La génese de l'Exposition Universelle et de la Tour Eiffel

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Re: La génese de l'Exposition Universelle de Paris 1889 et de la Tour Eiffel

Message par worldfairs » 10 mai 2019 05:02 pm

Texte et illustrations de "La construction moderne - 12 juin 1886"

Voici les trois projets de MM. Cassien-Bernard et Nachon, de Perthes et Raulin.

Paris 1889 - Informations, renseignements, discussions, questions - La génese de l'Exposition Universelle et de la Tour Eiffel - Exposition Universelle de 1889 - Projet de MM. Cassien-Bernard et Nachon - projetbernardnachon.jpg
Exposition Universelle de 1889 - Projet de MM. Cassien-Bernard et Nachon
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Exposition Universelle de 1889 - Projet de M. Raulin
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Exposition Universelle de 1889 - Projet de M. Perthes
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Re: La génese de l'Exposition Universelle de Paris 1889 et de la Tour Eiffel

Message par worldfairs » 10 mai 2019 06:25 pm

Texte et illustrations de "La construction moderne - 12 juin 1886"

Concours pour l'Exposition de 1889 (suite)

Nous avons déjà publié plusieurs appréciations de ce concours. Il nous paraît intéressant de comparer les opinions diverses ; c’est pourquoi nous publions cette nouvelle critique qui nous est adressée par l’un des principaux concurrents. Nos lecteurs ont sous les yeux les projets reproduits par nous, ce qui leur permettra d’apprécier les diverses critiques publiées.

Monsieur le Directeur,
Le concours pour l’exposition de 1889 qui vient de se terminer a déjà donné lien à bien des articles, à bien des appréciations.

Je crois pouvoir donner peut-être des aperçus nouveaux, sûrement nu résumé technique plus complet que ce qui a été dit, et de nature à intéresser votre public spécial.

Paris 1889 - Informations, renseignements, discussions, questions - La génese de l'Exposition Universelle et de la Tour Eiffel - Exposition Universelle de 1889 - Projet de M. Paulin - projetpaulin.jpg
Exposition Universelle de 1889 - Projet de M. Paulin

La critique par un intéressé, par un concurrent, peut être plu# profitable que toute autre, si l’écrivain est impartial, et je tâcherai de l’être.
Je regrette de ne pouvoir passer en revue l’ensemble des projets qui renfermait tant d’œuvres intéressantes ; je me bornerai à l’examen des 18 projets primés ou mentionnés pour ne pas excéder la mesure qui convient à cette étude.
Le programme, comme on l’a vu et comme on l’a dit, laissait aux concurrents une liberté d’action très grande ; on donnait trois emplacements isolés avec toute faculté de ranger les expositions dans un ordre quelconque sans en indiquer ni en recommander aucun. De là grande diversité dans les arrangements, et, s’il y avait dans l’administration des idées préconçues, difficulté pour le jury de se placer sur un terrain absolument technique. Si le jugement indique des préoccupations de ce genre, il est bon de le signaler ouvertement pour que les administrations s'efforcent à l’avenir d’éviter ces causes de prévention, quand elles ont, comme c’est le cas ici, un réel désir d’assurer la sincérité d’un concours.
Je bornerai mon examen aux quatre points les plus importants des dispositions de ce projet :
1° La tour;
2° le palais du Champ de Mars comme classement général ;
3° la réunion du Champ de Mars à l’Esplanade des Invalides ;
4° enfin l’arrangement de l’Esplanade et sa réunion avec les Champs-Elysées.

On a déjà parlé des projets au point de vue de la physionomie en élévation ; ceci étant affaire de goût pour chacun, je n’en parlerai pas.
1° La tour de 300m de haut était demandée, mais d’une façon facultative ; il est intéressant de voir de quelle manière les 18 concurrents l’ont traitée.
Le plus grand nombre l’ont considérée comme un objet spécial ayant peu ou point de rapport avec le Palais, et l’ont placée soit devant, soit au milieu, soit derrière, de telle sorte qu’on pourrait à volonté et sans grand inconvénient la mettre ou ne pas la mettre.
Tels sont les projets de M. Dutert, Eiffel et Sauvestre, Formigé, C. Bernardet Nachon, de Perthes, Ballu, Hochereau et Girault, Paulin, Vaudoyer, Simil, Valwein et Bertisch-Proust.

Plusieurs antres l’avaient reliée à leur palais d’une façon partielle : MM. Fouquiau, Pierron, Blondel, Claris et Morel, G. Hénard.
Un seul avait cherché à composer son palais sur la donnée de la tour de MM. Eiffel et Sauvestre, M. Raulin, qui avait réussi à accoupler théoriquement ces deux éléments si peu faits l’un pour l’autre.

Paris 1889 - Informations, renseignements, discussions, questions - La génese de l'Exposition Universelle et de la Tour Eiffel - Exposition Universelle de 1889 - Projet de M. Pierron - projetpierron.jpg
Exposition Universelle de 1889 - Projet de M. Pierron

L'un des rares concurrents qui aient écarté la tour du palais, M. Roux, avait supposé qu’elle devait être placée non dans un bas-fonds, si on devait la construire, mais plutôt sur une hauteur ; il l’avait figurée sur la butte du Trocadéro.

En résumé, la tour, qui est au fond un phénomène aussi dispendieux qu’inutile et écrasant, a été un embarras pour tous les concurrents (y compris son auteur) qui l’ont plus ou moins traitée en hors-d’œuvre, sauf un seul qui l’a arrangée au prix de galeries de 65 mètres de haut, presque la hauteur des tours de Notre-Dame, et 2 fois et demie la hauteur des grandes galeries des Expositions 1867-1878. La commission de l’exposition maintiendra-t-elle la tour? iSi elle la maintient, la voudra-t-elle au Champ-de-Mars, ce qui serait peu judicieux ? Autant de question dont chacun attend la solution et que l’exposition des projets a résolu, ce semble, d’une façon péremptoire.

