L’Exposition Décennale des Beaux-Arts

Paris 1900 - Arts, design, fashion, shows
Avatar du membre
worldfairs
Site Admin
Messages : 10728
Enregistré le : 21 juin 2004 09:41 pm
Localisation : illkirch
Contact :

L’Exposition Décennale des Beaux-Arts

Message par worldfairs »

Article extrait du magazine "A l'Exposition" de 1900


I - École Française

Présenter au public, avec assez d’ordre pour qu’il ne s’y perdît pas dès le début de sa visite, avec assez de variété pour l’engager à la poursuivre, sans lassitude, jusqu’au bout, l’élite de la production artistique de ces dix dernières années, la tâche était lourde, et elle aurait effrayé plus d’un. Il faut louer tous ceux qui y ont collaboré d’avoir eu le courage de l’entreprendre autant que de s’en être acquittés comme ils l’ont fait.

Certaines critiques ont été formulées sur l’organisation et le catalogue de l’Exposition des Champs-Élysées. Elles seraient tout à fait justifiées si cette exposition se donnait pour ce qu’elle n’est pas, pour un musée définitif et permanent. Certes, de toutes les oeuvres exposées au Grand Palais, plusieurs seront oubliées des générations qui nous suivront; plusieurs, d’autre part, je pense à cette si riche école contemporaine du plein-air et de l’impressionnisme, auraient mérité d’y figurer qu’on y cherche vainement. 11 n'est pas douteux non plus que des toiles jurent de voisiner sur le même panneau, qu’on aimerait à voir groupées plus conformément aux tendances générales, aux manières, aux procédés mêmes qu’elles caractérisent.

Un coin du Palais des Beaux-Arts
Un coin du Palais des Beaux-Arts

Telle qu’elle est, pourtant, l’Exposition décennale demeure une manifestation d’un intérêt incomparable, et dont il faut se hâter de jouir. C’est notre art national tout entier, à l’heure actuelle, qu’il nous est donné de considérer pour quelques mois dans une vue d’ensemble. L’Exposition centennale, voisine, nous permet d’en suivre, étape, par étape, l’évolution depuis la fin du siècle dernier. La décennale nous montre le terme présent de cette évolution.

Il est difficile, et assez vain, de prévoir dans quel sens elle se poursuivra. Voici, réunies sous nos yeux à côté de nos écoles françaises, toutes ces écoles étrangères, quelques-unes remarquables, qui. après avoir dû beaucoup à nos maîtres, commencent à exercer en retour sur nous des influences si variées, et imposent à notre vision tant d’éléments nouveaux. Enfin, l’art se fait par les œuvres, et on ne le fait pas avec des théories. Contentons-nous, en ce temps d’Exposition, de voir le plus possible, de graver dans notre mémoire, avec leurs contrastes, et parfois leurs contradictions apparentes, ces multiples formes de la beauté, qui toutes ont leur valeur; ne nous inquiétons pas si notre promenade à travers ces quelque cinquante salles nous laisse des impressions un peu confuses: peut-être la tentation nous en sera-t-elle épargnée de porter des jugements « définitifs » sur lesquels nous pourrions, avant de longues années, être les premiers à revenir.


A l’exception du rez-de-chaussée et, pour une moitié du premier étage du bâtiment de l’avenue d’Antin, l'Exposition décennale occupe à elle seule le Grand Palais des Champs-Elysées. C’est dire qu’il est matériellement impossible, non seulement d’essayer une nomenclature exacte des numéros du Catalogue, mais de ne pas omettre, même des plus considérables, parmi les deux ou trois mille œuvres exposées. Nous nous bornerons, en entrant au premier étage, par les salles de l’avenue d'Antin, à noter en passant celles que nous ne connaissions pas encore, celles qui depuis ces dix années semblent avoir reçu déjà une consécration méritée.

