La génese de l'Exposition Universelle de Paris 1900

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Re: La génese de l'Exposition Universelle de Paris 1900

Message par worldfairs » 01 nov. 2019 05:21 pm

Texte et illustrations de "La construction moderne - 13 octobre 1894"

LA MANUFACTURE NATIONALE DE SÈVRES

Depuis la première Exposition universelle internationale tenue à Paris en 1855, Exposition dans laquelle la rotonde, aujourd'hui démolie, du Panorama de Hiltorff abritait, aux Champs-Elysées, les merveilles créées par nos manufactures nationales et par quelques grandes maisons d’art industriel, la manufacture de Sèvres n’a pas obtenu, aux Expositions parisiennes de 1867, de 1878 et de 1889, le succès que méritaient les incomparables produits sortis de ses ateliers.

Était-ce la faute d’emplacements ne mettant pas assez bien en valeur les porcelaines d’art, si variées dans leur matière, dans leur forme et dans leur décor, qui font la gloire de notre manufacture nationale; était-ce plutôt la faute du public, dont la curiosité et l’admiration n’étaient pas suffisamment éveillées parles incessants progrès accomplis dans la fabrication mémo de la pâte des vases soumis à son examen et dans la composition artistique de ces vases, dont les plus beaux modèles étaient choisis cependant à la suite de brillants concours et exécutés sous la direction même des artistes les ayant conçus?

Quoi qu’il en soit, malgré la science technique de M. Lauth et l’habileté céramique du regretté Dock, qui, tous deux, marquèrent leur passage à la manufacture par d’importantes modifications dans la fabrication et la cuisson de la pâte, et constituèrent ainsi de nouvelles sortes de porcelaines ; malgré le talent dépensé sans compter par des artistes attachés à la manufacture ou pris en dehors de ses cadres et qui furent légion, le public ne retrouva plus, devant les oeuvres exposées, l’enthousiasme spontané de 1835 et, plus d’une fois, en ces dernières années, dans la presse comme dans les coulisses de la commission du budget à la.Chambre, fut très diversement appréciée l’utilité de la manufacture nationale de Sèvres, que quelques-uns envisageaient, à tort, comme uniquement destinée à fournir des vases décoratifs pour les appartements officiels on les cadeaux diplomatiques, sans lui tenir un assez grand compte de ses cfTorts multipliés pour le progrès de l’industrie et de l’art de la porcelaine.

C’est dans ces circonstances que, sur l’invitation de M. Leygues, ministre de l’Instruction publique et des Beaux-arts, M. Baumgart, le directeur actuel de la manufacture, dont on se rappelle la précieuse collaboration aux modifications apportées, il y a vingt années, dans le service des monuments historiques et dans les Expositions des richesses de ce service, a résolu de ne rien épargner pour mettre en lumière aussi complètement que possible, à l’Exposition universelle de 1900, les belles œuvres fabriquées journellement à Sèvres, et surtout les ressources considérables que peut procurer celle manufacture dans le domaine industriel en général et plus particulièrement dans l’industrie du bâtiment, grâce à une application nouvelle et plus développée de la porcelaine ou mieux du grès céramique.


Nos lecteurs le savent de reste : beaucoup d’essais divers ont été tentés en France, depuis vingt-cinq années surtout, par de nombreux industriels, véritables artistes en céramique, les Parvillée, les Lœbnitz, les Muller et d’autres, sous l’inspiration d’architectes comme feu Davioud, MM. Bouvard. Deslignières et Sédille, pour obtenir, à un prix abordable, une terre cuite vernissée ou émaillée, pouvant recevoir les dessins ainsi que les couleurs les plus variés, et surtout pouvant résister aux intempéries des saisons; mais nos lecteurs savent aussi que, sauf peut-être sous la forme de brique émaillée d’une seule couleur, ces essais n’ont pas, même au bout d’un temps assez court, toujours répondu aux espérances de leurs auteurs.

Et, si les architectes anglais ont été quelquefois un peu plus heureux que les architectes français clans l'emploi de la terre cuite d’art appliquée à l’industrie du bâtiment, — nous avons vu en Angleterre de ces essais divers, depuis les briques blanches des cours intérieures du Stock Exchange, fi Londres, jusqu’aux motifs décoratifs de grands édifices ou de gracieuses villas, — c’est que nos confrères d’outre-Manche ont le plus souvent demandé au grès, plutôt qu'à la terre cuite proprement dite, ces revêtements extérieurs à reliefs colorés, qu’ils emploient assez fréquemment pour lutter contre le ciel gris et le brouillard intense de leur patrie.

Mais revenons au mode d’exposition que projette la manufacture nationale de Sèvres pour faire apprécier en 1900 ses produits multiples, au double point de vue de l'art de la porcelaine, où elle est sans rivale, et de l’industrie du bâtiment, où elle se prépare à frapper un coup de maître. Nous devons seulement prévenir ici nos lecteurs que nous ne faisons que résumer, dans ce qui suit, une conversation des plus intéressantes que, sur l'avis de M. Baumgart, nous avons eue avec M. Vogt, directeur des travaux techniques de Sèvres, lequel, ancien élève de l'Ecole centrale des Arts et Manufactures, joint à une compétence hors ligne en chimie industrielle une entente réelle des procédés de la construction.

Un pavillon spécial, d’environ six cents mètres superficiels, sera élevé pour recevoir les œuvres destinées à figurer à l’Exposition de 1900; mais ce pavillon, par sa construction et par sa décoration extérieure et intérieure, constituera lui-même une partie des produits exposés et certes la plus intéressante au point de vue de l'industrie du bâtiment.

Sur un des grands côtés du rectangle qu’offrira en plan ce pavillon, un avant-corps accentuera l’entrée principale et, à chaque extrémité du rectangle, les petits côtés seront terminés par une demi-rotonde, couverte en cul-de-four et entourée d’un portique circulaire de seize colonnes, de sorte que avant-corps, demi-rotondes, culs-de-four et portiques permettront d'employer, sous les formes les plus diverses et avec une décoration architectonique la plus variée, le grès céramique, revêtant bases et socles, fûts et piliers, chapiteaux, frises, corniches et coupoles, enfin tous les éléments de la construction et de la décoration d’un édifice.

Or, ce grès céramique n’est autre chose que le grès obtenu de temps immémorial par les potiers en cuisant une sorte d’argile dont le gisement est inépuisable dans le centre et dans certaines parties de la France; mais ce grès, susceptible de recevoir les saillies, les creux, les empreintes et les modelés les plus divers, sera revêtu d'une couche ou enduit de porcelaine, qui, à l’imitation de la porcelaine dure des Chinois, sera décorée des tons les plus riches ou les plus éteints et, avantage inappréciable et jusqu’ici resté incertain dans nos manufactures européennes, d'une inaltérabilité complète.

Le mode d’assemblage de ces revêtements de grès céramique sera, en outre, des plus simples; si l’on suppose la construction de ce pavillon, ou de tel édifice que ce soit, en briques ou en moellons, il suffira de réserver, de place en place, un vide horizontal et un large refend assez creux pour recevoir des retours à angle droit, formant scellement des
plaques de revêtement verticales; tandis que, si l’on suppose l’ossature de l’édifice en pans de fer, on appliquera les plaques de revêtement de façon â ce que ces retours à angle droit viennent se sceller entre les ailes des barres de fer à double T, disposées à cet effet; une moulure à chaque plaque pourra même servir de couvre-joint à la rencontre de deux plaques. Quant aux colonnes, si elles constituent point d'appui ou support, elles pourront être faites de briques moulées en forme de secteurs et enduites de porcelaine sur leur partie vue ; tandis que, si elles sont employées en recouvrement des colonnes en fonte ou à l’état purement décoratif, elles consisteront en tambours de 0m,025 d’épaisseur seulement.

Tel est, succinctement exposé et dépourvu de toute la chaleur communicative que M. Vogt apporte à ses démonstrations accompagnées de croquis et appuyées d’échantillons de formes et de colorations variées, le projet mis à l’étude par la manufacture nationale de Sèvres pour figurer dignement à l'Exposition universelle de 1900; mais nous pensons que ces quelques lignes suffiront pour montrer la voie nouvelle qu’un pareil essai peut ouvrir, si, comme nous n'en doutons pas, il est couronné de succès, à l’art et à l’industrie du bâtiment.


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Re: La génese de l'Exposition Universelle de Paris 1900

Message par worldfairs » 02 nov. 2019 10:27 am

Texte et illustrations de "La construction moderne - 8 décembre 1894"

Un arrêté du ministre du Commerce et de l’Industrie nomme membres du jury qui est appelé à statuer sur les projets envoyés au concours ouvert pour l'Exposition universelle de 1900, en exécution de l’arrêté ministériel du 9 août 1891 :

MM. Dardoux, sénateur inamovible, ancien ministre de l’Instruction publique; Léon Bourgeois, député, ancien ministre de l'Instruction publique; le président du Conseil municipal de Paris; le préfet de la Seine ; le délégué des colonies et pays de protectorat ; le président du Conseil général des ponts et chaussées; le président de la Société des Ingénieurs civils ; Bœswilwald, architecte du Gouvernement, inspecteur général des monuments historiques; Daumet, président de l’Académie des Beaux-arts; Charles Garnier, architecte du Gouvernement, membre du Conseil supérieur des Beaux-arts, etc., etc.

Ce jury se compose de trente-un membres, dont dix doivent être élus par les concurrents. Un autre arrêté du ministre du Commerce décide que cette élection aura lieu le M décembre, à neuf heures et demie du matin, au palais de l'Industrie (grand salon de réception).

