La génese de l'Exposition Universelle et de la Tour Eiffel

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Re: La génese de l'Exposition Universelle de Paris 1889 et de la Tour Eiffel

Message par worldfairs » 14 mai 2019 01:18 pm

Texte et illustrations de "La construction moderne - 6 novembre 1886"

— La commission de contrôle et de finances de l’Exposition, dite commission des Quarante-Trois, s’est réunie, au ministère des postes et télégraphes ; M. Alphand a soumis à la commission le projet qui a été élaboré par le comité de construction.

M. Berger a particulièrement attiré l’attention de la commission sur les disproportions existant entre la superficie des terrains bâtis et des terrains non bâtis.

Voici quelques-unes des dispositions d’ensemble qui ont été soumises par M. Alphand à la commission :
Les jardins, entre le palais du Champ de Mars et celui du Trocadéro, couvriraient deux grandes surfaces reliées entre elle par le pont d’Iéna.

Du côté du Champ de Mars, la terrasse du jardin actuel serait démolie et une grande pelouse serait établie sur une longueur de 1,500 mètres, avec effets d’eau se succédant du Champ de Mars au Trocadéro.

Au Trocadéro serait installée l’exposition d’horticulture.

Le pont d’Ièna resterait tel qu’il est ; un vélum très léger pouvant s’ouvrir le soir, serait étendu au-dessus du pont au moyen d’une carcasse en fer qui supporterait au besoin des illuminations.

L’exposition d’agriculture ne trouvant pas sa place dans ces dispositions, M. Alphand propose de l’établir le long des quais jusqu’à l’esplanade des Invalides.

On construirait sur les quais des appontements élevés au-dessus du niveau des hautes eaux, et de cette manière on obtiendrait un espace très large qui suffirait à l’installation de cette exposition.

L’exposition des colonies serait aménagée sur l’esplanade des Invalides.

La sous-commission des travaux a entendu les explications de M. Alphand, dont elle a approuvé les vues au sujet du plan général de l’Exposition. Elle a seulement demandé à l’honorable directeur des travaux de réserver pour une discussion ultérieure l’emplacement définitif de la tour Eiffel.

— La sous-commission de l’exploitation a entendu M. Berger, qui a exposé les idées qu'il désire appliquer en ce qui concerne l’installation de l’Exposition.

M. Berger a soumis à la sous-commission certains chiffres comparatifs ; en 1867, a-t-il dit, le palais occupait 153,uOO mètres carrés; en 1878, 225,000 mètres carrés et en 1889 le palais occupera 255,000 mètres carrés, à condition de comprendre dans son enceinte toutes les expositions classifiées qui se trouvaient en 1867 et 1878 éparses dans les pavillons de jardins. M. Berger estime que la superficie du palais sera suffisante pour loger tous les exposants. Seulement, il a le désir de demander à ceux-ci la mise en pratique du système des expositions collectives, c’est-à-dire de se borner à réunir des échantillons de leurs produits au lieu d’envoyer individuellement des quantités encombrantes de marchandises.

M. Berger a encore fourni quelques renseignements relatifs à la progression croissante du nombre des Français qui ont participé aux Expositions de 1867 et de 1878. En 1867, ils étaient au nombre de 16,000, et en 1878 au nombre de 25,000. Il considère cette augmentation comme d’un bon augure pour le succès de l’Exposition de 1889.

— Le plan de l’Exposition a été, depuis le concours qui a eu lieu à l’Hôtel de Ville, bien des fois discuté et bien des fois remanié. Le comité de construction s’est souvent réuni et a décidé de présenter à la commission des 43 un projet où l’on retrouve combinées les idées générales qui ont inspiré les principaux projets primés avec les idées personnelles à l’honorable M. Alphand.

La tour Eiffel a été promenée de divers côtés. Finalement, on a proposé de la placer sur les terrains actuellement occupés par le parc de la Ville, en face du pont d’Iéna. Dans l’un des projets primés, celui de M. Dutert, un vaste amphithéâtre circulaire, sorte d’entonnoir creusé sous la tour et garni de gradins, devait servir à des concerts, à des concours de musique, à des représentations, etc. Cette idée a été reprise et modifiée par M. Alphand, qui a formé le projet d’établir à la même place deux théâtres en plein vent, mimes et ballerines, qui joueraient et danseraient devant le public assemblé sous la porte centrale de la voûte de fer supportant la tour.

Les beaux-arts et les arts-libéraux occupent à droite et à gauche du Champ de Mars deux bâtiments précédés, eu face de l’avenue Rapp, par un large vestibule réservé à la sculpture française, et du côté de Grenelle par un vestibule semblable réservé à la sculpture étrangère. Ce sont, croyons-nous, les industries d’art, ameublement, bronze, céramique, etc., qu’on a désignées sous le nom collectif d’arts libéraux.