Le Salon carré
Le Salon carré

Le premier nom que nous ayons à saluer, dans le salon hexagonal sur lequel débouche l’escalier (S. I), est celui de M. Charles Cottet, M. Cottet expose à la Décennale deux toiles nouvelles, Feu de la Saint-Jean, dans une gamme assourdie, la Procession en Bretagne, d’une coloration au contraire un peu violente, qui l’une et l’autre sont d’un peintre habile, et d’un poète ému. Mais peut-être le voisinage de l’admirable triptyque des Gens de nier leur nuit-il. Nulle part M. Cottet ne nous semble avoir encore surpassé ni comme exécution, ni surtout comme inspiration, cette trilogie d'un sentiment si profond, qui reste son œuvre capitale.

Dans un cabinet voisin, l’œuvre déjà connue de François Flameng, et un tableau inédit, Kléber et l'adjudant général Ney devant Mayence, d’une jolie composition.

La Salle II renferme les envois de M. Dagnan. M. Dagnan, avec la Con solatrix Afflictorum, reste fidèle à la manière dorée et lumineuse que la Cène, exposée il y a deux ans, a rendue célébré déjà dans les deux mondes. Il est curieux de comparer à ces œuvres récentes des envois plus anciens, tels que ces Conscrits, d’un réalisme exact, et, par contraste, presque froid.

Entrée de l'Exposition Centennale
Entrée de l'Exposition Centennale

On a tout dit de M. Henner. Il faudrait remonter à des années et des années en arrière, pour trouver de lui une œuvre qui ne soit pas son très beau mais éternel morceau de nu. Il se répète ici plusieurs fois, avec le Christ mort avec la Femme du lévite d’Israël. Ne demandons à M. Henner ni recherche de composition ni variété d’expression : il ne veut que peindre des chairs, et les peint admirablement. Dans la même salle, (S. III) , une série de paysages de M. Billotte, d’une très fine mélancolie.

Salle IV, beaucoup de noms, et des tempéraments très divers : M. Mathey, avec son portrait du P. Joseph, M. Sabatté, avec le Vieux Mendiant et le Porche; MM. Guillemet et Zuber. Les portraits-miniatures de M. Weerts; plusieurs envois de Mme Demont-Breton, dont on goûte par opposition la largeur de facture.

Au delà du balcon circulaire qui règne autour du hall, nous trouvons :
Salle V, des paysages, fins et brumeux de M. Costeau; mystiques de M. Réalier-Dumas ; éclatants de lumière et d’une crudité presque trop vraie, de M . Montenard.
Salle VI, l’exposition de M. Courtois, dont toutes les toiles, depuis le portrait de Mme Gautherot, jusqu’à la Débauche et la Source montrent combien l'artiste s’éprend de plus en plus des belles colorations blondes et chaudes, où il excelle.
Salle VII, les portraits de M. Louis Picard, et les intérieurs de M. Lobre, remarquables par la distribution de la lumière.
Salle VIII, toute la famille des humbles de M. Geoffroy, et les sujets militaires de Mr Berne-Bellecour.
Salle IX, le Washington de M. Tony Robert-Fleury, la Perquisition sous la Terreur, une Maternité et une Léda du même artiste.

Le monument de Victor Hugo
Le monument de Victor Hugo

Pour regagner les salles qui font suite, du côté français, à la Salle IV, nous traversons la grande Salle des Fêtes où sont réunies la Vierge de Penmarc'h et la Maternité de M. Lévy-Dhurmer; les portraits de M. J. Lefebvre; les Funérailles du Chef,de Cormon; les tableaux d’histoire de M. J.-Paul Laurens, la Petite de Bonchamps devant le tribunal révolutionnaire, saint Jean Chrysostome, les portraits de ses fils et du colonel Brunet, ainsi que son Toulouse contre Montfort, si discuté l’an dernier; les figures allégoriques de M. Agache; les natures mortes de Vollon ; les envois de M. Lhermitte, l'Ami des Humbles, la Mort et le Bûcheron, l'Ouvroir, le Bénédicité, d’un art si sincère et si scrupuleux; des portraits de M. H. Gervex, sa grande toile officielle de la Distribution des récompenses au Palais de l'industrie et, surtout, sa délicieuse Maternité.

Salle XI, près du Sauvetage de M. Dawant, du Chemin creux du Mont Saint-Jean, de M. Rouflet, des Jacques de M. Hoffbauer, M. Roybet, qui fait penser parfois à un Franz Hals un peu négligé, expose toute une série de reîtres aux nippes somptueuses, qui sont des portraits d’amis. Son fameux Charles le Téméraire nous apparaît toujours surtout comme un prétexte à costumes, à armures et à reflets habilement combinés.