Si la tour devait être construite, il paraît démontré que la tour-squelette ne donnerait pas une satisfaction suffisante à la physionomie de Paris. Combien coûterait l'habillement de la tour ?

2° Un autre point très caractéristique à considérer dans le projet est la disposition générale du palais du Champ-de-Mars an point de vue du classement des objets exposés et des dispositions qui en résultaient dans le plan. Le principe du classement des produits/d’après la table dite de Pythagore a été suivi par la majorité des exposants. Ce même principe a présidé à l’organisation de l’exposition de 1867 et aussi à celle de 1878, avec cette seule différence d’arrangement qu’en 1867 le classement était continu, circulaire, en quelque sorte sans commencement ni fin, tandis que celui de 1878 était rectiligne avec commencement d’un bout et fin de l’autre.

Les projets étudiés d’après ce principe formaient trois catégories : les uns avaient leurs galeries des machines sur le périmètre extérieur : MM. Cassien-Bernard et Nachon, de Perthes, Hochereau et Girault, Pierron, Vaudoyer, Blondel, Claris et Morel, G. Hénard, F. Roux, Valwein et Proust.

D’autres avaient ces galeries entre deux séries de galeries pour les autres produits, tels étaient MM. Eiffel et Sauvestre et Simil. MM. Raulin, Ballu et Fouquiau les avaient disposées au centre même de leur palais.

Les autres s’écartant de ce mode de classement avaient partagé les palais en deux parties, l’une du côté de la Seine destinée aux produits manufacturés, etc., l’autre du côté de l’Ecole militaire pour les machines.

Tels sont M. Formigé, Paulin et Dutert; ce dernier avait enclavé dans ce bâtiment du fond les machines entre des galeries des produits manufacturés, ce qui rendrait le classement très confus. La surface couverte dans ce dernier projet paraissait sensiblement moindre que dans les autres.
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Re: La génese de l'Exposition Universelle de Paris 1889 et de la Tour Eiffel

Message par worldfairs » 10 mai 2019 07:15 pm

Texte et illustrations de "La construction moderne - 19 juin 1886"

Le 12 mai dernier, le ministre du commerce et de l’industrie a nommé une commission consultative chargée d’étudier, au point de vue technique, le projet de tour en fer présenté par M. Eiffel.

Cette commission était composée de MM. Alpband, Berger, Brune, Collignon, Contamin, Cuvinot, Hersent, Hervé Mangon, Ménard-Dorian, Molinos, Philips et de l’amiral Mouchez. Elle s’est réunie, le 15 mai, au ministère du commerce, et, après avoir entendu M. Eiffel, elle a confié l’étude détaillée des plans et la vérification des calculs à une sous-commission formée de MM. Phillips, membre de l'Institut, Collignon, ingénieur en chef des ponts et chaussées, et Contamin, professeur à l'École centrale.

Cette sous-commission a rédigé un rapport qui a été approuvé, et conclut ainsi :
Le projet de tour présenté par M. Eiffel paraît conçu dans de bonnes conditions de stabilité générale, surtout si l’on a égard à l’exagération évidente des hypothèses faites sur la violence du vent.

Des quatre étages que renferme la tour, le rez-de-chaussée, où le poids propre prédomine, et l’étage supérieur, où les quatre arbalétriers sont invariablement réunis, présentent toute la rigidité nécessaire; on ne voit d’autre observation à faire, à propos de ces deux parties, que d’engager les auteurs du projet à faire reposer leurs arbalétriers, coupés à angle droit, sur des assises inclinées, dressées normalement ù l’axe des pièces auxquelles elles servent de base.

Quant aux autres parties dénommées premier et second étage, la sous-commission est d’avis d’adopter les plans de M. Eiffel, à la condition que les arbalétriers soient grossis dans la hauteur du second étage.

La commission s’est livrée ensuite, sur l’invitation du ministre, à l’examen de divers autres projets de tour dont le ministre s’était trouvé saisi dans l’intervalle des deux séances. Après avoir successivement examiné les projets présentés par MM. Boucher, Bourdais, Henry, Marion, Pochet, Robert, Rouyer et Speyser, la commission a écarté plusieurs d’entre eux comme irréalisables, quelques autres comme insuffisamment étudiés, et finalement, sur la proposition de M. Alphand, elle a déclaré à l’unanimité que la tour à édifier en vue de l’Exposition universelle de 1889 devait apparaître comme un chef d’œuvre original d'industrie métallique et que la tour Eiffel semblait seule répondre à ce but.

La question artistique n’était point de la compétence de la commission, qui n’a d’ailleurs émis aucune opinion à ce sujet.

Eu conséquence, la commission, dans les limites du mandat purement technique qui lui était confié, a proposé au ministre l’adoption du projet de tour Eiffel, ruais sous la double réserve que l’ingénieur constructeur aurait à étudier d'une manière plus précise le mécanisme des ascenseurs, et que trois spécialistes, MM. Mascart, Becquerel et Berger, seraient priés de donner leur avis motivé sur les mesures à prendre au sujet des phénomènes électriques qui pourraient se produire.

Au point de vue technique même, les difficultés que nous avons signalées subsistent donc tout entières.
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Re: La génese de l'Exposition Universelle de Paris 1889 et de la Tour Eiffel

Message par worldfairs » 10 mai 2019 09:11 pm

Texte et illustrations de "La construction moderne - 26 juin 1886"

Causerie - La tour-drague

Paris 1889 - Informations, renseignements, discussions, questions - La génese de l'Exposition Universelle et de la Tour Eiffel - Exposition Universelle de 1889 - Projet de MM. Hochereau et Girault - projethochereaugirault.jpg
Exposition Universelle de 1889 - Projet de MM. Hochereau et Girault

C’est de la tour Eiffel que je veux parler. J’y reviens, non par plaisir, mais par nécessité, puisqu’elle occupe sans cesse le public de son encombrante personne impossible d’ouvrir un journal politique, littéraire ou technique, sans y rencontrer une pompeuse réclame, avec croquis-squelettes, en faveur de ce sémaphore qui doit être le « principal attrait » de la future exposition. Seigneur, que seront donc les attraits moins principaux ?