Voici les principales dispositions de cet arrêté:

L'élection aura lieu au scrutin de liste.
Seuls, les concurrents qui auront signé leur projet ou renoncé à l'anonymat avant l'ouverture du scrutin y pourront prendre part.
Les électeurs seront appelés successivement par ordre alphabétique.
Ils devront présenter au bureau le bordereau récépissé constatant la réception de leur projet et remettre entre les mains du président leur bulletin de vote, qui sera immédiatement déposé dans l'urne.
Ce bulletin, préparé en dehors de l'assemblée, sera sur papier blanc et sans signes extérieurs.
Aussitôt après l'achèvement de l'appel et, s'il y a lieu, du contre-appel des électeurs, le bureau dépouillera le scrutin et en proclamera les résultats.
Si un second tour est nécessaire, il y sera procédé séance tenante, suivant les mêmes formes.
Aucun des concurrents, dont l'inscription sera devenue définitive par le dépôt d'un projet, ne pourra être élu.

Les mesures suivantes seront prises pour assurer l'observation de celle règle:
1e Aussitôt après la clôture du dépôt des projets, une liste des concurrents qui auront signé leur projet sera affichée à l'entrée de la salle de vole;
2e Tout auteur de projet présenté sous le couvert de l'anonymat devra, en déposant ce projet, y joindre sous enveloppe cachetée un bulletin faisant connaître, sans référence à la devise et sans aucune autre indication, son nom au commissaire général, qui le tiendra secret, mais déclarera le concurrent inéligible, dans le cas où il serait porté sur les bulletins de vole, obtiendrait la majorité requise et ne se récuserait pas lors de la proclamation des résultats du scrutin.
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Re: La génese de l'Exposition Universelle de Paris 1900

Message par worldfairs » 02 nov. 2019 10:28 am

Texte et illustrations de "La construction moderne - 15 décembre 1894"


Concours Exposition Universelle de 1900

Les projets disposés sont au nombre d'une centaine environ. Les concurrents ont nomme les jurés suivants :
MM. Guadet. Coquart, Pascal, Laloux, Moraux, Looviot, Sédille, Mayeux, Vandremer, Ginain.

Supplémentaires : MM. Deslignéres et Dutert.
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Re: La génese de l'Exposition Universelle de Paris 1900

Message par worldfairs » 02 nov. 2019 05:49 pm

Texte et illustrations de "La construction moderne - 22 décembre 1894"

Le concours ouvert pour la construction des bâtiments de l’Exposition universelle de 1900 est terminé, et ces fameux projets, que l’on attendait avec tant de curiosité, sont enfin mis sous les yeux du public. On se rappelle que, par les clauses du programme, la plus grande liberté était laissée aux concurrents. Ils pouvaient, à volonté, conserver ou supprimer les édifices du Champ-de-Mars, y compris la galerie des Machines et la tour de 300 mètres. Ils pouvaient, en outre, disposer les palais et les pavillons à leur gré sur le vaste emplacement qu’on leur offrait, et qui comprenait le Champ-de-Mars, le Trocadéro, l’Esplanade des Invalides, le Palais de l’Industrie et une partie des Champs-Elysées, et au besoin la Seine et ses berges.

Un projet si grandiose devait enflammer les imaginations, et, de fait, plus de 600 concurrents s’étaient mis sur les rangs pour se disputer l’honneur d’élever les palais qui doivent éclipser le succès de leurs prédécesseurs de 1889. Mais la plupart n’ont pas eu le courage d'aller jusqu'au bout, et 108 projets seulement sont exposés au premier étage du Palais de l’Industrie, où ils occupent une vingtaine de salles environ.

Nous nous bornerons, après une visite rapide, â indiquer les parties saillantes d’un certain nombre de projets, laissant à notre collaborateur spécial le soin, dans un prochain article, de se livrer à une analyse plus approfondie.

À signaler beaucoup de projets originaux ou même fantaisistes, surtout au sujet des moyens de transport dans l’Exposition. Ce chapitre était, en effet, important, étant donnée l’énormité des distances entre les divers emplacements.

Citons, par exemple, le n° 23. M. Mariette édifie une colonne de la Fédération des peuples et, à l’instar de l’Exposition de Chicago, installe deux immenses roues escarpolettes.

M. de Montgolfier, n° 25, relie la place de la Concorde à Grenelle par une voie aérienne, avec station à la tour Eiffel. Cette voie est soutenue par des ponts suspendus et porte un chemin de fer électrique, ainsi qu’un chemin pour les piétons.

L’auteur du projet n° 30, M. Balleyguier, se contente de réunir la première plate-forme de la tour au Trocadéro, au moyen d'un vaste pont qui n’aurait pas moins de 14 hectares de superficie.
M. Ruy, n° 50, réunit les deux mêmes parties de l'Exposition par un pont à rampes équilibrées, avec plancher glissant pour la montée et la descente de la tour.

Ce pont à bascule est égalé en originalité par la grue gigantesque que M. Tropey-Bailly, n° 82, installe pour la traversée de la Seine. Le même auteur, au Champ-de-Mars, construit un bateau symbolisant la Ville du Paris et formant le centre d’un bassin. La tour est divisée en nombreux étages. Une entrée triomphale est établie place de la Concorde.

Le n° 83 transforme le Palais de l’Industrie en hémicycle et le relie à la tour Eiffel par un ballon glissant sur un câble.

Le n° 87 représente un Vésuve en miniature, une sorte de palais de feu, volcan à coulée de lave se déversant dans un lac et traversé de voies aériennes.

WM. Isabey, Toché et Smith, n°106, construisent des jardins suspendus et un chemin de fer électrique.

L'Esplanade des Invalides n’a pas beaucoup inspiré les concurrents, le Trocadéro non plus. Citons pourtant MM. Boutron et Schallkopf, n° 41, qui creusent au pied du Trocadéro un vaste bassin destiné à des joutes nautiques. Dans le même projet, nous remarquons une modification de la tour, agrémentée d’une arche décorative et musicale, avec orgues et cloches.

La Seine a fourni un certain nombre de motifs curieux. Tantôt elle est couverte par un simple pont, tantôt par une véritable esplanade. M. Pergot, par exemple, n” 21, la fait disparaître, du pont de l’Alma aux Invalides, sous un vaste palais de cristal. Le pont d'Iéna est élargi et supporte de chaque côté des fontaines lumineuses. Un pont monumental, à la gloire de la nation, remplace le pont d’Iéna dans le n° 22, M. Cyr-Robert.

Le n° 26, M. Valet, construit également un pont monumental, mais devant les Invalides.


Au même endroit, toujours sur la Seine, M. J. Hermant, n° 43, élève un vaste palais avec portiques.

Egalement un pont très décoratif dans le n° 09, de M. Rives, avec une Seine vénitienne.

Le n" 52, de MM. P. et Ch, Blondel, ne présente qu'un pool ordinaire en face d’un très beau palais des arts, construit sur le Cours-la-Reine, avec château d'eau sur la berge.

Au Champ-de-Mars, les auteurs ont beaucoup hésité entre la conservation des palais ou leur destruction. D'après les on-dit, la conservation serait vue d’un œil favorable par l’Administration.

Voici les principaux projets à signaler:
Le n°5, de M.M. Cassien-Bernard et Cousin, édifie au Champ-de-Mars un gigantesque château d’eau, rappelant le palais de Longchamps, de Marseille.
M. L. Meissonnier, n° 7, couronne la galerie des Machines de dûmes orientaux, projetant, grâce à des verres colorés, un foyer électrique lumineux.
Le n6 10 rase tout le Champ-de-Mars et le recouvre d’un hall immense qui a son entrée sur les bords de la Seine, à la place de la tour Eiffel, supprimée.
M. Doré, n° 14, conserve la tour et en fait un motif à cascades. La galerie des Machines est supprimée. Un dôme aux proportions gigantesques s’élève au milieu du Champ-de-Mars. :
M. Dionis du Séjour, n° 31, édifie un dôme gigantesque, accessible par une rampe hélicoïdale ; à ce dôme sont accolés huit dômes de moindres proportions.
N°36, M. Richardière. Le dôme central de ce projet rappelle un peu le style russe; la tour se trouve sur un bassin communiquant avec la Seine.
M. Langlet, n° 37, utilise les plafonds de ses bâtiments et y adapte des tramways pour les moyens de communications dans l’enceinte de l'Exposition.
M. de Baudot, n” 44, supprime la tour et place au centre des bâtiments du Champ-de-Mars une immense salle de fêles dont la décoration est obtenue à l’aide de verres émaillés, unis, ou de céramiques. La construction, très originale, est obtenue par des coupoles et des pendentifs en fer et ciment.
M. Milinaire, n° 38, a construit un immense palais universel, à galeries et à voies étagées pour les machines automobiles, les vélocipèdes et les piétons. Le parcours total des galeries est de 600 kilomètres. Un ascenseur hélicoïdal donne l’accès jusqu’au sommet du palais.
M. P. André, n° 39, supprime la tour Eiffel et couvre l’Exposition du Champ-de-Mars d’une gigantesque coupole dont l’entrée est elle-même figurée par une vaste voussure.
M. Cayla, n° 42. Un dôme monumental recouvre la presque totalité du Champ-de-Mars et est surmonté par une statue gigantesque supportant le monde. La tour Eiffel est supprimée.
M. Durville, n° 47, construit un arc monumental et cache sous des ornements toute l’ossature en fer de la tour.
M. Bonnier, n° 48, supprime la tour, établit à la place un bassin pour les réjouissances nautiques et relie le Champ-de-Mars aux Invalides par une voie aérienne.
M. E. Hénard, n° 49, présente comme attraction un palais des Illusions, obtenu par la perspective de salles turques.
MM. Bauer et Boizol, n° 61, établissent un point central au Palais de l'Industrie, avec un boulevard conduisant en ligne droite au Champ-de-Mars, une perspective sur toutes les parties de l'Exposition ; transforment le Trocadéro, organisent l’Exposition des Beaux-arts dans la galerie des Machines, avec la reconstruction de l’Acropole d’Athènes, de la place Saint-Marc, de Venise, etc. ; conservent la tour Eiffel et' les palais de 1889.
M. C. Bernard, n° 8o. Dans ce projet, la tour est transformée en colossal hôtel, genre américain, de cinq mille chambres et appariements ; le Champ-de-Mars c-d recouvert par un immense palais des arts industriels.
M. G. Hénard, n° 100, remplace le Palais de l’Industrie par un palais à trois coupoles, supprime la tour et élève au Champ-de-Mars un dôme monumental.
AI. Berteau, n° 104, recouvre le Champ-de-Mars par un immense hall, construit en forme de tente.