M. Besnard, avec ses Chevaux ruant et piaffant, ses Femmes d'Alger, son Marché aux chevaux, ses portraits de Mme Roger Jourdain et de Réjane, ensoleille la Salle XII, où nous remarquons un joli portrait en plein air de M. Franc-Lamy, et une scène de Musique de chambre de M. Guiguet.

M. Henri Martin, dont nous avons déjà revu, Salle XI, A chacun sa chimère, occupe, presque à lui seul la Salle XIII avec trois de ses œuvres les plus récentes et les plus parfaites : Sérénité, Vers l'Abime, et l’Apparition de Clémence Isaure aux troubadours. M. Henri Martin est le maître incontesté du genre symbolique; il a su, par la simplicité et l’intensité de l’émotion, en faire un genre vraiment vivant, qui n’a plus rien de commun avec l’allégorie surannée, et auprès duquel des œuvres comme les Souverains Russes à l'Académie, de M. Brouillet, dans la même salle, ne présentent qu’un assez mince intérêt anecdotique.

La Salle XIV nous offre un contraste violent entre les chloroses très distinguées et les trop vastes enluminures de M. Boutet de Monvel, et la fougue inlassable avec laquelle M. Roche-grosse peint l’antiquité et la vie moderne, celle-ci dans la composition allégorique des Illusions, celle-là dans ['Assassinat de Geta, d’une harmonie rouge curieusement cherchée. Dans la même salle encore s’affirme le tempérament si différent, sardonique et aigu, de M. Jean Veber, avec l'Homme aux poupées déjà célèbre, et les Culs-de-jatte, grotesques et terribles.

La Salle XV est la salle Édouard Détaille: La Sortie de la garnison de Huningue, Victimes du Devoir, la Revue de Châlons, les Funérailles de Pasteur retrouveront aux Champs-Elysées, plus nombreux, leurs admirateurs du Luxembourg et des salons annuels.

Frise du travail par M. A. Guillot
Frise du travail par M. A. Guillot

Nouvelle opposition, Salle XVI, entre les figures charmantes, légères, éclatantes de fraîcheur de M. Raphaël Collin et les groupes et portraits de M. Eugène Carrière (parmi lesquels le portrait de Verlaine, celui de M. Séailles et le Théâtre populaire), entre un peintre essentiellement décorateur et un peintre moraliste et psychologue, d’une acuité de vision rarement égalée. Nous rencontrons, plus loin, la série des portraits de M. Humbert, le triomphateur du Salon de cette année (Salle XVII); puis (Salle XVIII),les effets de soir de M. Cazin, celui de nos paysagistes qui justifie peut-être le mieux le mot d’Amiel : « Un paysage est un état d’âme », un de ceux aussi qui sont le plus sûrs de durer par la simplicité même des moyens employés; des paysages encore, de M. Ménard, de M. Meunier; un portrait de femme âgée de M. Léandre; le beau portrait de Courteline, de M. L. Stevens; et les vierges de M. Hébert.

Voici, Salle XIX, le Renan, le Taine, le Joseph Bertrand de Bonnat, d'une puissance qui devient parfois de la dureté; Salle XX, de curieux effets de contre-jour de M. Lomont, les scènes algériennes de M. Binet et, de M. Wéry, ces scènes de Bretagne et de Hollande d’un faire si plaisant, d’une vérité à la fois et d’une poésie si bien senties et si simplement exprimées,— tout à côté des paraphrases évangéliques de M. Béraud, trop factices pour émouvoir, et qui déjà semblent passées de mode.

Vue générale de l'Exposition de Sculpture
Vue générale de l'Exposition de Sculpture

M. Carolus Duran, avec son petit et fameux Effet de soir et ses portraits dont la plupart ne nous sont pas inconnus, M. Jules Breton, avec le Pardon de Kergoat, les Glaneuses, le Feu au village, se partagent les honneurs de la salle suivante. Salle XXII, sont représentés M. David Nillet, par sa Chanson du Marié, M. Aman Jean par des panneaux décoratifs et des portraits d’une jolie harmonie éteinte, M. Roll, par une douzaine d’envois, déjà tous admirés, et parmi lesquels nous préférons de beaucoup les Taureaux, le Poney au trot, ou la Malade, à l’officielle Pose de la première pierre du Pont Alexandre-III.

