L'architecture à l'Exposition de 1900

Paris 1900 - Architecture, pavilions, gardens, urban furniture
Avatar du membre
worldfairs
Site Admin
Messages : 8054
Enregistré le : 21 juin 2004 09:41 pm
Localisation : illkirch
Contact :

L'architecture à l'Exposition de 1900

Message par worldfairs »

Texte et illustrations de "La construction moderne - 12 mai 1900"

AU GRAND PALAIS DES CHAMPS-ELYSÉES

Le salon décennal des Beaux-Arts.

L’architecture, formant la classe 10 du groupe II (Œuvres d’art) à l’Exposition universelle, a été principalement exposée au Grand Palais des Champs-Élysées, en tant que dessins, photographies, etc.

Et, en ce qui concerne l’architecture française, les dessins en sont placés au 1er étage (grand escalier faisant face à l’entrée, montée de droite) dans les galeries ou balcons prenant jour sur le grand hall vitré.

Prétendre que tout soit pour le mieux en cet emplacement bien aéré et recevant le jour du grand comble — dit "en dos de malle" par les grincheux — serait trop optimiste. Il est juste d’observer que si la moitié, au moins, des exposants a lieu d’être satisfaite, ses dessins recevant pleine lumière d’en haut, l’autre moitié a ses cadres ou châssis tournant le dos à ce jour abondant; et leurs vitres, miroitant, réfléchissent les œuvres des concurrents d’en face au lieu de lustrer celles qu’elles protègent trop bien contre le regard des amateurs. Les auteurs eux-mêmes ont peine à s’y reconnaître en cet agaçant miroitement.

— Enlevez les verres !

Au surplus, MM. Bœswilwald et Mayeux se sont surpassés pour placer et agréablement grouper les œuvres très marquantes acceptées, avec une sévérité que l’occasion et l’emplacement rendaient obligatoire, par MM. les jurés officiels qui se nomment Vaudremer, Daumet, Pascal, Bœswilwald, Defrasse, Mayeux, de Baudot, Benouville, Bernier, Chancel, Coquart, Corroyer, Courtois-Suffit, Deglane, Gautier, Girault, Guadet, Frantz-Jourdain, Laloux, Lisch, Loviot, Magne, Moyaux, Nénot, Normand, Paulin, Plumet, Raulin, Redon, De Gisors, Sédille et Selmersheim — c’est-à-dire l’Institut et le Moyen-âge, les Bâtiments-Civils et les Monuments Historiques, les professeurs et les praticiens, les traditionnels et les Néo-Stylistes, les jeunes et les anciens ; c’est-à-dire le dessus des paniers divers, rassemblé en un éclectique aréopage accepté de tous et représentant toutes les convictions.

249 envois français ont été ainsi acceptés et placés au mieux. Pour les lecteurs de la Construction Moderne comme pour nous, ces œuvres, presque toutes, d’un haut intérêt soit par l’invention et l’étude, soit par le relevé et le rendu, sont de bonnes et point trop vieilles connaissances : Car en dix ans, bien vite passés, le temps n’a pu effacer chez nous le souvenir d’œuvres vues aux concours publics, aux Salons annuels, "sur le tas" ou dans les publications spéciales. Mais rien n’est plus réconfortant que cette revue de belles choses ainsi débarrassées d’un voisinage médiocre ou de développements oiseux, rehaussées au contraire par une brillante concurrence.

Et ce n’est point pour nous seuls qu’est battu ce rappel : L’art étranger se manifeste, sous le même toit vitré, avec abondance et une émulation telle qu’il était bon, pour l’art national, de paraître avec tous les avantages qu’on lui reconnaît d’ordinaire.

En effet, parmi les nations qui veulent compter comme puissances artistiques voici l’Allemagne, avec 50 envois d’architecture, l’Autriche et ses 85 morceaux, le Danemark qui en présente 50, les États-Unis 33, l'Angleterre 46, la Hongrie 19, la Croatie 25, les Pays-Bas 20, la Suède 63 ; voilà donc près de 400 œuvres d’architecture exposées en dessins, photographies, modèles ou même en nature (pavillons étrangers), sans compter l’Italie, le Portugal, la Roumanie, Monaco, la Grèce, l’Espagne, la Bosnie, etc., dont les envois réunis fournissent encore une cinquantaine de morceaux.

On remarquera que la photographie a pris rang parmi les moyens graphiques décidément acceptés comme figuration de l’œuvre exposée ou présentée, soit comme reproduction de projets dessinés, exécutés ou non, soit comme témoignage d’exécution. A la section française, un maître, M. Vaudremer, a donné l’exemple en envoyant tout bonnement les photographies des divers aspects de son église grecque de la rue Bizet; et plusieurs autres artistes ont fait de même. Le « dessin pour le Salon » va devenir un luxe non exigible.

A l'étranger, certaine nation n’envoie que des photographies, ou peut s'en faut, comme preuves du talent de ses architectes, avec le spécimen en nature de son architectonique.

Mais, en tous cas, à la main ou à l’objectif, ces preuves graphiques sont triées sur le volet de chaque gouvernement responsable : Chacune envoyé ce qu’il croit le fin du fin.

La joute internationale sera donc intéressante.

Il est permis toutefois de regretter, au point de vue technique ou de l’enseignement mutuel, que la photographie toute sèche, sans indication de couleur, sans profils géométraux, sans détails de forme et de structure, arrive à remplacer le travail graphique de l’architecte, dans les manifestations publiques d’un art où les colorations de la matière, les finesses du modelé et les ingéniosités de construction jouent un grand rôle.

Nous commencerons, s’il vous plaît, par la section française, où les détails descriptifs seront inutiles, puisqu’une simple citation du sujet de chaque œuvre sera un rafraîchissement de mémoire suffisant pour nos lecteurs, sauf pour ce qui est des œuvres d’architecture n’ayant figuré à aucun des salons de la décade dernière.

Nous voici donc, en haut de l’escalier aux rampes formées d’une végétation métallique et cornière du plus original effet. Le buste en bronze de feu P. Sédille, par M. Allar statuaire, est placé sur le socle à l’entrée de la galerie d’architecture : l’artiste si regretté était membre du Jury; le portrait, plein de vie et d’esprit, rappelle la finesse, la distinction, la noblesse du talent auquel on doit de si beaux décors d’architecture dont, par exemple, la grande “ Cheminée monumentale ” exécutée à Sèvres et figurant ici, avec son arcade trop creuse au-dessus du chambranle, et la superbe guirlande qui encadre ce vide à fond bleu sombre d’une nuit d’été, avec ses jolies cariatides modelées par le dit M. Allar.

A Domrémy, M. Sédille avait élevé à la mémoire de Jeanne d’Arc une charmante basilique, aux assises de tons alternés, qu’accompagnent, en ailes, une communauté religieuse à gauche et une hôtellerie de pèlerins à droite — cette dernière non exécutée. Toutes les qualités du maître Néo-Florentin se reconnaissent en ce bel ensemble.

Nous parlions de vieilles et nobles connaissances; les voici : les envois de Rome, de M. P. André (Forum et théâtre d’Oslie), ceux de M. Eustache, superbes de couleur, merveilleux de finesse, les décors de M. d’Espouy (Musée de Nantes et aux thermes du Mont-Dore), décors riches, brillants, d'un dessin châtié, savante broderie d’architecture; les dessins et envois du regretté pensionnaire de France Pille (Banque de France et tombeau de Médicis); ceux de MM. Sortais, Breffendille, Tournaire, façade aux Sgraffitti les « ruines de Timgad » de M. Ballu, dont un plan et des détails bien curieux de ces restes antiques émergeant du sol de notre Algérie; les fresques gréco-romaines « de la Farnésine » par M. Chédanne, et sa colossale étude du Panthéon de Rome, rectification d’origine et de relevés antérieurs, avec, pour la comparaison piquante, une restitution du vrai « Panthéon d’Agrippa » suivant l’auteur du moderne “ Palace-Hôtel ”, qui s’autorise d’un passage de Pline (L. 36. C. 65) : « Diogène l’Ahénien décore le Panthéon d’Agrippa de cariatides... les chapiteaux des colonnes sont en bronze de Syracuse... ». Le Panthéon restitué ici serait un temple rectangulaire dit « hypêtre » à ciel ouvert.

(A suivre.)


Pour tout savoir sur les expositions universelles et internationales.
http://www.worldfairs.info

Avatar du membre
worldfairs
Site Admin
Messages : 8054
Enregistré le : 21 juin 2004 09:41 pm
Localisation : illkirch
Contact :

Re: L'architecture à l'Exposition de 1900

Message par worldfairs »

Texte et illustrations de "La construction moderne - 19 mai 1900"

AU GRAND PALAIS DES CHAMPS-ELYSÉES

Le salon décennal des Beaux-Arts.