On a aussi songé à masquer par une fausse galerie la perspective désagréable que présenteraient aux visiteurs arrivant du pont d’Iéna les toits nombreux qui recouvriront les bâtiments des sections française et étrangère. Une allée de 30 mètres de longueur, ménagée entre ces bâtiments, conduit à la galerie des machines, pour laquelle des projets d’une réelle grandeur ont été dessinés et calculés. Cette galerie, qui mesure 380 mètres de longueur, serait recouverte par une toiture posée sur des fermes en acier d’une portée de lia mètres. Il n’existe point dans le monde de fermes semblables. La plus grande portée qui ait été mise à exécution ne mesure, croyons-nous, que 75 mètres. C’est celle des fermes employées en Angleterre à Saint-Pancrace. Les fermes de la galerie des machines seront à 21 mètres de distance l’une de l’autre; il en faudra dix-huit. Leur hauteur, de la naissance à la clef de voûte, sera de 40 mètres. Dans ces conditions la salle des machines ne peut manquer d’avoir un aspect véritablement grandiose. Les machines qui recevront la force motrice, produite dans une cour annexée à la galerie, fonctionneront sous les yeux du public, auquel sera réservé, à hauteur d’un étage, une galerie de 18 mètres de largeur sur tout le pourtour de la galerie principale.

Deux pavillons placés en avant des sections française et étrangère seront occupés par la Ville de Paris et les ministères.

Tel est dans ses grandes lignes le projet adopté par le comité de construction. Il y sera probablement apporté encore des modifications, M. Lockroy ayant l’intention de demander aux constructeurs une économie de deux mil ions sur les devis qu’ils ont présentés.

M Alphand a fait demander au conseil de préfecture de la Seine de prendre les dispositions nécessaires pour que la mise en adjudication des fermes métalliques des galeries des industries diverses, pour l’Exposition de 1889, ait lieu le 27 novembre prochain. La somme prévue pour l’exécution de ces fermes est de 1,900,000 francs.

L’honorable directeur des travaux a décidé que les terrassements de l’Exposition seraient commencés cet hiver, afin de procurer du travail à cinq ou six cents ouvriers que la mauvaise saison réduit au chômage.
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Message par worldfairs » 14 mai 2019 01:21 pm

Texte et illustrations de "La construction moderne - 13 novembre 1886"

La séance de la commission de contrôle de l’Exposition a été presque entièrement consacrée à la question de savoir si Ion accepterait l’idée de la tour Eiffel et si l’on voterait la subvention de 1,500,000 fr. sur 4,500,000 fr. qu’elle doit coûter.

La discussion a été longue et animée ; de très nombreux opposants ont soulevé les plus vives objections. Malgré les dispositions évidemment hostiles de la Commission, celle-ci a dû accepter les faits accomplis. Les considérations principales qui ont déterminé la commission ont été tirées de la publicité déjà donnée à ce gigantesque projet et de commandes déjà engagées, dit-on.

Finalement, la construction de la tour a été résolue et la subvention votée par 21 voix contre 11, sur 32 membres présents.

— La deuxième adjudication relative aux travaux de l’Exposition de 1889 a été portée à la connaissance du public par voie d’affiches.

Il s’agit de l’adjudication, en quatre lots, des fermes métalliques de vingt-cinq mètres destinées aux galeries des expositions diverses du Champ de Mars. L’importance de cette fourniture est évaluée au chiffre de 1,864,283 francs, somme à valoir pour imprévus comprise.

Le cautionnement à déposer par les concurrents est fixé à 8,000 francs pour chacun des deux premiers lots, et à 25,000 francs pour chacun des deux derniers.

Les devis, cahiers des charges et plans peuvent être consultés à la direction générale des travaux, bâtiment de l’avenue Rapp. L’adjudication aura lieu le samedi 4 décembre, au tribunal de commerce.
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Re: La génese de l'Exposition Universelle de Paris 1889 et de la Tour Eiffel

Message par worldfairs » 14 mai 2019 01:36 pm

Texte et illustrations de "La construction moderne - 20 novembre 1886"

Causerie – Trois cents mètres d’esthétique

La Commission a prononcé. Elle avait, dit-on, le bon sens d’être aussi mal disposée qu’on puisse le désirer pour la tour de 300 mètres; elle a dû s’incliner devant les deux arguments suivants qui l’ont laissée sans réplique.

Il a été fait, lui a-t-on dit, une telle publicité autour de cette tour, qu'y renoncer serait aujourd’hui considéré comme un aveu de faiblesse. — Effectivement, son inventeur a prodigué tant de réclames dans les journaux, semé à toutes les vitrines des papetiers tant de coloriages où la tour s’élève radieuse sous les auspices du chocolat, de la crème et du café au lait, que l’Etat se considère désormais comme engagé sans retour par tout ce tapage.

Avis aux gens hardis et bruyants : Usez beaucoup de l’insertion à cinq et dix francs la ligne, vous imposerez ainsi vos fantaisies; ce ne sont pas nos timides commissions qui vous contrediront; elles croient, au contraire, qu’il irait du prestige de la France à réduire un peu vos pompeuses affirmations.

En outre, on a découvert pour convaincre la trop modeste Commission cet autre argument plus puissant encore : Tous les concurrents, ou à peu près, du concours pour l’Exposition ont adopté la tour dans leurs projets ; vous le voyez donc bien, il n’y a qu’un avis sur l’effet merveilleux qu’elle doit produire ! — Cette simple assertion a suffi pour porter la conviction dans tous les esprits des commissaires ; personne ne s’est aventuré à répondre : Mais votre programme imposait la tour, comment les concurrents eussent-ils osé s'en dispenser?

