La Tour Eiffel

Paris 1889 - Architecture, pavilions
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worldfairs
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La Tour Eiffel

Message par worldfairs » 15 mai 2019 08:27 pm

Texte et illustrations de "La construction moderne - 30 avril 1887"

La tour, la fameuse tour, est entrée dans la période d’exécution. C’est même, de toutes les constructions qui doivent couvrir le Champ de Mars, celle dont les travaux sont poussés le plus activement et dont l’état d’avancement est le plus curieux à étudier. Aussi MM. Alphand et Eiffel avaient-ils convié nombre d’ingénieurs et de constructeurs à examiner, vendredi dernier, les fondations de la tour. Nous avons assisté à cette visite, et nous pouvons donner aux lecteurs de la Construction moderne des renseignements précis sur ce qui a été fait jusqu’à ce jour.

Comme on le sait, la tour est supportée par quatre arcs métalliques qui viennent reposer normalement sur quatre piles en maçonnerie. Nous avons reproduit, dans un croquis (fig. 1), l’emplacement des piles par rapport à la Seine, avec les numéros d’ordre par lesquels elles sont désignées sur le chantier.

Paris 1889 - Architecture, pavillons - La Tour Eiffel - toureiffelfig1.jpg}

Le sol du Champ de Mars, tant de fois bouleversé depuis cent ans, comporte une couche superficielle de 7 à 8 mètres de hauteur, composée de remblais et de terrains très variés ; au-dessous se trouve une couche de gravier et de sable de même épaisseur, et enfin une couche d’argile qui forme la première assise du terrain géologique. La couche de sable offre de bonne conditions de résistance pour les fondations, et c’est sur elle que doivent reposer tous les massifs de maçonnerie de la tour. Mais les piles 1 et 4 sont très rapprochées de la Seine ; elles sont même situées sur un ancien bras du fleuve, comblé il y a environ cent ans. Aussi pour ces deux piles la couche solide n’est-elle atteinte qu’à une j assez grande profondeur, et encore après avoir traversé des
sables aquifères qui ont rendu l’emploi de l’air comprimé nécessaire pour les fondations.

Les quatre piles forment un carré dont le côté a cent mètres de longueur. Lorsqu’on est au milieu de chantier, on est vraiment étonné de la grandeur de l’emplacement occupé par la tour, et l’on commence à se rendre compte des dimensions colossales qu’auront les arcs qui composent le soubassement. Comme point de comparaison on a du reste le Trocadéro, dont les tours s’élèvent à cent mètres environ au-dessus du sol du Champ de Mars : la construction de M. Eiffel s’élèvera trois fois plus haut. A dire vrai ce n’est pas tant la hauteur totale qui frappe, que l’immense portée des arcs métalliques, et leurs proportions gigantesques. La tour ne sera ni belle, ni utile, chacun le sait, mais elle est intéressante au point de vue de l’art du constructeur, et puisque sa construction est irrévocable, nous aurons soin d’en suivre toutes les phases et d’étudier la solution de toutes les difficultés qui sont à vaincre, et qui se présentent pour la première fois aux ingénieurs.

Chaque pile a 26 mètres de côté, mais n’est pas composée, comme on pourrait le croire, d’un seul massif de maçonnerie. Ceci n’était pas nécessaire, en effet. Il suffisait d’offrir un point d'appui à chacun des quatre arêtiers qui forment le caisson de chaque arc métallique.

La figure 2 indique l’emplacement de ces quatre piliers A B C D dans la pile n" 4 que nous avons prise pour modèle. E E représente un mur allégé par des voûtes, et uniquement destiné à supporter le socle qui doit servir de base apparente à chaque arc. Nous avons couvert de hachures les parties de maçonnerie qui dépasseront le sol du Champ de Mars. Quant aux piliers, ils ont environ 8 m. de hauteur, et leur base est telle que nulle partie sol n’a à subir une pression de plus de 4 kilog. par centimètre carré.