Si « dans le neuf », pourrait-on dire, le récent triomphe international de M. Emile Bénard à San Francisco est bien pour flatter notre amour-propre national, pour confirmer la suprématie de l’école française d’architecture, la rectification historique ou archéologique due à M. Chédanne sur les origines du Panthéon de Rome (dit jusqu’ici d’Agrippa, et dont les briques du gros œuvre portent la marque du grand fabricant et impérial bâtisseur Hadrien), ce coup de bistouri porté au flanc de la tradition est bien * dans le vieux », d’une agréable satisfaction pour l’archéologie française : ici l’Histoire est écrite aux entrailles du colosse dont l’inscription frontale, en partie effacée, laissait place, depuis des siècles, à une fausse interprétation du texte de Pline. Pourtant, des « cariatides » et des « chapiteaux en bronze » dudit texte, on n’a jamais pu retrouver les traces autrement que sur le Watmann des « restitutions ». M. Chédanne s’en tient aux briques marquées.

Le gouvernement italien continue, paraît-il, sa confiance à notre confrère Chédanne, en ce qui concerne la recherche du vrai Panthéon d’Agrippa dont les parties basses, en partie retrouvées sous le portique de Septime-Sévère — devanture ajoutée à la rotonde funéraire d’Hadrien — subsistant encore, sous le sol de la place, ont été découvertes et relevées par M. Chédanne.

— Qu’un architecte ose, ainsi, déranger la vénérable croûte des autorités archéologiques arcboutées sur les textes, n’est-
ce pas un comble! Et il refuse de chausser les vieux sabots de ses devanciers !!

Des belles ruines du « château de Tonquédec », le Pierre-fonds breton, M. Marcel a tiré une restitution complète; et des souvenirs orientaux aux Invalides de 1889, le même artiste a tiré son « pavillon japonais » honoré de la grande médaille du Salon : souplesse de talent et conscience du dessin dignement récompensés.

Voici les curiosités « d'Angkor-Thôm », relevées par M. Fournereau, l’intrépide missionnaire archéologique de France en Extrême-Orient, le dessinateur encore plus intrépide; ces étrangetés monumentales contrastent d’une façon piquante avec le « Versailles » et les deux « Trianons » complètement redessinés par M. Lambert pour l’édition Marne : d’un côté, l’amoncellement pyramidal et gradiné de richesses décoratives étonnantes, singulières, mais sans proportions d’ensemble ; de l’autre, la science raffinée du plan d’ensemble, la fière sobriété de l’ornementation et le sentiment de l’humain quoique royal abri; ici la demeure d’un roi et de ses reines, le palais ouvert aux grands de naissance et aux riches d’esprit ou de talent; là-bas, l’antre des dieux croquemitaines qu’un peuple enfantin et raffiné aime à voir brodé, sur toutes les coutures, de tout ce qui amuse en faisant peur.

M. Lambert donne encore de bons détails restaurés des flèches de la cathédrale de Tours (XVIe siècle), avec des plans d’ « icelle » et de l’archevêché (inédits).

M. Benouville travaille dans le « vieux-neuf » , son « Vieux Paris » amusera plus qu’il ne fera peur, parsemé sur les berges de la Seine, en face des nationalités diverses qui « venisent » l’autre bord dû fleuve. Mais n’oublions pas le Benouville modern-style dont on connaît les amusantes recherches d’ornementation inédite, au dedans comme au dehors d’habitations parisiennes ou provinciales.

Ces deux faces d’un même artiste — sans compter sa facette d’ingénieur— le plaçant au groupe des historiques dont M. de Baudot est le grand-prêtre modernisant, avec ses « salles de fête », son « restaurant » et son « église de Montmartre» en ciment armé et orné de toutes pièces; et aussi au groupe des néo-stylistes dont M. Selmersheim fils et son collaborateur M. Plumet (ou vice-versa), M. Bonnier avec sa « mairie de Templeuve » et ses habitations fin-de-siècle, sont les apôtres déjà célèbres.

M. Magne, tandis qu’au père putatif du Panthéon M. Chédanne s’attaquait, expertisait le « Parthénon » d’Athènes et y relevait, lui aussi, pas mal de choses inédites ; puis il reconstruisait l’église de Bougival qu’il dénominait « Parthénon français » ; son « hospice d’Aurillac », son « monument Talabot » sont connus de nos lecteurs ; les relevés : « crypte de Saint-Seurin et sarcophage mérovingien (Bordeaux) » sont à voir ; et son « pavillon de la Grèce » est visible pour tous, et pour six mois seulement, sur la rive gauche de la Seine.

Le « Parthénon inconnu », depuis son incinération par Xerxès (480 av. J.-C.), ne l’est plus depuis que M. Charles Normand en a développé la restitution que vous savez, fort documentée au moins pour certains détails, en un formidable travail académique que l’Académie a su apprécier. « Méta-ponte » aussi.

Quelles résurrections ! quelles reconstitutions ! quelles rectifications !

Plus terre-à-terre, M. Paul Normand (frère de Charles) continue sa « prison de Douai » et fait de l’aquarelle d’architecture en « Italie, Grèco, Egypte ».

— Ah ! voici le buste d’un défunt : M. Albert Lenoir, notre ancien professeur d’Histoire de l’Architecture à l’Ecole des Beaux-Arts. Saluons ce témoin vénérable de nos irrévérencieux ébats à la grande cour de la rue Bonaparte. Vous en souvenez-vous ?

M. Pontremoli rappelle ses envois de Rome : « Pergame » et « Renaissance italienne » des dessins façon Lebas (c’est-à-dire très sages et lavés savamment).

De M. Selmersheim père, l’inspecteur général, voici de précieux dessins, pourtant faits sans inutiles minuties, mais empreints de la connaissance du sujet : « N.-D. d’Epernay » et « Saint-Urbain-de-Troyes » ; de M. Boitte ; « la Grotte des Pins à Fontainebleau », restauration des thermes de François l", dont il ne reste guère qu’une voûte, et dont les «niches», dit l’Abbé Guibert (Dcscr. hist, clc Fontainebleau), permettaient que « le roi, à l’aide de miroirs de réflexion, enchâssés dans la rocaille, put apercevoir, indiscrètement, l’intérieur du « bain des dames ». — Déjà, en 1540 !

Le « Cambodge chinois » est l’objet des prédilections artistiques de M. Tissandier : l'Encyclopédie de l'Architecture a mis ses lecteurs au courant de ces prestigieux dessins de l’architecte voyageur. Les envois académiques de M. Sortais le « Canope de là Villa Hadriana », son « Prix de Rome », son « concours de l’Exposition » et divers projets exécutés (monuments funéraires! constituent un fort honorable et intéressant voyage. M. Nodet, avec une « école nouvelle aux Roches (Eure) » ; très nouvelle par son plan d’ensemble disséminé en un grand parc, sur un programme largement entendu, envoie des relevés consciencieux et dignes des Archives, déjà si riches, des M. H. : « Saint-Just de Narbonne et Saint-Hilaire d’Aude ». Très serrés encore les dessins de M. Vinson, « Saint-W. d’Abbeville ».

(A suivre.)
Pour tout savoir sur les expositions universelles et internationales.
http://www.worldfairs.info

Avatar du membre
worldfairs
Site Admin
Messages : 8054
Enregistré le : 21 juin 2004 09:41 pm
Localisation : illkirch
Contact :

Re: L'architecture à l'Exposition de 1900

Message par worldfairs »

Texte et illustrations de "La construction moderne - 26 mai 1900"

AU GRAND PALAIS DES CHAMPS-ELYSÉES

Le salon décennal des Beaux-Arts.

Mais quittons un peu les fervents de l’Art ancien (Romains et Historiques) pour les ardents de l’art récent, sinon nouveau.

Auprès de sa « Bourse d’Amsterdam » (médaille d’honneur après 1e prix du concours), M. Cordonnier nous montre son « hôtel de ville de Dunkerque », l’art flamand et ses splendeurs modernisées par l’emploi du 1er à l’intérieur (salle des fêtes) : tradition locale et progrès.

Le « Palais (définitif celui-là) de la Bénédictine, à Fécamp », et sa maquette en plâtre, envoyés par M. Albert, donnent une fière idée de ce que gagnent — bon an, mal an — ces distillateurs : seuls les projets flamands et hollandais ci-dessus mentionnés pouvaient soutenir le voisinage princièrement riche de cette usine palatiale, non monacale : C’est joli et pittoresque malgré le grand luxe.