Enfin, les modifications apportées à la tour seule forment un chapitre important. Citons les projets suivants :
M. A. Leclerc, n° 16, transforme les piliers de la tour de 300 mètres, supprimée, en deux éléphants gigantesques, supportant chacun une tour de style indien, étagée et contenant des restaurants et salles de fêles; plus loin, une passerelle en fer, d’une portée de 400 mètres, avec chemin de fer aérien et, en arrière, prolongeant la perspective, un arc de triomphe monumental, que l’auteur nomme Portique du Centenaire.
M. Sébillot, n° 18, transforme la tour Eiffel, la prolonge à la hauteur de 500 mètres et en fait un monument à la mémoire du siècle, symbolisant les étapes de l’humanité. Dans ce projet, le Balais de l’Industrie présente une entrée monumentale ; parmi les attractions, citons encore un puits creusé à 3,000 mètres de profondeur, le tour du monde en quinze minutes et divers moyens de communication aérienne.
MM. Larché et Nachon, n° 20. La tour est supprimée et remplacée par un grandiose monument commémoratif du vingtième siècle. En face des Invalides, une arcature en fer supporte un hémisphère de grande taille, le tout sur un pont.
M. Guillemonal, n° 64, ne conserve que le premier étage de la tour Eiffel et fait de ce tronçon un support pour une mappemonde monumentale, surmontée d’une chimère.
M. Debrie, n" 89, creuse des bassins sous la tour Eiffel.
M. A. Marcel, n°105. La tour est modifiée; elle supporte une statue constituée par une carcasse en treillis, recouverte d’éléments mobiles, en verres de couleur. Celte statue sera rendue lumineuse le soir.
M. Ch.-A. Gautier, n° 108, élève, à la gloire du siècle, un palais gigantesque, dénommé l’Apothéose du xix" siècle, en forme de gopura indienne. La tour est supprimée.


Nous terminons en citant encore quelques-uns des projets les plus intéressants, à divers titres.
MM. Quantin et Robida, n° 3, couvrent tous les emplacements de pittoresques et fantaisistes constructions où se retrouve la verve du caricaturiste.
M. Esquié, n° 32, dans un joli rendu, dispose ses palais sur les berges.
Projet analogue avec MM. Wahwein et Lefebvre, n° 35.
Entrée monumentale, place de la Concorde, dans le projet n° 34, de MM. Bertsch et Bischoff.
M. Formigé, n° 56. Importante étude où la tour et la galerie des Machines sont conservées. Pont-palais en face des Invalides.
M. Girault, n° 73, a conçu une exposition polychrome, avec nombreux palais de petites dimensions, tour pagode. Tour et galerie sont conservées au Champ-de-Mars.
N° 58, M. Abel Chancel. Palais de feu, mappemonde à mi-hauteur de la tour. Dôme à spirale.
MM. Saladin et de Sévelinges, n° 88, disposent de jolis palais sur les bords de la Seine.
M. Courtois-Suffit, n° 93, édifie un vaste palais des fêtes sur la Seine. Jolie aquarelle d’une fête de nuit.
M. Raulin, n° 101, dispose des deux côtés du Champ-de-Mars une succession de halls à coupoles, dont les hauteurs vont en diminuant vers la Seine.
Le n° 107, M. Paulin, conserve la tour et la galerie des Machines, et construit un palais ii rotonde à côté du Palais de l’Industrie.
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Re: La génese de l'Exposition Universelle de Paris 1900

Message par worldfairs » 05 nov. 2019 07:55 pm

Texte et illustrations de "La construction moderne - 22 décembre 1894"

Nous avons donné, dans notre dernier numéro, la liste des jurés élus par les concurrents.

Voici la composition définitive du jury.
1° Membres désignés par l’arrêté du 9 août :
Président :
M. Lourties, ministre du Commerce, de l’Industrie, des Postes et des Télégraphes.
Vice-Président :
M. Picard (Alfred), commissaire général de l’Exposition.
Membres :
MM. Delaunay-Belleville, président de la Chambre de commerce de Paris, directeur général de l’exploitation de l’Exposition universelle de 1900.
Dervillé, président du Tribunal de commerce de la Seine, directeur général adjoint de l’exploitation de l’Exposition universelle de 1900.
Huét, directeur administratif des travaux de la Ville de Paris, directeur des services de la voirie, des parcs et jardins, de l’eau et de l’éclairage de l’Exposition.
Bouvard, inspecteur général des services municipaux d’architecture, directeur des services d’architecture de l’Exposition.
Grison, directeur des finances de l’Exposition.
Chardon, secrétaire général de l’Exposition.
Roujon, directeur des Beaux-arts.
Comte, directeur des Bâtiments civils. Tisserand, directeur de l’Agriculture.

2° Membres nommés par l’arrêté du 1er décembre :
Bardoux, sénateur inamovible, ancien ministre de l’Instruction publique.
Léon Bourgeois, député, ancien ministre de l’Instruction publique.
Champoudry, président du Conseil municipal de Paris.
Poubelle, préfet de la Seine.
Dislère, conseiller d’Etat, délégué des colonies et pays de protectorat.
Strecklin, vice-président du Conseil général des ponts et chaussées.
Du Bousquet, président de la Société des Ingénieurs civils.
Bœswilwald, architecte du Gouvernement, inspecteur général des monuments historiques.
Daumet, président de l'Académie des Beaux-Arts.
Charles Garnier, architecte du Gouverne ment, membre du Conseil supérieur des beaux-arts, etc.
Enfin, les dix architectes dont les noms suivent ont été nommés, parles concurrents dans une séance tenue vendredi dernier :
MM. Guadet, Coquart, Pascal, Laloux, Moyaux. Loviot, Sédille, Mayeux, Vaudremer et Ginain.
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Re: La génese de l'Exposition Universelle de Paris 1900

Message par worldfairs » 09 nov. 2019 10:05 pm

Texte et illustrations de "La construction moderne - 29 décembre 1894"

Admirable flambée d’imagination ! — Enorme prodigalité de talent! — Torrent de rêve artistique! Ainsi s’abordait-on, au Palais de l’Industrie, au cours d’une visite au travers de ces vingt salles tapissées de gigantesques châssis couverts de dessins à très petite échelle, do miniatures enluminées.

Artistes ou bourgeois, de l'un ou de l'autre sexe — car les dames étaient en grand nombre — laissaient voir un religieux ahurissement après cet effort de compréhension rapide.

On a déjà suffisamment parlé ici des « clous » plus ou moins ingénieux que certains des concurrents ont su imaginer pour éveiller la « bienveillante attention » d’un jury qu’on croirait, à tort sans doute, préoccupé de ce genre de « clounerie ».

La terrible manie du gigantesque fait encore des victimes, malgré l’embarras que nous cause trop visiblement, aujourd’hui, la géante de M. Eiffel : arcs de 300 mètres, dômes de 300 mètres, salles de 300 mètres, ponts de 300 mètres.....
— Et après?

Chemin de fer aérien, électrique, aérostatique ou pneumatique et, le plus souvent, fort peu conforme aux données de la mathématique ; ou encore cristallerie électrique, genre de maçonnerie nouvelle, présentée en concurrence avec le « ciment armé », d’un plus modeste effet. —Quoi encore?...

Le vrai « clou » est chose rare, surtout celui qui piquerait la curiosité, sans rester comme un remords blessant, après le feu d’un facile enthousiasme.

Ce clou-là, pourtant, était demandé au programme : distribuer aux quatre points assignés, — Champ-de-Mars, Trocadéro, Invalides et Champs-Élysées — les palais et pavillons de 1900, de façon à produire un ensemble d’un effet nouveau, à la fois grandiose et attirant, attachant, amusant : une fête, un grand roman festival en quatre parties.

Conserver — transformer, semblait le mot d'ordre économique à lire entre les lignes du programme. Mais ce mot-là aurait refroidi par trop les imaginations; on nous aurait privé, en l’écrivant, des si aimables surprises que nous réservait le concours des architectes pour 1900.

— Le vrai « clou? » Peut-être était-ce le lien à établir entre les quatre parties de la future kermesse internationale. Et ce lien-là existe tout naturellement : c'est la Seine qui le fournirait, voie grandiose, « grand chemin qui marche », bordé de ses quais aux souvenirs historiques, aux arbres séculaires — à conserver; à mettre, s’il le fallait, sous verre, comme on le fil, il y a un demi-siècle pour ceux du Cristal-Palace des Anglais. Ce lien-là a été fortement travaillé par plusieurs des exposants.

