, ils ont environ 8 m. de hauteur, et leur base est telle que nulle partie sol n’a à subir une pression de plus de 4 kilog. par centimètre carré.

Les fondations des piles 2 et 3 n’ont présenté aucune difficulté. Les fouilles ont été opérées à sec, et les piliers de la pile 2

toureiffelfig2.jpg

sont complètement achevés aujourd’hui. La figure 3 donne une coupe, suivant MN, des piliers de la pile 4, qui sont absolument semblables, du reste, à ceux des autres piles. On voit que leur surface n’est pas horizontale, mais oblique, afin d’opposer une résistance normale à la pression des arcs métalliques. Ils sont assisés comme une voûte, afin que la courbe des pressions rencontre toujours normalement les plans de joints.

Ces piliers sont construits en moellons de Souppes, hourdés en ciment de Portland, ce qui permet d’obtenir la prise en moins d’un mois, considération importante pour une œuvre qui doit être terminée dans deux ans.

Dans chaque pilier sont noyés deux forts boulons en fer de 15 centimètres de diamètre et qui dépassent la maçonnerie de plus de deux mètres (fig. 3). Ils sont situés dans un même plan vertical et dirigés obliquement, suivant la direction des piédroits de la tour, à l’édification desquels ils serviront. Ils sont destinés uniquement au montage des arcs, qui se fera en porte-à-faux jusqu’à la plus grande hauteur possible ; mais, une fois ce montage terminé, ils ne joueront plus aucun rôle dans la résistance de la construction, qui est stable par elle-même et n’a besoin d’aucun ancrage.
La pile 3 supportera l’ascenseur. En conséquence son pilier central est évidé de manière à loger la base de l’appareil élévatoire. C’est dans cette pile également que se trouveront toutes les machines nécessaires à son fonctionnement.

toureiffelfig3.jpg

Les piles 1 et 4 présentent plus de difficulté de construction. Comme nous l’avons dit, on a dû recourir à l’emploi de l’air comprimé. On ne rencontre en effet la couche de gravier qu’à 11 mètres au-dessous du sol, après avoir traversé des terrains aquifères. On a donc disposé dans chaque-fou ille quatre caissons sur lesquels doivent être montés les piliers. Chaque caisson, figuré en pointillé (fig. 3), a 15 mètres sur 6. Il a plus de 4 mètres de hauteur. Vers son milieu une cloison horizontale, soutenue par des poutres de 0m70 de haut, supporte une épaisse couche de béton sur laquelle viendra reposer la maçonnerie. Au-dessous est la chambre de travail d’une hauteur de deux mètres environ, y compris le tranchant; le tranchant toujours enfoncé dans le sol de 40 à 50 centimètres ne laisse qu’une faible hauteur aux travailleurs qui ne peuvent se tenir debout. Les parois verticales de cette chambre sont armées de consoles entre lesquelles on a établi des revêtements obliques en maçonnerie. Chaque caisson est muni de deux sas à air. Pendant notre visite, vingt-quatre d’entre nous ont pu pénétrer dans le caisson, au moment même où l’on allait opérer une descente. Bien que la pression fût à peine de 1/2 atmosphère, l’éclusage a paru assez pénible à la plupart des visiteurs. Il faut dire que nous étions douze dans le sas, serrés les uns contre les autres, avec une température de 40°, ce qui ne contribuait pas à rendre ce passage agréable. Mais une fois dans la chambre de travail, la fraîcheur revient, et la pression, à laquelle on s’est habitué, ne se fait plus sentir. La descente du caisson, à laquelle nous avons assisté, a été de 21 centimètres, ce qui est au-dessus de la moyenne dans les fondations actuelles de la tour. On peut opérer deux à trois descentes par jour. Inutile de dire que l’intérieur des caissons est éclairé à la lumière électrique. On rencontre beaucoup de débris dans ces fouilles, nous avons vu retirer quantité de coquilles d’huître, des os, et une tête de cheval entière. Mais au point de vue minéralogique ou géologique on n’a encore rien trouvé d’intéressant dans ces terrains relativement contemporains.