Et la Commission, très persuadée que tous les journaux avaient été sincèrement saisis d’une profonde admiration, que tous les concurrents auraient inventé la tour si on ne la leur avait imposée, la Commission a voté la mort dans l’âme.

Est-elle réellement naïve à ce point? Alors sa candeur lui a refait une virginité.

M. Eiffel — à qui sa tour soit légère — a le triomphe indulgent, il veut nous consoler de sa victoire.

Un de ses amis et admirateurs, de son propre mouvement — le ciel me préserve de croire un instant que M. Eiffel lui-même ait pu l’inspirer! — nous prodigue, dans le Génie civil, qui est publication excellente et nourrissante, les conseils salutaires, les avis charitables et les réconfortants. Nous regrettons qu’il ait gardé l’anonyme, nous eussions tressé des fleurs reconnaissantes pour couronner sa tête bienfaisante.

En trois points, l’anonyme nous démontre d’abord que tout ce qui n’admire point « l’œuvre grandiose » est de mauvaise foi, est quelque peu borné par surcroît, et mérite plus le mépris que la pitié. C'est à prendre ou à laisser.

Il nous démontre ensuite qu’une formule mathématique appliquée à une construction quelconque ne saurait produire qu'une silhouette « absolument gracieuse ».

Il nous terrasse enfin en établissant que, si la tour n’a effectivement aucune utilité appréciable, ce qu’il veut bien reconnaître, les siècles futurs ne manqueront pas d’en tirer des applications merveilleuses pour le plus grand bien de l’humanité souffrante.

Lesquelles? Il n’en sait rien lui-même, constatant que « cette utilité échappe à toute prévision ». Mais sa confiance dans l’avenir n’en demeure pas moins inébranlable.

Il est vraiment regrettable que la tour ne puisse voir ce dernier et lointain triomphe, puisqu’elle sera démolie dans dix ans. Nous reviendrons plus tard sur ce sujet qui est d’une fantaisie tout à fait réjouissante; pour le moment contentons-nous d’effleurer les deux premiers points. Nous aurons déjà bien suffisamment à dire, car l’auteur y formule de véritables hérésies dont il faut absolument faire justice.

On pourrait croire que, dans ce rapide résumé que je viens d’exposer, je force la note et fais dire, de mon propre chef, des sottises à l’anonyme correspondant du Génie civil. Je vais donc extraire quelques échantillons de ce morceau vraiment éloquent, — car on a rarement de nos jours l’occasion de lire exprimées en une langue aussi pure des idées aussi élevées.


Le correspondant, anonyme et inspiré, a fait résonner les cordes de sa lyre, il a senti descendre en lui le souffle sacré ; il a frémi, et sur le mode Pindarique il a débuté ainsi :
« Oui, on a beaucoup parlé de la Tour Eiffel ! On a vanté avec un enthousiasme de bon aloi l’audace du constructeur et les proportions gigantesques de la construction! »

N’est-ce pas que cette invocation au héros qui préside à l'érection des Tours de 300 mètres est vraiment bien campée : Je chante ce héros qui, par droit de conquête et par droit de naissance...

Par exemple ne me demandez pas où le barde du Génie civil a trouvé le moyen de récolter tant d’enthousiasmes de « bon aloi». Le prix de ces enthousiasmes est marqué en chiffres connus. Assurément la publicité n’est pas un fruit défendu ; elle n’a rien de blâmable en soi; le client paye l’éloge de sa marchandise, en bonne place, le journal insère; la transaction est très régulière. Nous ne trouvons rien à redire lorsqu’un contrat, loyalement accepté, est loyalement tenu-Mais jusqu’à présent cette bonne, cette utile Réclame, quoique reine du jour, n’avait pas été à pareille fête de s’entendre appeler : enthousiasme de bon aloi.

Telle fut la première consécration de la Tour ; mais en voici, aurait-il, une autre ; « Cette œuvre grandiose vient d’être consacrée par l’allocation d’une subvention officielle. » C’est le ménestrel qui le dit dans sa Correspondance. L’allocation, voyez-vous, il n’est rien de tel pour couper court à toute hésitation, à toute critique et pour imposer silence aux obscurs blasphémateurs.

Hélas, le barde est amer lorsqu’il parle ainsi, mais il en a bien le droit. Que lui répondrons-nous désormais quand il nous dira : la preuve que vous admirez cette œuvre, bon gré mal gré, c’est que, de vos deniers, vous lui versez 1,700,000 fr. à titre d’encouragement.
Oui ou non, payons-nous, vous et moi ? Alors nous serions bien mal venus à prétendre que nous subventionnons une déplorable entreprise.


Acceptons avec mélancolie ce que nous ne pouvons éviter. Imitons l’Ecclésiaste qui a dit : Tout n’est que vanité, et son descendant, le correspondant du journal nourrissant, lorsqu’il ajoute, avec le soupir de l'homme résigné qui connaît la perversité humaine : « II est certain que tout en ce monde est sujet à la critique. »

Hé quoi, la tour elle-même, unique objet des enthousiasmes du bon coin?
Repris à nouveau du délire sacré, la sybille de l’hebdomadaire continue dans ce langage voilé, pour ne pas dire obscur, qu’inspire toujours le fatal trépied :
« Mais il est absolument contraire à notre génie national de jeter la pierre à une œuvre qui entre résolument dans le domaine de l’extraordinaire. Et sur quel terrain se place-t-on pour jeter cette pierre ? Sur le terrain de l’irréflexion la plus absolue et du parti pris le plus regrettable. » Comprenez-vous?... Moi non plus, mais cherchons ensemble.