Une voie nouvelle, une percée à ouvrir, d’un point à un autre de la fête, un boulevard, une « avenue du siècle », redonnant un nouveau lustre aux Invalides, déjà si bien, défendus contre les Moulineaux : c'était encore là un « clou », un bon, un vrai, dont Paris hériterait après la fête du monde. C’était un parti à montrer. Il en est peu qui l’aient complètement osé : il fallait mettre à bas le palais dit de l’Industrie, qui coute cher.

L'entrée, le vestibule de la fêle, comme le prologue d’un grand roman, ou l’ouverture d’un opéra : c’était encore un morceau de résistance à traiter avec toute la magnificence dont est susceptible l’architecture festivale.

Le parti à prendre — conserver ou abattre — pour les palais du Champ-de-Mars; celui du « renouveau » à infiltrer au Trocadéro — déjà « rococo » pour pareille aventure.

L’habillage, le travestissement à rêver pour la tour Eiffel ; ou mieux sa disparition totale, tout au moins partielle ; enfin, même question au sujet du palais de l’Industrie (Champs-Élysées).

Voilà les points principaux sur lesquels les uns ou les autres des concurrents ont exprimé une idée, avec plus ou moins de sens, d’à-propos ou d’audace, mais presque tous avec un talent merveilleux, — étourdissant chez quelques-uns.


LA SEINE ET SES QUAIS.

Décoration des rives. — Les uns alignent des palais somptueux ou sèment des pavillons pittoresques sur les berges du fleuve, soit pour y loger l’agriculture ou les sciences, soit pour y installer gaiement et fraîchement les nations étrangères, ou les colonies amusantes. Parmi les premiers, MM. Larché et Nachon bordent les deux rives par les galeries d’ « industries diverses » et en font ainsi comme un canal industriel passant entre de grandioses et décoratives usines. Leur beau pont triomphal (pont neuf des Invalides), partant d'un palais des Beaux-Arts, finit d’encaisser trop noblement le cours de notre Seine et de rectifier une perspective, pourtant si belle en sa libre fuite.

M. Walwein « empalace » la Seine, la canalise à peu près comme le font les précédents, et avec autant de talent, — ce qui n’est pas peu dire. M. Formigé borde d’agriculture et de colonies le fleuve sur ses deux rives. M. Farcy se contente d’une seule rive devenue agricole — promenade peu entraînante.

M. Saladin, avec son rutilant et savant orientalisme, fait de la Seine une délicieuse promenade, à pied ou en bateau, route charmeresse des gourmandises de couleur et de silhouette. M. Defrasse installe sur ses bords la « kermesse des nations », les danses, les costumes, les théâtres — en un mot, c’est la Seine devenue attrayante. Bravo, Saladin ! bravo, Defrasse !

Une « rue de Venise », c’est-à-dire deux rangs de palais vénitiens, bordant un canal à ponts-arceaux à gondoles : tel est le clou aimable piqué par M. Marcel sur Ja Seine (rive droite), avec, comme vis-à-vis, les nations étrangères, — c’est-à-dire variété pittoresque — au quai d’Orsay. Voilà la Seine bien bordée.

MM. Leroux et Bitner imaginent une « jetée-promenade », une île recoupant, sur sa longueur, la Seine en deux canaux (montée et descente des bateaux); ils y plantent le « palais des lumières » et y installent les Beaux-Arts. Des ponts ou passerelles genre Rialto, des cascades lumineuses seraient la sauce de cette jetée-promenade. — Voilà une idée.

Comme hors-d’œuvre pour embellir ou entraver la perspective de la Seine, citons le joli pont suspendu de M. Esquié, le beau pont-palais électrique de M. Formigé, le beffroi de M. Vinson, le pont en arc do triomphe de M. Durville, les palais des fêles sur la Seine de M. Morin-Gousliaux, et celui de M. Courtois-Suffit, l'auteur du projet n° 61, qui fait un Fontainebleau réduit en travers sur la Seine, dont le pont neuf des Invalides servirait de terrasse à celte transposition.

De l'eau à cacher. De l'eau à montrer. — Il y a des préoccupés de la question hydraulique en celte apothéose du siècle les uns, hygiénistes, estiment que l'eau de Seine n’est pas liquide d’exposition; ils en dissimulent plus ou moins l’apparence.

M. Morice, par exemple, noblement avide de surface bâtie, couvre le Champ-de-Mars, jusqu’à la tour, installe les colonies et l’alimentation sur les bords de la Seine, en face de Trocadéro et, là, enfouit le fleuve sous un tablier qu’il couvre d'un plan de concours pour le prix de Rome.

MM. Galeron et Meissonnier, radicaux, traitent le fleuve en égout ou aqueduc; ils le couvrent complètement depuis la Concorde jusqu’au pont d’Iéna ; et, là-dessus, immense square ; rotonde en face des Invalides.

Le pont à pièce d'eau (oui, un canal creusé dans le tablier du pont des Invalides), de M. Valet, le bain de pied qu’il prépare à la tour Eiffel, pour « fêles nautiques ».
Puis viennent ceux qui n’ont pas assez d’eau de la Seine pour servir de miroir à la tète du monde.

M. Richardière creuse, au Champ-de-Mars : naumachie, canal, étangs, bassins au pied de la tour. MM. Boutron et Schallkopf défoncent le jardin du Trocadéro, pour en faire une « arène nautique », avec amphithéâtre à l’antique. Le projet vraiment verveux, endiablé, de ces messieurs coûterait cher, mais donnerait du nouveau. MM. Toudoire et Pradelle creusent une « exposition maritime » au Trocadéro.

Le projet 87 (?) propose un grand cirque des industries au Champ-de-Mars, avec canal miroir jusqu’à la tour Eiffel, et les nations étrangères (quartier pittoresque) s’y suivant, à droite et à gauche.

La naumachie de M. Masson-Destourbet serait, au Champ-de-Mars, le centre agréable d’un rayonnement de palais bordant un boulevard en hippodrome; cafés et restaurants en grottes, au soubassement de la chaussée et à niveau de la naumachie, très joli projet, avec pont triomphal et pavillon de fêles sur la Seine, en face des Invalides.


VOIES NOUVELLES (DU XX° SIÈCLE)

M. E. Hénard est un de ceux qui ont cherché un parti d’effet monumental et durable — mais coûteux par le sacrifice à faire. Il poursuit l'axe des Invalides jusqu’aux Champs-Elysées, au travers du palais de l’Industrie, ce gênant hall de travers; il obtient, ainsi, la liaison réelle et le rapprochement des parties de l’Exposition avec entrées monumentales sur l’avenue magnifique des Champs-Elysées. Sa nouvelle avenue entraînerait la disparition de la ridicule orangerie dite de l’Industrie. Le « palais des illusions », à glaces réfléchissantes et multiplicatrices, de M. Hénard n’est qu’un détail amusant et ingénieux dans son très joli projet, au parti si franc de percée.

Très bien le projet de M. Rives, qui souffle, lui aussi, sur l’orangerie (Industrie) à dos de malle et perce l’avenu* des Invalides jusqu'aux Champs-Elysées, où un arc de triomphe donnerait entrée à l’Exposition. Rendu parfait sui étude très poussée, de M. Rives, encore des amusements sui l’eau de Seine ; « bief fêtes nautiques et bief vénitien » tranches de fleuve décorées.

En place de la « malle orangerie », M. Mewés fait un immense rond-point sur l’axe des Invalides, avec « tribune des cent chefs-d’œuvre » et autres palais-vestibules de l’Exposition ainsi ouverte sur les Champs-Elysées; d’ailleurs, berges pittoresques sur la Seine (pavillons étrangers).

Encore un beau projet.

M. Esquié enlève « l’Industrie », pour y installer un joli » village des colonies ».

MM. Haver et Boizot ouvrent leur Exposition sur les Champs-Elysées, par un « monument du siècle » (grand exèdre), et « gare pour 1900 », remplacent 1’ « Industrie » démolie. Le nouveau pont en X des Invalides serait, dans le projet Bauer, le carrefour de l’avenue des Invalides et d’une nouvelle avenue, celle du xx” siècle, traversant le Gros-Caillou, pour aboutir à la porte Rapp.

Perçant encore tout droit, des Invalides aux Champs-Elysées, sont M. Gauthier, avenue libre et palais, pont, esplanade, beaux-arts à quatre pavillons-conférence;
M.... « Fluctuat nec mergitur » (n° 102) : rond-point nouveau aux Champs-Elysées, avec palais Guerre et Congrès; enfin, M. Morice, déjà nommé, construit des îlots d’exposition aux deux portions du triangle percé (Industrie à bas) près de l'avenue des Champs-Elysées, où il fait aboutir sa percée des Invalides, son nouveau boulevard.


L'ART D'ACCOMMODER LES RESTES

Le palais de l'Industrie. — A côté des audacieux qui déblayent, sont les conservateurs qui accommodent, qui accoutrent, avec plus ou moins de bonheur, soit le palais de l’Industrie, soit la tour Eiffel. Pour l’Industrie, accommodée ou masquée suivant l’axe des Invalides, citons l’anse ou bastion de raccordement de M. Formigé ; le triangle de M. Walwein; l’exèdre de M. Vigneulle, la façade sud en doublure redressée par MM. Boux et Gullemant ; les trois coupoles byzantines de M. G. Hènard (transformation aimable du dos de malle); le Panthéon à genouillère et les ailes en hippodrome {Trocadéro nuovo) du beau projet de M. Girault, surprenant d’idées pittoresques et de rendu; enfin, l’arrangement très étudié d’une rotonde des Beaux-Arts, et l’entrée bien arrangée du côté Concorde, qui font du projet de M. Paulin un travail réalisable, un vrai tracé d’architecture.