Le dessin de M. Bouguereau (Salle XXIII) est toujours impeccable, sa composition et sa couleur sont toujours ennuyeuses. Mais quelle maîtrise incomparable éclate dans chacun des envois de M. Benjamin-Constant, les portraits de ses deux fils, de la Reine Victoria, de Me Arago, de Mlle Calvé ! Ce sont là tableaux de musée, et l’on a scrupule de ne leur adresser qu’un bref et banal hommage. Nous n’avons pourtant parcouru encore que les salles du premier étage. Avant de gagner les sections étrangères, citons au moins, dans les salles françaises du rez-de-chaussée : le Maréchal Lannes à Essling de Boutigny; le Déjeuner de famille, d’Edouard Saglio; la Résurrection, de Glaize; les cuivres luisants de J. Cail ; les portraits d’Aimé Morot ; la Fête foraine, de Luigi Loir; des vues de Paris de Raffaëlli ; le portrait d’A. Thomas de M. Baschet; le Léon XIII en prière, de Chartran ; les remarquables portraits de J. E. Blanche.



Avatar du membre
worldfairs
Site Admin
Messages : 10728
Enregistré le : 21 juin 2004 09:41 pm
Localisation : illkirch
Contact :

Re: L’Exposition Décennale des Beaux-Arts

Message par worldfairs »

Article extrait du magazine "A l'Exposition" de 1900


II. — Les Sections étrangères. — La Sculpture.

Il est fâcheux que, pour des raisons que nous ignorons , des maîtres incontestés, de la peinture étrangère, des chefs d’école comme Arnold Bôcklin, aient cru devoir s’abstenir.

Mais ces lacunes, pour sensibles qu’elles soient, ne peuvent compromettre le succès d’une manifestation collective telle qu'il n’y en eut encore de plus riche et de plus complète. Entre toutes, l’Exposition allemande s’impose à l’attention, moins par le nombre des œuvres exposées, que par l’autorité des noms qui les signent. Lenbach, Kaülbach, Stuck, les deux premiers avec des portraits qui sont des chefs-d’œuvre d’expression et de vérité, celui ci avec des compositions fantaisistes et symboliques, représentent admirablement les deux « âges » de l’école allemande contemporaine. Un maître non moins respecté en Allemagne, Adolf V. Meuzel, ne nous envoie que deux gouaches et deux dessins, suffisants pour qu’on apprécie son savoir-faire minutieux.

Mentionnons encore particulièrement un Intérieur, de Rasch; des Singes, de Gabriel Max; le Portrait de l'empereur Guillaume II, de Kouer; la Femme aux Chèvres, de Max Liebermann; des portraits, de Hugo Vogel; la Naissance du Christ, de Fritz von Ulide.

Nous retrouvons, dans la section voisine, celle de l’Italie, les portraits habiles et maniérés de Boldini et les figures de Mlle Juana Romani. M. Marius de Maria expose un joli Effet de Lune; M. César Laurenti, une fraîche allégorie du Printemps ; M. Asti, une étude de nu; M. Jacques Grosso des portraits et une femme nue couchée sur des fourrures. Mais les envois les plus remarquables de cette belle exposition sont sans contredit les paysages alpestres de Segantini, auxquels l’artiste, mort en plein travail, il y a quelques mois, n’a malheureusement pu mettre la dernière main.

L’Autriche, comme la France, comme Munich, a ses deux sociétés rivales. Elles exposent ici séparément, et la Künstler-Genonenschaft est mieux représentée que la Sécession, avec les Paysans de la Basse-Autriche et l'Octobre de Ferdinand Andri, les Homes de Deluge, les Ruines d'un Château de Damant, la Fontaine de Jouvence de Veith.

