La génese de l'Exposition Universelle de Paris 1900

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Re: La génese de l'Exposition Universelle de Paris 1900

Message par worldfairs » 27 oct. 2019 04:55 pm

Texte et illustrations de "La construction moderne - 29 février 1896"

Les rives de la Seine

Dans la lutte pour ou contre l’Exposition et son installation aux Champs-Elysées, la direction des travaux n’est pas restée inactive. C’était son droit et même son devoir, de soutenir le projet dont elle avait en vue la réalisation. Aussi les documents émanant de ce service ont-ils été communiqués à la presse avec prodigalité, afin que le public pût être renseigné avec exactitude, et charmé par les vues perspectives qui lui donnaient un avant-goût des beautés promises pour 1900.

L'Exposition universelle de 1900 - Vue prise du pont de la Concorde
L'Exposition universelle de 1900 - Vue prise du pont de la Concorde

Nous avons déjà mis sous les yeux de nos lecteurs les vues à vol d’oiseau et les plans des Champs-Elysées et de l’Esplanade, avant, pendant et après l’Exposition.

Aujourd’hui, nous reproduisons deux héliogravures qui nous ont été adressées par le service d'architecture et qui donnent deux perspectives des berges de la Seine. Celle idée d’utiliser les bords mêmes du fleuve est assurément très heureuse, et ce sera sans aucun doute un agréable spectacle que celle double rangée de pittoresques édifices qui se déploieront aux yeux des visiteurs portés par les bateaux qui sillonnent la rivière.

Sur l’une do nos gravures, on voit également le fameux pont d’une seule arche, dont il a tant été question ces derniers temps. Sa structure nous parait mince. La réalité lui donnera certainement plus d’ampleur.

L'Exposition universelle de 1900 - Vue prise du pont des Invalides
L'Exposition universelle de 1900 - Vue prise du pont des Invalides


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Re: La génese de l'Exposition Universelle de Paris 1900

Message par worldfairs » 28 oct. 2019 05:39 pm

Texte et illustrations de "La construction moderne - 21 mars 1896"


La discussion finale est venue, très languissante, devant la Chambre. L’impression générale est résumée dans celte phrase par laquelle le Figaro engage son compte rendu : « Ne trouvez-vous pas que ce débat sur la grande foire commence à devenir fastidieux ? Puisque l’affaire est dans le sac, à quoi rime celle controverse épuisée?. »

El, en effet, personne n’ignore plus que « l’affaire est dans le sac ».

M. Chapuis, député du département de l’Est d’où était partie l’opposition au principe même de l’Exposition, a, par acquit de conscience, repris toutes les objections faites contre les Expositions universelles. Elles sont, dit-il, nuisibles au commerce parisien, les statistiques en font foi; elles sont nuisibles au commerce départemental. Les ouvriers en sont les victimes, et les campagnes en sont dépeuplées. Un ferait mieux d’employer les sommes considérables que l’on va jeter dans ces représentations foraines en les appliquant à la Caisse de retraite pour les Invalides du travail.

Mais, la question de principe étant réglée depuis longtemps, personne ne s’est cru obligé de répondre à M. Chapuis. M. Lavertujon s’est borné à faire remarquer que rétablissement projeté de l’Exposition sur la rive droite, aux Champs-Elysées, est une œuvre d’assainissement : cette partie des Champs-Elysées est abandonnée le jour et dangereuse à parcourir le soir. La nuit, elle est le séjour de rendez-vous... qui se transporteront ailleurs.

M. Trouillot, député du Jura, s’est étendu davantage sur les splendeurs projetées : l’installation sur les berges de la Seine transformera Paris en « une Venise plus belle et plus pittoresque que l’autre ».

On a fait quelques objections aux dépenses extraordinaires que comporte le projet; M. Trouillot estime que l’on doit faire de plus en plus grand, et que, celle fois, il faut aller jusqu’à « décourager l’avenir ! »

Alors, si l'avenir est découragé d’avance, l'Exposition de 1000 serait la dernière? Cela est bien possible.

M. Denys Cochin se serait contenté d'une Exposition moins colossale, qui serait « uniquement remplie des merveilles de la Science et de l'Art ». Mais M. Trouillot juge qu’une Exposition présentée avec goût, avec choix et discernement, n’attirerait absolument personne. — Cela encore est possible, mais cette conclusion est un peu pénible à avouer.

