Palais de l'Electricité et le château d'eau monumental

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Palais de l'Electricité et le château d'eau monumental

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Texte et illustrations de "La construction moderne - 22 janvier 1898"

Voici, d’après le Temps, quelques détails sur le projet du château d’eau du Champ-de-Mars :
Le projet primé de M. Paulin comportait un château d’eau monumental de cinquante mètres de hauteur. M. Bouvard fut frappé du parti brillamment décoratif que l’on en pouvait tirer en le plaçant, non au centre des jardins, comme l’indiquait le projet primitif, mais accolé aux murs du fond, comme un gigantesque décor de féerie.

Sur l'emplacement naguère occupé par le dôme central de l’Exposition de 1889, immédiatement contre le palais de l'électricité, une galerie, longue de 70 mètres et large de 41, terminée â chaque extrémité par deux galeries latérales, en forme de fer à cheval, est dominée par le monument, dont la base se trouve à huit mètres du sol. On y accède par une rampe tournante très douce, de 150 mètres de longueur, bordant une cascade.

Au centre de la galerie sud, un large vestibule carré conduit dans un vaste salon aménagé pour le président de la République et destiné aux réceptions officielles.

Le château d’eau, surmonté d’un cartouche lumineux, aux armes de la République, se détache sur un colossal paravent électrique, véritable chef-d’œuvre deconstruction métallique, ouvrage de M. Hénard. Ce paravent ne mesure pas moins de 100 mètres de haut, sur une largeur de 80 mètres. Il est orné de vitraux de couleurs.

La décoration du monument lui-mème, tout en restant particulièrement moderne, est inspirée de dessins français de l'époque de Louis XV, notamment de cartons de Meissonier, Bérain et Oppenord. Le motif principal représente une vaste niche circulaire en forme de coquille, d’où parlent en tous sens des rayons lumineux.

Du milieu de la niche, â trente-quatre mètres au-dessus du sol, jaillissent une gerbe centrale et six gerbes secondaires qui inondent la grotte lumineuse.

Au devant de la première vasque, s’avance un bassin rectangulaire de 100 mètres de long sur 20 mètres de large, terminé par une seconde vasque demi-circulaire, de 35 mètres de diamètre.



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Re: Le château d'eau monumental

Message par worldfairs »

Texte et illustrations de "La construction moderne - 7 juillet 1900"

Le Château-d’Eau du Champ-de-Mars, dû à M. Paulin, est situé devant le palais de l’Electricité, exécuté par M. Hénard. Cet ensemble est d’un grand effet décoratif, surtout pendant les fêtes de nuit dont il forme l’élément principal avec sa cascade, ses fontaines lumineuses, et ses portiques illuminés.

chateaudeau-01.jpg



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Re: Palais de l'Electricité et le château d'eau monumental

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Texte et illustration de la revue "L'Exposition Illustrée" de 1900

palaiselectricitechateaueau01.jpg

Rien ne saurait dépeindre l’aspect à la fois majestueux et singulièrement réjouissant pour la vue que présente ce vaste ensemble, que Ion a comparé, avec raison, à une sorte de magnifique « toile de fond » du Champ de Mars. De jour et de nuit, c'est une véritable fête des yeux, un éblouissement de couleurs changeantes, un chatoiement incessant d’eaux jaillissantes, de verreries polychromes, d’oriflammes flottants.

M. Paulin<br />Architecte du Château d'Eau
M. Paulin
Architecte du Château d'Eau

M. Hénard<br />Architecte du Palais de l'Electricité
M. Hénard
Architecte du Palais de l'Electricité



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Re: Palais de l'Electricité et le château d'eau monumental

Message par worldfairs »

Texte et illustrations de "L'exposition en famille"

... Sous le soleil ardent d’août, la façade principale des palais du Champ-de-Mars, la dominante de toutes, c’est celle du Palais de l’Electricité. Elle éclate de blancheur inouïe, avec en avant d'elle, le magnifique château-d’eau tout ruisselant de cascades, tandis que son bassin s’allonge, sous des jets qui s’éparpillent en pluies, entre deux rampes demi-circulaires bordées de ballistics de pierre avec vases à fleurs du style Louis XV. Ce château-d’eau, c’est une vaste niche de trente mètres d’ouverture sur onze de profondeur, contenant une série de grandes vasques disposées en amphithéâtre. Au centre du bas, sur un quartier de roches, un groupe de belle statuaire: l’Humanité conduite par le Progrès qui s’avance vers l’Avenir en renversant dans l’écume deux figures de furies qui personnifient la Routine.