Il faut voir encore la demi-rotonde de M. Bullu, qui y emmanche un vestibule des « œuvres d’art » dirigé, en Pont-Neuf, vers les Invalides, et l’autre sur le Cours-la-Reine; le « palais des Arts », disposé en triangle régulateur d’axe par M. Héneux; M. A. Leclerc a aussi sa rotonde à genouillère conservatrice. Il y a p'us de talent dépensé à garder cette boite rectangulaire qu’à déblayer l’emplacement.

Ces messieurs ont le sentiment des économies administratives à racheter par l’ingéniosité de l’architecte.

M. Baulin, revenu des illusions de jeunesse, laisse intacts l’Industrie et même le pavillon de la Ville (Cours-la Reine), qu’il arrange à l’aide d’un portique circulaire à l’intention des Invalides.

La tour Eiffel et le Trocadéro. — Pour la conservation de la tour Eiffel : voici M. B..., n° 51, qui la cantonne de donjons et augmente le Trocadéro d’équerres considérables, mais d’un effet douteux; M. Maubert, installant un « palais d'électricité » entre les quatre pieds de la géante; M. Formigé, qui garde la tour parce qu’il garde ses palais — ses enfants — et fait un Champ-de-Mars en forme de diapason (fer à cheval et fer à T); M. Durville, qui habille la tour de ciment blanc, avec deux rotondes à ses pieds; MM. Deperthes père et fils, qui en font comme le clocher de leur Exposition, au Champ-de-Mars couvert de galeries depuis l’Ecole militaire jusque-là; M. Tropey-Bailly, qui habille Eiffel de clochetons et, comme M. B... susnommé, couvre, à droite et à gauche, le jardin du Trocadéro d’immenses bâtiments et en pave le milieu comme une cour de musée. Adieu, bosquets!

Puis, voici les amputations partielles : M. Guillemonat, par des croquis cyclopéens, tronquant la tour, y applique, comme tète une sphère dorée; autant en fait, par une boule ajourée — tète digne de ce squelette, — M. Bossis, qui en cache les pieds par un « palais électrique » ; M. de Montgolfier garde le « clou » Eiffel, en élève un autre (ferme suspendue de 300 mètres, b. s. g. d. g.), et fait passer, par la tour, le viaduc suspendu du chemin de fer des Moulineaux (!). M. Doré, avec de l’eau et deux proues, fait naviguer la tour, comme château d’eau ambulant.


L'ENTREE

A part le grand parti d’entrée à l’Exposition par les Champs-Elysées, sur l’avenue des Invalides ou « du Siècle », quelques projets méritent une mention toute spéciale pour la façon large, monumentale, ou pittoresque et festivale dont ils présentaient l'entrée du côté Concorde.

M. Hermant donne un projet très poussé en tout : un pont-esplanade, débarcadère digne du Tibre ou de Saint-Pierre de Rome (avant-port de la Seine, entouré de portiques circulaires), d’où départ par vestibule spécial à chacune des grandes divisions de l’Exposition, auxquelles on arrive de plain-pied et à l'abri des galeries ou palais; M. Sortais, dont propylées et l’hippodrome forment un vestibule « antique et solennel », ouvert sur le Cours-la-Reine, près de la Concorde (projet brillant, coquet, « tout à la joie », rendu exquis); M. Blavette, flanquant de deux cirques antiques une superbe entrée en pont-esplanade sur la Seine, esplanade aussi large que celle des Invalides, — superbe projet; MM. Larché et Faction, qui démolissent tout au Champ-de-Mars — à la bonne heure! — et mettent un t monument des vingt siècles » à la place de la tour Eiffel, ont leur pont triomphal à deux fontaines, orné de deux arcs entrecroisés (genre Eiffel) et couronnés d'une sphère, quatre tours reliées par portiques; si cela n’est pas une entrée directe, au moins cette décoration légère, ajourée, laissant voir le cours de la Seine, annonce bien l’entrée de la fête internationale dont les rives du fleuve seront le théâtre.

Honneur à tous ceux qui, comme les précédents, ont mis la tour squelette, la sapine métallique dans leur poche !

Au Champ-de-Mars, les diverses combinaisons cherchées par les uns ou les autres, renouvelées qu’elles sont plus ou moins, entières ou partielles, des partis adoptés depuis 1855 jusqu’à nous, ces combinaisons n'offrent guère qu'un intérêt purement technologique.

Citons cependant la grande nef centrale et les bas-côtés perpendiculaires à son axe, de MM. Deperthes; le plan en fer à cheval et à redents, de M. Paulin; les rectangles inscrits l’un dans l’autre (1867 à angles droits), de M. Paulin; l’immense Coupole Clou-Pantheon de M. G. Hénard; les nefs ou galeries parallèles couvrant le Champ - de - Mars sous la devise :
«Fluctuât nec mergitur», avec, en avant (côté Seine), un immense vestibule — très beau parti ; les palais d’un nouveau dôme de Milan (gothique milanais à lancettes) de M. Richardière; la pagode au fond d’une avenue de galeries industrielles, par M. Gautier; la Halle au blé cyclopéenne de M. Vinson ; les tentes et serres de M. Galeron (genre Lyon) ; le palais électrique en dôme central(1889) de M. Marcel; la coupole géante de M. B a tin ; l’immense rotonde à galeries rayonnantes, de M. André, dôme Eiffel et plus fort.

Et, si l’on demande quelle caractéristique se dégage, pour l’avenir, de l’architecture de cet effort tenté en vue de 1900, on peut répondre que rien n’est perdu, parce qu’on n’aura pas inventé — à moins que ce ne soit M. de Daudot avec le « ciment armé » — un genre d’architecture dont seules les solennités internationales auraient à profiler.

Les gens de Chicago n'ont rien inventé; ils ont fait du staff, du décor passager; ils ont quand môme « épaté » leur public et n’ont eu qu’à nettoyer ces pâtisseries après clôture.

Puissions-nous, ici, être aussi pratiques et aussi peu compromettants que ces gens-là pour l’architecture de l'avenir!
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Re: La génese de l'Exposition Universelle de Paris 1900

Message par worldfairs » 10 nov. 2019 06:35 pm

Texte et illustrations de "La construction moderne - 19 janvier 1895"

L'extrait déjà paru et celui qui parait aujourd’hui du rapport de M. Guadet sur le concours de 1900 nous dispensent de plus amples commentaires pour élucider les motifs du jugement et les tendances qu’il accuse. Ayant, d'un côté, une idée de chacun des projets primés en première, seconde et troisième ligne, et, de l’autre, le résumé des vues qui ont prévalu dans le travail de sélection, le lecteur peut donc, lui-même, juger en dernier ressort, sans qu’il soit besoin d’une plus longue dissertation, pouvant tourner au boniment de lanterne magique.

Mais, tandis que vibre encore le son respectable du bourdon officiel, voici qu'un autre son, aigre-doux celui-là, nous tinte à l’oreille en une manière d'assez, spirituelle protestation, à laquelle il nous faut au moins goûter, ne serait-ce que pour assaisonner cette très correcte et solennelle salade du concours jugé.

— Qui n’entend qu’une cloche n’entend qu’un son.

Cette « lettre ouverte » — moyen de correspondance négligé par ceux-là qui ont choses aimables à dire — cette lettre est adressée, par la voie de la presse, à M. Ricard, commissaire général de l’Exposition de 1900, et signée Un Architecte... Un Ingénieur, pseudonymes peu compromettants de deux « concurrents aigris, disent-ils assez gaiement, par ce qu’ils considèrent comme une profonde injustice ».

Dès les premières lignes, ces philosophes « aigris » signalent la profondeur de l’abominable déni de justice: « Tout concours qui se respecte, disent-ils, entraîne, à la suite du jugement, des protestations de la part des concurrents dont le classement est inférieur à celui qu'ils espéraient. » Le trait est délicieusement juste. Je voudrais bien connaître un « second prix » qui, adroitement confessé, n’avouât pas la « profondeur » de la surprise à lui causée par un jugement aussi « injuste ».

« Nous avons pensé qu'un concours important comme celui do l’Exposition de 1900 ne pouvait déroger à cette tradition, et nous prenons la liberté grande de soumettre à votre bienveillante attention les quelques réflexions que notre insucccès nous a suggérées. »

Les correspondants « aigris », mais non égoïstes, ont le suprême bon goût de ne pas pousser plus loin leurs revendications personnelles et il n’est plus question de leur « insuccès ».

Mais, d'après eux, malgré la mise en garde du discours d’ouverture des travaux du jury « pas d’élèves ! pas d’amis!! pas de parents!!!... », adressé au jury par M. le ministre du Commerce, l’assaut des influences aurait été furieux.

— Chacun fait ce qu’il peut pour soi-même. « Aide-toi, le jury t’aidera! »

Et, chacun en ayant fait autant que son voisin, l’équilibre est approximatif, le niveau des « influences » s’établit, et cela facilite la lâche du jury, qui pourrait, faute d'une recommandation, oublier, dans l'affluence, un projet plein de qualités.

Il est un point sur lequel nous reconnaissons volontiers la justesse des « aigreurs » contenues en ladite « lettre ouverte » : il s'agit d'une bête noire que la « coterie du Salon des Champs-Elysées » aurait, tout de suite, décrétée d’exclusion.

M. de Baudot — pour ne point nommer le chef de l’école gothique — a le courage de ses opinions, peu goûtées de ceux qui ignorent ou dédaignent la spécialité de ses fortes connaissances techniques; il dit crûment ce qu’il pense, mais le dessine avec un réel talent. Il a tous les courages, même celui de concourir devant un jury prévenu, même celui de piocher très sérieusement un projet tout aussi sérieux et plus original peut-être que plusieurs autres, mieux distingués par le jury; il a le courage à.'exposer, en s’exposant lui-même à un insuccès tout décidé d’avance.