M. Scellier de Gisors se distingue hautement par l’élude de la ligne de la masse, des pleins et des vides proportionnés, par un affinement de la silhouette et une hardiesse des saillies horizontales, par ce je ne sais quoi de bien goûté qu’il est bien difficile d’acquérir en l’absence du don naturel : c’est son « Timbre » surtout (à Montrouge), puis son amusante et jolie « gare-exèdre » passagère pour le Tzar, à Passy ; puis ses pavillons des « Colonies » au Trocadéro, du « Sénégal-Soudan » (id.), des « Dioramas » et des « Anciennes Colonies », sans parler de son projet de Grand-Prix pour l'installation rêvée des « Colonies » de 1900 à Saint-Cloud : C’était d’un féroce vandalisme mais d’une fière tournure artistique.

Un souvenir de 1889 par M. Raulin, l’architecte de la belle « Salle des Fêtes », abritée sous le comble Dutert : « Palais des Produits alimentaires en 1889. »

A des traditions d’école et de famille, M. Ruprich-Robert fils s’attache pour donner toute la saveur monacale possible à son « Institut Catholique », mais, en même temps tout l’esprit et le sentiment aigu de la forme que lui a légué son Père : structure irréprochable en son rationalisme, austère mépris pour les supercheries de l’ornementation, industrieuse entente des ressources de la coloration naturelle (parements de murs intérieurs en briques vernissées posées en épis) : voilà des qualités respectables. A citer de même et à voir : joli détail de lucarne (XVIe siècle) du « Château d’Amboise » (restauration).

De M. Frantz-Jourdain : La « Bibliothèque de Vertheuil » (C. M.), une gentille « Villa à Bouffémont » où l’on doit bien dîner, un « Panorama d’Iéna » et une « Parfumerie » à l’E. U. de 1900. Nous connaissons de longue date le verveux journaliste doublant un architecte très moderniste, très « dans le train » et tombeur de « pompiers ». Cet honorable juré a dû prendre beaucoup sur lui pour ne point crever, au déballage, certains châssis tort bien placés pourtant.

Le « pavillon de Sèvres », celui du « Printemps » et « l’installation décorative de la Cl. 71 à l’E. V. » sont des morceaux d’architecture polychrome et céramique d’une grande finesse de coquetterie, d’une élégance toute luisante des friandises delà couleur. «Sèvres» est un Casino idéal pour coin de paradis terrestre, bonbonnière pour baptême de fées.

— A la bonne heure : C’est d’une unité céramique qui, seule, peut passer intacte, ou à peu près, à la postérité — tandis que ces pavillons de pierre laiteuse à « culotte » future, enrichis de faïences polychrome et vernissées. Reste à savoir ce que coûterait une bonne case ainsi cuite à Sèvres?

(A suivre).
Pour tout savoir sur les expositions universelles et internationales.
http://www.worldfairs.info

Avatar du membre
worldfairs
Site Admin
Messages : 8054
Enregistré le : 21 juin 2004 09:41 pm
Localisation : illkirch
Contact :

Re: L'architecture à l'Exposition de 1900

Message par worldfairs »

Texte et illustrations de "La construction moderne - 9 juin 1900"

Si les Batigny sont rares aux salons annuels, notre éminent confrère et ancien condisciple donne, cette fois, beau signe de vie, avec son « Ecole des Arts et Métiers de Lille.» L’importance des travaux accomplis par M. Batigny, à Valenciennes (hôtel de ville et église), à Lille (église), à Béthune (collège Saint-Waast), à Roubaix (hôtels particuliers), etc., etc., explique la rareté d’envois qui, en province surtout, où le « Nègre » est oiseau rare, prennent trop de temps à l’architecte affairé.

Les écoles d’art et les musées de province poussent comme cryptogames sous la baguette d’enchanteurs connus : le « Musée de Bordeaux par M. Bauhain, celui de Nantes par M. Josso, édifice récemment inauguré et dont le modèle trône sur socle damassé en regards des dessins, — puis l’Ecole Nationale et Musée d’art décoratif de Limoges par M. Mayeux, qui.a su mettre .à contribution les ressources locales, matérielles et artistiques, en une jolie et tout intime néo-Renaissance : le granit, les briques émaillées, les « Sgraffiti » d'un effet si original et dont l’art fait tous les frais. Les « fantaisies architecturales » du même artiste font la joie des amis du Piranèse et de Panini —deux décorateurs de génie auquel M. Mayeux semble apparenté en ses rêves.

Rêves bleus, peut-être bien réalisables, sont les compositions assurément saisissantes de M. Hannotin, dont nous connaissions déjà le « Sanatorium » et ses dortoirs à la belle étoile : voici encore une « Nécropole » avec monument d’incinération, très caractérisé; un «Couvent» pour les Pères Blancs dans l’Atlas, d’un monacal primitif, et d’une intensité de rendu sombre mais transparente et assez peu commune pour retenir l’attention.

La « Salle des Fêtes » de M. Loviot et celle de de M. Baudot sont, à des titres bien différents, propositions « pour 1900 » restées platoniques, mais qui dénotent chez leurs auteurs, une générosité d’imagination ou d’invention fort honorable. Tandis que M. Loviot remue des formes admises jusqu’ici, étale des couleurs vues, ajuste des proportions approuvées, M. de Baudot se montre préoccupé de structure nouvelle (ciment armé) au point de vouloir révolutionner, à l’aide de ces innovations soumises au régime rationaliste, les formes architectoniques connues; ou mieux il les voudrait oublier, ces formes, et tout à fait, pour produire du nouveau de toutes pièces : 1’ « Eglise Saint-Jean de Montmartre » serait le temple-berceau, déjà réalisé en partie, de cet art que doit régénérer la Raison toute pure — en rejetant toutes traditions plastiques et décoratives.

D’autres novateurs connus forment, sans armer le ciment, un groupe donL nous avons à parler, sauf le respect dû aux vénérables tentés de dire, péremptoirement, qu’il n’y a point d’ « art nouveau » sous le soleil.

— Pardon! tout effort mérite remarque.

L’avant-garde en question comprend : MM. Bonnier, Plumet, Benouville, Genuys, Hannotin, Jourdain, Risler, Ruprich-Robert, Sandier (de la Manufacture de Sèvres), et d’autres dont les envois font défaut ici : tels M. Lambert (Théodore), M. Guimard, M. Seltnersheim.

Plusieurs de ces hardis font, on l’a vu, partie du Jury. Ainsi « l’Art nouveau » avait ses entrées assurées au Grand Palais, comme le « ciment armé » avec M. de Baudot.

Les hardiesses de ces artistes et le succès relativement considérable dont le public encourage leurs efforts prouvent la lassitude d’un grand nombre vis-à-vis de l’abus qu’on a fait de la copie plus ou moins interprétée, de l’imitation trop superficielle de l’art ancien. On a soif, non pas de naïveté impossible, ni de bizarrerie alambiquée, mais de cette fraîcheur d'idées, de cette originalité personnelle, individuelle, que s’efforcent de retrouver nos jeunes confrères.— Les vieux peuvent s’en rire : on veut se mettre au vert, quand bien môme ce serait chicorée amère.

De cette école buissonnière, courue par nos zouaves de l’art décoratif, il restera bien quelque chose : Ils nous apprendront, ces jeunes tirailleurs, dont certains sont déjà chevronnés — à voir les choses d’art à l’œil nu, et non plus seulement au travers des besicles vénérables de nos maîtres anciens, qui, s’ils revenaient sur terre, riraient bien de nos moyens optiques.

Au lieu de chiffonner une rocaille moderne en clignant de l’œil sur un trumeau de la Pompadour ; au lieu de chantourner des meneaux en cherchant des points de centre d’un « fenestrage » du XVe siècle, s’habituer à trouver le « pourquoi » de l’effet produit autrefois et le « comment » de celui qu’on veut produire aujourd’hui; apprendre les secrets et les beautés de la langue dans la fréquentation des bons auteurs, anciens ou modernes; et dire ensuite ce qu’on a sur le cœur, sans feuilleter les bouquins ; faire œuvre de soi, « faire souche », sans avoir pour cela l’œil sur les portraits de famille, au risque d’en perpétuer les tics et les grimaces plutôt que la bonne mine et la pensée : N’est-ce pas là ce qui devrait distinguer l’art libre et fécond de la stylomanie ?