De Munkacsy, dont nous nous rappelons les grandes compositions historiques, nous aimons beaucoup les deux petits paysages, simples et mélancoliques, exposés par la Hongrie. Dans la même section, Emeric Révész a une vigoureuse étude de foule, « Panem ! », Charles Lotz deux portraits de femme, et Jules Benczur une vaste toile, représentant la Reprise de la Forteresse de Bude.

Transept de la Nef du Grand Palais
Transept de la Nef du Grand Palais

Dans la section d’Espagne, où la lumière éclate et se reflète partout, nous reconnaissons la Course de Chars à Rome, de Checa; En cousant la Voile, de Sorolla y Bastida. Les Jardins de Grenade de Rusinol, les deux anecdotes de Pinazo Martinez, sont peints dans la même atmosphère légère et chaude, qui enveloppe aussi les portraits de Madrazo.

La Grande-Bretagne n’est pas représentée par moins de 300 envois. Nous remarquons surtout le Printemps, d’Alma Tadema; l'Exécution de Charles Ier, d’Ernest Crofts; la Confession, scène à la fois ardente et sentimentale de Frahck Dicksee; le beau Portrait de l'honorable sir G.D. Taübman-Goldie, d'Herkomer; un Portrait de Femme, de Richard Jack; un épisode de Lorimer; le Portrait de sir Walter Gilbey, Baronet, d'Orchardson ; les scènes antiques de Poynter; l'Homme à la Chemise noire, de C. H. Shannon ; les dessins décoratifs de Walter Crâne; et ce célèbre Rêve de Lancelot, de Burne Jones, d’une inspiration littéraire curieuse, mais d’une couleur vraiment affligeante.

Il est impossible, en traversant les salles des Etats-Unis, d'en retirer une impression dominante. Les talents abondent ; mais, transplantés sous tous les climats, adaptés à toutes les écoles, ils se développent dans les sens les plus divers, sans lien apparent. Ceux que nous connaissons le mieux s’appellent Whistler, Sargent, Alexander Harrison, J. W. Alexander. Il faut s’arrêter devant l'Hamlet, de Abbey; Pharo et l'Arabe, de F. A. Bridgman; l'Automne, de Dearth; la Vierge sur un Trône, d’Abbott-Thayer; les gracieux portraits de fillettes de Vonnoh ; la Pêche en Rade, de Lionel Walden. Avec le Japon, qui par un amusant contraste met sous nos yeux de ravissants kakémonos, nous en avons fini avec les salles du premier étage ; il nous reste à visiter, au rez-de-chaussée, les expositions Scandinave, slave, suisse et flamande.

Un nom, celui de Bocklin, primerait dans la section suisse tous les autres. En son absence, nous relevons d’abord, entre les plus justement connus, ceux de Mlle Breslau, de Baud Borg, de Mlle de Beaumont, de E. Bieler, de E. Burnaud, de J. Ruch, de Ch. Giron, de F. Hodler.

Au Danemark, La séance de l’Académie royale des sciences de Kroyer est une rouvre importante d’une exécution solide et, sérieuse.

Il semble vraiment, en entrant dans les salles suédoise et norvégienne que la lumière, change. C’est un jour nouveau pour nos yeux qui enveloppe ces montagnes, ces lacs, ces grèves partout représentées, qui lutte avec l’éclairage artificiel de ces intérieurs d’une sérénité-grave. Nous connaissons bien déjà la Dalécarlie de M. Hagborg. Il faut retenir encore les noms de Liljefors, de Jansson, d’Ekstrom. Avec le portrait du roi Oscar II,. M. Zorn s’affirme le peintre de figure vigoureuse que nous avons eu souvent l’occasion d’admirer. Fjords sombres, coups de vents-sur les côtes escarpées, tels sont les aspects les plus fréquents, les scènes les plus caractéristiques évoqués par Chr. Krogle, J.Müller, Halfdan Strom. Fritz Thaulow,. mieux que personne, sait faire courir les eaux vertes et froides-ou grises de neige à demi fondue.

L’école finlandaise constitue l’attrait et l’intérêt principal de la section russe. Ici encore, ce sont des sites et des mœurs très différents, des nôtres. A côté de portraits excellents, nous retrouvons les Pêcheurs d’Edelfelt. Axel Gallen, avec un art d’une saveur barbare, illustre des épisodes des siècles historiques et légendaires.