Essayons d’abord de reconstituer la scène, elle ressemble fort à la vénérable carte du Tendre. Ici, n’est-ce pas, est le terrain de l’Irréflexion Absolue ; là celui du Parti-Pris Regrettable.

Vous prenez une pierre dans la main, et vous demandez : sur quel terrain se place-t-on pour jeter cette pierre? Alors on vous fait remarquer que vous êtes justement sur celui de l’irréflexion et du Parti-Pris.
Maintenant le reste va tout seul.

Ne bougez plus. Voyez vous là-bas le Domaine de l’Extraordinaire? Observez-bien l’Œuvre qui entre résolument...... c’est le moment de jeter votre pierre. —Et vous avez fait quelque chose qui est contraire au génie national.

Pourquoi? — Parce que l’œuvre entrait résolument dans le domaine de l’extraordinaire. Je ne vois pas de meilleure raison à vous donner.
Toute cette scène est un peu compliquée, mais je suis sûr qu’avec un peu d’exercice vous vous habituerez fort bien à contrarier le génie national.


Suit un passage « esthétique » que je voudrais expliquer ici, mais auquel je n’ai rien compris. Vous me direz que ce n’est pas une raison; que l’auteur ne s’entend pas davantage, ce qui ne l’empêche guère de s’étendre en explications. Tout ce que je puis dire, après l’avoir lu et relu, c’est que : pour ceux qui possèdent réellement le sens des qualificatifs, toute œuvre conçue par le génie de l’homme peut revêtir le caractère esthétique qui lui est propre, c’est-à-dire l’apparence irréprochable dans son genre qui naît de l’application logique du galbe convenable pour la stabilité stéréotomique de l’œuvre.

C’est ce qu’on appelle de l’esthétique, et de la plus fine. L’antre est obscur ; on en peut cependant tirer et mettre au jour un enseignement : Qu’on partage ou non celle manière de voir dans l’obscurité, — et si Ton partage, c’est sans qu’on s’en doute, comme bien vous pensez, — il est un fait incontestable, c’est que« esthétique »est un qualificatif et que « stéréotomique »en est un autre. Sur ce point au moins nous sommes sûrs d’être d’accord avec l’auteur.

Quant à posséder le sens de ces qualicatifs, quant à deviner comment la stéréotomie stable, appliquée aux tours en fer, fait naitre le caractère dit esthétique qui n’est autre chose pourtant qu’une apparence, mais apparence irréprochable, et encore dans son genre seulement, je confesse que je n’y cherche point, et que je préfère rester toujours dans la naïve ignorance où m’ont laissé mes pères. En un mot, je donne ma langue aux chiens, avec un enthousiasme de bien bon aloi, je vous assure.

Mais il ne faut pas décourager les autres. Peut-être découvriront-ils le sens caché de cet axiome, au moyen de l’exemple suivant, destiné à en faire saisir les applications :
« Les Américains ont voulu aussi ériger à Philadelphie une tour de 300 mètres; ils ont échoué. » Telle est la donnée du problème, tel qu’il est posé par le Correspondant lui-même. Les sphynx ou les Œdipes du Café du Commerce devront deviner comment, les Américains ayant été faits échec et mat en 300 mètres, M. Eiffel gagne sûrement la partie.


Au fond, le correspondant anonyme veut soutenir cette thèse hardie et devant laquelle il n’hésite pas un instant, ce paradoxe savant qui est le point lumineux de sa conception : Toute construction établie d’après une formule mathématique est nécessairement satisfaisante pour le regard; « aussi M. Eiffel, ayant calculé ses contreventements et l’ossature de ses pièces métalliques, devait-il nécessairement obtenir et a-t-il obtenu une silhouette absolument gracieuse. Nous nions donc que la tour Eiffel risque d’être peu satisfaisante au point de vue esthétique. »

Vous voyez que je n’invente rien. Rarement on a vu barboter de meilleur cœur dans ce qu’on appelle l’Esthétique, sauf votre respect, ni avec une conviction aussi chaleureuse. Malgré tant de naïve sincérité, cette doctrine est trop dangereuse pour que nous n’y contredisions pas immédiatement.

Correspondant ennemi de l'irréflexion, je comprendrais votre raisonnement, —bien que le raisonnement soit assez mal venu dans les questions dégoût, —si la formule mathématique fournissait une solution unique, immuable et éternelle, qui, seule rationnelle, aurait quelque chance d’être seule belle. Mais vous savez aussi bien que moi que la formule s’applique aussi bien à vingt, à cent, à mille solutions différentes pour chaque cas. Est-ce la formule mathématique qui fixe la hauteur des poutres d’un pont au dixième, au vingtième de leur portée; qui vous fait adopter les hideuses poutres droites plutôt que des arcs, qui détermine les ouvertures; est-ce elle qui vous oblige à donner à la tour Eiffel la forme d’un entonnoir, de 100 mètres à la base plutôt que de 60 ou de 50 mètres? Est-ce que ce n’est pas la même formule qui conduit de son côté M. Bourdais à dessiner un simple fût de colonne pour sa tour à lui ? Pourquoi posez-vous voire tour comme une chaise sur le sol, tandis qu’il encastre la sienne par le pied ; est-ce toujours la formule qui vous oblige les uns et les autres à des dispositions aussi contradictoires?