M. Trélat, « architecte renommé et même professeur d’architecture », dit le compte rendu officieux, a pris la parole pour exposer, sans grand succès, quelques vérités assez justes cependant. La célèbre perspective est, selon lui. impossible depuis qu'on a créé, sur les deux rives de la Seine, des quais surélevés qui masqueront toujours une grande partie de cette perspective.

M. Trélat n'a qu’une confiance restreinte dans la valeur artistique d'édifices élevés en toute hâte, à l'occasion d'une fête provisoire. « Tout territoire, dit-il, pris par une Exposition, est un territoire perdu pour l’art. On y établit des constructions provisoires qui deviennent définitives sans avoir rien de commun avec la noble esthétique de l'architecture.

« On va remplacer le Palais de l’Industrie par deux autres palais; on avait un palais, on en aura deux. Mais, quel qu'en soit le nombre, jamais un édifice permanent, de beauté durable, ne peut sortir des éludes hâtives et hybrides faites en vue de l’œuvre éphémère d’une Exposition. Les architectes feront surtout une œuvre accommodée aux exigences de celte Exposition, une œuvre à deux fins. Or, en architecture, il n'est pas d’édifice durable sans programme bien net! »

M. Picard, commissaire général, a ensuite présenté la défense du projet officiel en insistant sur cet argument: Le nombre des exposants et des visiteurs doit être, en 1900, double de ce qu’il était en 1889, il faut donc une surface double.

Nous faisons les vœux les plus sincères pour que cette espérance ne soutire aucune désillusion.

L’avenue projetée, dit encore M. Picard, ne sera que le rétablissement de la percée qui existait avant la construction du Palais actuel de l’Industrie.

Le nouveau pont n’aura qu’une seule arche, en acier moulé, et sera le triomphe de l’art des ingénieurs.

Enfin, toutes les précautions sont prises pour éviter toute gène à la circulation, tout inconvénient dû aux charrois; grâce à un rideau de clôtures, le public des Champs-Elysées ne s’apercevra de rien absolument. Les Salons annuels et les diverses Expositions ne souffriront aucun dérangement.

M. Bouge, rapporteur de la Commission, est venu défendre son rapport. Malheureusement, il le constate à regret, l’Assemblée a hâte « de reprendre les luttes politiques », et ne l’écoute que d’une oreille distraite. Elle a d’ailleurs son siège fait, le ministère transformant cette affaire en question politique et posant la question de cabinet.

Le rapporteur est d’avis que même le voulût-on, on ne pourrait élever des chefs-d’œuvre à la place du Palais de l’Industrie. Le temps matériel manquerait pour cela. On a mis douze ans pour bâtir l’Opéra, et plus récemment huit ans pour élever les nouveaux bâtiments de la Sorbonne. Au surplus, le palais projeté des Beaux-Arts ne pourra servir pour l’usage auquel on le destine. Les œuvres des artistes du Salon n’y seront jamais éclairées que par un jour des plus défavorables, à cause de l’orientation. »

« Il faut enfin, ajoute-t-il, rappeler que l’échec de l’Exposition de Chicago résulta de, l’exagération de l’emplacement ; c’est une leçon dont nous devrions faire notre profit. »

M. le Ministre du Commerce, à son tour, affirme que le chantier temporaire des Champs-Elysées sera « dissimulé aux regards des promeneurs; que le palais des Beaux-Arts sera à coup sûr une œuvre d’art; que l’Exposition doit être véritablement grande cl démocratique. »

M. Médine la désire tout aussi démocratique ; mais il croit le moment venu, pour les Expositions universelles, de se transformer. Elles ont été longtemps des offices do vente; leur utilité à ce point de vue est maintenant bien amoindrie par la fréquence cl la rapidité des communications, des échanges. Il faudrait, aujourd'hui, n’exposer que des produits de choix, remarquables soit par le progrès des sciences qu’ils manifestent, soit par le perfectionnement du procédé de leur fabrication.