Il nous reste à dire un mot des précautions prises contre l'électricité atmosphérique qui pourrait mettre en danger les visiteurs futurs de la tour. Dans chaque pile sont établis deux tuyaux en fonte TT, de 50 centimètres de diamètre (fig. 2 et 3). Ils sont placés horizontalement dans les conches aquifères du sous sol et se rejoignent devant un des piliers où ils se redressent verticalement pour venir affleurer le sol du Champ de Mars. A ce niveau on les reliera avec l’ossature métallique de la tour. Il faut espérer que ces précautions suffiront à écarter tout danger. On compte en effet que si la communication avec le sol est bien établie, la tour pourra être foudroyée impunément, sans que les personnes qui s’y trouveront sentent la moindre secousse. Cette construction métallique devra fonctionner, pense-t-on, comme la cage de Faraday, qui reçoit les plus violentes décharges statiques sans qu’un électomètre placé à l’intérieur en soit impressionné.

Espérons qu’il en sera ainsi, et souhaitons qu’en fait de découvertes nouvelles sur les phénomènes électriques, on n’aille pas faire d’expériences funestes pour les visiteurs, fussent-ils des Cook's tourists.
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Re: La Tour Eiffel

Message par worldfairs » 20 mai 2019 07:31 pm

Texte et illustrations de "La construction moderne - 17 décembre 1887"

toureiffel17decembre1887.jpg
Travaux de la Tour de 300 mètres - Etat actuel

Quant à la tour, elle s’élève toujours aussi régulièrement. De chaque pilier partent quatre arbalétriers inclinés à 54° et entretoisés entre eux.
Jusqu’à la hauteur de 20 mètres, l’ensemble formé par chaque groupe de quatre arbalétriers était maintenu sur les assises en pierre de taille par des boulons d’ancrage de 7 mètres de longueur, et la verticale, passant par le centre de gravité de l’ensemble, tombait encore dans la base ; une fois cette hauteur dépassée, la verticale du centre de gravité tombant en dehors de la base, on a jugé prudent de construire d’immenses pylônes en charpente contre lesquels les arbalétriers viennent reposer; avec ces points d’appui le montage a pu être continué en tonte sécurité. Les arbalétriers ont aujourd’hui 50 mètres de hauteur ; quand les entretoises entre les derniers tronçons d’arbalétriers seront posées, on réunira les quatre piliers entre eux par quatre poutres horizontales de 42 mètres de longueur et de 7m50 de hauteur. Pour le montage de ces immenses poutres, on construit eu ce moment quatre pylônes rectangulaires en charpente destinés à supporter chacune des poutres avant qu’elles ne soient reliées aux arbalétriers. Quand ces poutres seront en place, on sera arrivé an premier étage de la tour, à près de 60 mètres du sol. On aura alors constitué une base bien fixe sur laquelle on pourra continuer à élever la tour.
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Re: La Tour Eiffel

Message par worldfairs » 21 mai 2019 10:44 pm

Texte et illustrations de "La construction moderne - 31 mars 1888"

La seconde ceinture de poutres horizontales de 7 mètres de hauteur reliant les quatre piliers entre eux est presque terminée. On procédera ensuite à la pose du plancher du premier étage et Ton continuera en même temps d’élever les quatre piliers qui doivent atteindre le 2e étage, c’est-à-dire 120 mètres de hauteur, pour le 14 juillet prochain.
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Re: La Tour Eiffel

Message par worldfairs » 22 mai 2019 05:17 pm

Texte et illustrations de "La construction moderne - 26 mai 1888"

La partie de cette œuvre gigantesque qui présentait le plus de dangers, c’est-à-dire le travail en porte à faux, est maintenant terminée. Les quatre arêtiers une fois réunis entre eux par des poutres horizontales, on a pu continuer leur montage ; ils ont actuellement 35 mètres au-dessus du premier étage, et ils se réuniront définitivement au second étage que l’on aura facilement atteint dans un mois. Au-dessus du second étage les quatre piliers ne formeront plus qu’un seul faisceau jusqu’au sommet.

Une locomobile située sur le plancher du premier étage sert à monter les matériaux que l’on approvisionne à cette hauteur ; de là les grues qui se meuvent dans chaque pilier les élèvent au fur et à mesure des besoins à l’emplacement qu'ils doivent occuper définitivement.
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Re: La Tour Eiffel

Message par worldfairs » 25 mai 2019 12:22 pm

Texte et illustrations de "La construction moderne - 28 juillet 1888"

La seconde plate-forme va être complètement achevée dans quelques jours; elle est à la hauteur de 119 mètres, c'est à dire qu'elle dépasse maintenant les plus haut monuments de Paris.

