La génese de l'Exposition Universelle de Paris 1900

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La génese de l'Exposition Universelle de Paris 1900

Message par worldfairs » 08 août 2019 10:33 am

Texte de "La construction moderne - 14 octobre 1893"

La commission désignée a formé une commission préparatoire, et celle-ci a délégué une sous-commission qui vient de rédiger un rapport; lequel va être discuté par la commission préparatoire, avant d’être soumis à la commission proprement dite. Ce va-et-vient rappelle, dans toute sa beauté, le jeu des montagnes russes; on y descend des commissions supérieures jusqu’aux sous-commissions les plus inférieures, pour remonter sans et l'ort jusqu’au point de départ.

Les conclusions seront connues d’ici à quinzaine. Les installations à Vincennes, Courbevoie, Bagatelle et autres lieux "circumvoisins" sont écartées ; de même sont répudiés les projets d’expositions disséminées et réparties entre les divers arrondissements de Paris. On ne pouvait décemment, sous le nom d’Exposition, offrir aux visiteurs une partie des quatre coins, même en reliant ces coins divers par le chemin de fer de ceinture.

Félicitons la sous-commission d’avoir ainsi formulé une bonne pensée : «Unité et Proximité, tel doit être, dit-elle, le programme. » Rien de plus juste.

Restent Auteuil et le Champ-de-Mars; le conseil municipal, qui prend sa part de la carte à payer, refuse Auteuil et veut le Champ-de-Mars. 11 est probable qu’il aura gain de cause, surtout parce qu’il tient les cordons de la bourse, et un peu parce qu’il a raison aux yeux de bien des gens.

On verra plus tard si, au Champ-de-Mars, à l’Esplanade des Invalides, au Trocadéro, aux quais, il faut encore adjoindre le Cours-la-Reine et le Palais de l’Industrie. Notre opinion, on le sait, est qu’il y aurait tout avantage à ne pas tant chercher une extension démesurée et que nous trouvons, en grande partie, inutile ; car on l’occupe ensuite,— parce qu’il faut bien boucher les trous qu’on a bénévolement creusés,— au moyen d’expositions officielles et ministérielles trop souvent dépourvues d’intérêt bien immédiat.

11 devient probable que le Palais des machines sera seul conservé au Champ-de-Mars. C’est la seule partie qu’on ait trouvé à utiliser quelque peu dans les intervalles entre les Expositions. Peut-être est-ce là une concession inutile; tout au moins faudra-t-il en changer complètement l’aspect et le décor, sous peine de redites fastidieuses.

Le mode de classification va être complètement remanié par M. le directeur général. Oserons-nous l’avouer : cela nous est complètement indifférent.

« Ce mode de classification, dit-il, sera remanié suivant une philosophie nouvelle, qui ne serait plus celle de Le Play; celle-ci ne serait plus conforme ni à l'histoire, ni à la philosophie des industries humaines. » Il paraît qu’on trouvera maintenant réunies sur le même point : « les broderies, les machines à broder actuelles, celles d’hier à côté de celles d’avant-hier, en remontant ainsi jusqu’aux métiers qui ont précédé le déluge. Dans des séries chronologiques, nous verrons la fabrication des chapeaux diaprés Aristote, du pain d’épice, des boutons de guêtre, des culottes, des imperméables, des vins artificiels, des paratonnerres, depuis les temps les plus reculés jusqu’à nos jours, et nous aurons la satisfaction de les contempler, non pas inertes, mais en pleine marche. C’est évidemment une pensée honnête qu’a eue là M. le commissaire général et dont on ne peut lui faire le moindre reproche.

Dans cette voie, nous pourrions même lui soumettre une idée assurément neuve et originale, dont la portée n’échappera à personne. Il devrait nous montrer, fonctionnant à bras, par la vapeur ou par l’électricité, le jeu régulier de nos institutions à travers les âges ; cela ferait pendant à l’invention du jeu des tarots. Feu Le Play lui-même eût trouvé dans celte innovation le germe de comparaisons instructives, nourrissantes, dont nous n’avons pas besoin de dégager toute la philosophie historique.

Enfin, M. Picard aurait déclaré qu’il ne croit pas à la réalisation prochaine du Métropolitain; il n'est pas le seul. Bien des personnes désabusées estiment qu'il suffit bien à une génération laborieuse de terminer l’Opéra-Comique. A nos descendants incombera la réédification de la Cour des comptes. Quant au Métropolitain, œuvre d’un avenir lointain, il est destiné à devenir une légende nébuleuse, où les savants allemands découvriront probablement un mythe solaire. Ce sera de l’exégèse transcendante.

A vrai dire, M. Picard tourne la difficulté. Il écarte le Métropolitain, mais « il admet la possibilité d’amener au centre de la ville des prolongements de nos grands réseaux ».