Vous avez allégé le pied trop massif de votre tour par des arcatures colossales. Je ne vous en blême pas, mais voulez-vous me dire quelle formule vous y a contraint?

Vous avez des montants curvilignes. Pourquoi? Quelle équation vous impose cette courbe plutôt qu’une autre? Je serais curieux de la connaître.
Vous employez des fers de 20, de 30, de 40; pourquoi pas des fers de 50, de 60 sur des mailles plus ou moins larges?

Ce qui vous guide, ce qui vous fait adopter les lignes générales de votre projet, c’est le sentiment, la commodité, ce sont, si vous voulez, les nécessités de fabrication et mille autres considérations semblables. La formule vient ensuite et vous donne le moyen de réaliser votre conception.
Le calcul est un instrument précieux, indispensable, sans lequel on ne commet que des projets en l’air jusqu'à ce qu’ils tombent par terre ; mais ce n’est toujours qu’un instrument et il ne remplace ni le sentiment ni l’intelligence du véritable créateur. Une formule ne dispense ni de goût ni d’invention.

A qui voulez-vous faire croire qu’une équation ait de prodigieuses vertus, cachées au commun des mortels, et qu’elle recèle à la fois dans ses flancs tout le Beau et tout le Vrai?

Allons, vous voulez nous en faire accroire, quand vous cherchez à nous persuader que les calculs, très « bonhommes » d’ailleurs de M. Eiffel —je ne lui en fais pas un crime —lui ont révélé le Beau éternel et immuable. Nous prenez-vous pour des niais? Mais nous savons parfaitement que vous nous la baillez belle avec votre formule!

Nous croyez-vous donc ignorants à ce point que nous ne sachions fort bien ce que dit une formule et ce quelle passe sous silence. Racontez ces billevesées à la commission qui vous entendra bouche bée, mais non à des constructeurs qui vous répondront : On commence par choisir telle disposition qui vous plaira ; la formule vous indiquera les moyens de la réaliser, c’est déjà fort joli de sa part, mais ne lui attribuez pas, comme à un mystérieux fétiche, une intelligence, un goût artistique, un sentiment du beau auxquels elle n’a jamais prétendu. Et ils ajouteront : Voulez-vous que nous vous adressions cinquante projets de tours, tous différents et tous aussi rationnels que le vôtre? A vos ordres, avec ou sans pivot, avec ou sans couloir central, avec ou sans encastrement, avec ou sans élargissement à la base et rétrécissement au sommet, avec ou sans plateformes, avec ou sans arcs d’ouverture à la base, etc., — et tous calculés avec une indiscutable correction ! D’ailleurs nous ne nous engageons à faire ni plus joli ni plus laid que « l’œuvre grandiose. »

Vous parlez fort mal de la tentative américaine: c’est un colossal tuyau de poêle retenu par quatre haubans. Fi, dites-vous, du tuyau de poêle — Hé bien, mais de quel droit lui refusez-vous une silhouette absolument gracieuse, à ce poêle? Est-ce que le tuyau n’a pas, lui aussi, sa stabilité stéréotomique et sa formule mathématique ; laquelle est selon vous solidaire — et réciproquement — de la formule esthétique? Alors, si les fils de fer ont les sections indiquées par le calcul, par cette fameuse formule; si les sections du tuyau sont bien proportionnées aux efforts tranchants et aux moments fléchissants ; en un mot si vous lui donnez le galbe qui convient à la stabilité stéréotomique du tuyau de poêle, pourquoi son apparence ne serait-elle pas tout aussi irréprochable et gracieuse que celle de l’entonnoir ?

Pourquoi? nous serions bien embarrassés de le dire, l’un comme l’autre. Voyez-vous, correspondant de bon aloi, il ne faut pas toucher aux délicates questions de goût avec les grosses pattes du raisonnement et de l’Esthétique ; les plaisirs que nous donne une belle œuvre sont faits d’une infinité de sentiments si complexes, si ténus parfois, quoique très puissants, si bien enchevêtrés dans nos habitudes, nos traditions, dans les dispositions particulières de chacun, et emmêlés avec des sentiments antérieurement acquis, avec des souvenirs, des réminiscences qui constituent une bonne part de l’éducation artistique ; tout cela est si bien entortillé dans un écheveau terriblement embrouillé que je défie tous les raisonneurs de la terre d’en tirer autre chose qu’un fil par ci, un fil par là.