« Il faudrait rompre avec les habitudes des dix dernières années, où le système qui a prévalu consistait à présenter au monde une collection de banalités. Dans certaines de ces expositions, ouvertes à tous les produits, il y avait même des récompenses pour tous les exposants! »

« Peut-on affirmer, conclut-il, que les étrangers affineront a Paris pour voir le clou de l’Exposition de 1900 : une perspective au bout de laquelle on découvrira le dôme des Invalides? »

M. Léon Bourgeois, président du Conseil, déclare que le gouvernement n’accepterait pas la responsabilité qui lui serait faite par un refus de la Chambre. Aussitôt M. Chapuis, ne voulant pas faire acte d’hostilité, dit-il, relire sa proposition, et la Chambre vote le principe d'une Exposition en 1900.

Elle refuse ensuite de conserver le palais actuel de l'Industrie; refuse également toute modification qui n’emprunterait pas la rive droite de la Seine.

M. Trélat demande, in extremis, que le plan, en ce qui concerne les Champs-Elysées et la construction du pont monumental sur la Seine, soit soumis au contrôle du Conseil des monuments historiques et du Conseil général des bâtiments civils. M. le directeur des Beaux-Arts s’empresse de repousser cette offre gracieuse, lesdits conseils étant déjà représentés dans le Conseil supérieur de l'Exposition. La proposition du M. Trélat est rejetée, ainsi que celle de M. Binder, qui eût voulu, tout au moins, que l’on s'engageât à n’élever, en dehors des deux palais, aucune autre construction temporaire ou définitive dans l'emprise des Champs-Elysées et sur le Cours-la-Reine.

Toute restriction est repoussée. Le débat est définitivement clos; il était temps, car l’ennui commençait à gagner le public qui savait toute discussion inutile.

Si l’on veut aller au fond «les choses, les ingénieurs cl les compagnies de chemins de fer remportent la victoire. La gare des Invalides a désormais ses accès largement assurés, à l’occasion des travaux de l’Exposition; elle va devenir une tète do ligne très importante, destinée à prendre les plus vastes développements, grâce au cadeau que lui est fait, et grâce au débouché qui lui est ouvert à travers les Champs-Elysées.

De plus, le pont colossal de 105 mètres de portée, en une seule arche d’acier moulé, va devenir le véritable clou de la nouvelle Exposition, destiné à remplacer la tour Eiffel et la galerie de 100 mètres. Ce travail, à élever dans des conditions très hardies, en effet, devra, dans l’intention des promoteurs, faire le plus grand honneur aux progrès de l'industrie française et à la science des ingénieurs. C’est lui surtout qui devra exciter la curiosité et l’admiration des visiteurs.

Il est à souhaiter que les palais à élever en bordure de la percée fassent également honneur à l’architecture française, malgré les extrêmes difficultés auxquelles se heurte inévitablement toute œuvre trop hâtivement conçue et trop rapidement exécutée. Un concours sera prochainement ouvert, et tout le monde désirera que l’architecture y soit dignement représentée, que ce concours donne des résultats artistiques capables de lutter contre toute comparaison des clous techniques ou industriels.

Nous voudrions donc que les maîtres y prennent part, tout comme les jeunes. L’œuvre à créer mérite assurément qu’ils se donnent cette peine et courent ce risque. Malheureusement — et c’est là un défaut des concours — les hommes qui ont fait toutes leurs preuves craignent parfois de compromettre la réputation acquise. Il serait très heureux qu’ils surmontassent cette hésitation, et que, par leur intervention même, le concours annoncé s’élevât de beaucoup au-dessus du niveau ordinaire.
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Re: La génese de l'Exposition Universelle de Paris 1900

Message par worldfairs » 29 oct. 2019 06:14 pm

Texte et illustrations de "La construction moderne - 18 avril 1896"

Concours pour les Palais des Champs-Elysées

La commission spéciale a élaboré un avant-projet dont voici les clauses principales.

Plan général pour l'ensemble des deux palais et les abords, à 2 millimètres par mètre.

Pour chaque palais les plans à 5 millimètres. Façade principale à 1 centimètre. Façades postérieure et latérale à 5 millimètres. Une note explicative avec devis. Les devis ne devront pas dépasser 16 millions pour le grand palais, et 4 millions pour le petit.

Primes pour le grand palais: 15.000 fr. — 12.000 fr. — 8.000 fr.
— 6.000 fr. — 4.000 fr.
Primes pour le petit palais: 5.000 fr. — 4.000 fr. — 3.000 fr.
— 2.000 fr. — 1.000 fr.