Une commission technique avait été nommée pour étudier la question de savoir si la tour tiendrait ou ne tiendrait pas sur ses larges pieds ; la commission a reconnu que la tour ne plierait ni ne romprait, ce que personne ne contestait. C’est tout ce qu’elle avait à dire, personne ne lui demandant autre chose ; du reste il a été mis bon ordre à ce qu’elle n’ajoutât pas un mot de plus.

Le Figaro, organe officiel de la Tour, nous apprend qu’un décret, publié à l'Officiel, vient de ratifier le vote de la Commission technique, et que « l’inventeur » n’attend plus que le vote approbatif du Sénat.

Il paraît qu’un décret ministériel ou présidentiel était nécessaire pour affirmer la stabilité de la tour. De par M. le ministre compétent, le métal travaillera donc bien à 7k.8, et non à 8k.7 comme l’auraient pu avancer quelques esprits aventureux ; le Sénat ne tardera pas à confirmer cette bonne nouvelle.

Pourquoi ce décret ? pourquoi le Sénat intervient-il ? pourquoi pas la Chambre ? Pourquoi le Conseil municipal n’a-t-il pas été consulté aussi sur la stabilité de l’échafaudage, ce Conseil étant doué de toutes les aptitudes et ayant prouvé avec quelle supériorité il juge tout ce qui ne le regarde pas ? — Mystère entre M. Eiffel et le Figaro.

Nous n’avons qu’à enregistrer les déclarations de l’inventeur et à nous soumettre, le ministère ayant fait comprendre au public comme aux diverses commissions qu’ils n’ont, qu’à souffrir et se taire sans murmurer.


Ce monument sera donc « un chef-d’œuvre industriel hors de pair ». Pour s’en convaincre il suffit, paraît-il encore, de noter ce « détail », que Notre-Dame de Paris tiendrait entre les pieds de la tour.

Personne ne conteste le détail ; le jour où il plaira à Notre-Dame de venir se promener au Champ-de-Mars, elle passera tout entière sous l’arche, c’est entendu. Mais ce que tout le monde affirme aussi, c’est que l’arche et la tour sont également disgracieuses; la commission du travail métallique et de la stabilité, le décret confirmatif, le Sénat même n’y pourraient rien changer.

Il ne s’est encore trouvé âme qui vive pour soutenir que la colossale carcasse soit d’un aspect récréatif. Les uns ont comparé cet échafaudage à une chaise posée sur un tabouret, ainsi que fait M. Corvi quand il veut faire sauter des chiens savants; d’autres y ont vu un gigantesque irrigateur, système Eguisier, un Zizi, comme dit un grave philosophe, M. Taine, dans son étude sur l’origine du langage et de l’harmonie imitative (De l'Intelligence). Tous se sont égayés; seul, jusqu’à ce jour, M. Lockroy s’est promis de se rendre chaque matin, soleil levant, au pied de la tour et de s’écrier gravement: Qu’elle est belle au grand soleil de Messidor !

Sur la beauté de l’édifice, il n’y a eu qu’une opinion... Je me trompe, il y en a deux : celle de tout le monde, et celle du ministère.

Il existe cependant des gens d’humeur confiante et qui veulent absolument voir le bien en toute chose. Ceux-là ont fini par découvrir un sujet de consolation, comme ce correspondant qui nous écrit : Les tours de la cathédrale de Cologne, qui n’ont que 150 mètres, les pauvrettes, ne sont visibles que la moitié de l’année et servent de baromètre aux habitants du voisinage, alors que les nuages les recoupent plus ou moins haut et voilent toute la partie supérieure. Consolons-nous donc en pensant que bien souvent nous ne verrons de la tour que la moitié; ce sera toujours autant de gagné.


Jouer le rôle de baromètre sera peut-être le seul usage que nous puissions tirer de la tour, mais usage chèrement payé.

Le pylône doit coûter, affirme l’inventeur, environ 5 millions. Jusqu’où s’étend cet environ qui pourrait bien être une vaste banlieue ?

Cinq millions, passe pour la carcasse métallique, du poids de sept à huit mille tonnes; c’est le prix raisonnable, si l'on parvient à élever les matériaux à 300 mètres avec la même facilité qu’à50 ou 60 mètres. Mais les fondations, dont on nous a jusqu’à présent fort peu entretenus?

On se rappelle ce qu’ont coûté celles du Trocadéro. Combien faudra-t-il dépenser pour asseoir un édifice autrement colossal en un terrain aussi difficile, aussi fouillé, remué que celui du Champ de Mars; en un lit d’alluvions, voisin du fleuve, sablonneux, infiltré d’eau? jusqu’à quelle profondeur faudra-t-il descendre pour appuyer solidement la base du colosse?

Nous n’en savons rien et tout Je monde l’ignore encore. M. Eiffel offre bien en don les 4 millions nécessaires pour l’édification du squelette, pour la mise en œuvre de ses fers, de ses cornières et de ses rivets. Fort bien. Et l’aménagement, et l’établissement des accessoires, et la décoration, sans parler de ces inquiétantes fondations, combien coûteront-ils? Or cette dépense reste à la charge de l’Etat et de l’Exposition ; à quoi s’engagent ceux-ci, le savent-ils ? Où sont les devis, sur quelles prévisions se base-t-on ?

On verra plus tard. — C’est la réponse qu’on donne à toutes les questions malencontreuses que le projet soulève de tous côtés.
Hé ! oui, nous le verrons bien le jour où Ton présentera la carte à payer, comme nous l’avons vu à la dernière Exposition ; mais nous trouverons alors que la proposition de M. Eiffel, qui a tant affriolé le ministère, bien loin d’alléger les frais, aura en fin de compte alourdi la note de tout son poids.