Pourtant, s’offrir à la juridiction de ceux dont on a malmené souvent les opinions esthétiques, c’est d’une politesse et d’une bonne foi qui rachètent bien des rudesses, qui effacent bien des aspérités. Cela valait, au moins,-un examen plus approfondi du travail présenté et une marque quelconque d’égards pour un adversaire de haute marque, pour un chef d'école. Les « diocésains » ne sont plus à redouter pour la liberté de l’art moderne, comme il y a trente ans; les « romains » non plus. C'est assez se « faire la tête » réciproquement, au détriment d’un art que vous aimez tous éperdument, chacun à votre façon.

« Nous glisserons, disent encore nos aigris, sur l’échec d’un autre artiste dont le talent est indiscutable et dont le plus grand tort a été d’avoir rappelé aux envieux que le regretté Alphand l’avait en très haute estime... Il avait fait ses preuves en 1889 et son succès avait été universel ; son projet, respectueux du programme, ôtait des plus sensés :
c’était une œuvre de haut goût. Pourquoi ce camouflet immérité ? »

M. Formigé, qu’on a facilement reconnu à telles enseignes, a le grand tort d’avoir eu des « succès universels ». La tendance égalitaire des jurys d’aujourd’hui se manifeste en coupant ce fil des succès à tous ceux qui ont été « enfants chéris de la victoire ». Un jury n’ose pas recharger indéfiniment de palmes — même méritées — l’écusson de tel ou tel, trop habitué à vaincre depuis tantôt dix ans. Cela pourrait, — qui sait? — nous mener à une « Boulange » artistique, à une dictature que l’esprit démocratique doit prévoir pour l’anéantir à l’avance.

— Assez de succès comme ça à MM. X. Y. ou Z. ; ils sont gavés. À qui le tour?
— Mais le programme, dirons-nous, qu’en faites-vous?
— Des papillotes pour la démocratie et des bulletins il remplir pour les électeurs à venir. Nous « sons » élus; mais gare aux réélections ! Soignons, tour à tour, princes, électeurs influents, et populo. — A qui le tour ?

Mais voici l' « aigreur » qui s’attaque aux primés, abatteurs d’arbres, avec celte copie du programme :
« Les lignes et massifs d'arbres désignés au plan comme devant rester intacts seront scrupuleusement respectes. » — Et, en regard, cette copie du rapport de M. Guadel : « Enfin, quelques projets ont fait trop bon marché d'un certain nombre d’arbres ; le jury ne pouvait en faire un grief sérieux à ceux qui, d’ailleurs, apportaient le contingent d’idées heureuses ou originales. » Mais alors, disent les correspondants de M. Picard, « c’est d’une étrange naïveté ! C’est dire que le programme est un empêchement à l’éclosion d’une idée originale et qu’il était inutile d’en tenir compte !!! »

— Bign... !!!...

Et ce dernier coup de patte : « Les concurrents, dit le programme, prendront, pour base de la distribution des édifices d’Exposition générale, la classification des objets exposés et l’état approximatif des surfaces couvertes nécessaires aux divers groupes. — Auquel passage du programme — loi des parties répond ce passage du rapport de M. Guadet : « Quelques projets primés n'atteignent pas les surfaces demandées ; par les mêmes raisons qui viennent d'être exposées, le jury n’a pas jugé que ce fût là un vice rédhibitoire. »

— Mais alors, Messieurs du jury, à quel usage vous a donc servi « la loi des parties » ?

Il est bien entendu, n’est-ce pas, qu’en face de tel ou tel projet merveilleusement bourré d’idées neuves, et sortant de l'ordinaire par un parti grandiose, nous tous, artistes militants ou simples amateurs, en forions tout autant qu'en a fait le jury du concours de 1900.

Mais peut-être serait-il bon, en ce cas-là, et sans les ériger comme en principes de sans-gêne, de rapporter simplement des considérants et des motifs sans doute très artistiques, très esthétiques, mais pas du tout légaux, considérants et motifs ayant entraîné les bons juges à transgresser haut la main la loi des parties.

Et, pour en finir, voulez-vous que je vous dise quelle idée saugrenue me vient chaque fois que j’entends parler de concours, de programme, de concurrents, d’électeurs et de jurés ? C’est qu’au lieu de récuser un juré convaincu d’avoir pris part au concours, je voudrais, tout au rebours, que les jurés élus d'avance par les concurrents, avant le « départ », s’engageassent non seulement à l’élude du programme, mais encore à celle d’un projet y répondant. Au moins ces juges-là sauraient-ils à quoi s'en tenir sur les faiblesses du programme ou sur ses qualités. Et, au moins, pourraient-ils protester, obtenir des retouches, juger sur un terrain solide, en toute connaissance de cause, en ayant tâté un brin.

Jusque-là, croyez-m’en, le second prix aura toujours à se plaindre de la distribution des primes. Aigri et mécontent, il sera tout comme le plus obscur des blackboulés.
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Re: La génese de l'Exposition Universelle de Paris 1900

Message par worldfairs » 11 nov. 2019 09:48 am

Texte et illustrations de "La construction moderne - 12 janvier 1895"


La grandissime joute est chose terminée. Les primes sont distribuées, mais non les rôles, dont la distribution est réservée au choix judicieux de la direction technique.

il est juste qu’après avoir payé les idées reconnues lumineuses par un jury, le payant exerce paisiblement son droit d’examen, de réflexion, pour la constitution judicieuse de l'équipe à monter.

C’est à cela qu’on reconnaîtra le « doigté » du « grand-maître », de l’habile administrateur qui, depuis la mort de M. Alphand, a l'oreille de l’Administration.

Donc, MM. Girault, Hénard (Eugène) et Paulin ont tenu la corde et « tapé dans le mille ».

On s’est bousculé devant chacun de ces trois projets remarquables, que rendait encore plus remarquables la pancarte :
« Première prime. »

On a voulu savoir le pourquoi, c'est-à-dire la tendance du jury pour tel ou tel parti, et les avis se partageaient en s'échangeant, sans rien amener de bien décisif comme conclusions.

Pourtant, essayons de formuler, par à peu près, ce qu’on pourrait déduire d’observations faites sur les trois projets classés en première ligne :
1° En ce qui concerne l'abattage ou la conservation de ce qui existe, des trois concurrents les plus heureux, chacun garde quelque chose des gros morceaux restant des Expositions précédentes.

M. Girault garde la tour Eiffel, les Machines et le palais de l'Industrie.

M. Hénard, le plus hardi des trois, balaie le palais des Champs-Elysées, qui l’aurait géné, pour y prolonger l'esplanade des Invalides, tracer ainsi une grande percée, une perspective grandiose; mais il garde la tour Eiffel, le palais des Machines et le palais des Arts. Compensation!

M. Paulin garde le palais de l’Industrie, la tour Eiffel et le palais des Machines.

Donc, voilà trois conservateurs à divers litres mis au premier rang. On craint le déboulonnage coûteux et l'indemnité qui serait due à la société fondée par M. Eiffel. Ce clou de 1889 devient banal, parce qu’il est trop voyant ou gênant, mais il le faut bien garder là où il se trouve piqué.

Si je place cette question d'économie en première ligne, c’est que l’opinion publique, aussi bien que l'administration, semble peu disposée à un balayage trop radical et non absolument justifié par les nécessités.

La liaison du plan d’ensemble parait avoir été prise en considération, non pas une liaison mosaïque comme celle de certains plans scolaires, mais une liaison à la fois perspective et effective, traduite par l’indication de moyens non seulement décoratifs, mais utiles : galeries diverses pouvant servir de passage amusant entre les quatre parties de l’Exposition future (Champs-Elysées, Invalides, Champ-de-Mars et Trocadéro) ; avenues libres, en plein air, mais bien abritées des ardeurs du soleil ou des éventualités atmosphériques.

La conservation des arbres actuels entre, suivant le programme, en ligne de compte dans ces moyens de circulation agréable.

Le « clou » de M. Girault est peut-être celui qui saute le moins aux yeux du public : c’est la liaison des diverses parties de chaque grande division ci-dessus dénommées, et aussi la liaison de ces grandes divisions entre elles, le tout par un réseau artistique de promenoirs couverts, mais aérés. Les palais, les pavillons disposés autour de grands jardins bien ouverts et se faisant vis-à-vis sont tous rattachés par de légers portiques de circulation, arrangés suivant des courbes commodes et gracieuses, prêtant à la richesse des perspectives, enveloppant lesdits jardins ou longeant les grandes avenues actuellement ombragées, avenues qu'on laisserait libres pour la circulation, au lieu de les encombrer de galeries-baraques pour les grainetiers et marchands de fourrages, comme cela se fit en 1889 (quai d’Orsay, Agriculture).

Comme moyen de liaison perspective et décorative, M. Girault « empalace », avons-nous dit, les berges de la Seine, ainsi devenues, pour l'occasion, une sorte de grand canal vénitien, bordé des pavillons somptueux et pittoresques qu’y élèveraient les nations étrangères (rive droite) et les ministères de la Guerre et de la Marine (rive gauche); plus loin, l’Économie sociale mirerait encore ses constructions économiques, mais coquettes, dans les eaux du fleuve.

