Les trottoirs mobiles et le chemin de fer électrique

Paris 1900 - Innovations (techniques, transport ...)
Avatar du membre
worldfairs
Site Admin
Messages : 9637
Enregistré le : 21 juin 2004 09:41 pm
Localisation : illkirch
Contact :

Les trottoirs mobiles et le chemin de fer électrique

Message par worldfairs »

Texte de la revue "L'Exposition Illustrée" de 1900

Les trottoirs mobiles et le chemin de fer électrique sont exploités par un seul et unique concessionnaire, M. de Mocamble, suivent exactement le même parcours, et empruntent leur courant moteur à la même source.

L’idée des trottoirs mobiles n’est pas nouvelle. Depuis que l'on s’est rendu compte de la valeur du temps, et que des moyens de transport de plus en plus rapides ont permis de décupler la somme de « vie » dont chacun de nous peut disposer, on s’est ingénié à chercher un remède à l’un des inconvénients les plus graves de ces modes de transport. Nous voulons parler de la perle considérable de temps occasionnée par les arrêts nombreux nécessités pour prendre et pour déposer des voyageurs.

Un ingénieur français, M. Hénard, parait être le premier qui ait eu l’idée, pour éviter ces arrêts, de substituer aux véhicules ordinaires, sur un parcours donné, une plate-forme mobile, portant des sièges sur toute sa longueur et constituant par conséquent une chaîne de wagons ininterrompue, un train, continu roulant sur une voie ferrée.

C’est en 1886 que M. Hénard proposa ce moyen pour le transport des voyageurs dans l’Exposition de 1880. Sa plate-forme aurait marché à une vitesse do 6 kilomètres à l’heure, avec un arrêt de quinze secondes par minute, pour permettre aux voyageurs de monter ; la vitesse de marche était, par ce seul fait, réduite à 4 kilomètres à l’heure.

L'idée, n'ayant pas eu de suite, fut reprise et réalisée pour la première fois à l’Exposition de Chicago, en 1803, pour transporter les voyageurs, depuis les bateaux qui naviguaient sur les lacs jusqu’à l’enceinte do la World’s Fair. En reprenant le projet de M. Hénard, les deux ingénieurs américains Silsbee et Schmidt s'attachèrent à le perfectionner, de façon à accroître considérablement la vitesse de 4 kilomètres à l’heure, jugée insuffisante.

Ils commencèrent par supprimer l'arrêt de 15 secondes par minute, cause de retard dans la marche et de détérioration du matériel par des secousses perpétuelles. Cet arrêt était, en effet, inutile pour permettre aux voyageurs de monter.

Un homme, marchant au pas à une allure modérée, parcourt aisément 6 kilomètres à l'heure; rien ne lui est donc plus facile que de passer, du sol, sur une plate-forme se mouvant avec la même vitesse. En vertu du même raisonnement, il est aussi facile do passer d’une plate-forme se mouvant à raison de 5 kilomètres à l’heure, sur une seconde plate-forme allant dans le même sens avec une vitesse do 10 kilomètres.

Rien n’empêcherait de passer de même sur une troisième et une quatrième plate-forme mobile à une vitesse de 15 et 20 kilomètres, et ainsi de suite, indéfiniment.

Le projet de MM. Silsbee et Schmidt lut expérimenté pendant deux mois, sur une ligne d’essai organisée au Jakson Park de Chicago. Deux trottoirs mobiles (l’un à raison de 4 kilomètres, l’autre à raison de 8 kilomètres à l’heure) transportèrent plus de dix mille personnes des deux sexes et de tout âge, sans qu’il se produisit le moindre accident.

De place en place étaient disposés des poteaux permettant aux personnes ayant besoin d'un point d'appui de passer du sol immobile sur le premier trottoir mobile. La plate-forme marchant à la vitesse de 8 kilomètres portait sur toute sa longueur des banquettes à trois places.

Entre le niveau des plates-formes, il n’y avait qu’un intervalle de 5 centimètres, rempli de longues bandes de caoutchouc, pour empêcher le pied de s’y introduire.

Afin de pouvoir circuler dans les courbes, le trottoir mobile n’était pas continu, mais composé d'une suite de plates-formes de 3m;66 de longueur, et suffisamment espacées pour qu'il leur fût possible de franchir sans difficulté des arcs de 23 mètres de rayon.

L'intervalle entre chaque section de plate-forme était couvert par un panneau mobile, articulé à charnière sur l'un des châssis et s’appuyant librement sur le suivant.

Mais comment peut-on imprimer des vitesses différentes aux diverses plates-formes?

Le principe est des plus simples.

Le trottoir mobile de M. Hénard était un véritable train continu roulant sur une voie ferrée, La plate-forme de MM. Silsbee et Schmidt était au contraire munie d’un rail continu, se mouvant sur des poulies fixes servant de galets. La surface plane se déplaçait en contre-haut de la surface cylindrique qui restait fixe.

Dès lors rien de plus facile que d’imprimer aux diverses plates-formes des vitesses-ditférentes.