On verra plus tard; c’est sur cette promesse que nous engageons chaque jour les entreprises les moins raisonnées et les plus hasardeuses.

Tout le monde sait que le projet a déjà éprouvé les plus graves mécomptes, le jour où il a fallu commencer à étudier sérieusement les moyens d’ascension. Les constructeurs les plus ingénieux ont décliné l’honneur de risquer une entreprise aussi hardie, n’y trouvant aucune solution pratique. — Bah ! ont répondu les inventeurs-novateurs, commençons d’abord, on s’en tirera toujours !

L’organe officiel de M. Eiffel croit-il nous rassurer suffisamment, quand il déclare avec autorité : Le public pourra accéder à l’édifice babylonien par des moyens d’ascension,.'., actuellement à l’étude !

Certes, s’ils sont encore à l’élude au moment de l’inauguration, les ascensionnistes ne courront aucun danger.

Mais est-ce la réponse qu’il convient de donner à la question indiscrète d’ailleurs, de la commission technique, qui demandait à connaître un peu plus exactement le mode d’ascension et recommandait la prudence ? Les organes de M. Eiffel ne nous parlent pas de celle décision de la Commission. Le décret l’a-t-il aussi ratifiée ?

Alors il n’y a donc rien d'arrêté? — Si fait, l’inventeur nous fait entrevoir ce que pourra être cette solution originale qui est à l’étude. Ayant exposé qu’il faut renoncer à tout ascenseur vertical, il ajoute : « Un chemin de fer funiculaire, à Crémaillère et embrayage automatique, élèvera d’abord les voyageurs au second étage. Les dragues à augettes montantes et descendantes qui servent au curage des rémérés donnent une idée approximative de ce mode de transport. »

Pour être approximative, l’idée n’en est pas moins joviale et flatteuse pour le public que l'on se promet de draguer et de curer. On voit d’ici le tableau : la foule au pied de l’édifice babylonien, cueillie par les godets et augets, hissée dans ]’un des pieds, redescendue par l’autre et finalement transvasée sur le sol. Dieu sait dans quel état !

Comme on procède par coups d’autorité en toute cette affaire, j'entrevois l’intention approximative de l’inventeur et du ministre ; chaque jour on opérera dans l’Exposition une raffle, la gendarmerie rabattra les visiteurs récalcitrants, et, bon gré, mal gré, les godets dragueront et cureront dans le tas.

C’est « l’attrait » obligatoire et la recette assurée.


Du second étage au sommet, le plaisir est varié. Le magma des visiteurs est recueilli sur la plateforme, versé à la pelle dans un wagon formant écrou qui, retenu par une ficelle de sécurité, est insensiblement hissé le long d’une vis tournant à la vapeur.

Prestigieuse invention qui rappelle les wagonnets pirouettants des montagnes russes, et qui distance les roues à suspension, les ballons à nacelles, les mers sur terre de la foire de Saint-Cloud !

Si la ficelle casse, la descente en spirale sera une de ces émotions qu’on voudra certainement avoir éprouvées une fois dans sa vie. — Voir le chef-d’œuvre industriel hors de pair, et puis mourir!

Désormais, il sera bien inutile, pour les désespérés, de se précipiter du haut de la colonne de Juillet ou de l’Arc de triomphe. Songez donc, 50 ou 60 mètres, une misère ! on risque d’en réchapper. Mais en montant à 300 mètres dans l’ascenseur à spirale, à vis et à écrou, on sera sûr au moins de n’en pas revenir. C’est, comme dit M. Eiffel en son organe, la sécurité absolue... de ne pas manquer son coup.


La chute en sera jolie. —Comme compensation au sacrifice de nos existences, on nous offre les admirables conquêtes que va fournir la Tour à la science et à l’humanité !

Rien n’est encore précisé, il est vrai ; mais nous aurons à voir un peu plus tard, une fois le pylône en place, s’il n’y aurait pas moyen de l’utiliser pour des observations astronomiques de la plus haute importance. On se parle tout bas, à l’oreille, de recommencer les expériences de Foucault sur le
pendule colossal du Panthéon, et d’installer des observatoires tout à fait exceptionnels.

Recommencer des expériences faites peut paraître inutile puisqu’elles ont été faites. Quant aux observatoires, ils seront d’autant plus exceptionnels qu’on demande généralement pour eux une fixité absolue. Or la Tour est destinée à subir un ballant proportionné à sa hauteur. Le ballant est plus que sensible à la colonne de Juillet; que sera-ce au sommet du candélabre de 300 mètres? Les astronomes sont certains à l’avance d’y voir trente-six chandelles.

Mais de nouvelles études indiqueront certainement la solution convenable pour cette difficulté comme pour le reste. Dès à présent j’offre une idée ingénieuse et approximative, qui consisterait à fixer au sommet du tuyau quatre fil^de fer, comme pour les cheminées compromises, qu’on ira amarrer sous l’Arc-de-Triomphe, le Panthéon,Notre-Dame et la Butte-Montmartre, car il faut rester dans la gamme grandiose. Les quatre haubans contribueront à l’aspect élégant du monument.

M. Bourdais, âme compatissante et philanthropique, avait pensé jadis à occuper les étages de sa tour par des chambres de convalescents qui savoureraient l’air pur à toutes les hauteurs, « à la fois fort loin et tout près des avantages et des inconvénients de l’agglomération civilisée». L’agglomération, c’est vous et moi; nous avons, paraît-il, en tant qu’agglomération civilisée, nos avantages et nos inconvénients; M. Bourdais laissait à ses malades la vue des uns des autres pour égayer leur convalescence ; mais il leur permettait en même temps de planer fort au-dessus de nos petites misères.

Voilà ce que j’appelle une idée. M. Eiffel n’a pas voulu se laisser distancer, mais qu’a-t-il trouvé de mieux? — «Les salles, ou verra plus tard à les utiliser, soit pour des réunions de simple agrément, soit comme séjour hygiénique dans un air particulièrement pur. » Ainsi s’exprima le Génie civil, autre organe de l’inventeur.