Exposition Universelle de 1900 - 1er prime : M. Eug. Hénard
Exposition Universelle de 1900 - 1er prime : M. Eug. Hénard

M. Hénard, qui lui aussi a gardé à peu près intactes les voies actuelles, ombragées d’arbres, avec des portiques-abris, imagine Un chemin de fer continu, à circuit comme la scie dite « à ruban » et qui court sur les berges de la Seine, en soubassement des bâtiments, peut-être trop sérieux d’aspect ou de destination, dont il borde le fleuve comme on ferait d’un port de guerre ou arsenal maritime. Ce petit chemin de fer, ainsi allant par une rive et revenant par l’autre du pont de la Concorde au pont d’Iéna, serait comme la courroie de transmission assurant la circulation terrestre autour de cette artère fluviale.

M. Paulin, rangeant sur la rive droite de la Seine les palais de Y Enseignement, de la Guerre et de la Marine, sur la rive gauche la galerie de l'Alimentation, les pavillons de la Chasse, de la Pêche, etc., meuble la partie la plus étroite de ces rives (rive droite près du Trocadéro), — celle que plusieurs concurrents ont laissée nue, — au moyen d’une pittoresque ville chinoise; et, sous les portiques légers qu’ombragent les arbres du Cours-la-Reine, s’étaleront sans façon les produits de la cueillette.

Ici encore, la liaison par les bords de la Seine, bien meublés, et les circulations naturelles, actuelles, laissées libres, est la note admise par le jury.

Mais c’est aussi la liberté perspective de la Seine gardée de toute traverse, telle que pont encombré de palais ou de portiques fermés.

Du pont de la Concorde ou du nouveau pont des Invalides, on verrait librement le cours de la Seine bordé, « venisé » d’édifices dont il serait le miroir, tandis que sont refusés les encaissements à tronçons ou les couvertures au moyen desquelles quelques-uns avaient cru devoir dissimuler le passage du beau fleuve — seul espace inaliénable du domaine public.

Il faut bien, en troisième lieu, croire à l'existence d’une certaine majorité du jury en faveur d'un parti franc de percée, de voie nouvelle. Le succès de M. Hénard en serait une preuve, puisqu’il prolonge l’esplanade des Invalides jusqu’à l’avenue des Champs-Elysées, en traversant la Seine sur un pont — forum qui mettrait la future gare des Moulineaux en voisinage de l'Elysée.

Et ce plan d’esplanade, avec jardins français sur l’une et l’autre rive, avec des bâtiments d'exposition à droite ou à gauche de la perspective restée bien libre, avec des portiques les reliant par-dessus la Seine, ce plan-là semble un hommage rendu au siècle de Louis XIV, au génie des Bruant, des Mansart, des Lenôtre, en même temps qu'une glorification du siècle écoulé.

Est-ce bien cette idée-là que le jury a entendu récompenser, retenir pour 1900, au détriment du palais de l’Industrie?

Ou bien est-ce seulement la largeur du pont à portiques; est-ce l’ingéniosité du petit chemin de fer « à ruban », ou les mirages du « palais des illusions»,grand kiosque octogonal aux murs de glaces réfléchissantes, à la « grotte d’azur », etc.? Ce palais des « illusions » embarrasse pourtant l'axe du jardin ou square aérant le fer à cheval des galeries (Mobilier et Vêtements) et masque la façade du grand vestibule (Alimentation). Est-ce encore l’immense serre chaude, basilique vitrée des frileux (grande serre des indigènes ou chauffoirs des pauvres exotiques exhibés en 1900) ? Certes, M. Hénard avait plus d’un « clou » dans son sac. El ce n’est pas l’imagination qui lui manque. Mais je persiste à croire, comme je le disais avant le jugement, que c’est au « parti monumental et d’effet durable », à la « liaison réelle » et au « rapprochement des parties de l’Exposition, avec entrée monumentale sur l'avenue magnifique des Champs-Elysées », que ce projet doit la distinction du jury.

A ce point des Champs-Élysées, au lieu du lourd coffre dit palais de l’Industrie, s’ouvrirait l’avenue des Invalides, de 1900 ou du siècle, l’entrée « de la Paix », avec statue allégorique dans l’axe. A gauche, du côté de Paris, le groupe des palais « Lettres, Sciences et Arts » (procédés des); à droite, du côté Chaillot, les Beaux-arts. Puis une petite réduction du palais disparu, pour y loger l’Education et Enseignement, occuperait l’espace resté disponible, non loin du bureau d’omnibus actuel. Le pont, triomphal, à effets d'eau, serait bordé de galeries ou grands portiques des Sciences et des Arts.

A la tête du pont, en arrivant à la rive gauche, serait l'Horticulture et, sur la première moitié de l’esplanade, l'Exposition centennale ; au fond, près des Invalides, le palais de l’Electricité.

Au milieu du pont triomphal, l’embarcadère, avec descente au chemin de fer continu.

Exposition Universelle de 1900 - 1er prime : M. Girault
Exposition Universelle de 1900 - 1er prime : M. Girault

M. Girault, tout en gardant le palais de l’Industrie, le perce de part en part pour y ouvrir une entrée de l’Exposition sur les Champs-Elysées; il y loge, à droite et à gauche de ce passage, les œuvres des Beaux-arts, et en une sorte de Panthéon, rappelant à la fois celui de Soufflot, Saint-Pierre de Rome et Saint-Paul de Londres, monument glorieux à élever contre la façade sud de l’Industrie et sur l’axe des Invalides, M. Girault installe les Beaux-arts du siècle écoulé. C’est la monumentale rotule sur laquelle jouerait l’axe brisé des Invalides aux Champs-Elysées, sur lequel axe serait, aux Invalides, un palais de silhouette cambodgienne, interceptant la vue du vieux refuge des braves; et, sur la rive droite, ledit Panthéon d’art rétrospectif, accompagné de portiques en hippodrome parallèle au Cours-la-Reine. Certes, ce serait là un beau vestibule d’honneur pour l’entrée de l’Exposition; une pagode élevée au coin de la Concorde serait comme le campanile oriental, marquant l’entrée à l’est.

Exposition Universelle de 1900 - 1er prime : M. Paulin
Exposition Universelle de 1900 - 1er prime : M. Paulin

M. Paulin, lui aussi, donne une entrée par la Concorde et une autre, peu séduisante, par le palais (conservé) de l’Industrie, qu’il utilise en « salle des fêles ». Ce manège à traverser ne me dit rien de monumental. Mais, entrant par la Concorde, avec barrières au Cours-la-Reine, laissé libre à la foule, on trouve un vestibule (enseignement artistique) précédé d’un parvis à pavage mosaïque, entouré de balustrades et donnant accès à une immense rotonde (autre Panthéon, mais à l’antique celui-là) qu’occuperait la Sculpture, —sans doute celle du siècle; puis une galerie de sculpture, parallèle à la Seine et perpendiculaire au nouveau pont, serait tangente à ladite rotonde. Galerie et rotonde de « rachat » pour l’axe des Invalides et de l'Industrie. Dans les intervalles de ces édifices vieux ou neufs seraient un jardin de sculpture et des portiques en exèdre l'encadrant. Les bâtiments d’administration et un palais des Congrès borderaient l'avenue d’Antin.

Comme introduction à l’Exposition de 1900, comme ouverture, ce Panthéon de la statuaire serait vraiment monumental. Comme élude de plan, c’est parfait de simplicité et de grandeur.

M. Paulin couvre l’esplanade des Invalides par les bâtiments de l'Agriculture et de l'Horticulture.

Un pont nouveau, à portiques-promenoirs ou trottoirs, traverse la Seine sur l’axe des Invalides, et deux énormes pavillons, ou kiosques de triomphe, en décorent les culées, sans obstruer les voies des quais qui traversent ces kiosques monstres. Au Trocadéro, voici les Colonies, entre les bras du palais Davioud-Bourdais : villages asiatiques et océaniques, palais d’Annam et du Tonkin, à droite; palais de Tunisie et d’Algérie (et bazar), village africain, à gauche ; puis, dans le bas du parc, à droite, le Cambodge, une pagode, café indo-chinois ; à gauche, palais général des Colonies et café arabe. Sur les berges, restaurant et autres « bibelots ».

Au Champ-de-Mars, M. Paulin agrémente d’un square le pied de la tour Eiffel, et le borde, à droite et à gauche, de cafés-brasseries à grands portiques, comme ceux de 1889 encore existants. Un grand château-d’eau étage ses effets dans le fer à cheval des ailes avancées (Mine et Métallurgie, adroite; procédés Sciences et arts, à gauche) ; devant, un vestibule-galerie courant sur le pont des galeries d’industries diverses. Celles-ci sont disposées d’une manière concentrique, c’est-à-dire suivant des rectangles inscrits l'un dans l’autre, à peu près comme l’étaient les galeries ovales et concentriques de 1867. Au fond, vers l'École militaire, la galerie Dutert serait consacrée au Génie civil et aux Moyens de transport.

M. Girault met aussi ses colonies au Trocadéro ; il en relie les divers pavillons au moyen d’un portique en tenaille ou « patte de homard » ( Vulgo dicunt). Il pèche et chasse, il cueillette sur les bords de la Seine, au Champ-de-Mars. Au pied d’Eiffel-tour se place la « Ville de Paris », nefs vitrées s'entrecroisant sous les arcs géants de la tour et bouchant ces passages — pour que les badauds ne s’y reconnaissent pas trop. La perspective du Trocadéro, vu du Champ-de-Mars, est ainsi supprimée — ce n’était pas la peine.

Comme aux Invalides, jolis jardins bien ouverts dans le fer à cheval des bâtiments de galeries industrielles. Là-dessus, jolis vestibules et portiques élégants.

Le caractère pittoresque et infiniment léger, plutôt menu qu’imposant, les colorations charmantes de l’architecture Girault, qui a trouvé le moyen de ne pas faire du définitif embarrassant, du monumental, tout on donnant une idée de splendeur passagèce, de triomphe rétrospectif, qui a bordé la Seine de cette façon-là —et cette friandise de couleur légère a ravi le jury: voilà probablement la noie approuvée avec quelque raison.

