L'aquarium de Paris

Paris 1900 - Architecture, pavilions, gardens, urban furniture
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L'Aquarium de Paris

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Construit par les frères Guillaume sur la berge de la Seine entre les deux Serres du Cours-la-Reine, l'Aquarium de Paris, alimenté d'eau de mer et éclairé à la lumière électrique, nous montre la vie mystérieuse du fond des océans, avec ses plantes fantastiques et ses monstres marins.
Il nous laisse même entrevoir de gracieuses Sirènes.
C'est un aquarium bien parisien.


Pour tout savoir sur les expositions universelles et internationales.
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Texte et illustrations de "L'exposition en famille"

L'Aquarium de Paris
L'Aquarium de Paris

On s'étonne à bon droit que la plupart des capitales et des grandes villes d’Europe où l'on trouve des collections zoologiques très complètes, ne possèdent pas d’aquarium à eau de mer, ou n’offrent aux visiteurs que quelques bacs peu profonds et à demi vides où s’agitent quelques hippocampes, où s’étiolent quelques actinies maladives.

Seules deux ou trois villes, entre autres Francfort et surtout Naples, faisaient exception jusqu’ici, et avaient pu constituer d’importants aquariums marins, d’ailleurs purement scientifiques.

Il était réservé à Paris de posséder, pour l’Exposition universelle de 1900, l’aquarium, à la fois œuvre de science et œuvre d’art, où les êtres de la mer s’agiteraient dans des décors sous-marins; en un mot, l’aquarium également précieux pour les savants qui poursuivent l’étude de la végétation et de la vie au fond des eaux, et pour le grand public qui vient chercher ici des impressions neuves et des sensations inédites.

Il y a plus de trois ans que MM. Albert et Henri Guillaume, le dessinateur et l’architecte bien connus, travaillaient sans relâche à la réalisation de leur beau rêve d’artistes.

Aidés à souhait par leur directeur technique, M. Bouchereaux, pour qui toutes les questions de pisciculture et d’ichtyologie n’ont pas de secrets, ils sont parvenus à donner aux visiteurs de leur Aquarium l’illusion d’une excursion sensationnelle parmi les merveilles du monde sous-marin.

Sur la berge du Cours-la-Reine, de chaque côté du grand escalier qui mène aux jardins et aux serres de la Ville de Paris, s’ouvrent les deux porches monumentaux de l'Aquarium.

Franchissons l’un d’eux.

Nous voici dans le vestibule où le public a libre accès et auquel les constructeurs de l’Aquarium ont donné l’aspect des grottes de la mer sauvage, sur le littoral breton. Ils ont même poussé le souci de la vérité jusqu’à faire venir de Port-Bara, près de Quiberon, les roches schisteuses incrustées de fragments de mica, dont cette grotte est formée

Entre l’entrée et la sortie de l’Aquarium, dans la muraille de celle caverne, se trouve encastré le premier bac de l’Aquarium, celui dans lequel les promoteurs ont, en quelque sorte, voulu synthétiser la pensée qui a présidé à l’éclosion de leur projet. Ce bac, comme tous ceux que nous verrons au cours de notre visite, est garni d’algues et de plantes marines et habité par d’étranges animaux de l’Océan; mais, en outre, au fond, s’érige le groupe du Triomphe d’Amphitrite, du sculpteur Henri Gauquié.

Sous les frémissements de l’eau, à travers les évolutions des poissons, la déesse de l’Océan apparaît debout, svelte, sur la conque marine que portent les tritons et les nymphes des eaux.

Ainsi, dès l’entrée même à l’Aquarium, MM. Guillaume ont tenu à joindre l’œuvre d'art à l’œuvre de science, afin de caractériser nettement l’idée qui a conduit tous leurs efforts.

A droite du bac d’Amphitrite s’ouvre un passage voûté plus étroit et plus sombre : il conduit dans la salle de l’Aquarium.

Là nous tombons en plein rêve.

Partout, en face, en arrière, à droite, à gauche, sur nos têtes, partout le fond de la mer avec ses lointains mystérieux, avec ses colorations si variées, avec sa vie intense et son mouvement incessant.

Le Triomphe d'Amphitrite
Le Triomphe d'Amphitrite

Le long de l’immense ellipse constituée par les parois extérieures de l’Aquarium, toute la flore, toute la faune de l’Océan vont se révéler à nos yeux.

Voici les longues herbes marines, les goémons, les varechs, les algues aux fines découpures qui croissent sur les bas-fonds; voici ces fleurs vivantes que les savants appellent des zoanthaires et des anthozoaires; voici les polypiers et les madrépores ; les éponges de toutes les formes, les coraux de tous les tons, depuis le corail blanc jusqu’à l’écume de sang.

Les poulpes, les calmars sortent des anfractuosités des rochers, aux flancs desquels s’attachent toutes les variétés de mollusques. Le sable du sol, oil rampent les crustacés, est émaillé d’astéries et d’une multitude de coquillages.

Entre deux eaux se balancent les méduses avec leurs ombrelles blanches ou bleuâtres, dont les tentacules sont pareils à des pampilles translucides.

Et, dans les ondes calmes, s’agitent les poissons de toutes formes cl de tous genres, depuis la modeste sole jusqu’au requin, ce fauve de l’Océan.

Aucune description ne peut rendre l’aspect que prennent cette faune et cette flore sous-marines dans la magie des rayons lumineux. Nulle expression ne saurait donner une idée du spectacle éblouissant qui se déroule à nos yeux dans ce radieux jardin de l’Océan transporté, comme par enchantement, au centre même de Paris.