Quant à vouloir prendre pour idéal de ce renouveau dans l’art, le « Manoir à l’envers »,— corniche en bas et plinthe en l’air—qui figure quelque part à l’E. U.; quant à vouloir imaginer des bonhommes sans nez ni oreilles, sans bras ni jambes et sans proportions naturellement plaisantes et habituelles : tel n’est point, sans doute, le moyen désaltérant susceptible d’apaiser la soif d’originalité ou mieux le dégoût du < rebattu » que manifeste certain public.

Non, voir, penser et produire en son temps, personnellement, après acquis nécessaire de ce qu’enseigne l’art du passé : voilà ce qu’on veut des artistes après éducation faite en ce sens, en des écoles où la tradition n’étoufferait plus la sève mais éclairerait l’exercice des facultés artistiques où, sans orthographe, on ne croirait pas devenir littérateur diplômé.
Pour tout savoir sur les expositions universelles et internationales.
http://www.worldfairs.info

Avatar du membre
worldfairs
Site Admin
Messages : 8054
Enregistré le : 21 juin 2004 09:41 pm
Localisation : illkirch
Contact :

Re: L'architecture à l'Exposition de 1900

Message par worldfairs »

Texte et illustrations de "La construction moderne - 23 juin 1900"

AU GRAND PALAIS DES CHAMPS-ELYSÉES

Le salon décennal des Beaux-Arts.

N’est-il point regrettable de constater le vide presque absolu des galeries de l’exposition décennale d’architecture et aussi de celles qui contiennent au rez-de-chaussée du Grand Palais l’exposition centennale des dessins d’architectes? Seuls, en effet, quelques égarés de Besançon ou de Carpentras, absolument étrangers à l’art monumental mais qui veulent avoir tout vu, éprouvent un étonnement silencieux et rural devant les châssis hiéroglyphés ou les cadres miroitants de nos confrères, de nos maîtres.

Quant aux élèves, qui n’auront pas souvent si commode occasion de voir, en un bouquet, toutes les perfections si étudiées de leurs aînés au talent reconnu, ils sont absents tout comme les grands; à une contemplation pourtant si profitable d’un labeur graphique, de la pensée architectonique dessinée avec sincérité ou coquetterie depuis dix ans, nos jeunes camarades préfèrent, sans doute, les gourmandises de la peinture, de l'aquarelle ou les éblouissements des architectures toutes faites qui meublent les bords de la Seine. De ces modèles hâtifs, de ces pastiches pittoresques, de cette charmante mais toute foraine et passagère architecture, on les verra malheureusement, plus tard, reproduire, en composition scolaire, non la verve et les qualités gracieuses, mais plutôt les défauts inséparables de toute œuvre commandée “ à la minute ”. C’est fatal, ce choix du côté faible dans l’imitation des morceaux à succès, par un emballement juvénile.

Tandis que les architectes donc, jeunes ou vieux, et insoucieux des œuvres exposées en dessin, — des leurs propres comme de celles d’autrui — plongent au sein des foules et comme de simples mortels, courent aux clous à succès, pour eux tous plus tard rassasiés, ordonnons ces notes prises dans le recueillement des galeries d’architecture.

Aussi bien, notre lâche est-elle loin d’être terminée ; car en dehors de la “ Décennale ” et de la “ Centennale ”, de l’art français et de l’art étranger on en mit partout, des dessins d’architecture : Aux “ Colonies ”, aux pavillons de diverses nations, à l’Assistance publique, à l’Enseignement, à l’Économie sociale, au Génie Civil, etc., etc., Si le Jury des Beaux-Arts n’a rien eu à voir en. ces derniers envois, il n’en est pas moins à noter ce que la satisfaction de chaque administration “ cliente ” prouve pratiquement, en faveur du plan exposé, après preuves faites. Ici comme là, l’architecte a droit à nos remarques.

— Reprenons la revue de la “ Décennale ”.

Nous revoici en face de vieilles connaissances à succès : Le “ Château d’Ecouen ” grande monographie restaurée de M. Dutocq et le “ Château de Mesnières” de M. Conin, la “ Ca d’Oro ”de M. Defrasse et son “ Enceinte sacrée d’Épidaure ”, un morceau de rendu brillant et un grand travail de restitution antique (dont nous avons parlé, lors des “ envois de Rome ”) ; les travaux archéologiques de M. Ballu en Algérie, son “ Monastère de Tebessa ” et ses “ Ruines de Timgad le “ Château de Bressuire, en Poitou ”, relevé et restauré très complètement par M. Barbaud et le“ Musée des Médailles à Bordeaux ” de M. Bauhain qui expose aussi son “ Palais pour l’exposition des Beaux-Arts”; le “Château de Valmont”
(Fx Ier) restauré par M. Lisch fils; 1’“ Abbaye de Fonlevrault” relevée par M. Ridel dont le “ Musée des Beaux-Arts ” est décidément fort bien étudié à l’intérieur comme en façade, et méritait bien, par la pureté des formes, le Prix Duc décerné à l’auteur.

Voici encore, dans les travaux historiques, l' « Abbaye Saint-Georges de Boscherville » de M. Besnnrd (Jean), restauration très développée, très soignée, avec fort peu de documents d’étal actuel; le « Saint-Wandrille », même genre de travail, mais à petite échelle, très finement dessiné, de M. Sainsaulieu; trois églises anciennes (Trois-Moustiers, Triel et Redon), relevées, analysées sérieusement, et sans lard, par M. Balleyguier; l’abbatiale de « Saint-Malhieu-de-fine-terre », relevés et dessins soignés, consciencieux, de M. Chaussepied; le « château de Châteaubriand (L.-Inf.) », de M. Mauber; la « lanterne de Chambord », de M. Desbois;

« Augusta Trévirorum », de M. Boutron, ses thermes du Ive siècle, restitués d’après état actuel, et des développements graphiques, prouvant, de reste, science, érudition et talent raisonné; l’ « Eglise du Petit-Andelys (Eure) », relevé sommaire mais complet par M. Aurenque; le « Josselin (Morbihan) », type splendide du riche manoir armoricain au XVe siècle, et l’ « Hôtel d’Alluye » à Blois, par l’artiste travailleur obstiné, infatigable, compréhensif et coloriste, M. Laforgue, amoureux de la Renaissance Française.

« Jumièges » (S.-Inf.) a fourni à MM. Viatte et Guédy le sujet d’une étude intéressante; nous en avons parlé à propos d’un récent Salon; et M. Guédy tout seul envoie des reproductions de peinture sur bois, s à la Chapelle de Viaulnay (Château-Gonthier) », ainsi qu’une « Danse macabre » à l’Abbaye de la Chaise-Dieu » : ces dessins, calmes, observés, vraisemblablement fidèles et bien caractérisés, sont un point de départ pour ce que l’auteur pourrait entreprendre plus tard avec succès en suivant cette voie. Une jolie aquarelle de M. Hista rappelle le décor exécuté au Collège de France, à la voûte du porche. M. Nénot envoie les « photos » de son œuvre immense « la Sorbonne », tandis que M. Bernier en l'ait autant pour les détails de son « Opéra-Comique » : Le premier, sympathisant avec son devancier Lemercier, apprend aux jeunes attentifs à goûter la largeur de lignes et la robustesse de profils des maîtres français du XVIIe siècle, tout en affinant ces qualités aux souvenirs de Rome où M. Nénot fut, comme on sait, pensionnaire de France. Le second semble, à la fois, préoccupé des finesses aristocratiques de la Cour de Cassation (Duc) et des grâces néo-grecques de l’Ecole des Beaux-Arts (Duban) : on choisirait plus mal ses patrons. Un fin casino Renaissance ou musée en miniature campé sur un joli empattement, c’est le « pavillon céramique pour la manufacture de Sèvres en 1900 », de M. Risler, qui trempe son compas dans les richesses d’une palette céramique fort enviable; le « pavillon du Magasin du Printemps à l’E. U. », et l’installation décorative de la « Classe 71 », montrent l’aisance imaginative avec laquelle ces ressources nouvelles sont mises à profil, par un véritable artiste.