Les concurrents seront libres d’étudier séparément l’un ou l’autre palais, mais à la condition de produire le plan d’ensemble des deux constructions avec les jardins, parterres, pièces d’eau et autres motifs devant concourir à l’effet décoratif de cette partie de l’Exposition.

Le grand palais, occupant une surface d’au moins -10.000 mètres carrés, sera attribué pendant le cours de l’Exposition aux expositions contemporaine et centennale, ainsi qu’à l'enseignement spécial artistique, Après la clôture de l’Exposition, le palais principalement affecté aux Salons annuels pourra aussi ètre affecté aux concours hippique, agricole, à. des fêtes, expositions ou concours divers, selon les traditions du palais de l’Industrie.

Le petit palais, pendant l’Exposition universelle, recevra l’exposition rétrospective de l’art français. Après 1900, il deviendra musée d’œuvres d’art avec des salles pour les expositions temporaires, concours, examens et réunions de Jurys.

Les Français sont seuls admis U prendre part au concours.

Une exposition publique des projets aura lieu; ils seront soumis A un jury de 47 membres sous la présidence du ministre du commerce et avec le commissaire général de l’Exposition comme' vice-président.

Les projets primés deviendront la propriété de l’administration, qui aura la faculté d’en disposer à son gré et d’y puiser des éléments A sa convenance pour l'établissement du projet définitif qui sera exécuté par ses soins.
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Re: La génese de l'Exposition Universelle de Paris 1900

Message par worldfairs » 29 oct. 2019 06:47 pm

Texte et illustrations de "La construction moderne - 25 avril 1896"

La Commission supérieure de l’Exposition de 1900 a examiné les propositions de la sous-commission concernant le programme du concours pour le nouveau palais des Champs-Elysées.

Pendant l'Exposition, le grand palais sera affecté à l’exposition centennale et contemporaine des beaux-arts, et le petit à l'exposition rétrospective de l’art français. Dans l'examen des conditions prévues au programme pour le grand palais, sans éliminer le concours hippique, la sous-commission avait tenu & alléger les dispositions quelque peu développées qui avaient été inscrites au premier programme.

A ce sujet, une discussion s’est engagée sur le point de savoir si, pour donner satisfaction aux partisans du concours hippique, il n'y aurait pas lieu d'accroître les dimensions du futur palais. Un vœu a été voté dans ce sens, suivant lequel on augmenterait de 10 mètres la façade du grand palais, tant du côté du Cours-la-Reine que du côté de l’avenue des Champs-Elysées, dispositions qui permettront d’obtenir un hall plus grand, en vue du concours hippique. Après une discussion générale, la commission supérieure a adopté, à la fin de sa séance, le programme au concours tel qu'il avait été élaboré parla sous-commission, et que nous avons fait connaître dans ses grandes lignes. Enfin, il a été décidé que l’arrêté ouvrant le concours serait soumis aussitôt à la signature du ministre du commerce. Les projets des concurrents pourront commencer à être déposés à partir du 25 avril et ils seront reçus jusqu'au 4 juillet.
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Re: La génese de l'Exposition Universelle de Paris 1900

Message par worldfairs » 29 oct. 2019 06:56 pm

Texte et illustrations de "La construction moderne - 20 juin 1896"

Le Sénat ayant définitivement adopté, toute controverse est close, et les Directeurs de l’Exposition vont avoir toute liberté de se mettre à l’œuvre, sans nouvelles entraves. Ils auront de nombreuses difficultés à vaincre, mais ce no sont que des difficultés techniques, dont on est toujours sur de venir à bout.

La première est d’établir l'entente nécessaire avec le service de la navigation. Sur la question de savoir si l’on établirait un ou deux bas-ports, on est tombé d’accord : on en a obtenu deux. Mais sur la question de savoir si le pont aura une ou plusieurs arches, le débat a été plus sérieux. I! semble que, en raison des nécessités de service pour la batellerie et des difficultés do fondations dans le lit de la Seine à cet endroit, on prendra le parti d’adopter un pont d’une seule travée. Avec une semblable portée et la très faible (lèche dont on pourra disposer, le travail offre de réelles difficultés et aura une importance exceptionnelle.

Dans une récente entrevue, M. Bouvard ajoutait : « Il me reste à obtenir qu’il soit esthétique et satisfasse le goût artistique des Parisiens. » Il est difficile que l’on conteste l’avantage qu’il y aura il réaliser un pareil vœu.