Le simple agrément, voilà la note personnelle, l’apport original de M. Eiffel. Que l’agrément soit simple, j’acquiesce à cette pensée morale. Mais de quelle nature est l’agrément proposé, encore serait-il bon qu’on pût s’en faire quelque idée?

Des salles de 100 sur 100 mètres, soit 10,000 mètres carrés, peuvent comporter des agréments très nombreux et très variés, en restant toujours simples, bien entendu. En ces chambrées vraiment babyloniennes, va-t-on nous convier au jeu de la main chaude, du cheval fondu, de cligne-musette, du furet, du corbillou ? Enfin qu’y met-on ? M. Eiffel réserve-t-il encore à l’avenir la réponse à ces questions qui nous plongent dans l'anxiété ? Ou bien nous laisse-t-il, plus simplement encore, le soin de nous amuser comme nous l’entendrons ?

Ce n’est pas une véritable solution. Si l’on dépense sept ou huit millions, ce qui me paraît le chiffre vrai, je trouve mauvais que l’on conclue la proposition en ces termes voilés :Nous verrons, une fois faite, à quoi nous pourrons bien utiliser la our, et comment on pourra bien s’y amuser.
Comme je cherche, non pas à mettre des cailloux dans ornière, mais au contraire à pousser la roue, voici la dernière solution que je me permets de suggérer.

La tour écrase l’Exposition, l’Exposition gêne la tour; la tour coûte cher, l’Exposition plus encore; vous faites là double dépense sans but justifiable. Faites donc une sage économie en réalisant une conception vraiment simple, originale et grande ; une conception absolument inédite, puisqu’on veut du nouveau à tout prix : Ne mettez pas la tour dans l'Exposition ; mettez l'Exposition dans la tour!

La place n’y manque pas, ni en largeur, ni en hauteur. Conformément au programme si mûrement élaboré et si précis qu’avait fourni le ministère aux concurrents, comme expression de ses projets sagement pesés, vous mettrez :
Au 1er étage, les sections diverses;
Au 2e étage, les produits divers ;
Au 3e étage, les galeries diverses, ainsi de suite jusqu’au 62e étage où vous mettrez les industries diverses ;
Au 63e étage, le matériel divers ;
Et au 64e étage, les groupes divers.

De cette manière, vous échapperez complètement au reproche que l’on vous fait à cette heure, avec trop de raison, de construire un colosse qui est colossalement laid, colossalement coûteux et qui ne sert absolument à rien, puisqu’on ne sait même pas, à l’heure qu’il est, si l’on pourra'y entrer ni ce qu’on mettra dedans.
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Re: La génese de l'Exposition Universelle de Paris 1889 et de la Tour Eiffel

Message par worldfairs » 11 mai 2019 08:54 am

Texte et illustrations de "La construction moderne - 26 juin 1886"

Concours pour l'Exposition de 1889 (suite)

Paris 1889 - Informations, renseignements, discussions, questions - La génese de l'Exposition Universelle et de la Tour Eiffel - Exposition Universelle de 1889 - Projet de M. Ballu - projetballu.jpg
Exposition Universelle de 1889 - Projet de M. Ballu

Ce dernier parti de classement laisse à désirer comme netteté. Son principe, pour être logique, clair et pratique, devrait être complété, c’est-à-dire s’étendre aux autres sections des objets exposés; il faudrait avoir des portions du palais affectées à chacune des classes de produits, matières premières, vêtements, mobilier, etc., comme on aurait la classe des machines; et dans chacune de ces portions on réunirait les produits similaires de toutes les nations exposantes.

Incomplet comme il a été présenté, ce système est assurément inférieur à celui du classement suivant la table de Pythagore, et, sous ce rapport, on ne s’explique pas suffisamment la faveur dont ce parti a été l’objet dans le jugement.

Quelques détails à noter.

Plusieurs projets avaient élargi (par suite de diverses raisons) le palais au point de mettre des façades latérales à l’alignement des voies latérales du Champ-de-Mars ; cette disposition était fâcheuse pour l’aspect du palais, qui se trouvait ainsi enserré et perdu; ceux qui avaient ce parti étaient surtout M. Dutert, Ballu, Hochereau et Girault.

Tous les concurrents avaient supposé des jardins devant ou à l’intérieur du palais, et leur avaient donné plus ou moins d’importance; il convient d’en mentionner trois dont, le jardin central avait plus d’importance, et chez lesquels il remplissait une fonction particulière :
MM. Hochereau et Girault et Blondel avaient leur jardin en longueur dans le sens de l’emplacement.

M. F. Roux avait son jardin central en travers coupant le palais en deux parties égales, l’une pour l’exposition française, l’antre pour l’exposition étrangère.

Dans ces trois projets l’entrée sur l’avenue de Labourdonnais avait sur les jardins une importance considérable.

Les auteurs savaient que cette entrée, la plus fréquentée lors des expositions précédentes, deviendrait plus importante encore par l’adjonction de la place des Invalides.

3e La communication entre le Champ-de-Mars et l’Esplanade avait lieu dans tous les projets uniquement par le quai d’Orsay. L'examen du plan démontre combien ce moyen est insuffisant et incommode pour les visiteurs.

Nous ne pouvons passer sous silence l’arrangement du quai par M. Raulin et l’aquarelle charmante dans laquelle il l’a exposé.

M. F. Roux avait projeté la création d’une large voie nouvelle reliant en ligne droite l’Esplanade au Champ-de-Mars vers son milieu. Il est incontestable que ce projet faciliterait l’usage de ces deux grands espaces réunis pour des expositions ultérieures ou d’autres cérémonies publiques.

4e Je dois dire quelques mots de la manière dont l’Esplanade des Invalides avait été disposée et rattachée au palais de l’Industrie.