Animal vomissant de l'eau
Animal vomissant de l'eau

Au centre de la voûte, à une hauteur de trente mètres une cascade jaillit et gronde sur dix mètres de largeur.

Et dans le bassin, c’est une profusion de naïades, de tritons, de Neptunes, d’animaux chimériques, vomissant des bouillons, des floconnements. Tous ces jeux de l'eau rendent encore plus saisissant dans le fond le silence altier des grandes lignes du Palais de l’Electricité dont le développement est de cent trente mètres sur soixante-dix mètres de hauteur au fronton central où domine une cartouche avec la date éclatante de 1900, ce pendant que le Génie de l’Electricité brandit le flambeau du Progrès debout sur un char emporté au galop, ailé d’hippogriffes légers.

Le Génie de l'Electricité
Le Génie de l'Electricité

La toiture est une succession de petits arcs de cercles accolés les uns aux autres soutenus par des pylônes qui vont en diminuant, de sorte que l’ensemble lui-même est un immense arc-de-cercle tréflé, surmonté d'une crête à jour où des milliers d’oriflammes multicolores mettent un claquement flambant.

La façade en zing repoussé est percée de neuf fortes baies revêtues d’ornements polychromes, vitraux et céramiques, d’effet harmonieux.

Mais c'est le soir qu'il faut voirie Palais. La Fée Electricité l’enchante d’une éblouissante parure de lumières. Un coup de baguette et 5.000 lampes à incandescence, 8 lampes à arc avec réflecteurs font surgir dans les ornements, les arabesques, les chapiteaux, les fenêtres, les portiques des dessins de lueurs rares, des joailleries de clartés de toutes couleurs, des flamboiements qui courent dans l'eau de la cascade, dans les vagues, au haut des jets d’ondes et font du château-d'eau une magnifique fontaine lumineuse. Jamais on ne se rassasie de cette vision.

... Et j'ai vu cette féerie plusieurs fois, mais aujourd'hui il fait jour... Je me dirige vers le palais de la mécanique.



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Re: Palais de l'Electricité et le château d'eau monumental

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Le Château d'Eau<br />©Héliotypes - Exposition Universelle de 1900
Le Château d'Eau
©Héliotypes - Exposition Universelle de 1900



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Re: Palais de l'Electricité et le château d'eau monumental

Message par worldfairs »

Article extrait du magazine "A l'Exposition" de 1900


Le Palais de l’Electricité


L'Électricité a créé l’Exposition; elle l'anime, elle y règne, Au temps où l'imagination humaine aimait à diviniser les forces de la nature, l’Electricité eût été déesse; tout au moins elle eût été fée; une fée très féminine, capricieuse, nerveuse, un peu fantasque, capable néanmoins de grâce et même de majesté. Ses exploits sont merveilleux; ils laissent bien loin les tours des anciens génies, quoique, comme jeux, l’Electricité s’amuse parfois à se cacher dans un flacon, dont elle surgit soudain au frottement d’un anneau ou d’un chaton de bague. Qui sait si les prêtres de quelques-unes de ces antiques civilisations qui ont précédé et préparé l'Histoire n’ont pas su asservir l’Electricité? Les vieilles légendes mythologiques, les contes populaires ont peut-être conservé les souvenirs de leur magie, dont nous ne faisons aujourd’hui que retrouver les secrets...


C’est au fond du Champ de Mars que l'Électricité a son Palais. La façade, légère et compliquée, semble l'architecture irréelle d’un palais des Mille et une Nuits; c’est une dentelle de verre et de métal, constellée de pierres précieuses.

Au sommet se dresse l'image même de la déesse, debout sur un char attelé d’hippogriffes et auréolée tout entière d’un soleil , de cristal.

Devant le Palais, en avant-corps, s’élève un monumental Château-d’Eau; de son porche jaillissent des cascades qui roulent et s’étalent, de degré en degré, jusqu’aux pelouses du Champ de Mars.

L’eau jaillit d’une immense grotte, à laquelle est agrafée une série de vasques superposées, où se brise une nappe d’eau de 30 mètres de hauteur et de 10 mètres de largeur au milieu de laquelle émerge une allégorie un peu compliquée, représentant « l'Humanité conduite par le Progrès, s’avançant vers l’Avenir »; deux personnages étendus à terre et foulés aux pieds par le génie du motif représentent la routine. A droite et à gauche s’allongent deux galeries, que terminent des rotondes, surmontées de coupoles.