(A suivre.)
Pour tout savoir sur les expositions universelles et internationales.
http://www.worldfairs.info

Avatar du membre
worldfairs
Site Admin
Messages : 8054
Enregistré le : 21 juin 2004 09:41 pm
Localisation : illkirch
Contact :

Re: L'architecture à l'Exposition de 1900

Message par worldfairs »

Texte et illustrations de "La construction moderne - 30 juin 1900"

M. Rives expose tout ce que nous connaissons déjà, et bien d’autres dessins encore; et il lui aurait fallu un pavillon spécial pour montrer tout ce que le Jury devait accepter, si notre confrère n’avait eu recours au collectionnement photographique. Ne pouvant tout citer de cet artiste aussi verveux qu’occupé, il suffirait de signaler le caractère cossu et noble de sa « Villa Thomas à Bellevue » que représente bien une ravissante aquarelle; puis sa « Villa Clairette à Sidi bel Abbés (Algérie) », aussi amusante par sa silhouette arabico-française qu’intéressante par le confort intérieur accusé au dehors. Tout le monde connaît les « Maisons de rapport » du même auteur, à Paris, et le cachet gracieux qu’il a su donner à ces casiers urbains. Et l'on verra, avec plaisir, faisant partie d’un frais paysage, ombré par la Tour Eiffel, le frais pavillon ou petit temple en latence émaillée dont le Touring-Club a demandé l’idée à l’auteur des Magasins Dufayel. Toutes les photos du monde et les meilleurs dessins ne valent pas, pour le public, ce moyen d’exhibition, en nature, ce cadre de verdure et cette traîne discrètement bruissante de la cascade qui trouble, à peine, le miroir vert du petit lac.

Le « palais » — comme on dit en Italie — que M. Janty a élevé en belle place pour un prince Bonaparte n’est-il pas, en y regardant bien, l’une des œuvres d'architecture les plus honorables de cette dernière décade? A recommander : l'entrée de la bibliothèque et le petit salon Directoire, la cour des communs, le palier au 1" étage et le plafond à oculus du grand escalier: mais le départ du même escalier au rez-de-chaussée ne répond point, semble-t-il, à la splendeur épurée du reste. N’est-ce pas trop brusquement passer au nu froid du sous-sol, — presque à la descente de cave?

M. Blondel compte, lui aussi, quelques clients susceptibles de faire les frais d’un beau programme moderne. Pour le prince Murat, à Chambly, il vient d’installer des « Communs » de luxe et d’utilité, dont la composition très large, très complète, rappelle les concours scolaires : écuries et remises de maître; logement de régisseur; écuries et remises de ferme, grange, atelier, usine, maréchalerie ; remise d’automobile, etc. Quelques dessins curieux et des croquis photographiques rendent compte de cette installation peu commune.

L’architecture religieuse, en dépit de l’indifférence marquée des pouvoirs publics pour ce genre d’écriture historique, est dignement représentée au « Salon décennal » ; et cela, soit par des envois de maîtres restaurateurs, soit par des dessins dignes des « Archives » de la rue de Valois, soit par des projets d’églises modernes.


(A suivre.)
Pour tout savoir sur les expositions universelles et internationales.
http://www.worldfairs.info

Avatar du membre
worldfairs
Site Admin
Messages : 8054
Enregistré le : 21 juin 2004 09:41 pm
Localisation : illkirch
Contact :

Re: L'architecture à l'Exposition de 1900

Message par worldfairs »

Texte et illustrations de "La construction moderne - 7 juillet 1900"

AU GRAND PALAIS DES CHAMPS-ELYSÉES

Le salon décennal des Beaux-Arts.

La plupart de ces artistes se tiennent éloignés du bruit et des déceptions des concours publics. Le recueillement indispensable à l'étude des choses de l’art ancien, aussi bien qu’à la pratique consciencieuse du métier d’architecte ; un naturel dédain professé par ces travailleurs, à l’endroit des récompenses octroyées — parfois au petit bonheur, à la fortune du pot — par arrêts rapidement enlevés ou plus longtemps disputés ; enfin le charme qui s’attache à ces travaux débarrassés des préoccupations industrielles, inséparables de l’architecture « bourgeoise » : C’est plus qu’il n’en faut pour expliquer la fixité des idées et des procédés séparant ces fidèles de l’architecture qu’on nommait autrefois « diocésaine », de celle qu’on pourrait aujourd’hui intituler « foraine » — toute révérence gardée —, et de celle que les heureux bâtisseurs d’édifices publics nomment communément « boutique», et même lorsqu’ils parlent de leurs propres incursions sur ce terrain épineux, mais souvent profitable des affaires de clientèle.

M. Vaudremer n’a point dédaigné, après sa belle « église grecque de la rue Bizet », que nos lecteurs connaissent au moins par dessins et croquis, l’emploi d’un terrain en bordure de l’avenue Henri Martin, où Mme la vicomtesse de T... trouve, aujourd’hui, le revenu d’un groupe de maisons à loyer, dont nous avons donné, ici, un échantillon. Mais le maître ne signale point ces « boutiques » à l’attention des visiteurs du Salon décennal.

M. Révoil, le grand restaurateur des églises du Midi, n’a-t-il point, entre temps, décoré de pâtisseries la table d’un hôtel de buveurs d’eau à Vichy? Cet artiste délicat ne nous parle, au Grand Palais de 1900, que de ses minutieuses études d’art décoratif religieux : « Ciborium du maître-autel de la cathédrale de Marseille » et « Porte en bronze de l’église N.-D. de la Garde, à Marseille ». Un tant soit peu cousin du ciborium de Saint-Pierre de Montrouge, celui de M. Révoil se coiffe gracieusement d’une coupole ajourée : ce que nous montre la photographie exposée.

M. Corroyer n’envoie qu’un morceau fort modeste, un « Tombeau érigé au Père-Lachaise » et photographié tout bonnement.

Ah! les gros bonnets de l’art chrétien ne se ruinent plus en dessins pour la montre. Ils laissent ce genre d’escrime aux jeunes. Et ces derniers laissent, à leur tour, ce soin aux photographes. Au moins pourraient-ils, ces messieurs, jeunes ou vieux, anciens ou nouveaux, y mettre un tantinet du leur et de couleur, un soupçon d’aquarelle, un rien, un peu de confiture sur ces tartines charbonnées.

Déjà, c’était morose, les salons d’ouverture; maintenant ce sera navrant; et cela même pour les jurys les plus bienveillants parmi ceux qu’élisent les intéressés.

M. Danjoy reste dans les bonnes traditions et montre aux jeunes comment on dessinait au bon temps; son autel en bronze doré pour « l’église d’Aire-sur-la-Lys » et les soigneux relevés de l’église sont à voir.

Des églises modernes, en voici quelques-unes : celle « de Gesson, près Saint-Brieuc», par M. Woog, jolie églisette de campagne, en granit bleu — trop bleu même—; celle de M. Robin, pour la paroisse « Sainte-Anne de la Glacière de Paris », grande et belle église urbaine, dont les tours se silhouettent bien, vues du parc de Montsouris; celle de M. Louzier (un élève de E. Millet) « pour le quartier Saint-Esprit, à Bayonne », à bâtir « sur un terrain vaseux », et dont une plate-forme de ciment armé supporterait la très jolie silhouette ; l’église « Sainte-Clothilde à Reims », élevée suivant la théorie chère à l’auteur, M. Gosset, c’est-à-dire portant un arrangement de coupoles inspiré des combinaisons de Sainte - Sophie de Constantinople, pour le plus grand effet visuel. M. Gosset varie ses recherches : après le Théâtre à évacuation possible et rapide, renouvelé de l’Antiquité — ce dont se soucient fort peu les autorités compétentes, — l’église de forme élancée , à couverture presque céleste, propre à exhalter l’esprit et le cœur des fidèles ; puis des chais mondains pour le Champagne mousseux et des hôtels privés, qu’un confortable achevé, et un aspect fort aimable rendent précieux aux Rémois raffinés.

Encore une église des champs, celle « de Montceaux-lès-Meaux (Seine-et-Marne) », petit édifice étudié dans le sens de la plus stricte économie par M. Lefol (moëllons, peu de pierre de taille ; voûtes en briques) et pourtant caractérisée : avec rien, quelque chose de bien.

Une chapelle, fort jolie à l’intérieur, par M. Wable (dont, au surplus, le « Paris pittoresque », le « Grand Palais des Arts décoratifs », le « Musée anthologique », sont autant d’œuvres empreintes d’une profonde religion artistique.

« Le Monastère des Carmes à X... » est un bijou parmi les couvents modernes, et M. Trinquesse loge aussi agréablement les laïques qu’il claustre les moines, si l’on en juge d’après les dessins de sa « Villa à Jullouville-sur-Mer » dite le « Chardon bleu » : c’est joli au possible et point banal du tout.

« Victimæ devolionis », monument aux Victimes du Devoir, serait une chapelle commémorative assez simple mais surélevée par une plate-forme d’exubérante forme: Gloire aux simples du cœur, ou l'apothéose des « Sans Panache ». L’auteur est M. Longfils.