On a pu l'admirer dans toute sa splendeur le soir du 14 juillet, alors que, avec des feux de bengale rouges ou verts, on en faisait l'embrasement complet.
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Re: La Tour Eiffel

Message par worldfairs » 27 mai 2019 03:25 pm

Texte et illustrations de "La construction moderne - 2 février 1889"

La hauteur de la tour est actuellement de 250 mètres; sa parfaite verticalité a été constatée par le service du contrôle des constructions métalliques.

Les différents systèmes d’ascenseurs qui seront employés pour arriver à la plate-forme supérieure sont en construction dans les ateliers; un certain nombre de pièces terminées ont déjà été expédiées an champ de Mars.

Du sol au premier étage, il y aura quatre ascenseurs, deux du système Roux et Combaluzier, et deux du système Otis pour aller du premier étage au second, ce seront les deux ascenseurs Otis qui continueront leur course; enfin pour atteindre le sommet de la tour on se servira d'un ascenseur Édoux qui fonctionnera entre le second étage et la plate-forme supérieure.

Ascenseur Houx et Combaluzier. — Nous avons dit que deux types de ce système iraient du sol au premier étage, dans les piles n° 2 et 4.

Ce système est constitué par une sorte de chaîne ayant pour longueur le double de la distance à parcourir; cette chaîne agira par compression, aussi est-elle composée d’une série de tiges d’acier de 1 mètre de longueur, articulées les unes au bout des autres sur un axe portant deux galets; la cabine est fixée sur cette chaîne qui est guidée par une double gaine en tôle, munie d’une rainure longitudinale pour laisser passer l’attache de la cabine. Dans l’intérieur des gaines sont fixés des rails en fer carré sur lesquels rouleront les galets.

Au niveau du sol et an premier étage sont deux grandes roues à empreintes sur lesquelles passe la chaîne ; la roue inférieure est seule motrice et elle entraîne la chaîne au moyen de collets fixés sur les diverses tiges. La roue motrice est mise en mouvement par l’intermédiaire d’un pignon à empreintes, mû par une chaîne de galle qui passe sur une poulie fixée sur la tète d’un piston plongeur hydraulique. Le cylindre eu tôle est placé horizontalement dans chacune des piles n° 2 et 4.

Le mécanisme de distribution est composé d’un servo-moteur et d’un distributeur à piston ; la manœuvre en sera faite, au moyen d’un câble, de l’intérieur de la cabine.

Pour faire équilibre au poids de la cabine, on fixera des contre-poids annulaires, en fonte, sur les tiges de la chaîne qui sont animées d’un mouvement inverse de celles portant la cabine.
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Re: La Tour Eiffel

Message par worldfairs » 27 mai 2019 03:39 pm

Texte et illustrations de "La construction moderne - 9 février 1889"

Ascenseur Otis. — Les ascenseurs Otis, au nombre de deux, situés dans les piles n° 1 et 3 iront du sol au second étage, avec arrêt au premier étage.

Ce système se compose d’un cylindre hydraulique alésé eu fonte de 10m475 de longueur et de 0m915 de diamètre intérieur. Ce cylindre est disposé parallèlement au chemin de l’ascenseur, entre deux poutres métalliques de 40 mètres de longueur reliées à l’ossature de la tour. Dans le cylindre se meut un piston à deux tiges réunies entre elles à leur extrémité par un châssis portant six poulies. A la partie supérieure de la poutre double de 40 mètres est fixé un châssis semblable an précédent et qui porte également six poulies. Chaque poulie est à quatre gorges dans lesquelles passent quatre câbles en fil d’acier de 0m19 de diamètre. Ces câbles après avoir traversé les douze poulies sont guidés par des galets de roulement et vont passer sur des poulies de renvoi établies au-dessus du second plancher de la tour ; à l’extrémité de ces câbles est fixé le truck porteur de la, cabine muni de galets qui roulent sur des rails posés sur les poutres guides. Le truck est muni d’un frein parachute à mâchoires.

Comme l’inclinaison des poutres varie avec la hauteur, on a imaginé une disposition spéciale qui permet de maintenir horizontal le plancher de la cabine à mesure que le truck se déplace.