Il faut dire que l'Aquarium de Paris ne ressemble en aucune façon aux établissements similaires que nous sommes accoutumés à visiter. Ses constructeurs ne se sont pas seulement proposé d'y faire croître des herbes marines et d’y acclimater des poissons; ils ont voulu donner aux visiteurs l’illusion qu’ils se trouvent eux-mêmes au fond de la mer. C'est pourquoi ils n'ont point adopté la disposition habituelle des aquariums existants; cette disposition, qui consiste uniquement à ouvrir dans de sombres parois une suite de fenêtres de forme plus ou moins rectangulaire permettant d’apercevoir les êtres contenus dans les bacs, est complètement défavorable à tout effet d’illusion.

Au dessus des bacs
Au dessus des bacs

Voulant donner en quelque sorte à l'aquarium l'aspect d’une clairière sous-marine, ils ont clos leurs bacs de dalles de verre aussi bien au premier plan qu’à l’arrière plan; et, derrière ces bacs, ils ont placé des décors qui, avec le secours d’un jeu de glaces réfléchissantes, montrent aux yeux étonnés des spectateurs d’immenses profondeurs d’eau et de lointaines perspectives sous-marines.

C’est dans le même but qu’ils ont voulu qu’il n’y eut, entre chaque dalle de verre et la dalle voisine, d’autre solution de continuité que celle pouvant se dissimuler à l'aide d'une algue, d’un rocher, d’une basalte, d’un buisson de corail, d'une vergue d’épave ou d’une stalactite de glace.

De là, un effet d’ensemble, de profondeur, de mystère et d’immensité des plus impressionnants.

La place nous manque pour décrire comme nous le voudrions les travaux d’établissement et le fonctionnement de l’Aquarium, la fouille et la construction du caisson de ciment armé qui supporte les formidables poussées du courant de la Seine; le moulage des dalles qui ont 3m,50 de hauteur et 33 millimètres d'épaisseur et ne pèsent pas moins de 350 kilos chacune; l'arrivée de l'eau de mer, sa circulation continue dans les bacs, les filtres, les citernes, les élévateurs à air comprimé; en un mot, tout le système spécial employé à l’Aquarium.

Nous dirons seulement que la contenance totale est de 450 mètres cubes, chiffre énorme comparé à celui de tous les établissements connus, et qui constitue pour l’Aquarium un inappréciable avantage, car l’eau de mer se conserve d’autant mieux que son cube est plus grand.

Il est même certains bacs qui contiennent à eux seuls 80 mètres cubes d'eau de mer.

Le Vaisseau naufragé
Le Vaisseau naufragé

C'est grâce à ces développements absolument extraordinaires des bacs de l’Aquarium, à leur hauteur, à leur profondeur, à la grande quantité d’eau qu'ils peuvent contenir, de même qu'aux procédés inédits de filtrage, d’oxygénation, de battage et de renouvellement, qui gardent à cette eau toute sa pureté, que toutes les variétés d’animaux marins retrouvent dans leur prison transparente les conditions d'existence pour lesquelles la nature les a formées.

Il ne nous est pas possible non plus de faire la description détaillée de chacun des onze bacs qui constituent l'ensemble de l’Aquarium.

La décoration de l’un a été inspirée par la légende de l'Atlantide; à travers l’onde, on aperçoit les colonnes et les statues d’un temple submergé par les eaux. D'autres, simplement consacrés aux êtres de la mer, sont peuplés, celui-ci de toutes les variétés d’éponges, celui-là de tous les genres d’actinies, d’orties et d’anémones marines.

En voici un dont le fond est formé de rochers basaltiques et de scories. Soudain, le roc semble s’entrouvrir; une lueur rouge apparaît, et une colonne enflammée monte en globules rutilants, larges et pressés vers la surface.

Par un dispositif très ingénieux et des effets de lumière habilement ménagés, on donne ainsi l'idée d'un phénomène d'éruption d'une crevasse volcanique sous-marine.

Voici, plus loin, le bac où s’entrelacent les rameaux bruns et rouges des madrépores et des coraux. Une lumière chaude l’enveloppe; et tandis qu’au premier plan plongent des pêcheuses et des pêcheurs de perles, dans les lointains passent des théories de sirènes aux longues chevelures entremêlées d'algues flottantes et qui semblent s'agiter au sein des flots.

Plus loin encore, c’est le bac consacré aux régions polaires, où se dressent la banquise, les stalactites et les stalagmites.

Enfin, voici le bac où est évoquée l’œuvre maudite des tempêtes; le fond en est forme par la coque d'un grand vaisseau naufragé dont l’étrave, avec sa proue ornée d’une naïve statue de sirène, vient déborder jusqu'au milieu de la salle. Les débris des mâts et cordages jonchent le pont; les cheminées gisent, écroulées sur le sable. Tout à coup apparaissent les scaphandriers; leur casque de cuivre jette de fauves reflets sous l’éclat de leurs lanternes sourdes. Ils vont à travers les rocs et les débris du navire, ils envahissent la coque et remontent bientôt, emportant la cargaison du vaisseau naufragé.

Ainsi, par ces exercices réglés avec la plus parfaite exactitude, le public est initié au labeur des travailleurs de la mer.

Et ce n’est pas tout encore. Nous n’avons examiné que les parois verticales de l'Aquarium; il reste le plafond qui complète l’illusion, le plafond où, par une invraisemblable disposition de bacs et de projections lumineuses, on voit Fonde s’agiter, traversée sans cesse par les ombres gigantesques de poissons monstrueux et de décapodes fantastiques.

Ainsi, de quelque côté que nous nous tournions, une merveille s’offre à nos yeux; et quand nous sortons de l’Aquarium, c’est l’esprit tout plein des splendeurs sous-marines et l'imagination bercée par toutes ces apparitions plus délicieuses que celles des contes féeriques de notre enfance.
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