Parmi les relevés, avec ou sans restauration, d’édifices religieux du temps passé, se remarquent ceux de MM. Ernest : « Abbaye de Longpont ( Aisne ) » ; Guinot : « Château de Cotanson (Loire) », un peu trop colorés peut-être et appuyés de photographies d’état actuel ; Vasnier : « Vitraux» de Chartres, d’une facture aussi large que d’un caractère vraisemblable, d’une élude attentive, comme ses copies de « peintures murales » à Chartres et à Saint-Sauveur de Caen : c’est tout bonnement... épatant.

Habitué aux savantes et fidèles reproductions ou interprétations de M. Laffilée, son « Etude sur la Peinture décorative en France, du XIe au XVIe siècle », nous semble un minime échantillon de l’œuvre énorme qu’il paraît poursuivre.
Pour tout savoir sur les expositions universelles et internationales.
http://www.worldfairs.info

Avatar du membre
worldfairs
Site Admin
Messages : 8054
Enregistré le : 21 juin 2004 09:41 pm
Localisation : illkirch
Contact :

Re: L'architecture à l'Exposition de 1900

Message par worldfairs »

Texte et illustrations de "La construction moderne - 21 juillet 1900"

AU GRAND PALAIS DES CHAMPS-ELYSÉES

Le salon décennal des Beaux-Arts.

Très étudié, très sérieux, le projet dessiné d’« église Saint-Maximin » (?) de M. Monestel et réduit par la photographie
pour tenir moins de place: c'est le contraire de ce qu’on fait d’ordinaire.

L’architecture funéraire, si chère aux architectes qui se piquent de soigner le détail, le profil, n’a point encombré le Salon décennal de 1900. Voici, pourtant, de M. Thibeau, un « Monument funéraire de famille », sorte de catafalque point banal, d’une bonne

silhouette pyramidale, bien dessiné jusqu’en des détails qu’assemble un choix peut-être bien éclectique.

Le « tombeau de Mgr David, érigé en 1891 dans la cathédrale de Saint-Brieux » sur les dessins de l'architecte diocésain et parisien M. Wallon, est d’une belle simplicité pour ce temps de prodigalité ornementale.

Le même architecte — frère aîné de la Constitution républicaine à laquelle on voudrait, aujourd’hui, imposer quelques t papiers calque », comme on dit à l’atelier — M. Wallon expose ses « maisons à Paris » en photographie et ses « maisons de campagne, bords de mer » , plans variés, réfléchis, praticables, et ses aquarelles « souvenirs de la Cour des Comptes » ; car aux litres précédents notre honorable confrère joint celui d’ « Amant de la Nature » et de la peinture à l’eau.

L'architecte aquarelliste M. Lefeuvre, l’hôte des « Amants de la Nature » a pu suppléer, dans une certaine mesure, à l’empêchement par surcroît d’occupation de M. Raulin, l'architecte diocésain de la cathédrale du Mans ; il donne une suite d'aquarelles, fort pittoresques, d’après les restaurations exécutées à cette église où sont représentés les styles des XIe, XIIe et XIIe siècles.

L'architecture domestique du XXe siècle s’honore de compter, au nombre de ses virtuoses, le peintre-architecte M. Escalier, qui, son compas d’une main et, de l’autre, une charmante palette, fait pousser et décore des hôtels parisiens dans le goût dit « de la Plaine Monceaux ». Ses tableaux de muraille ou de plafonds sont issus du G l Blas de Lesage ou des Mousquetaires de Dumas ; c’est gracieux, amusant, clairement et vraiment décoratif. Et les habitations dûes à l’architecte qui a jadis logé Mme Sarah Bernard, sont, elles-mêmes, de confortables et cossus décors, écrins dignes d’une élite intellectuelle ou mondaine.

A propos de décor, un décorateur de race, comme un Panini parisien, n’est-ce pas cet élève de Mayeux et de Flameng qui a nom Lepeltier ? Qui n’a remarqué, aux derniers salons, ses « projets de panneaux décoratifs » et ses « vues de Paris » mis en sens dessus dessous par les travaux du Métropolitain ? C’est spirituel comme des Callot et d’un monumental effet, rappelant les Piranèse.


C’est encore du décor et du plus monumental, celui que M. Genuys applique à sa « fontaine de Limoges ». Le zélé professeur de l’Ecole des Arts décoratifs à Paris, a su tirer parti heureux des ressources céramiques de l’École de Limoges; porcelaine décorée grand feu, émaillée ; c’est très Renaissance, sans inutiles minuties, bien arrangé.

Tout contre le Champ-de-Mars et sur l’avenue de la Bourdonnais s’expose, en nature, la spirituelle façade d’un petit hôtel d’artiste dont M. Béquet est l’auteur et donne le dessin, déjà connu de nos lecteurs.

M. Arnaud expose les photos d’un musée élégant et de plusieurs villas très modernes, dont une à Saint-Cloud.

Sans loucher aux façades élevées sur la belle cour de l’Hôtel delà « Caisse des Dépôts et Consignations », M. Julien, le professeur de perspective, a su couvrir la dite cour d’un comble métallique vitré, assez bas pour ne point aveugler lesdites façades et assez haut pour abriter les opérations financières de cet établissement . C’est le hall indispensable au public. C’était délicat comme addition, et semble réussi à force de discrétion. Des œuvres diverses du même artiste — « Tombeau à Saint-Pierre-du-Vouvray (Eure); façade d’hôtel rue de Milan, 9 ; maison de rapport avenue de Wagram, 72 ; villa à Cambo (Basses-Pyrénées); cheminée de vestibule, château de la Chalotterie (S.-et-M.) », on remarquerait l’austérité rectiligne extérieure de la maison de rapport, le bon style Louis-Quatorzien de l’hôtel particulier, et l’originalité fort amusante de la villa, avec son curieux porche couvrant le perron, ses galeries, ses terrasses et ses balcons, et sa salle à manger aux belles menuiseries.

Une main pieuse a su choisir, parmi les œuvres de ce si brave et si vivant camarade tout à coup disparu, de cet artiste Lyonnais, délicat et fécond, qui se nommait Gaspard André, quelques morceaux dus à son talent si aimable : c’est une « villa romaine à Lausanne », puis un « édifice municipal à Rumini » (musée, bibliothèque, etc.).

Un modèle bien fait, en plâtre, du nouveau « Musée de Nantes » de M. Josso, avoisine les dessins qu’on a déjà vus remportant le prix Duc à l’Institut. Cet édifice très monumental, d’une architecture ample, reposée, bien française, a été récemment inauguré sans que le nom de l’architecte ait été prononcé par l’inaugurateur de droit—affaire de boutique et de... boutonnière. La presse a, d'ailleurs, prestement vengé l’artiste de cette minuscule fumisterie édilitaire.

Un « Théâtre-Lyrique » très remarqué, lors d’un salon annuel d’il y a quelques années, par la nerveuse et originale coquetterie de son architecture très personnelle à l’auteur M. Bruneau, et un « Palais des Arts » de la même famille donnent à la « Décennale » une note très moderne et qui doit plaire à M. de Baudot, le maître de l’ultra-modernisme en construction.

Le redoutable attelage « Maistrasse et Berger », non encore rassasié de coupes ni de lauriers dorés, en une exposition très condensée par les moyens graphiques et photographiques, montrer « Hôpital d’Enfants » et la « Caserne de Pompier » (exécutés) ainsi que les projets divers (Hôtel de Ville de Versailles, groupes scolaires, salles de fêtes, etc.,etc., qui ont valu à ces associés intrépides, des succès si répétés. Un « Sanatorium » (av. projel) très aéré, très vraisemblable, s’ajoute d’une façon fort intéressante, nouvelle, aux «etc., etc. », qui complètent le bagage si important de l’agence M.-B.

M. Pergod a soigné « l’Amer Picon » en lui construisant une gentille usine à Levallois ; c’est simple et coquet, très industriel sans manquer aux règles du goût.

Nous connaissons tous, de vue ou par l’image, les charmants Thermes de M. Cumul au < Mont-Dore. Non seulement c’est ressouvenir d'antique et scolaire provenance , mais il y a, à l'intérieur (grand escalier), indication précurseur d’un néo-style engendré par la préoccupation, le souci de la construction métallique et céramique apparente. Cela donne toujours du fil de fer à retordre aux artistes. Souvent, même, cela dépasse le but qu’ils se proposent : c’est le doigt dans l’engrenage de « la logique » inexorable.

M. Louvet s’en est offert, au hall du Grand-Palais, une volée de ce casse-tête à cornière ; c’était peut-être pour continuer dignement le jeu que M. Dutert, jadis, entreprit à la Galerie des Machines : assouplir par la machine ce que la machine/produit pour la plus grande raideur de la matière.
Pour tout savoir sur les expositions universelles et internationales.
http://www.worldfairs.info

Avatar du membre
worldfairs
Site Admin
Messages : 8054
Enregistré le : 21 juin 2004 09:41 pm
Localisation : illkirch
Contact :

Re: L'architecture à l'Exposition de 1900

Message par worldfairs »

Texte et illustrations de "La construction moderne - 4 aout 1900"

L'architecture étrangère au grand palais - L'Allemagne.