Le mécanisme de distribution est composé d’un servo-moteur et d’un distributeur à piston ; la manœuvre se fera au moyen d’un câble de l’intérieur de la cabine. L’eau sous pression sera obtenue par des pompes à vapeur qui prendront l’eau dans un réservoir situé dans la pile n° 3 et la refouleront par une canalisation en fer dans deux réservoirs établis au second étage.

toureiffelascenseursfig4.jpg

Ascenseur Edoux. — Ce troisième type d’ascenseur fonctionnera entre le second étage et le sommet de la tour ; la distance qui sépare ces deux niveaux est de 160m40. A la moitié de cette distance, c’est-à-dire à 80m20 au-dessus du second étage, on a établi un plancher intermédiaire (fig. 4). Le système est composé de deux cabines A et B ayant toutes deux une course de 80m20 ; la cabine A va du plancher intermédiaire au sommet ; la cabine B va du second étage au plancher intermédiaire. On voit donc que le plancher intermédiaire sera l’endroit où les voyageurs montant et ceux descendant changeront de cabine ; ce transbordement se fera très rapidement, les cabines ayant chacune deux portes, l’une pour l’entrée, l’autre pour la sortie.

L’appareil est formé par deux pistons plongeurs de 80m20 de longueur se déplaçant dans deux cylindres en acier dont le fond sera au niveau du second étage. La cabine A est fixée sur un palonnier qui relie les têtes de ces deux pistons. La cabine B est suspendue à des câbles passant sur un système de poulies établies au sommet de la tour est fixé à la première cabine. On voit donc que la cabine A est seule actionnée directement et que la cabine B agit comme un contre-poids ordinaire.

Dans leur déplacement vertical les pistons et les câbles seront guidés et protégés par des gaines en fonte munies d’une rainure longitudinale pour laisser passer les attaches des cabines.

L'eau sous pression sera fournie par un réservoir établi au sommet de la tour; on refoulera l’eau dans ce réservoir au moyen de deux pompes à vapeur installées dans la pile n° 3. Après avoir agi dans les cylindres, l’eau retourne aux pompes en produisant pur l’aspiration une charge d’eau de 200 mètres environ.
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Re: La Tour Eiffel

Message par worldfairs » 31 mai 2019 07:18 pm

Texte et illustrations de "La construction moderne - 20 avril 1889"

La Tour de 300 mètres

Depuis quelques jours la France compte une gloire nouvelle : elle possède le plus haut monument du globe. L'Amérique n'a plus le monopole des phénomènes, et les citoyens de l’Union, qui avaient élevé l’obélisque de Washington dans l’espoir qu’il ne serait surpassé ni en hauteur, ni en élégance, sont bien forcés d’avouer leur défaite. Mais ils ne nous en gardent pas rancune ; on annonce leur venue en masse ; c’est un véritable exode qui n’a pour but que de venir contempler le clou de notre Exposition. Quand la tour n’aurait d’autre utilité que défaire passer les dollars de la poche de la République sœur dans la nôtre, ce serait déjà un résultat plein d’intérêt pour l’équilibre du budget, mais il faut espérer que le monument de M. Eiffel nous réserve d’autres surprises, et qu’on lui découvrira une foule d’applications plus importantes les unes que les autres. Cela confondra les détracteurs de cet honorable édifice et fera cesser les railleries qu’on ne lui a pas épargnées. Ce n’est pas que le résultat soit joli, joli, mais enfin on aurait pu trouver plus mal, et puis, avec l’habitude, on s’y fera. Constatons seulement que la Construction 'moderne n’a jamais été bien enthousiasmée du côté artistique du projet ; l’œuvre achevée ne vient pas modifier sensiblement cette première impression. Mais laissons-là le point de vue esthétique, et occupons-nous de la construction même qui présente un grand intérêt et est tout à l’honneur de l’industrie française et de M. Eiffel. Une récente ascension que nous avons faite à la tour va nous permettre d’entrer dans quelques détails à ce sujet.

Chacun connaît par la gravure la forme et l’aspect du monument. On sait qu’il repose sur quatre massifs de maçonnerie disposés aux angles d’un carré de cent mètres de côté. Nous avons longuement parlé de ces fondations et des difficultés qu’on a rencontrées pour deux des massifs établis sur des sable aquifères. Sur ces fondations sont établis quatre piliers métalliques qui supportent la première et la seconde plates-formes, où ils se
réunissent. Depuis la seconde plate-forme jusqu’au sommet, la tour est formée d’un faisceau unique. Chacun de ces piliers est composé de quatre arêtiers tubulaires réunis entre eux par des entretoises en treillis. Au delà du second étage les arêtiers ne sont plus tubulaires, mais ont la forme de cornières.
Tons les fers employés sont des fers du commerce, de dimensions courantes.