Derrière ce décor de rêve est bâtie une usine; le contraste est saisissant. De chaque côté de l'ancienne Galerie de Trente mètres s’étendent deux cours couvertes, de 117 mètres de long sur 40 mètres de large, où, entre les bases énormes de cheminées de 80 mètres de hauteur, s’aligne une armée de chaudières : ce sont les chambres de chauffe. Là, jour et nuit dans un sourd bourdonnement, s’élabore la force mystérieuse que de minces fils métalliques répandent partout sous forme de mouvement et de lumière. Un chemin de fer spécial apporte constamment du combustible qu’on enfourne sous les chaudières où, chaque heure, 200,000 litres d’eau se transforment en vapeur. Cette vapeur conduite au rez-de-chaussée du Palais, y actionne des moteurs accouplés à de puissantes dynamos, qui produisent un courant d’une force de 40,000 chevaux.


Ce chiffre ne dit rien si on ne le rapproche de ceux des Expositions précédentes : la comparaison fournit un remarquable exemple du développement de l'utilisation électrique depuis cinquante ans :
En 1855 la force motrice électrique utilisée était de 350 chevaux; en 1867, de 525 chevaux; en 1878, de 2,500 chevaux; en 1889, de 6,500 chevaux; en 1900 elle est de 40,000 chevaux, dont 20,000 en Service simultané.

L’ensemble des machines électrogènes comprend trente-huit groupes, dont dix-neuf appartiennent à la section française située du côté de l'avenue de La Bourdonnais, et dix-neuf aux sections étrangères rangées du côté de l'avenue de Suffren. Au point de vue de la production, les groupes français sont inférieurs aux groupes étrangers. Ils ne donnent que 8.000 kilowatts environ, tandis que leurs concurrents en donnent 12.000, sur lesquels plus de 4 000 sont fournis par l'Allemagne seulement.

Les plus forts moteurs de l’Exposition se trouvent, en effet, dans la section allemande; ce sont d’abord deux dynamos Siemens et Halske, actionnées par des machines Williams-Robinson et Borsig, de 2.400 chevaux chacune; viennent ensuite les machines de la maison Schuckert (2.000 chevaux) et de la Société électrique d'Augsbourg (1.900 chevaux).

La section française renferme un certain nombre de moteurs d'une force supérieure à 1.000 chevaux; le plus puissant est la machine Dujardin, de 1.500 chevaux, actionnant les dynamos Schneider et Cie.

L’énergie produite par cet ensemble de groupes électrogènes est exclusivement employée à l’éclairage général, à la transmission de la force motrice et au service des ascenseurs et chemins élévateurs. Du Trocadéro à l’Ecole Militaire, du pont d'Iéna au pont de la Concorde elle fait ronfler les Machines, précipite la marche des trains, jaillit en gerbes de flamme, serpente en lignes de feu sur le fronton des monuments, embrase l’eau des bassins de lueurs colorées. Un seul homme, promenant ses doigts sur un clavier, suffit à distribuer en tous lieux le mouvement et la lumière. Le poste d'aiguillage se trouve sous le Château d’Eau même; c’est une galerie dont la paroi porte deux tableaux, longs de 24 mètres, chargés d’appareils de direction, de contrôle et de sûreté. La nuit, à chaque changement dans la distribution des courants, de longues étincelles bleuâtres y claquent et crépitent, et le mécanicien, âme invisible de la fête qui se donne au dehors, d’une simple pression sur un ressort enfante des prodiges qui font pousser des cris d’admiration à la foule accourue des quatre points du monde. (1).

(1) Voici, en dehors de l’éclairage des jardins, des avenues et des palais secondaires, quelle est la répartition de l'éclairage électrique dans l'Exposition :
Château-d’Eau : 1100 lampes à incandescence.
Palais de l'Electricité: 12 lampes à arc et 5.000 à incandescence.
Salle des Fêtes : 4 500 lampes à incandescence.
Porte Binet: 36 lampes à arc et 3.116 á incandescence.
Jardin des Champs-Elysées : 174 lampes à arc.
Esplanade des Invalides: 60 lampes á arc.
Palais des Invalides : 2.136 lampes à incandescence.



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