Il faut ensuite établir l’accord avec la Compagnie do l’Ouest; et personne n’ignore plus aujourd’hui qu’il y a des conventions, des échanges à ménager. La Compagnie sera « priée » de hâter l’achèvement de son prolongement des Moulineaux aux Invalides; elle ne s’y refusera certainement pas. Après quoi l’Exposition pourra commencer ses travaux par-dessus ceux de l’Ouest; avant de rien engager, elle a besoin de savoir si les points d’appui qui lui sont nécessaires correspondent à ceux qu’établit la Compagnie.

Le concours des Champs-Elysées sera clos le 1 juillet; ou estime que l’exposition publique et le jugement conduiront à la fin de ce mois; après quoi on arrivera à répartir les travaux entre architectes. Sur ce point, qui intéresse vivement les architectes, il est bon de recueillir une importante déclaration de M. Bouvard :
« Nous ferons, a-t-il dit, appel à tous les lauréats de nos deux concours. Nous n’avons certainement contracté aucun engagement, mais nous nous considérons comme moralement liés avec eux; sans compter que nous échapperons ainsi aux sollicitations de trois ou quatre mille architectes qui se sont mis sur les rangs depuis le premier jour où Ton a annoncé la prochaine Exposition. »

Cet te décision ne causera aucune satisfaction aux 4.000 prétendants; ce qui sera fort naturel de leur part. Mais, si Ton veut être équitable, il faut reconnaître que le procédé de sélection adopté par les Directeurs de l’Exposition est fort défendable.
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Re: La génese de l'Exposition Universelle de Paris 1900

Message par worldfairs » 30 oct. 2019 09:06 am

Texte et illustrations de "La construction moderne - 27 juin 1896"

Les directeurs de l'Exposition future ont eu un bon moment dans leur carrière de directeurs: celui où, la Chambre ayant voté le projet de loi et le Sénat n’ayant pas encore prononcé une décision qui ne faisait doute pour personne, il ne s’est rien passé du tout.

Entendons-nous bien. Les deux directeurs ont eu beaucoup à faire pendant ce temps, ils ont certainement profilé de cette accalmie pour avancer le travail qui leur incombe. Mais ils n’ont pas été interviewés!

Or il doit être essentiellement désagréable à une personne qui a quelques occupations sérieuses, de voir arriver chaque jour un monsieur inconnu, journaliste de son état, qui se présente comme étant l’organe autorisé du public tout entier, et vient demander: ce que vous avez fait le matin, ce que vous comptiez faire l’après-midi ; — si vous n’aviez pas été dérangé, quels sont vos projets pour la soirée.

Encore si l’on se bornait à ces renseignements sommaires! Mais, avec le mode de reportage américain qui s’est infiltré dans nos mœurs, on ne se contente plus d’indications aussi générales, on tient à mettre sous les yeux du public des faits beaucoup plus précis; on veut être documenté, comme dit M. Zola, c'est-à-dire accumuler ces menus incidents qui relèvent plutôt des Faits divers, et qui oui le don d’émouvoir plus particulièrement les lecteurs du petit Journal. Car celle feuille bien informée représente aujourd’hui lapins haute expression de l’opinion courante.

A l’homme éminent auquel on fait les honneurs de l’interview, vestibule de la Renommée, on demande principalement: A quelle heure déjeunez-vous ordinairement? Qu’avez-vous pris à votre déjeuner? Aimez-vous les petits pois, ou préférez-vous les asperges? Pourriez-vous justifier celle préférence ?

C’est avec les renseignements ainsi obtenus ou arrachés que se forme ladite opinion courante. Les directeurs de l’Exposition ont subi nombre d’assauts de ce genre; mais depuis quoique temps ils jouissaient de ce qu’on appelle le silence du cabinet. Le vote du Sénat va ouvrir de nouveau la série des interrogatoires, et, jusqu’à l’année 1900, nous allons jour par jour être de plus en plus documentés.

Le rédacteur du Temps arrive bon premier à celle reprise. Le premier il s’est présenté chez « l’aimable et éminent » M. Bouvard; en effet, si M. Bouvard émine, il le fait de très bonne grâce, nous affirme le rédacteur dont la sincérité est évidente.