Les fondations des piles 2 et 3 n’ont présenté aucune difficulté. Les fouilles ont été opérées à sec, et les piliers de la pile 2

Paris 1889 - Architecture, pavillons - La Tour Eiffel - toureiffelfig2.jpg

sont complètement achevés aujourd’hui. La figure 3 donne une coupe, suivant MN, des piliers de la pile 4, qui sont absolument semblables, du reste, à ceux des autres piles. On voit que leur surface n’est pas horizontale, mais oblique, afin d’opposer une résistance normale à la pression des arcs métalliques. Ils sont assisés comme une voûte, afin que la courbe des pressions rencontre toujours normalement les plans de joints.

Ces piliers sont construits en moellons de Souppes, hourdés en ciment de Portland, ce qui permet d’obtenir la prise en moins d’un mois, considération importante pour une œuvre qui doit être terminée dans deux ans.

Dans chaque pilier sont noyés deux forts boulons en fer de 15 centimètres de diamètre et qui dépassent la maçonnerie de plus de deux mètres (fig. 3). Ils sont situés dans un même plan vertical et dirigés obliquement, suivant la direction des piédroits de la tour, à l’édification desquels ils serviront. Ils sont destinés uniquement au montage des arcs, qui se fera en porte-à-faux jusqu’à la plus grande hauteur possible ; mais, une fois ce montage terminé, ils ne joueront plus aucun rôle dans la résistance de la construction, qui est stable par elle-même et n’a besoin d’aucun ancrage.
La pile 3 supportera l’ascenseur. En conséquence son pilier central est évidé de manière à loger la base de l’appareil élévatoire. C’est dans cette pile également que se trouveront toutes les machines nécessaires à son fonctionnement.

Paris 1889 - Architecture, pavillons - La Tour Eiffel - toureiffelfig3.jpg

Les piles 1 et 4 présentent plus de difficulté de construction. Comme nous l’avons dit, on a dû recourir à l’emploi de l’air comprimé. On ne rencontre en effet la couche de gravier qu’à 11 mètres au-dessous du sol, après avoir traversé des terrains aquifères. On a donc disposé dans chaque-fou ille quatre caissons sur lesquels doivent être montés les piliers. Chaque caisson, figuré en pointillé (fig. 3), a 15 mètres sur 6. Il a plus de 4 mètres de hauteur. Vers son milieu une cloison horizontale, soutenue par des poutres de 0m70 de haut, supporte une épaisse couche de béton sur laquelle viendra reposer la maçonnerie. Au-dessous est la chambre de travail d’une hauteur de deux mètres environ, y compris le tranchant; le tranchant toujours enfoncé dans le sol de 40 à 50 centimètres ne laisse qu’une faible hauteur aux travailleurs qui ne peuvent se tenir debout. Les parois verticales de cette chambre sont armées de consoles entre lesquelles on a établi des revêtements obliques en maçonnerie. Chaque caisson est muni de deux sas à air. Pendant notre visite, vingt-quatre d’entre nous ont pu pénétrer dans le caisson, au moment même où l’on allait opérer une descente. Bien que la pression fût à peine de 1/2 atmosphère, l’éclusage a paru assez pénible à la plupart des visiteurs. Il faut dire que nous étions douze dans le sas, serrés les uns contre les autres, avec une température de 40°, ce qui ne contribuait pas à rendre ce passage agréable. Mais une fois dans la chambre de travail, la fraîcheur revient, et la pression, à laquelle on s’est habitué, ne se fait plus sentir. La descente du caisson, à laquelle nous avons assisté, a été de 21 centimètres, ce qui est au-dessus de la moyenne dans les fondations actuelles de la tour. On peut opérer deux à trois descentes par jour. Inutile de dire que l’intérieur des caissons est éclairé à la lumière électrique. On rencontre beaucoup de débris dans ces fouilles, nous avons vu retirer quantité de coquilles d’huître, des os, et une tête de cheval entière. Mais au point de vue minéralogique ou géologique on n’a encore rien trouvé d’intéressant dans ces terrains relativement contemporains.