Quelle que fût la destination des constructions ou pavillons à ériger sur l’esplanade, il y avait intérêt, pour agrandir l’aspect de cette partie de l’exposition et bénéficier du fond superbe du palais des Invalides, à disposer sur les côtés de la place les bâtiments à construire. Parmi ceux qui ont suivi ce principe, il faut citer :
MM. C. Bernard et Nachon, F. Roux ;
MM. G. Hénard qui a laissé l’axe dégagé par une allée étroite ;
MM. Hochereau et Girault qni ont disposé un palais sur l’axe, mais ont laissé sa partie centrale à jour.
MM. Dutert, Formigé, de Perthes, Raulin, Ballu, Fonquiau et d'antres ont masqué le palais des Invalides par des bâtiments d’importances diverses élevés sur l’axe de l’esplanade.
Tous ces projets, à l’exception de celui de M. de Perthes, avaient projeté l’établissement de ponts ou passerelles sur 1» Seine pour relier l’esplanade aux Champs-Elysées.
M. Dutert l’avait accolé an pont actuel des Invalides ;
M. Raulin l’avait placé sur l’angle de l’esplanade. Les autres avaient supposé un pont dans Taxe de l'esplanade dévié chez la plupart et droit chez quelques-uns. Plusieurs des ponts étaient bordés de portiques et en partie couverts.
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Re: La génese de l'Exposition Universelle de Paris 1889 et de la Tour Eiffel

Message par worldfairs » 11 mai 2019 09:02 am

Texte et illustrations de "La construction moderne - 3 juillet 1886"

Concours pour l'Exposition de 1889 (suite)

Paris 1889 - Informations, renseignements, discussions, questions - La génese de l'Exposition Universelle et de la Tour Eiffel - Exposition Universelle de 1889 - Projet de M. Vaudoyer - projetvaudoyer.jpg
Exposition Universelle de 1889 - Projet de M. Vaudoyer

Certains projets présentaient des dispositions spéciales ; celui de MM. C. Bernard et Nachon était surmonté par la tour de 300 mètres.

M. Vaudoyer avait élevé sur le sien un vaste pavillon destiné à recevoir l’exposition spéciale de la ville do Paris ; il avait ajouté en outre deux ponts nouveaux pour faire communiquer le Champ-de-Mars avec le Trocadéro.

Peu de concurrents ont cherché à localiser l’exposition des beaux-arts au palais de l’Industrie et dans des annexes, malgré que le programme eût indiqué le premier étage dudit palais comme pouvant servir à l'exposition de peinture.

Beaucoup ont logé les beaux-arts soit au Champ-de-Mars comme en 1807-1870, comme MM. Formigé, de Perthes, Pierron, Vaudoyer;

Soit dans des constructions isolées comme MM. Dutert, Paulin, Ballu, Fouquiau.

(Jeux qui ont cherché à utiliser le palais de l’Industrie et à l’agrandir par des annexes convenablement disposées sont surtout MM. C. Bernard et Nachon, Paulin, F. Roux.

Je termine là les observations principales qu’il m’a semblé utile d’enregistrer et qui permettent de se former une Opinion nette sur la valeur des dispositions générales de ces divers projets.

On m’excusera, après le jugement, de ne pas conclure autrement sur l’ensemble de ces considérations. Il ne m’appartient pas de juger ni d’apprécier autrement que je l’ai fait.

Le jugement, en partie prévu, n’est pas en cause dans les questions techniques que j’ai envisagées.

Ou a été surpris de la distinction accordée à M. Eiffel.

A-t-on voulu par là honorer une idée qui remonte aux Américains de l’exposition de Philadelphie en 1872 ? Comme étude, les projets exposés ont montré des tours au moins aussi bien composées.

Ou bien faut-il penser que le jury l’a couronné de fleurs, comme les victimes antiques, pour préparer l’habile et hardi constructeur au sacrifice de son aventureuse conception ?

Toujours est-il que ce fait crée un précédent qui pourra devenir bien gênant pour des jurys futurs : des idées bien plus extravagantes, soutenues avec persistance, pourraient avec autant de droit se prévaloir de cette distinction accordée.

Je ne terminerai pas cette étude sans dire un mot sur l’ensemble et les suites de ce concours.

Quand on a examiné de près avec l'attention d’un connaisseur et d’un intéressé l’énorme somme de travail produit par les divers concurrents, on est frappé non pas seulement de l’habileté et de la constance qu'il a fallu pour arriver à traduire en si peu de temps des idées si vastes et si variées ; on est stupéfait de l’étendue des recherches qu’il a fallu faire on des connaissances qu’il fallait posséder; de l’intelligence et de la décision déployées; de la précision qu’on rencontre dans la plupart des projets ; du raffinement d’étude et de composition apporté tant dans les ensembles que dans les détails, comme si l’on avait eu des mois entiers pour mûrir les idées et les traduire.

En vérité cette parole que j’ai entendue dans l’exposition rend bien justice à tant de talent :
« Des architectes seuls, disait-on, sont capables de pareils tours de force ; ils sont bien toujours et malgré tout les vrais maîtres de l’œuvre. »

Ainsi soit-il!
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Re: La génese de l'Exposition Universelle de Paris 1889 et de la Tour Eiffel

Message par worldfairs » 11 mai 2019 09:09 am

Texte et illustrations de "La construction moderne - 3 juillet 1886"

A propos du concours de l'Exposition Universelle de 1889

Nous continuons à enregistrer toutes les opinions au sujet de ce concours. Aujourd’hui on nous écrit :
Il est impossible de croire que les concurrents qui ont respecté le programme donné aient été mis pour la plupart à l’écart, et que les projets plus ou moins fantaisistes, dont la conception a demandé des mois entiers « quand le temps normal était quinze jours », aient reçu la sanction du jury ; leur exécution présente néanmoins de grandes difficultés sous le double rapport de la statique et des ressources financières normales d’une exposition.