Celui-ci nous apprend qu’à ce directeur affable incombe « la belle et lourde tâche architecturale de l’Exposition ». Car, en stylo académique, cette lâche est aussi belle qu’elle est lourde, aussi lourde qu’elle est belle. Sans se compromettre le moins du monde, il eût été facile d’ajouter qu’elle est même d’autant plus belle qu’elle est plus lourde. Ou sait que tel est le goût des Orientaux, tout au moins en matière de beauté.

Nous sommes avisés encore que le concours va s’ouvrir (il cul été plus exact de dire: se clore), qui doit fixer la construction « des palais destinés à occuper— avec avantage
artistique — l’emplacement du Palais de l’Industrie ». Cette phrase seule suffit à peindre la fièvre d’activité qui règne déjà. Les directeurs sont très occupés, l'emplacement va l’être à son tour, et l’attention publique le sera également. Le tout avec grand avantage artistique. Le journaliste, aussi aimable pour les architectes que peut l'être M. Bouvard lui-même, affirme au public que « l’on se prépare avec ardeur, dans les ateliers de nos architectes, à préparer de belles choses en vue de ce concours ». En un mot, c’est un vrai coup de feu, qui rappelle les déjeuners traditionnels de Le Doyen. Que de belles et bonnes choses on prépare, jus qu’au quatre de juillet, dans les casseroles de l’architecture !
Dans une autre remarque pleine de justesse, le rédacteur du Temps fait observer que, malgré l’ardeur des concurrents et l’impatience du public, on ne peut encore mettre en roule les travaux, car il est impossible de commencer dès à présent l'exécution d'un projet qui n’est pas encore choisi. « Il faut tout d’abord, dit-il, attendre les résultats du concours. » Nous ne voyons absolument rien qu'on puisse objecter à une observation aussi raisonnable.

Il est temps d’aborder la grave question des palissades. Celles-ci feraient, nous dit-on, le désespoir des badauds, car rien ne les contrarie comme ces clôtures derrière lesquelles il se passe quelque chose ». Pour ne pas contrarier les badauds, il n’y aura donc pas de palissades. « On verra l’Exposition surgir et se construire méthodiquement; non seulement ce'a ne gênera personne, mais encore ce sera fort instructif cl fort attrayant. »

Nous le croyons bien volontiers et accordons que, si les générations actuelles suivent, méthodiquement et jour par jour, la marche des travaux, elles en tireront un véritable enseignement, utile dans toutes les professions.

On ne manquera pas d’organiser des trains de plaisir pour la Semaine des fouilles, pour la Cérémonie de la pose des planchers, pour la Fête des parpaings, tout comme on en organise pour la Semaine des courses, ou la Fête des fleurs. Avant même de naître, cette Exposition est vouée à être instructive et d’autant plus attrayante.

Signalons, pour terminer, une autre innovation ou tout au moins une adaptation tout à fait intéressante. Les transports de déblais et de matériaux se feront par une double voie : au moyen de transporteurs aériens, et par de vastes souterrains aboutissant à la Seine, qui est le collecteur général. On évitera donc ainsi tout désordre à la surface du sol, les ornières, les encombrements, les difficultés de circulation ; en un mot, tous les inconvénients que l’on reprochait d’avance à la création d’un chantier en pleins Champs-Elysées.

Cette mesure originale et simple est une très heureuse disposition qui mérite d’être signalée et louée.
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Re: La génese de l'Exposition Universelle de Paris 1900

Message par worldfairs » 30 oct. 2019 09:09 am

Texte et illustrations de "La construction moderne - 8 aout 1896"

Le comité des directeurs s’est réuni cette semaine.

Pour le grand palais, le comité s’est prononcé pour le plan de MM. Louvet, Deglane et Binet, avec deux nefs perpendiculaires.

Quant à la façade principale, on s’est rallié à la loggia avec un triple portail, de saillie assez faible, pour ne pas briser la perspective des Invalides.

Les façades sur les Champs-Élysées devront avoir également l’aspect le plus monumental possible.

Intérieurement, les salles du rez-de-chaussée seraient aménagées de façon à pouvoir servir à des expositions de petits tableaux et d’objets d'art, et recevraient le jour de côté.

M. Girault est chargé de la direction de ces travaux, avec MM. Louvet, Deglane, Binet, Thomas et Tropey-Bailly pour collaborateurs.