Assez de staff imitant le marbre ou le granit, le gros ou le porphyre; assez de rationalisme ennuyeux: de la fantaisie, de la couleur, la « joie de vivre » en architecture.
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Re: La génese de l'Exposition Universelle de Paris 1900

Message par worldfairs » 11 nov. 2019 06:37 pm

Texte et illustrations de "La construction moderne - 16 février 1895"

A la suite du concours pour la construction de l’Exposition de 1900, la commission a procédé il un examen attentif des projets primés, afin d'y puiser quelques idées générales. Les grandes lignes sont dès maintenant arrêtées.

Le Palais de l’Industrie sera supprimé et remplacé par un nouveau palais situé entre l’avenue d’Antin et une grande avenue nouvelle partant des Champs-Elysées pour aboutir aux Invalides, en passant sur la Seine par un pont monumental.

L’Exposition aura son entrée principale sur la place de la Concorde. Aux abords du Cours-la-Reine et de l’Esplanade des Invalides sera groupé tout ce qui a trait aux arts décoratifs.

Le Palais de l’électricité, qui sera un des clous de l’ensemble, sera aussi rapproché que possible de l’entrée, probablement sur l’Esplanade.

Les rives de la Seine seront, des deux côtés, égayées de constructions pittoresques que l’on pourra voir soit des quais, soit du fleuve lui-même.

Au Champ-de-Mars, la tour Eiffel est conservée, la Galerie des machines aussi, mais elle est modifiée par un dôme situé au milieu, et par ses extrémités terminées par des croupes. Le palais des Beaux-Arts et celui des Arts libéraux sont supprimés. Les différences de niveau des jardins seront aplanies.

Un chemin de fer aérien fera le tour complet de l’enceinte.
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Re: La génese de l'Exposition Universelle de Paris 1900

Message par worldfairs » 16 nov. 2019 10:01 pm

Texte et illustrations de "La construction moderne - 18 mai 1895"

Le plan de l'Exposition de 1900 est achevé; l'emplacement des palais principaux est définitivement arrêté, comme leur forme. Sur l’esplanade des Invalides, le palais des Arts décoratifs et des Manufactures nationales. Au Champ-de-Mars, le palais de l’Electricité, précédé d’une double série de palais affectés aux différentes industries. Au Trocadéro, l’exposition coloniale. Aux Champs-Elysées, de chaque côté de la nouvelle avenue conduisant à l’esplanade des Invalides, le petit palais de l’Art rétrospectif et le nouveau palais des Beaux-Arts, destiné à remplacer le palais de l’Industrie.

Ces deux derniers édifices sont les seuls qui doivent subsister, une fois l’Exposition terminée. Ils sont destinés, d'autre part, ii modifier d’une façon très sensible l’aspect actuel des Champs-Elysées. Ils nous intéressent donc doublement.

Le nouveau palais des Beaux-Arts s’élèvera sur le côté droit de la nouvelle avenue, percée dans l’axe de la grande entrée actuelle du palais de l'Industrie.

En même temps quelle présentera tous les avantages pratiques réunis au palais de l'Industrie, la nouvelle construction doit se distinguer par un caractère artistique supérieur; le commissaire général de l'Exposition de 1900 est donc décidé à mettre l'édifice au concours entre tous les architectes français.

Mais les concurrents n’auront à se préoccuper que de l'aménagement intérieur et de l'aspect extérieur.

La forme et les dimensions de l'édifice, soigneusement étudiées parle directeur des services d'architecture, M. Bouvard, et par ses collaborateurs, MM. Hénard, Sortais, Tronchel, Varcollier, n’auront aucune modification à subir.

La forme du palais sera celle-ci :
En bordure sur la nouvelle avenue, un long bâtiment, aux extrémités arrondies en demi-cercle, abritera la grande piste qu'il importe de garder pour le concours hippique et les expositions de toute nature. En bordure de l’avenue d'Antin, un édifice de dimensions analogues, nettement rectangulaire, destiné aux expositions de tableaux. Les deux avenues n’étant pas parallèles, les deux édifices seront séparés du côté de la Seine par un espace beaucoup plus considérable que du côté des Champs-Elysées. On les réunira par un portique ajouré à l’intérieur duquel le jardin de Paris, avec ses magnifiques bouquets d'arbres, sera compris. On les réunira également par un pavillon central, qui coupera par le milieu ce jardin.

En face de l'entrée principale, sur la nouvelle avenue, un rond-point sera créé, avec massifs de fleurs, statues et cascades. De l’autre côté de ce rond-point, le petit palais de l'Art rétrospectif s'ouvrira en forme d'hémicycle. Ce petit palais ne sera pas mis au concours.

Pendant toute la durée des travaux du grand palais, la Société des Artistes français pourra continuer, sans gène aucune, chaque année, ses expositions de printemps. On commencera, en effet, l'édifice par l’aile de l'avenue d'Antin, qui peut se construire en entier avant qu'on touche au palais de l'Industrie. Le pavillon qui reliera les deux palais, et qui n'empiète pas davantage sur le palais de l’Industrie, sera ensuite édifié. La construction en bordure de la nouvelle avenue sera réservée pour la fin; mais, comme elle ne mord que sur un tiers environ de l’ancien palais, les deux tiers du palais pourront subsister jusqu’à l’entier achèvement des constructions nouvelles.

Le concert de l’Horloge, le restaurant Ledoyen et le palais de Glace, étant laissés en dehors de l’enceinte de l'Exposition, n’ont pas à se préoccuper davantage des remaniements de la rive gauche des Champs-Elysées.

On s’est fait une règle absolue, en ce qui concerne les arbres, de respecter tout ce qui est futaie. Les taillis seuls seront déplacés suivant les besoins du nouvel aménagement. On n'établira, en effet, en dehors des deux palais des beaux-arts, que trois constructions, de légère importance d’ailleurs. La première est destinée à l’exposition de l’enseignement, la seconde aux bureaux de l’administration ; la troisième, placée à l’extrémité du nouveau palais des Beaux-Arts, le long du Cours-la-Reine, sera le pavillon projeté pour la manufacture de Sèvres.

Sur le Cours-la-Reine, on n’enlèvera aucun arbre, sauf pour l’établissement de la nouvelle avenue et du rond-point qui la terminera sur le quai, en face du nouveau
pont. Ce rond-point sera orné, comme celui qui séparera le petit palais circulaire du grand palais des Beaux-Arts, de massifs, de statues cl do cascades.

Tout a été prévu, on le voit, non seulement pour ne léser aucun intérêt, mais pour ajouter encore au pittoresque aspect que présente, avec ses massifs d’arbres et de verdure, la rive gauche des Champs-Elysées. Inutile d’ajouter que la perspective de cette grande avenue ne souffrira en rien des modifications apportées. Il convient donc de féliciter hautement pour l’ingéniosité, le goût, l'imagination artistique et l'adresse dont il vient de faire preuve dans ce travail préparatoire, le service d'architecture de l’Exposition.

Au Champ-do-Mars on fera — en très grand — ce qui a eu tant de succès en 1889 dans la galerie de trente mètres.

De chaque côté, on a projeté une double série de palais disposés en redents, pour augmenter l'effet perspectif; chaque palais contenant les exposants d’une classe distincte sera construit en utilisant, tant pour la façade que pour la décoration, les motifs tirés des objets exposés : le fer, le cuir, le bois, etc.

Le parc du Champ-de-Mars serait réservé aux grandes fêles qu'on compte faire très nombreuses et très brillantes au cours de l'Exposition : fêles de jour et fêles de nuit. La partie centrale de la galerie des Machines, qui est conservée, y sera également affectée ; à droite et à gauche s’aligneront les instruments et machines de l'agriculture.

Le pont du Trocadéro sera élargi. Autour du palais de 1878, on laisse l'exposition ethnographique et les collections actuelles; c’est là que triomphera l'exposition coloniale, avec ses multiples curiosités: types d’habitations asiatiques et africaines, gourbis du Sud algérien et du Soudan, villages sakalaves, etc.

Les quais de la rive gauche, qui, d’ici à 1900, seront totalement transformés en ponts droits, recevront une longue suite de constructions pittoresques, avec double façade, et les façades sur la Seine disposées en encorbellement avec larges terrasses-promenoirs permettront de réaliser des effets décoratifs variés. On aura ainsi de la Seine l'illusion de côtoyer une partie du grand canal de Venise, modernisée et élargie.

En prolongement, est projeté le palais de la Guerre, ayant à la suite celui de la Marine militaire cl celui de la Navigation, avec une exposition flottante importante, comportant une grande variété de torpilleurs, de chaloupes à vapeur, de bateaux de pèche et de sauvetage, etc., etc.

Sur la rive droite, les quais recevront une série de monuments appropriés à l'exposition d'horticulture, et d’un côté on élèvera le palais de l’exposition de la Ville de Paris et de l’autre le palais des Congrès. Dans cette région se placeraient les reconstitutions historiques dont ii a été question, les cafés, théâtres, etc., etc. Ce serait, d’après les projets, le centre des établissements gais.

Ces projets, qui vont cire incessamment soumis à la commission supérieure, puis au Gouvernement, aux Chambres et à la commission spéciale du conseil municipal de Paris, prévoient une dépense d'environ 100 millions de francs : 60 millions à peu près seraient fournis par une société de garantie analogue à celle de 1889 et le surplus formerait la contribution de l’Etat et de la Ville de Paris. Des négociations sont déjà en cours avec l’administration préfectorale de la Seine.
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