Et encore, si l’on n’est pas doué d’une extrême dextérité, le fil vous casse net dans la main, et c’est ce qui vous est arrivé.
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Re: La génese de l'Exposition Universelle de Paris 1889 et de la Tour Eiffel

Message par worldfairs » 14 mai 2019 01:40 pm

Texte et illustrations de "La construction moderne - 20 novembre 1886"

M. Édouard Lockroy vient de recevoir, en tant que commissaire général de l’Exposition, une assignation de la part de Mme la comtesse de Poix, lui enjoignant de déplacer immédiatement la tour Eiffel. Cette dame a acheté des terrains au Champ-de-Mars, et la ville de Paris eu les lui vendant lui a donné, pour elle et ses locataires, la jouissance du parc. La tour Eiffel devant, d’après le projet adopté, être élevée dans le parc, Mme la comtesse de Poix sera évidemment privée de la jouissance de ce jardin. C'est donc pour bien établir ses droits qu’elle a assigné M. Lockroy, commissaire général de l’Exposition, et, en même temps que lui, M Alphand et M. Poubelle, préfet de la Seine.

— Aucun monopole ne sera établi à propos de l'Exposition universelle, même pour les imprimés nécessaires au service.

Dès que leur importance sera suffisante pour justifier une adjudication, il sera procédé conformément à la loi du 6 juillet 1886.

Les travaux de clôture du Champ-de-Mars, adjugés récemment, sont activement poussés et sur le point d’être terminés.

Quant aux opérations de soudage, elles s’achèvent dans les meilleures conditions possibles, tant au point de vue de l’économie qu’au point de vue de la solidité à assurer aux fondations des bâtiments principaux du Champ-de-Mars.

— Le traité relatif à la pose et à l’exploitation des voies ferrées à installer dans l'enceinte de l’Exposition universelle de 1889 a été soumis à M. Edouard Lockroy, ministre du commerce et de l’industrie, par le directeur général des travaux.

Ce traité, passé avec la Compagnie des chemins de fer de l’Ouest, sera signé dans très peu de jours, et les travaux de terrassement pourront immédiatement commencer.

— Aux termes d’un arrêté préfectoral du 12 novembre, ont été nommés membres de la Commission spéciale instituée par arrêté du 30 octobre dernier, à l’effet d’étudier les questions relatives à la participation, comme exposante, de la ville de Paris à l’Exposition internationale universelle de 1889 :
MM. Delcamp, Directeur des Finances ; Peyron, Directeur de l’administration générale de l’Assistance publique; Couston, colonel du régiment des sapeurs-pompiers de Paris.
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Re: La génese de l'Exposition Universelle de Paris 1889 et de la Tour Eiffel

Message par worldfairs » 15 mai 2019 09:08 am

Texte et illustrations de "La construction moderne - 27 novembre 1886"

Paris 1889 - Informations, renseignements, discussions, questions - La génese de l'Exposition Universelle et de la Tour Eiffel - Plan général de l'Exposition Universelle de 1889 - planexposition.jpg
Plan général de l'Exposition Universelle de 1889

C’est la semaine dernière que les dispositions d’ensemble de l’Exposition de 1889 ont été définitivement arrêtées; peut-être
des modifications de détail interviendront-elles au cours de l’exécution; néanmoins on peut considérer le plan que nous donnons aujourd’hui à nos lecteurs comme représentant l’emplacement exact des constructions qui s’élèveront au Champ-de-Mars et au Trocadéro.

Après l’ellipse de 1867 et le rectangle de 1878, les organisateurs ont adopté une disposition formée d'on grand bâtiment parallèle à l’école militaire, et de deux ailes destinées aux arts. Le reste de l’espace disponible est destiné à des jardins et à la tour Eiffel.

Le palais du Trocadéro ne subit aucune modification. Les jardins de la rive droite sont conservés tels qu’ils existent actuellement. On y placera l’exposition d’horticulture, et diverses constructions légères dont la destination sera ultérieurement fixée. Un grand vélum reliera le palais du Trocadéro au palais du Champ-de-Mars.

Sur la rive gauche on trouvera l’exposition d’agriculture, la tour Eiffel, sous laquelle seront disposés des théâtres et des cafés, puis des jardins parsemés de restaurants, de kiosques de musique, de chalets.

Un jardin plus élevé précédera directement l’entrée par la façade du palais. Dans ce jardin seront deux bâtiments réservés à la Ville de Paris. De nombreux bassins avec effets d’eau viendront animer ces jardins.

Une des grandes curiosités sera la galerie des machines et du travail. D’après le projet elle aura 115 mètres de large et sera couverte par des fermes d’une seule portée. Autour de ce vaste hall courra une galerie surélevée qui permettra d’embrasser d’un coup d’œil l’ensemble de cette installation.

L’entrée principale se trouvera en face de l’avenue Rapp.
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Re: La génese de l'Exposition Universelle de Paris 1889 et de la Tour Eiffel

Message par worldfairs » 15 mai 2019 09:59 am

Texte et illustrations de "La construction moderne - 27 novembre 1886"

Au nom de l’administration des Beaux-Arts, M. Turquet accepte le projet de palais présenté par M. Alphand. Il demande un pavillon spécial qui contiendrait à la fois l’exposition des manufactures nationales, telles que celles des Gobelins, de Sèvres, Beauvais, etc., et toute l’exposition de l’instruction publique. Le ministère de l’instruction publique prendrait à sa charge les frais de l’installation, de garde et autres.

Dans la galerie réservée aux Beaux-Arts, une place serait aménagée pour une exposition rétrospective de la peinture, de la sculpture et de l’architecture depuis 1789.