Nous remarquons, en traversant les salles portugaises, les envois, presque tous déjà connus, de Souza Pinto, de Da Cunha, de Malhoa, de Columbano et de Salgano.

Les petits maîtres hollandais du XVIIe siècle ont en nos contemporains des successeurs ;assez indépendants mats dont les tentatives sont souvent heureuses et toujours intéressantes. Les marines de H. W. Mesdag sont célèbres à juste titre. Le Temple protestant de Harlem de Boosboom, la Meuse à Rotterdam et les pastels de Ten Gâte, le Marchand de bric à brac et le Retour des Champs de J. Israëls, les Canaux de Klinkenberg, les Chats de Mme Ronner, les Tulipes de Koster, le Moulin sur les Remparts, de Maris, et le Soir d'Eté de Taco Mesdag, témoignent dans des genres divers, quoique voisins, de talents robustes et consciencieux.

La Belgique est si voisine de nous, que nous sommes tentés de saluer ses artistes comme des compatriotes plutôt que comme des étrangers. L’exposition d’Alfred Stevens, cet hiver, à l’Ecole des Beaux-Arts, est encore trop proche pour que nous parlions en détail des œuvres que nous en retrouvons ici. Ne nous sont pas moins connus : l'Amitié de Jef Lempoël, le triptyque du Ruisseau de Léon Frédéric, le talent minutieux que dépense J. Van Beers à ses petits portraits.

Que d’oublis involontaires, combien d’œuvres omises à regret au cours de cette rapide visite! Et comment, en abordant à présent la sculpture. Oserons-nous choisir quelques noms, quand nous nous trouverons obligés, dans nos limites étroites, d’en taire des centaines qui ne seraient pas moins dignes d’être cités ?

Autour du grand monument d’Hugo, de Barrias, voici l’admirable figure en marbre et onyx polychromes du même; de Falguière, le Lavigerie et le La Rochejacquelein ; de Saint-Marceaux, des bustes et le groupe des Destinées; d’Allouard, une Jeanne d’Arc et une Source; le Vercingétorix de Bartholdi; de Bartholomé, un fragment du Monument aux Morts ; un Martyr de Bloch, une Eve de Fr. Brou, la Junon et les portraits de Carlés; les Boulangers, d’Alex. Charpentier, et les Lutteurs, le célèbre groupe de Félix Charpentier; les bustes de Dalou; la statue tombale du duc d'Aumale de Paul Dubois; la Salammbô de M. Ferrary; les Animaux de Frémiet et de Gardet le Chevreuil de Guillaume ; les groupes d’Injalbert; la Prairie et le Ruisseau, de Larche, dont nous avons déjà vu la Tempête, à l’entrée du Palais; l'Ève, de Marqueste; l'Opéra-Comique de Mercié; Vers la Lumière de G. Michel ; le ravissant Amour Piqué de J. Frère ; la Seine, haut-relief de D. Puech; l’Achille enfant de Constant Roux ; la statue de Mme Vigée-Lebrun de Saulo ; les bois de Schnegg, les envois de Sigoffin, de Sicard, de Valton, de Verlet. Dans un salon sont les grès de Carriès; Roty et Daniel Dupuis exposent médailles et plaquettes, des cadres de petites merveilles. Nous admirerons ailleurs l’œuvre du maître Rodin.

Nous n’espérons pas, par cette sèche énumération qui, cent fois plus longue, serait loin d’être complète, avoir donné une idée des trésors artistiques de tout ordre actuellement réunis a u Grand Palais des Champs-Elysées. On ira les voir; on y sera retourné dix fois sans avoir tout vu. Et dès à présent, sans attendre les ratifications ou les rectifications de la postérité, les jugements les plus divers vont sans nul doute s’opposer et se contredire. Mais il est, du moins, une impression à laquelle, nous en sommes persuadé , personne n’échappera, et que nous voulons noter en terminant à la gloire de cette Exposition décennale: c’est celle d’un grand peuple artiste à qui des hôtes d’élite, en répondant à son appel avec un pareil empressement, ont tenu à rendre une fois de plus un hommage universel, unanime.



Répondre

Retourner vers « Paris 1900 - Arts, design, mode, spectacles »