L’ossature est bien simple comme on le voit, mais par suite de la courbure de la tour, et de l’obliquité des piliers, chacun des tronçons de ces arrêtiers est unique en son genre; il a fallu les calculer tous séparément, ainsi que leurs assemblages. Toutes ces pièces étaient exécutées à l’usine de Levallois-Perret et assemblées les unes aux autres au moyen de broches. Elles arrivaient sur le chantier tontes prêtes pour le montage; on n’avait plus que les rivets à placer.

Le montage s’est accompli dans des conditions de simplicité très remarquables. Les arêtiers de chaque pilier sont fortement ancrés dans la maçonnerie. Cela a permis de monter en porte-à-faux jusqu’à une hauteur d’une quarantaine de mètres environ. Ou a alors étayé par un boisage et on a continué à partir du point supporté, avec un nouveau porte-à-faux jusqu’au premier étage.

Pendant ce temps on élevait entre les quatre pieds un échafaud terminé par un vaste plancher sur lequel on établissait les quatre poutres en treillis qui relient les pieds entre eux et supportent la première galerie. (Voyez planche 18, 3e année.) On a opéré de même pour le second étage. Au delà il n’y a plus de porte-à-faux, on n’a pas eu besoin d’étayer.

Le levage et le bardage s’exécutaient de la manière suivante. Dans chaque pilier sont disposées deux longrines qui doivent supporter le chemin de roulement des ascenseurs. Sur ces longrines était fixée à l’aide de griffes une grue qui levait les matériaux et venait les présenter juste à la place voulue pour l’ajustage. Lorsque le pilier avait ainsi monté d’une dizaine de mètres, et que les longrines étaient placées, on déplaçait la grue, ou l’élevait sur le chemin nouvellement construit, et on recommençait le montage. En fait d’échafaudage, il n’y avait qu’un plancher en bois pour supporter les ouvriers.
Dans ces conditions le travail a été mené très régulièrement ; et avec une grande rapidité. Les travaux de fondation ont été commencés au printemps de 1887, et il y a une quinzaine de jours la cote 300 était atteinte et la tour terminée, tout au moins en ce qui concerne le gros œuvre.

L’ensemble paraît extrêmement léger, on peut même dire grêle. On croirait voir un réseau de filigrane qu’un choc un peu violent tordrait ou casserait. Mais ce n’est là qu’une apparence ; la solidité est absolue, et cette maigreur possède au contraire deux avantages. Le fer employé est réduit au minimum utile, ainsi que la surface offerte au vent.

Pour donner une idée de la faible quantité de matière employée, disons qu’une section faite à la naissance des quatre piliers fournirait une surface métallique coupée qui ne serait que de trois mètres carrés, alors que la base de la tour comprend quinze mille mètres superficiels.

Pour régler la verticalité au fur et à mesure de la construction ou avait disposé sous chaque arrêtier des supports en acier pouvant fonctionner comme boites à sables, ou à l'aide de presses hydrauliques. On en a fait usage à deux reprises différentes, et la tour une fois terminée, une commission officielle en a constaté la parfaite verticalité.

Pour décorer cette carcasse métallique, on a relié les piliers par quatre arcs en fur qui ont l’air de supporter le premier étage, mais qui sont au contraire supportés par lui. Puis la galerie de la plate forme a été ornée de caissons et d’arcatures couvertes de peintures, de mosaïques, de vitraux. Un détail curieux ; ces aventures sont eu bois. Or le bois employé a été introduit sur le chantier, peint soigneusement au minium, avec toute l'apparence de pièces de fer. Il n’est pourtant pas déshonorant d’employer quelques morceaux de bois dans une tour eu fer de six mille tonnes.

On montera à la tour à l'aide d’ascenseurs. Jusqu’au second étage, ces ascenseurs seront en quelque sorte des chemins de fer funiculaires glissant dans les piliers courbes. Du second au troisième. on emploiera un ascenseur hydraulique à course verticale, avec un relai à moitié hauteur, à un étage que l’on appelle le plancher intermédiaire. Il a fallu en effet fractionner l’ascension, car on n’a pas voulu faire un piston plongeant de 160 mètres de hauteur.