Il nous reste à dire un mot des précautions prises contre l'électricité atmosphérique qui pourrait mettre en danger les visiteurs futurs de la tour. Dans chaque pile sont établis deux tuyaux en fonte TT, de 50 centimètres de diamètre (fig. 2 et 3). Ils sont placés horizontalement dans les conches aquifères du sous sol et se rejoignent devant un des piliers où ils se redressent verticalement pour venir affleurer le sol du Champ de Mars. A ce niveau on les reliera avec l’ossature métallique de la tour. Il faut espérer que ces précautions suffiront à écarter tout danger. On compte en effet que si la communication avec le sol est bien établie, la tour pourra être foudroyée impunément, sans que les personnes qui s’y trouveront sentent la moindre secousse. Cette construction métallique devra fonctionner, pense-t-on, comme la cage de Faraday, qui reçoit les plus violentes décharges statiques sans qu’un électomètre placé à l’intérieur en soit impressionné.

Espérons qu’il en sera ainsi, et souhaitons qu’en fait de découvertes nouvelles sur les phénomènes électriques, on n’aille pas faire d’expériences funestes pour les visiteurs, fussent-ils des Cook's tourists.
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Re: La Tour Eiffel

Message par worldfairs » 20 mai 2019 07:31 pm

Texte et illustrations de "La construction moderne - 17 décembre 1887"

Paris 1889 - Architecture, pavillons - La Tour Eiffel - Travaux de la Tour de 300 mètres - Etat actuel - toureiffel17decembre1887.jpg
Travaux de la Tour de 300 mètres - Etat actuel

Quant à la tour, elle s’élève toujours aussi régulièrement. De chaque pilier partent quatre arbalétriers inclinés à 54° et entretoisés entre eux.
Jusqu’à la hauteur de 20 mètres, l’ensemble formé par chaque groupe de quatre arbalétriers était maintenu sur les assises en pierre de taille par des boulons d’ancrage de 7 mètres de longueur, et la verticale, passant par le centre de gravité de l’ensemble, tombait encore dans la base ; une fois cette hauteur dépassée, la verticale du centre de gravité tombant en dehors de la base, on a jugé prudent de construire d’immenses pylônes en charpente contre lesquels les arbalétriers viennent reposer; avec ces points d’appui le montage a pu être continué en tonte sécurité. Les arbalétriers ont aujourd’hui 50 mètres de hauteur ; quand les entretoises entre les derniers tronçons d’arbalétriers seront posées, on réunira les quatre piliers entre eux par quatre poutres horizontales de 42 mètres de longueur et de 7m50 de hauteur. Pour le montage de ces immenses poutres, on construit eu ce moment quatre pylônes rectangulaires en charpente destinés à supporter chacune des poutres avant qu’elles ne soient reliées aux arbalétriers. Quand ces poutres seront en place, on sera arrivé an premier étage de la tour, à près de 60 mètres du sol. On aura alors constitué une base bien fixe sur laquelle on pourra continuer à élever la tour.
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Re: La Tour Eiffel

Message par worldfairs » 21 mai 2019 10:44 pm

Texte et illustrations de "La construction moderne - 31 mars 1888"

La seconde ceinture de poutres horizontales de 7 mètres de hauteur reliant les quatre piliers entre eux est presque terminée. On procédera ensuite à la pose du plancher du premier étage et Ton continuera en même temps d’élever les quatre piliers qui doivent atteindre le 2e étage, c’est-à-dire 120 mètres de hauteur, pour le 14 juillet prochain.
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Re: La Tour Eiffel

Message par worldfairs » 22 mai 2019 05:17 pm

Texte et illustrations de "La construction moderne - 26 mai 1888"

La partie de cette œuvre gigantesque qui présentait le plus de dangers, c’est-à-dire le travail en porte à faux, est maintenant terminée. Les quatre arêtiers une fois réunis entre eux par des poutres horizontales, on a pu continuer leur montage ; ils ont actuellement 35 mètres au-dessus du premier étage, et ils se réuniront définitivement au second étage que l’on aura facilement atteint dans un mois. Au-dessus du second étage les quatre piliers ne formeront plus qu’un seul faisceau jusqu’au sommet.

Une locomobile située sur le plancher du premier étage sert à monter les matériaux que l’on approvisionne à cette hauteur ; de là les grues qui se meuvent dans chaque pilier les élèvent au fur et à mesure des besoins à l’emplacement qu'ils doivent occuper définitivement.
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