Sur un axe unique animé d’un mouvement de rotation, sont montées plusieurs paires de poulies d’un diamètre différent. Chaque paire de poulies donne lo mouvement à une plate-forme distincte, et il est bien évident que la plate-forme actionnée par les poulies à grand diamètre, avancera bien plus rapidement que celle circulant sur les poulies d’un diamètre réduit, quoique le mouvement de l’axe moteur unique soit uniforme.

C’est la simplicité même de ce système qui avait engagé MM. Silsbee et Schmidt à proposer l'établissement à Chicago d’un métropolitain à quadruple plate-forme mobile, la quatrième marchant à la vitesse d’environ 20 kilomètres à l’heure. Ce métropolitain surélevé assurerait le déplacement de 30,000 voyageurs à l’heure.

L’Exposition de Berlin de 1896 possédait, d’après le même système, un trottoir mobile à double plate-forme affectant l’aspect d’un grand carrousel circulaire. Ce trottoir mobile reproduisait exactement les mêmes détails que celui du Jakson Park de Chicago.

Les vitesses des deux plates-formes étaient respectivement de 5 et 10 kilomètres à l’heure. Pour une longueur totale de 500 mètres, le trottoir se composait de 122 voitures.

A Paris, les trottoirs mobiles sont établis sur un viaduc de 7 mètres de hauteur, soutenu par des pieds-droits constitués par de fortes poutres en bois, sur l'itinéraire suivant : l’Esplanade des Invalides, le long de la rue Fabert; le quai d Orsay, le long dès pavillons des puissances étrangères et du Palais des Armées de terre et de Mer; le Champ-de-Mars, le long de l’avenue de la Bourdonnais : là, la ligne sort de l’enceinte de l’Exposition et revient à l’Esplanade des Invalides par l’avenue de La Motte-Piquet.

Le parcours ainsi effectué est d’environ 3,500 mètres.

On accède au viaduc par une douzaine de stations situées à intervalles assez rapprochés, mais seulement — bien entendu — dans l’enceinte de l’Exposition.

Ce viaduc supporte trois trottoirs continus : l’un fixe, les deux autres mobiles, le premier à une vitesse de 4 kilomètres à l’heure, le second à une vitesse de 8 kilomètres.

Celle disposition a pour principal objet de permettre au voyageur le moins agile de passer très facilement du trottoir fixe sur le trottoir marchant à 4 kilomètres, et de celui-ci sur le trottoir marchant à 8 kilomètres.

En second lieu, elle donne satisfaction à la plus ou moins grande hâte des visiteurs, certains d’entre eux voulant voir toutes choses à loisir, tandis que le temps des autres est limité.

Le trottoir, mû à la vitesse de 4 kilomètres, parcourt, en effet, un tour complet en 53 minutes, tandis que l’autre effectue le même trajet en 26 minutes seulement. Le premier a 90 centimètres de largeur, le second 2 mètres : le prix du voyage est de 50 centimes par personne.

Des garde-fous donnent toute sécurité à la circulation le long de ces plates-formes, qui ne sont, d’ailleurs, qu’un simple plancher.

Nous n’entrerons pas dans le détail de leur construction et de leur mécanisme moteur.

Disons seulement que l'électricité nécessaire à la production du mouvement est fournie par l’usine des Moulineaux de la Compagnie de l’Ouest. Le courant ainsi obtenu est transformé en courant continu par une usine Westinghouse installée justement en face du pavillon du Creusot, où nous nous sommes arrêtés. Il est transporté à la plate-forme par 9 câbles et reçu sûr un tableau de distribution permettant d’obtenir la marche dans un sens ou dans un autre ou l’arrêt immédiat.

Le chemin de fer électrique, avons-nous dit, suit le môme itinéraire que les trottoirs mobiles, mais sa vitesse commerciale est de 17 kilomètres à l'heure. Il est mû, comme certains tramways électriques, par le courant qu’amène, de la même usine que pour la plate-forme, un rail central placé entre les deux rails de roulement. La voie est tantôt aérienne et située à 7 mètres de hauteur comme celle des trottoirs mobiles, tantôt au niveau du sol et tantôt souterraine. Il en résulte plusieurs dénivellations successives qui donnent aux voyageurs une sensation assez analogue à celle produite par les montagnes russes.

Mais pour le visiteur qui tient à bien voir toutes choses à une allure modérée, il vaut mieux gravir l’un des escaliers donnant accès sur la chaussée roulante, se placer sur le premier trottoir mobile, animé seulement d’une vitesse de 4 kilomètres à l’heure, et contempler à loisir le spectacle qui se déroule sous les yeux.

Comme nous l’avons dit, nous nous rendons ainsi, en suivant la lisière du Champ-de-Mars, le long de l’avenue de la Bourdonnais, jusqu’à l’ancienne Galerie des Machines.

Pendant ce trajet, nous pouvons juger de l’importance et de la disposition générale des bâtiments du Champ-de-Mars' et do leurs annexés, et nous descendons do ht plate-forme à la station située juste on face de la porté de l’ancienne Galerie des Machines, du côté de l’avenue de la Bourdonnais.


Pour tout savoir sur les expositions universelles et internationales.
https://www.worldfairs.info

Retourner vers « Paris 1900 - Innovations (techniques, transports...) »

Qui est en ligne

Utilisateurs parcourant ce forum : Aucun utilisateur enregistré et 1 invité