Pour le petit palais, l’exécution est confiée à M. Girault, qui a obtenu la première prime.
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Re: La génese de l'Exposition Universelle de Paris 1900

Message par worldfairs » 30 oct. 2019 03:47 pm

Texte et illustrations de "La construction moderne - 29 aout 1896"

Le Grand Palais. — Le service des travaux prépare avec la plus grande hâte, sous la direction de M. Ch. Girault, architecte, les plans et dessins du Grand Palais qui s'élèvera à la place du Palais de l’Industrie. Grèce aux éléments fournis par le concours institué à cet effet, cette importante besogne architecturale pourra être menée avec une extrême célérité.

On s’est demandé si le Palais de l'Industrie serait entouré à bref délai de palissades, avant même l'arrivée à Paris du tsar. On a émis la crainte que ces palissades ne déparassent les Champs-Elysées. Il n’en est pas question et rien ne fait présager l'utilité ' de cette prise de possession du terrain avant le séjour à Paris de l’empereur de Russie.

Le grand pont. — Le pont monumental qui doit franchir la Seine devant l'esplanade a été mis à l’enquête. Entre temps, les ingénieurs en étudient les diverses dispositions.
La rapidilé avec laquelle s’exécutent maintenant les grandes constructions en fer et en acier de ce genre permettra de jeter rapidement le pont sur la Seine, dès que les formalités nécessaires auront été remplies.

Participations étrangères. —Les participations étrangères continuent à parvenir au commissariat général. Plusieurs des gouvernements qui ont accepté l'invitation de la France pour l’Exposition ont désigné déjà leurs commissaires. Après une série de conférences avec M. Alfred Picard, M. Madeira-Pinto, directeur général des postes et télégraphes de Portugal, a fait connaître les surfaces nécessaires aux exposants portugais dans chaque groupe.

Le marquis de Villalobos, secrétaire de l’ambassade d'Espagne à Paris, s'est entretenu, de même, à plusieurs reprises, avec M. Alfred Picard, et lui indiquera bientôt les superficies dont les exposants espagnols désirent disposer.

C'est à M. le sénateur Vercruysse-Bracq que le gouvernement belge a confié le soin de régler provisoirement avec le commissariat général les diverses questions relatives à la participation de la Belgique à l’Exposition. Le commissaire général de la section belge sera ultérieurement et prochainement désigné.

Enfin, M. Depelley, chargé d'affaires de Monaco, a été choisi en qualité de commissaire du gouvernement monégasque.
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Re: La génese de l'Exposition Universelle de Paris 1900

Message par worldfairs » 31 oct. 2019 12:07 pm

Texte et illustrations de "La construction moderne - 5 septembre 1896"

Le comité des directeurs de l’Exposition universelle de 1900 vient d’approuver le projet définitif dressé par M. Girault, architecte en chef des deux palais qui vont être construits aux Champs-Elysées pour remplacer le palais de l’Industrie.

Ainsi qu'il avait été convenu dès le principe, l’élude générale du grand Palais s’est inspirée des meilleures dispositions trouvées dans les divers projets présentés au concours et récompensés. La façade comportera trois grands portails, entourés à droite et à gauche de colonnades formant loggia.

Dès que M. Girault aura arrêté définitivement les plans, conformément aux observations faites par le comité des directeurs qui en a approuvé l’ensemble, il répartira la besogne d’exécution entre les différents services, qui se mettront à l’œuvre tout aussitôt. Pendant ce temps, l’architecte en chef se préoccupera d'assurer l'approvisionnement en matériaux de toutes sortes; il visitera notamment les carrières qui doivent fournir les pierres nécessaires à la construction.

Il s’agit ici d’une construction durable et définitive. Ce seront donc des matériaux d’excellente qualité que l’on emploiera : les offres déjà faites permettent d’assurer que l’on n’aura que l’embarras du choix.

Petit palais des Champs-Elysées - Projet de M. Mewès
Petit palais des Champs-Elysées - Projet de M. Mewès

Quant au délai nécessaire pour la construction, on ne saurait éprouver non plus aucune inquiétude. Bien qu’il s'agisse d’un palais, et bien que ce nom entraîne avec lui l'idée d’une construction exceptionnelle, il convient de reconnaître que nos architectes surmontent constamment des difficultés analogues dans la construction dos maisons et des pâtés de maisons considérables dont s’embellit la ville do Paris. Ces édifices, sculptés et ornés avec recherche, sont, dans leur genre, de véritables palais, et ils demandent même des soins spéciaux pour leurs dispositions intérieures, toujours fort compliquées, dont les architectes des palais de l’Exposition n’auront point autant à se préoccuper.