On demandait des idées d’ensemble, on apporte des études définitives ; on demandait du fer, les ingénieurs et quelques architectes sont restés dans les limites du possible.

On croit rêver lorsqu’on examine certains projets que nous déclarons irréalisables où tous les styles classiques sont employés, mais où l’art français fait défaut. Le porphyre, le granit, le marbre et la pierre apparaissent en maîtres lorsque l’article 8 du programme indiquait l'emploi exclusif du fer. D’autres ont cru devoir habiller la tour Eiffel, ce monstre par sa base et ce géant par sa hauteur, cette charpente énorme à laquelle tontes les conceptions architecturales rêvées depuis longtemps n’ont pu servir soit de cadre soit de motifs d’accompagnement.

Construire des nefs de 50 à 60 mètres de hauteur où des ballons captifs pourraient circuler à l’aise et nous servir de véhicules, c’est entrer à pleines voiles dans le domaine des chimères et tripler la dépense.

Voilà où la plupart de nos artistes éminents ont été contraints d’arriver en plaçant la tour au premier plan, comme principal motif de la façade ou bien en cherchant à en former un ensemble architectural. Laissez à l’écart de vos lignes harmonieuses ce mastodonte qu’on a en la hardiesse de placer dans le programme et dans vos esprit, laissez le seul, complètement isolé dans sa forme et dans sa nudité. Une œuvre semblable ne doit cacher aucun organe, le squelette doit apparaître dans tonte sa laideur, et la vérité doit sortir de ses croisillons comme elle est sortie sans nul doute des calculs des constructeurs. Cet ensemble tel qu’on le présente, aura pour lui la grandeur et l’immensité que nul d’entre nous n’a encore ressentis, et que nous avons compris en nous rendant compte des proportions inusitées créées pour l’œuvre.

Si la tour proposée par notre éminent confrère M. Bourdais eût été imposée, nul n’aurait touché à son caractère ; pourquoi alors avoir cherché à augmenter son ornementation et interrompre les lignes proposées par d’habiles ingénieurs et un constructeur émérite ? Laissons à cette composition l’originalité que lui donnent les matériaux et leur assemblage et ne cherchons pas à être plus fort que les inventeurs eux-mêmes.

Que ce colosse reste aux ingénieurs, ils croient travailler pour la science; nous, nous n’avons qu’à satisfaire aux besoins de l’humanité.

Le programme de ce concours peut être critiqué sur plusieurs points, notamment :
1° Sur le peu de temps accordé pour la production des projets;
2° Sur la composition du jury, « aucun membre n’ayant été élu par le suffrage des concurrents » ;
3° Sur les mentions honorables accordées après coup.

Il serait désirable que les concours publics fussent imposés et qu’une loi vînt en régler les principales conditions. Le public artiste a droit à tout autant de garanties que les capitalistes ou les constructeurs dans les adjudications publiques. Le résultat du dernier concours est un argument irréfutable pour l’adoption de cette proposition.

Nous apprenons qu’un comité d’architectes vient de se former pour l'élaboration d’un projet de réglementation des concours publics, ainsi que pour les démarches nécessaires à son adoption.

Nous espérons la réussite de cette idée, dans l’intérêt des artistes souvent sacrifiés à des questions d’ordre secondaire.
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Re: La génese de l'Exposition Universelle de Paris 1889 et de la Tour Eiffel

Message par worldfairs » 11 mai 2019 09:20 am

Texte et illustrations de "La construction moderne - 17 juillet 1886"

La Tour Eiffel

MM. Ed. Becquerel, membre de l'Institut ; Mascart, directeur du Bureau central météorologique, et Georges Berger,président honoraire de la Société internationale îles électriciens, viennent d'adresser à M. le ministre du commerce et de l’industrie une note au sujet des précautions à prendre pour protéger la tour Eiffel contre la foudre.

Ils constatent que la tour métallique de 300 mètres dont la construction est projetée au Champ-de-Mars pourra jouer le rôle d’un inmmense paratonnerre protégeant un très large espace autour d’elle, à la condition que sa masse métallique soit en communication parfaite avec la couche aquifère du sous-sol par le moyen de conducteurs capables de débiter la quantité considérable de fluide électrique dont il y aura lieu d’assurer l’écoulement pendant les jours d’orage.

Grâce à ces précautions, disent-ils, l’intérieur de l’édifice, avec les personnes qui s’y trouveront abritées, sera assuré contre tout accident pouvant provenir des coups de foudre fréquents qui frapperont infailliblement les parois de la tour à différentes hauteurs.

Les signataires de la note prescrivent certaines mesures pour réaliser la non-isolation de la tour; des conducteurs reliés à la base métallique de la tour conduiront le fluide électrique dans des puits. Quant à l’extérieur de l’édifice, on protégera les parties où séjournera le public à l’aide de paratonnerres obliques posés à chacun des quatre angles des balcons. On pourra mettre également au sommet de l’édicule culminant de la tour un paratonnerre vertical à pointe de hauteur modérée.

Il sera nécessaire, disent encore MM. Mascart, Becquerel et Berger, que les travaux destinés à assurer la non-isolation de la tour soient entamés en même temps que ceux de fondation des socles, pour préserver les ouvriers de tous accidents de foudre une fois que la construction aura atteint une certaine hauteur.
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Re: La génese de l'Exposition Universelle de Paris 1889 et de la Tour Eiffel

Message par worldfairs » 11 mai 2019 10:51 am

Texte et illustrations de "La construction moderne - 17 juillet 1886"

M. Lockroy a résolu de faire étudier un projet définitif de l’Exposition universelle par MM, Dutert et Formigé avec la collaboration de M. Eiffel pour la partie métallique.

Le projet d’un deuxième concours entre les lauréats est définitivement abandonné.