Actuellement on monte à la tour par des escaliers. Du sol jusqu’au premier étage l’escalier est à volées droites avec paliers de retour. On peut y passer deux personnes de front. C’est en pénétrant dans l’intérieur des piliers qu’on commence à se rendre compte de l’immensité de la construction. C’est surtout en approchant du premier étage que cette impression devient très vive. On passe à travers un dédale de poutres, de croisillons, de treillis, que la perspective transforme en un enchevêtrement désordonné qui donne la sensation d’une gigantesque toile d’araignée ou d’un immense filet dans le réseau duquel on serait prisonnier. Ces poutres colossales supportent une plate-forme, une place publique pourrait-on dire, capable de contenir la population d’un gros bourg.

C’est une véritable ville que l’on trouve à cette hauteur de soixante-dix mètres; des restaurants, des maisons entières y sont établis.
Au milieu, le vide, car la galerie ne règne que sur les côtés. En se penchant on aperçoit les piliers obliques qui fuient et Semblent se dérober dans une perspective étrange. La vue s’étend sur toute l’exposition et Paris s’aperçoit dans son étendue.

Au delà du premier étage les escaliers sont à vis. Ils sont très étroits et le croisement est difficile. A mesure qu’on s’élève, le panorama se développe. Ou aperçoit d'abord les collines qui entourent Paris, puis la vue plonge par derrière, jusqu’à une distance de 70 kilomètres environ. Le Bois de Boulogne semble an pied de la tour. Derrière l’hippodrome de Longchamps, la Seine apparaît et déroule sa ligne blanche jusqu’à Saint-Denis.

La seconde plate-forme a une trentaine de mètres de côté. Là commence une interminable vis qui n’a pour palier que le plancher intermédiaire, à 200 mètres.

On arrive enfin à la dernière plate-forme, située à 280 mètres au-dessus du sol. Elle a une quinzaine de mètres de côté. C’est là que s'arrêtera le public. Paris et les environs se détachent comme sur un plan; on se croirait en ballon, avec le vent en plus, car à cette hauteur il souffle une brise terrible, mais beaucoup moins forte cependant qu’aux niveaux du second étage et du plancher intermédiaire. Lorsqu’on regarde au pied delà tour, ou en croirait les parois presque verticales. L'empâtement est en effet considérable à la base seulement, et on eu est tellement loin, qu’on ne lui attribue qu’une valeur d'un ou deux mètres, alors qu’il a plus de cinquante mètres.

Le public n’ira pas au delà de cette plate-forme, mais la tour ne se termine pas là. Au-dessus de cette galerie qui est plafonnée se trouvent des salles qui pourront servir à des expériences et des études scientifiques.

Puis vient le campanile formé de quatre arceaux à treillis qui supportent la lanterne dans laquelle se trouvera un feu de première classe. On y arrive actuellement en montant par des échelons dans un tube de 60 centimètres de diamètre; puis à l'aide d'échelles, on atteint la plate-forme supérieure, de 1m40 de diamètre, et située à 300 mètres au-dessus du sol. On est là, absolument isolé dans l’espace, n’ayant an-dessus de soi que le drapeau qui déferle à grand bruit. Les fanatiques en détachent même de petits morceaux, comme souvenir, car tout le monde ne pourra pas se vanter d’avoir atteint cet extrême sommet.

On se glisse de nouveau dans le tube, pour rejoindre la plateforme et de là, on redescend les dix-huit cents marches qui ramènent au sol.

Cette hauteur de 300 mètres n’est extraordinaire qu'en raison des difficultés de construction d’un monument de cette taille. Mais en réalité cette altitude est fort peu de chose comparée à la hauteur des montagnes. En 1878, les Parisiens et leurs hôtes, jouissaient même d’un panorama plus étend a avec les ascensions du ballon Giffard qui montait à 600 mètres.

Pour fixer les idées sur les dimensions et la masse de la tour nous donnerons quelques détails que nous empruntons à une notice parue dans le Magasin pittoresque. Cela fera la joie des statisticiens.

La largeur du Champ de Mars représente presque une fois et demie la hauteur de la tour. Si la tour était à la place de l’obélisque, et qu’on la couchât du côté du Palais Bourbon, elle n’atteindrait pas l’extrémité rive gauche du pont.

La tour pèse six millions et demi de kilogrammes, ce qui représente le poids de cent mille hommes. La construction coûtera cinq millions de francs. Or cette somme en pièces de vingt francs empilées formerait une hauteur un peu supérieure à trois cents mètres.

Espérons que cette somme importante n’aura pas été dépensée en pure perte, et comme le succès de l’Exposition est intimement lié au succès de la tour, souhaitons à M. Eiffel la visite de nombreux ascensionnistes.
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