Dès que tout sera réglé pour la mise en train des travaux du grand Palais des Champs-Elysées, M. Girault reportera lotis ses efforts sur le petit Palais qui doit lui faire face et qui sera étudié avec un soin tout particulier. Ce sera, en quelque sorte, la deuxième étape de la marche d’ensemble de la construction.

La prise de possession du terrain des Champs-Elysées n’aura lieu qu’après la visite à Paris de l’empereur de Russie. Il n'est point nécessaire, d’ailleurs, d’enclore le terrain de palissades pendant l’exécution des plans. Lorsque la prise de possession sera faite, on creusera immédiatement le tunnel qui, allant des Champs-Elysées à la Seine, permettra, sans que personne s’en aperçoive en quelque sorte, de pourvoir à l’enlèvement des déblais et à l’apport des matériaux.

Petit palais des Champs-Elysées - Projet de MM. Deperthes père et fils
Petit palais des Champs-Elysées - Projet de MM. Deperthes père et fils

Les nivellements et les sondages nécessaires étant faits, une partie du palais de l’Industrie tombera sous la pioche des démolisseurs Mais on en conservera la partie nécessaire pour que le prochain Salon de peinture puisse s’y tenir.

Comme conclusion, la préparation des travaux, menée de la façon la plus précise cl la plus méthodique, fait bien augurer de la rapidité de leur exécution proprement dite.

— M. Gustave Loucher, président du syndicat des fabricants de glucose de France, est nommé secrétaire général de la direction de l’exploitation de l’Exposition universelle de 1900, et M. de Brévans, secrétaire de la Bourse de commerce de Paris, est nommé secrétaire particulier du directeur général de l’exploitation de l’Exposition.
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Re: La génese de l'Exposition Universelle de Paris 1900

Message par worldfairs » 31 oct. 2019 12:09 pm

Texte et illustrations de "La construction moderne - 26 septembre 1896"

Préliminaires des travaux. — Un décret en date du 1er septembre réglemente, sur toute ; une section de la Seine, la transformation des ports de tirage en ports droits, et les travaux en sont commencés.

Les ports de tirage en Seine comportaient des quais en plan incliné, et pavés, contre lesquels on tirait latéralement les bateaux, suivant la plus ou moins grande hauteur des eaux : cela nécessitait, pour le déchargement, l’emploi de passerelles gênantes et d’ailleurs coûteuses.

Avec les ports droits, à quai vertical en aplomb de la rivière, les bateaux peuvent accoster directement, ce qui simplifie beaucoup les opérations de chargement et de déchargement.

Or, les chantiers de construction de l'Exposition de 1900 vont occuper les quais de tirage entre le pont de la Concorde et le pont d’Iéna. Il sera très avantageux, pour le service de ces chantiers, d'avoir affaire à des ! ports droits, au lien de ports de tirage, pendant toute la période des travaux.

Déplus, M. Alf. Picard, commissaire général, considère, on le sait, la Seine comme devant être l'axe des principales « attractions » durant l’Exposition. Entre le pont de la Concorde et celui des Invalides, sur les deux rives du fleuve, s'étaleront des jardins et des terrasses se superposant par étages, et qui, après la clôture de l’Exposition universelle, constitueront la « promenade au bord de l’eau » qui manquait à Paris. Au delà du pont des Invalides, pendant l’Exposition, on trouvera les pavillons des puisances étrangères, les serres de l’horticulture, les établissements de spectacles. Des promenoirs seront ménagés, sur les deux rives, pour les visiteurs.

1. e grand palais des Champs-Elysées. — M. Ch. Girault a arrêté d’une façon générale, conformément aux dernières indications du comité des directeurs de l’Exposition, les plans du grand palais dos Champs-Elysées. M. Deglane est chargé de l’étude définitive de toutes les parties et s’en occupe activement.

Les cahiers des charges. — M. Alfred Picard, commissaire général, a terminé d’une façon définitive la rédaction du cahier des clauses et conditions générales des marchés de l'Exposition. Le texte vient d’en être soumis à la signature du ministre du commerce.
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