Jusqu’ici nous étions entre gens de connaissance, maîtres aimés ou appréciés, anciens ou nouveaux camarades dont les œuvres étaient, pour la plupart, connues de nos lecteurs. On s’attardait à reconnaître les uns et les autres, à les nommer familièrement, à causer de leurs préférences, de ce en quoi ils réussissent le mieux.

Maintenant, c’est de l’architecture étrangère, complaisamment mise à notre portée par nos confrères allemands, autrichiens, anglais, russes, italiens, américains, etc., etc. ; c’est de l’architecture en général — beaucoup plus que des architectes eux-mêmes— qu’il convient de parler, pour ne point laisser à nos honorables invités une impression trop accentuée de notre naturel et légitime chauvinisme en matière d’art.

L’Allemagne, en 50 numéros, dont quelques-uns fort importants, nous montre principalement des églises (ce qui nous manque un peu cette fois — toute idée de discussion philosophique mise de côté). Et ces églises sont de superbes cathédrales ou d’imposantes basiliques. C’est surtout par la magnificence pyramidale des clochers, des tours centrales, par des inspirations puisées soit à Fribourg, soit à Cologne (cathédrale) et par un surenchérissement de ce « stalagmitisme » monumental, de ces élancements candélesques, télescopiques; c’est par une exagération des traditions de l’architecture gothique allemande que les artistes modernes se distinguent pour affirmer la foi persévérante et profonde de leurs contemporains. Les églises semblent ramper sous ces cierges gigantesques hérissés de chandelles géométriques, ces pyramides porte-aiguilles, auxquelles elles semblent servir de patin. Ces tours sont des colosses.

Fiers de leur passé, plus encore peut-être que de leur présent, les Allemands cessent toute reproduction de la Renaissance italienne. Ils reprennent leur gothique national, leur Renaissance et leur XVIIe siècle. Notre Louis XV d’exportation n’est plus, même pour eux, qu’objet de souvenir dynastique et de politesse internationale en des œuvres transportables, étalées au pavillon de la rue des Nations (E. U. de 1900). A vrai dire, ce genre-là ne conviendrait guère à leurs tempéraments d’artistes. Ils peuvent le négliger sans perte.

Mais pourquoi ne pas reprendre le fil de ce roman, de cette architecture si simple, Bi ferme, si grandiose, qu’à Spire, à Worms, à Mayence et à Bonn, après Cologne (Saints-Apôtres), dont les architectes de ce temps-là bordaient le Rhin, à ce point que le fleuve lui-même se nommait alors « rue des Moines », comme aujourd’hui, la Seine est « rue des Nations » ?

A part quelques spécimens d’un retour à cette sagesse de l’art religieux au XIe et XIIe siècles, — telles l’« église de la Grâce » à Berlin, par M. Sipitta et celle de Sainte-Anne à Munich— tout clocher d’église moderne en Allemagne paraît vouloir lutter de hauteur avec ses rivales récemment achevées. Et cela sans un bien évident souci d’une sobriété de détails qui ferait la fortune des points brillants, qui laisserait place à l’appréciation des proportions, en des repos si utiles à l’intelligence d’une pensée monumentale.

A part ce regret, on ne peut que s’extasier sur la science exacte, mathématique et logique — presque le génie civil — qui élève actuellement ces flèches et ces tours à base de cathédrale: MM. Becker, l’ « église Sainte-Marie à Dusseldorf »; Grisebach et Dinklage, « Saint-Pierre-à-Francfort » ; Heh, « église de la garnison à Hanovre » ; Kroger « Saint-Jacques, à Dresde », Otzen, « église de Luther à Berlin »; M. Schwechten, « église mémoriale de l’empereur Guillaume, à Berlin » (un petit plan, une très grande vue perspective), bien présentée et rendue avec tact; puis une « synagogue à Berlin » de M. Cremer, et une « église réformée à Leipzig », de M. Weidenbach.

Un très bon point à l’architecte, M. Schilling de Dresde, qui élève de jolies et simplettes églises de village, assez semblables à celles des Anglais ; et dont le caractère économiquement religieux devient touchant à force de simplicité rustique, sans exclusion de la forme et des proportions.

Mais la plupart de ces images, rendues solidement, sont dépourvues de plan.

— Pourquoi cette réserve à l’anglaise?

Le plan d’outre-Rhin serait-il hiéroglyphique pour nous? Uu bien, au contraire, serait-ce la clef de cet art si abstrait qu’il s’agit de ne pas exposer à des contrefaçons?

Naturellement, les fontaines publiques, chez nos voisins, continuent à être gothiques et à porter flèche en miniature. Nous n’y voyons pas grand mal; même sur les lucarnes de comble la flèche a du bon comme dégagement de silhouette; et les artistes de là-bas reprennent ces piquantes traditions de l’art national ancien.

Des hôtels-de-ville mélangés de flamand et de Heidelbergeois, ou de parisien et de Nurembergeois ; des c thermes populaires à Munich », par M. du Hoche, avec piscines — ce qui n’a point pu prendre chez nous, — cabines-vestiaires et cabines de bain ; un hôtel k d’assurances sur la vie à Berlin », traité en Renaissance par M. Solf; une « Académie des beaux-arts et de musique à Berlin », par MM. Kayser et von Grossheim; la « Bibliothèque de Brême », aux pignons déchiquetés (vieux style) prétextant des avant-corps sans motif réel ; les « Bains-Impératrice-Augusta, à Bade », joli petit plan en débauche d’escaliers et perrons, avec piscines et cabinets. C’est le bain de luxe, par opposition au bain à 4 sous ci-dessus mentionné. Quant à l’extérieur de ces thermes aristocratiques, c’est du Louis-Philippe d’outre-Rhin; la « gare centrale de Cologne », de M. Frentzen se présente sans plan, mais avec la tour, centrale aussi, indispensable à tout monument allemand.

Mais, après l’architecture publique, voyons l’architecture domestique. N’est-ce point un trait-d’union avec l’Angleterre que ce bow-window ou fenêtre saillante qui, en Allemagne, date surtout des XVe et XVIe siècles?

Sur le continent, observons-nous, la logette saxonne tient surtout de l’échauguette défensive s’avançant, non pour voir de côté comme en l’île de Grande-Bretagne, mais latéralement aveugle par ses joues pleines montées sur corbeaux ; cette saillie rappelle le mâchicoulis des temps difficiles. Pourtant, la mode aidant, les pans coupés se sont mis de la partie, et certaines façades allemandes sont pourvues de bow-windows préférables à ce que l’on fait encore trop souvent chez nous, pour profiter des largesses de la nouvelle voirie.

Comme l’Anglais, l’Allemand affectionne le pignon en façade, pignon plus ou moins gradiné ou découpé, à quilles ou pyramidions d’amortissement, aux rampants rectilignes ou chantournés, ces derniers imités de la Flandre.

Ces pignons, frontons du Nord, couronnant un avant-corps, un motif vertical, ne vont point sans ajouter à la vivante physionomie d’une façade; sans rendre plus habitable le comble à l’endroit de cet exhaussement percé de grandes baies et pouvant porter cheminées ; redressant la paroi intérieure; isolant le local des écarts de la température extérieure.

Si la toiture à la Mansart a du bon, le pignon, sorte d’énorme lucarne en maçonnerie, éclaire bien le dedans et aussi le dehors, tout en donnant des jeux de silhouette. Et sur les bas-côtés d’une église, ces « gables » mouvementent et éclairent la grange, autrement banale, que l’économie rurale rend obligatoire.

Sur ce point, les traditions reprises sont profitables, même chez nous, où cet élément de confortable et de décoration, de couleur et de pittoresque se retrouve aux manoirs et aux églises les plus humbles d’autrefois. L’abus delà ligne horizontale, de la dominante italienne, pourrait avantageusement se trouver corrigé par cet élément de contraste : le pignon ou fronton du nord.

Des plans de maisons allemandes, nous dirions peu do chose qui nous puisse servir : on ne modifie pas les mœurs nationales en causant de ce qui intéresse l’étranger : — Charbonnier est maître chez lui ; et « Charbonnier » qui paie, a droit de rester logé comme il l’entend. L’architecte n’y peut rien qu’obéissance plus ou moins intelligente.