M. Turquet a ensuite exposé que, depuis la Révolution, un certain nombre de pièces de théâtre n’avaient pu être représentées, soit qu’elles eussent été interdites par la censure, soit que des circonstances politiques les aient rendues dangereuses aux yeux des divers pouvoirs. Ces pièces, néanmoins, peuvent offrir un certain intérêt littéraire ou même de simple curiosité.

Elles seraient représentées sur les théâtres subventionnés, et comme, pour la plupart, le défaut d’actualité les rendrait difficilement intelligibles au public, des conférences où ces pièces seraient expliquées auraient lieu au Trocadéro dans la journée précédant la représentation.

De plus, des conférences auront lieu à la Sorbonne, où les orateurs passeront en revue la littérature du siècle.

M. le colonel Iung a informé le comité que, sur la demande de M. Lockroy, l’exposition rétrospective des arme3 et uniformes qui devait avoir lieu en 1887 sera ajournée en 1889 et contribuera à l’éclat de l’Exposition universelle.

Elle comprendra les armes et uniformes de nos armées depuis les origines de la Gaule, et les armements et fortifications de notre pays depuis cette époque.

Enfin on installera également une exposition industrielle des produits se rattachant à la guerre et à l’art militaire.

Il est probable que cette exposition sera concentrée sur une partie de l’esplanade des Invalides.

M. Tisserand, sans donner le plan définitif, a dit que l’exposition de l’agriculture s’étendrait depuis la façade principale sur le quai d'Orsay jusqu'à l’esplanade des Invalides.
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Re: La génese de l'Exposition Universelle de Paris 1889 et de la Tour Eiffel

Message par worldfairs » 15 mai 2019 10:00 am

Texte et illustrations de "La construction moderne - 18 décembre 1886"

Afin d’étudier les conditions de sécurité que devra présenter l’ascenseur de la tour Eiffel, l’inventeur du système, M. Backman, ingénieur de la maison Eiffel, étudie le projet d’une tour d’une trentaine de mètres de hauteur qui sera érigée dans Paris au printemps prochain et dans laquelle le public montera à l’aide d’un ascenseur d’un système analogue à celui qui sera appliqué à la tour de 300 mètres.

Ce système consiste en une vis d’un diamètre considérable autour de laquelle tournera un écrou portant le plateau où le public prendra place. Le mouvement sera communiqué à l’écrou, soit par un petit câble sans fin , soit par un moteur commandant directement les galets de roulement. Le pas sera calculé de façon à ne pas donner au plateau un mouvement trop rapide de descente.

Des freins spéciaux assureront la sécurité de la descente en cas de rupture du moteur.
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Re: La génese de l'Exposition Universelle de Paris 1889 et de la Tour Eiffel

Message par worldfairs » 15 mai 2019 10:10 am

Texte et illustrations de "La construction moderne - 25 décembre 1886"

Dans sa dernière réunion, la commission technique des machines a entendu l’exposé préliminaire du service mécanique et électrique sur les conditions générales d’installation de la force motrice à l'Exposition de 1889.

— Il a été donné connaissance des sondages effectués dans le Champ de Mars sur l’emplacement que doit occuper la galerie des machines. Il résulte de ces sondages que les fondations des machines motrices ne présenteront de difficultés sérieuses que dans une portion relativement restreinte de cet emplacement, et que les fondations des grandes fermes de 110 mètres de portée, qui doivent recouvrir cette galerie, n’apporteront aucune entrave dans les installations mécaniques.

La commission a été d’avis qu’il y aura lieu, après entente avec la commission d’électricité, de faire appel au patriotisme et au désintéressement des constructeurs-mécaniciens français. Cet appel serait fait en vue de réduire le plus possible les frais d'installation de la force motrice nécessaire pour actionner les machines dont la mise en mouvement sera demandée par les exposants et de celle qu’exigera l’éclairage électrique, si cet éclairage est décidé.

— Il a été procédé à l’adjudication des travaux de terrassement et de maçonnerie à exécuter pour les fondations des galeries des expositions diverses et annexes dans le Champ de Mars.

L’adjudication ne comprenait qu’un seul lot. Les travaux étaient évalués à 482,285 francs.

Quarante-deux soumissionnaires se sont présentés,Deux d’entre eux, M. Manoury et M.Gail-lot, offraient chacun un rabais de 32%. C’est en fin de compte M. Manoury qui a été déclaré adjudicataire avec un rabais de 33 fr. 60, son concurrent n’ayant offert qu’un rabais de 32 fr. 50.
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Re: La génese de l'Exposition Universelle de Paris 1889 et de la Tour Eiffel

Message par worldfairs » 15 mai 2019 11:35 am

Texte et illustrations de "La construction moderne - 1 janvier 1887"

Exposition Universelle de 1889 - La Tour Eiffel - Complainte

Paris 1889 - Informations, renseignements, discussions, questions - La génese de l'Exposition Universelle et de la Tour Eiffel - Exposition Universelle de 1889 - La Tour Eiffel - Complainte - toureiffelcomplainte.jpg
Exposition Universelle de 1889 - La Tour Eiffel - Complainte

Où la mettra t-on?