Ainsi se trouvent réalisées les prévisions du premier jour. Le concours ouvert à la dernière heure, avec délai dérisoire de 15 jours, n’était qu’un simulacre de satisfaction donné à l’opinion publique; les intentions ministérielles étaient arrêtées à l’avance. Tout le monde le savait et le disait ; bien naïfs ont été les concurrents qui espéraient, en apportant des idées originales, avoir quelque chance de voir leur projet adopté.

Quant au concours du second degré qui pouvait être ouvert, nous avons eu raison d’exprimer le scepticisme le plus complet à son égard. Cette idée vient d’être définitivement abandonnée, ce qui a été d’autant plus facile qu’on ne s’y est jamais arrêté.

— La loi relative à l’Exposition universelle de 1889 est promulguée au Journal officiel.
— Le ministre de l’instruction publique et des beaux-arts a fait signer le décret suivant :
Vu la loi du 6 juillet 1886 relative à l’Exposition universelle de 1889 :
Art. 1er. Une exposition internationale des beaux-arts, indépendante de l’exposition annuelle des ouvrages des artistes vivants, s’ouvrira à Paris en même temps que l’exposition industrielle, et elle sera close à la même date.
Art. 2. Un décret ultérieur déterminera les conditions dans lesquelles se fera cette exposition.

— Le ministre du commerce va adresser aux préfets une circulaire pour la formation, dans tous es départements, de centres de coopération à
l’Exposition universelle, lesquels comprendront des comités départementaux et des sous-comités d’arrondissement.

Les préfets sont, dès aujourd’hui, invités à grouper les fonctionnaires, industriels, négociants et agriculteurs en vue de participer à la société des garantie constituée pour la grande manifestation de 1889.

La Chambre de commerce de Paris, voulant concourir aussi largement que possible an succès de l’exposition de 1889, a décidé sous réserve de l’approbation du ministre, quelle participerait à l’association du capital de garantie de cette exposition, en souscrivant cent parts d’intérêt de mille francs chacune, indépendamment des souscriptions individuelles do chacun de ses membres.
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Re: La génese de l'Exposition Universelle de Paris 1889 et de la Tour Eiffel

Message par worldfairs » 11 mai 2019 10:55 am

Texte et illustrations de "La construction moderne - 24 juillet 1886"

Concours pour l'Exposition Universelle de 1889

On nous écrit la lettre suivante que nous nous empressons d’insérer :

Monsieur le Directeur,
J’ai lu avec beaucoup d’intérêt l’étude publiée dans la Construction moderne sur l’Exposition de 1889 et signée « un concurrent ».

Les exhibitions des 107 projets envoyés et des 18 retenus ont été courtes ; rien n’est donc plus naturel que les souvenirs de votre collaborateur n’aient pas été toujours précis. Je me garderais bien de discuter quoi que ce fût de ses appréciations personnelles, car son droit de critique est entier et, d'ailleurs, je suis de son avis sur presque tous les points qu’il a traités ; mais il a commis, en ce qui me concerne, quelques erreurs matérielles que je vous demande la permission ne pas laisser subsister.

1° Dans son premier article, mon concurrent dit que j’ai accouplé la tour (imposée par le programme, ne l’oublions pas) au palais même de l’Exposition, en faisant « des galeries de 65 mètres de haut, presque la hauteur des tours Notre-Dame, et deux fois et demie la hauteur des grandes galeries des expositions de 1867-78 ».
Il y a là considérable exagération. La galerie des machines de 1867, qui se rapproche le plus comme forme de celle que j’ai projetée dans mon esquisse de treize jours, avait, pour 33 mètres de large, 25 mètres de hauteur, au milieu sous l’intrados des fermes, et 19 mètres de hauteur à la jonction de ces fermes avec les supports verticaux. Mes grandes galeries de 1889 avaient, pour 60 mètres de large : 50 mètres de hauteur, au milieu sous l’intrados des fermes, et 20 mètres de hauteur à la retombée des arcs, ce qui n’est pas 65 mètres. Si votre collaborateur veut bien faire des moyennes avec ces dimensions vraies, il verra que, sous mes nefs, il ne pourrait pins placer Notre-Dame, même en la coupant par moitié, et que le rapport 1 à 2 1/2, qu’il énonce pour les comparaisons des hauteurs des galeries anciennes à celles de mon esquisse, est tout à fait imaginaire.

2° Dans son second article, mon concurrent exprime l’opinion que, sur l’Esplanade des Invalides, les bâtiments devaient être disposés de chaque côté, de manière à, ne pas masquer le superbe palais du fond. Cette opinion, je la partage absolument, et je regrette que de deux projets que j’avais exposés pour cette partie, l’auteur de l'article ait précisément choisi le moins bon, le moins soigné. Dans l’autre, présenté d’une façon particulière, je dégageais complètement le monument de Libéral Bruant et de Mausart.
Au sujet de la communication entre les deux rives de la Seine, j’avais également deux projets : celui dont parle votre collaborateur, et un second, supérieur à mon sens au premier, et dans lequel la passerelle était accolée au pont des Invalides.

3° Enfin, dans son troisième article, mon concurrent écrit qu’avec d’autres exposants, j’ai logé les Beaux-Arts dans des constructions isolées. Cela n’est pas exact. J’utilisais le dessous de la tour comme grand vestibule du palais du Champ-de-Mars ; ce vestibule donnait accès, en face, à la galerie des machines et, latéralement, à deux jardins couverts entourés de galeries ayant un étage. Dans les jardins se trouvaient les sculptures et, dans l'étage des galeries, la peinture, les dessins, l'architecture et la gravure. Au rez-de-chaussée de ces galeries, s’éclairant à la fois sur les jardins couverts et sur l’extérieur, prenaient place les arts décoratifs.
Vous m’obligerez grandement. Monsieur le Directeur, en donnant asile dans vos colonnes à ces réclamations qui ne portent que sur des faits. Je remercie mon concurrent de ce qu’il a dit d’aimable à mon égard et je vous prie d’agréer pour vous l’assurance de mes très distingués sentiments.

G. Raulin.
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