C’est ce qui peut expliquer l’absence presque absolue des plans allemands à l’Exposition d’architecture allemande. Ils nous montrent leurs façades, généralement étudiées avec soin, point chargées d’ornement, sauf parfois la fresque égayant un enduit do mur entre haies d'un étage : c’est de l’italien décor transplanté sous un ciel peu favorable à cette enluminure.

Les Anglais font une grande consommation de cette imagerie à fresque pour illustrer leurs pignons en pans de bois : broderies de richesse sur habit de bure. On nous permettra de douter un peu de l’opportunité d’une telle adaptation de la nielle raffinée étant rustique usage.

(A suivre.)
Pour tout savoir sur les expositions universelles et internationales.
http://www.worldfairs.info

Avatar du membre
worldfairs
Site Admin
Messages : 8054
Enregistré le : 21 juin 2004 09:41 pm
Localisation : illkirch
Contact :

Re: L'architecture à l'Exposition de 1900

Message par worldfairs »

Texte et illustrations de "La construction moderne - 18 aout 1900"

L’ARCHITECTURE ÉTRANGÈRE AU GRAND PALAIS - L'Autriche. — Les Pays-Bas.

Après l’Allemagne c’est l’Autriche qui semble montrer, avec le plus de complaisance, l’importance de ses édifices religieux de construction moderne, et une vraie prodigalité de saillies verticales, de tours élancées. L’église du « Kaiser Franz-Joseph » avec ses deux tours en avant, deux tourelles d’abside, quatre tourelles de transept et une tour centrale serait probablement l’idéal de ce style candélabresque, remuant, tourmenté, dressé sur des plans pourtant simples. Cette église « jubilaire » est un projet de concours : plan de chapelle et silhouette de basilique en roman tudesque. Là-dessous : intérieur Renaissance, voûtes très brodées.

D'autres architectes autrichiens, au contraire, s’appliquent à une simplicité recommandable. Les signatures illisibles, et des numéros ne correspondant point à ceux du Catalogue général nous interdisent, par crainte d’erreur, la citation do tous les noms d’artistes.

En somme, les plans des églises autrichiennes sont simplement, finement et largement étudiés, parfois avec beaucoup d’originalité.

En élévation, de grands gâbles ou pignons de bas-côté, accidentent l’horizontalité, autrement monotone, des lignes de toiture. La brique est employée, parfois, en grosse maçonnerie, avec un soin particulier et avec, dans ce cas, une sobriété de décor qui force l’élude des masses, la pondération cherchée des pleins et des vides. Des églises de village, à tour carrée haute et nue, à flèche d’ardoise—églises de montagne — montrent ce que la nécessité peut inspirer d’industrieuses et spirituelles idées à de sincères artistes : Ces temples rustiques sont empreints du caractère vraiment religieux qui manque aux splendeurs d’édifices urbains hérissés d’édicules décoratifs.

Le « Théâtre Raimaud à Vienne ï de M. Roth, sur un plan de salle semi-circulaire, devant une scène peu profonde, offre une énorme largeur de galeries (autrefois dites couloirs) de circulation derrière les loges et les balcons. Des escaliers larges et à rampes droites avoisinent les avant-scènes et desservent les dites galeries. Peut-être cela vaut-il autant qu’un grand nombre de mauvais escaliers, comme on les pratique ici. Le plafond, au lieu d’une calotte circulaire, a forme de cuiller ou de feuille concave nervée, palmée, sur une salle peu gracieuse, mais propre et commode.

A lui seul M. Fellner, spécialiste viennois, expose ou cite une dizaine de théâtres construits sur ses plans. J’avoue préférer cette spécialité — telle celle de feu Charpentier et de son fils Th. Charpentier — aux essais si souvent hasardeux des confrères trop peu au courant de ce genre d’usine, et qui, en chaque occasion à eux échue, font leur apprentissage sur le dos du public payant.

A l’antique sont les grands bains, à Vienne comme à Budapest : suite de salles avec ou sans piscine ; salles voûtées éclairées faiblement mais d’en haut. En un mot on aime l’eau en Autriche ; et les architectes ont là des programmes intéressants à réaliser, s’ils savent accommoder, au XXe siècle, les idées romaines.

Les façades urbaines de maisons de rapport ou d’hôtels particuliers à Vienne, et celles d’établissements utilitaires gardent, de l’architecture autrichienne du XVIIIe siècle, cette allure fière et noble, sobre et cossue que donnent naturellement à l’extérieur d’un édifice, quel qu’il soit, la grandeur des pièces, la hauteur des étages, et les proportions larges des baies, suffisamment espacées pour laisser des pleins que vient encadrer, nerver le grand ordre imité des architectures de notre Louis XIV. Peu d’ornementation, si ce n’est aux extrémités, aux clefs de voûte des portes, aux points qu’on veut rendre brillants, sur ces grands nus que permettent et motivent les grandes capacités intérieures.

L’ « Art nouveau » fleurit quelque peu en Autriche, art issu du Japonais et du XVIIIe siècle occidental combinés, de l’Egyptien et du Grec, du vieux meuble Suisse et des boiseries Scandinaves; intérieur de bateau renversé ou de malle refermée sur le dos de l’habitant. Des haies fleuries peintes aux murs intérieurs, encadrent les portes; si la frise à l’anglaise, sous-plafond, fait ici défaut, la cheminée « hotte-,à-bancs » du hall anglais reparaît au galop. Les artistes « novellistes » forment une confrérie clair-semée vivant sur des idées communes, souvent interprétées avec variété et à-propos, et que l’éloignement des foyers de production garantit contre toute apparence de monotonie.

Des Pays-Bas, il est bon de signaler les églises modernes, comme méritant l’attention, sinon au point de vue des proportions et de la silhouette, au moins de cette simplicité proprette, qu’on connaît depuis les tableaux des peintres de l’École Hollandaise. Briques et ardoises : voilà les matériaux visibles. Les flèches sont des aiguilles bleues hors mesure, en charpente et ardoises, plantées en éteignoirs, sur des tours tout d’une pièce équarries. Mais outre que l’extérieur en est très lissé par les briqueteurs, à l’intérieur les voûtes sont de vraies voûtes — non des nougats — construites selon toutes les règles de l’art : arcs, doubleaux, formerets ou ogives établies avec leurs nervures, en briques ordinaires, bien appareillées, apparentes, et formant une ossature gothique; sur laquelle viennent s’appuyer les parties de voûte en remplissage, que constituent la maçonnerie de briques appareillées en voussoirs, et restant apparentes. C’est là de belle et bonne construction, au regard de ce qu’on fait ailleurs, pour le même cas de ce remplissage de voûtes en cloisons convexes en briques posées à plat, cloisons parfois doublées, mais surtout maintenues en place, comme croûte de nougat, par la cohésion du plâtre employé en hourdis, et le tout beurré d’un enduit cache-misère, enluminé, historié de bistre sur fond bleu ciel ou orangé soleil-couchant.

Inutile d’insister, n’est-ce-pas, sur la supériorité du procédé de voûte exposé par les architectes Hollandais. Cela coûte cher, sans doute; mais ce n’est point camelotte fardée ; tandis que l’autre procédé, si peu monumental, si peu durable, est une concession fâcheuse à la vanité fabriciale et communale, dédaignant le lambris de menuiserie ou la charpente apparente de nos bonnes vieilles églises normandes ou bretonnes, pour singer la voûte en pierre qu’on ne peut s’offrir.

Bientôt le ciment armé avec ses facilités de moulage et de fausse hardiesse, avec ses témérités sans excuse, nous en réserve bien d’autres de ces singeries si malheureuses en matière monumentale.

Un architecte hollandais, M. Molenaar de la Haye, pour sauver de la monotonie rougeâtre, ses églises en briques, entremêle ses nus et ses contreforts ou ses nervures, de voûtes, d’assises, de lancis, de chapiteaux, de corbeaux ou de voussoirs en pierre de taille (ou béton de ciment blanc?) L’effet obtenu récompense cette recherche rationnelle.

De l’architecture civile et particulière ou domestique aux Pays-Bas, il nous est difficile d’apprécier les qualités au travers d’une trop grande variété de types locaux, et au moyen d’un rendu tellement différent de ce que nous avons l’habitude de voir en nos expositions. Tout cela peut et doit être d’une habitation agréable : ce que n’exprime point assez tranquillement les dessins hollandais.
Pour tout savoir sur les expositions universelles et internationales.
http://www.worldfairs.info

Répondre

Retourner vers « Paris 1900 - Architecture, pavillons, jardins, mobilier urbain »

Qui est en ligne

Utilisateurs parcourant ce forum : Aucun utilisateur enregistré et 1 invité