La mettra-t-on, ne la mettra-t on pas?

Elle fut quelques jours au milieu du Champ de Mars ; elle fut ensuite devant l'École militaire; elle alla faire un tour derrière les jardins plantés par M. Alphand, qui les a vus naître; puis on la mit dans les jardins mêmes; elle est en train de passer sur le quai, jusqu’à ce qu’elle finisse par tomber dans l’eau. Ainsi soit-il.

Y montera-t-on?

Les ascenseurs les plus connus se sont déclarés incompétents. La vis sans fin, sans trêve ni merci, est le dernier espoir de ceux qui comptent se livrer, une fois dans leur existence, à cette périlleuse ascension.

On ne sait plus que faire de la Tour, à l’heure qu’il est ; telle est la vérité ; le meuble est par trop encombrant. La seule solution raisonnable était celle qu’avait proposée la Construction moderne : Puisqu'on ne peut pas mettre la Tour dans l’Exposition, qu’on mette l’Exposition dans la Tour!

Si dans l’Exposition il n’y a pas de place pour une tour aussi colossale, le contenant étant moins vaste que le contenu, il était tout simple de renverser la proposition, et de loger le contenant dans le contenu.

De cette manière, on trouvait enfin l’utilisation si longtemps et si vainement cherchée par les admirateurs de la Tour, qui, jusqu'a ce jour, n'ont découvert que les salles d’hôpital et les salles de simple agrément pour occuper agréablement ce gigantesque échafaudage.

Et voyez comme tout s’enchaîne ; comme d'une idée juste découlent naturellement les conséquences les plus heureuses! Conformément aux programmes artistiquement industriels et industriellement artistiques de MM. Turquet et Antonin Proust : au premier étage, on plaçait les Arts libéraux et vis-à-vis les Arts anti-libéraux ; au-dessus le Salon les animaux vivants et celui des artistes morts ; en face, la Galerie des artistes maigres et celle des animaux gras. On symbolisait ainsi cette tendance si remarquable qui tend à unir intimement les arts, le commerce, l’agriculture et l’industrie, la carpe et le lapin, pour la régénération des sociétés démocratiques.

La galerie du Travail doit être aussi une des grandes attractions de la prochaine exposition, après avoir été celle des expositions précédentes ; elle eût fait bonne figure dans la Tour. Au cinquième étage, le Conseil municipal, tout dévoué aux intérêts des classes les plus nécessiteuses de la société parisienne, eût été chargé d’organiser une vaste Exposition du Travail dans les prisons, qui aurait été l’innovation marquante de cette fête des peuples; de son côté la direction des Beaux-Arts eût fait fabriquer, sous les yeux du public, des chaussons de lisière industrielle aux pommes d’art.

En annexe, une galerie spéciale eût été réservée, dans les montants de la Tour, aux machines en travail d’enfant. Les institutrices brevetées et sans emploi — on commence à se plaindre de leur nombre — auraient été chargées de la surveillance.

Montant toujours, on eût trouvé à tous les étages, non seulement l’eau et le gaz, mais des salles de conférences pour Écrivains d’art des deux sexes, des salles spéciales pour le Zinc d'art et pour l’Art en zinc, les collections rétrospectives de l’âge de pierre et de l’âge d’or, sans compter les innombrables Divers qui sont encore ce qu’il y a de mieux arrêté dans le programme.

Un beau rêve ! Le verrons-nous jamais réalisé? Si nous devions y renoncer, ce serait pour nous un des regrets les plus cuisants que la Tour aurait laissés derrière elle.

M. Charles Garnier a envisagé plus gaiement l’avenir. Nous citions dernièrement la spirituelle complainte chantée par lui au banquet des anciens élèves de l’Ecole des Beaux-Arts. En l’illustrant, nous reproduisons cette complainte que nous offrons en étrennes à nos lecteurs. M. Garnier a raison : au jour de l’an, il faut prendre les choses par leur côté gai.

Mais

Les vers sont enfants de la lyre.
Il faut les chanter, non les dire.

Nous rappelons ce précepte au lecteur. Pour garder son bouquet, la complainte doit se chanter sur l’air traditionnel de la légende consacrée à saint Roch, célèbre par son chien comme l’est M. Eiffel par sa Tour.

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Exposition Universelle de 1889 - LaTour Eiffel - Complainte
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Re: La génese de l'Exposition Universelle de Paris 1889 et de la Tour Eiffel

Message par worldfairs » 16 mai 2019 10:21 am

Texte et illustrations de "La construction moderne - 5 février 1887"

— M. Charles Garnier vient d’être nommé architecte-conseil de l’Exposition universelle.

— Au Champ de Mars, on travaille activement aux fondations des fermes métalliques destinées à abriter les expositions diverses. Une centaine d’ouvriers terrassiers sont en ce moment occupés au creusage des puits.

Ce travail ne se pratique pas sans difficulté, car en creusant le sol les ouvriers découvrent à chaque instant des débris de maçonnerie et de ferrailles qui avaient servi aux fondations des expositions antérieures.

Le nombre de puits actuellement ouverts est de deux cent cinquante. D’ici à quelques jours, on y coulera du béton, puis on placera les piliers. On croit qu’avant le 1er mai les travaux de fondation seront complètement achevés.
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