Il va même plus loin : « Son rêve, affirme le Figaro, serait de décider les compagnies à créer, dans la région centrale de Paris, des gares annexes, comme celle du carrefour Médicis (et ajoutons : comme celle de la Cour des comptes), d’où rayonneraient en tous sens d’innombrables trains. »

Si tel est le rêve de M. Picard, nous croyons qu’il ne sera pas difficile de le réaliser et qu’il ne sera guère plus difficile de « décider » les compagnies à conduire plus loin leurs têtes de lignes, puisque c’est précisément ce qu’elles désirent le plus vivement. Ce sera la plus douce des violences.

Aussi M. le commissaire général conclut-il : « Comme il faudra quatre années pour bâtir l’Exposition de 1900, il importe que tout d'abord les moyens de communication soient assurés et que les grands travaux de voirie que nécessitera le prolongement de nos réseaux de chemins de fer dans l’intérieur de Paris soient achevés. M. Alfred Picard a calculé que cet énorme travail ne pourrait être mené à bien en moins de quatre années. Le plan est donc celui-ci : commencer immédiatement la construction des réseaux ferrés de 1900, de façon que cette lourde besogne soit terminée en 1897 et, à partir de ce moment, ne plus avoir à s'occuper que de l'Exposition, dont il faut que la première pierre soit posée dans trois ans. »

Il n’est pas difficile de démêler le lien qui existe entre ces expositions, favorables aux intérêts des grandes compagnies et la campagne si habilement menée par le journal le Temps, et que nous signalions plus haut.


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Re: La génese de l'Exposition Universelle de Paris 1900

Message par worldfairs » 10 août 2019 09:55 am

Texte de "La construction moderne - 11 novembre 1893"

Quand nous avons jeté un premier cri d'avertissement, quand nous avons prévenu le public qu'il ne fallait pas s'arrêter aux bagatelles de la porte ni aux petits incidents d’à côté, destinés à détourner l’attention du véritable côté où elle devrait se porter, beaucoup de personnes Raisonnables nous ont donné raison. D’autres, peu ou mal renseignées, feignent de croire que nos craintes n'ont aucun fondement, que les grandes Compagnies n’ont jamais songé à dépenser des millions pour prolonger leurs voies à travers Paris, que cette seule idée est ridicule, etc., etc. Nous n’aurions qu’à signaler, comme réponse, les exorbitantes dépenses que vient de faire la Compagnie d’Orléans pour avancer de quelques centaines de mètres sa gare de Sceaux, celles que prépare la Compagnie de l'Ouest pour reporter un peu plus loin sa tête de ligne du Champ-de-Mars, Mais nous ne nous attarderons pas à discuter sur des faits qui commencent à être connus de tout le monde.

Il nous suffira, d’ailleurs, de citer les propres paroles de M. Picard, le directeur général de la future Exposition. A propos des moyens de communication que l’on se propose de multiplier dès à présent en vue de cette solennité, M. Picard disait récemment : « Je ne m’inquiète pas des moyens à | employer. Qu’on adopte un projet de métropolitain, qu’on se contente de prolonger jusque dans l'intérieur de Paris lés grandes lignes (1), qu’on s’arrête à une solution différente, peu m’importe, pourvu qu’on décide quelque chose. » Le directeur général ne prend point parti dans la question, mais il reconnaît officiellement qu’il est sérieusement question de prolonger les grandes lignes à l’intérieur de Paris. C’est tout ce qu’il nous intéresse de savoir; et nous voyons aussi par ces paroles que la prochaine Exposition est le prétexte, ou la raison sérieuse si on le préfère, dont on va se servir pour faire enfin sortir u.ne solution de ces interminables débats qu’a suscités la création d’un métropolitain.

Si les grandes Compagnies obtiennent ce qu’elles désirent, c’est-à-dire leur prolongement par les quais, rive droite et rive gauche, pour les lignes de Lyon, d’Orléans et de l’Ouest, c’est-à-dire encore le raccordement ultérieur du Nord et de | l’Est, puis de la ligne de Sceaux avec ces mêmes lignes des quais; si ces propositions se réalisaient sans opposition trop vive du public, il faudra alors examiner quels sont les modes d’exécution les moins désastreux pour le bel aspect de la ville.

A ce sujet, peut-être un peu prématurément, nous recevons la lettre suivante :
« Mon cher Directeur,
« Je serais, comme vous, désolé devoir l’Esplanade détruite cl les quais de Paris abîmés; mais pourquoi ne pas faire passer la voie en tranchée couverte sous le trottoir et une partie de la chaussée du quai actuel?
« La berge et les quais conserveraient leur aspect habituel; la circulation sur cette ligne serait très agréable, puisque l’on aurait la vue toujours si gaie de la Seine.
« S’il'y a des égouts au milieu de la chaussée, ils doivent être peu importants, et, -en tous cas, il serait facile de les reporter sous l’autre trottoir.
« Dans ces conditions, nul inconvénient à transformer en gare la Cour des comptes... au contraire, et surl’Esplanade il n’y aurait qu’une station intermédiaire de plain-pied avec la berge.
« Votre lecteur assidu,

« T. R.
« E. C. P. 1880. »


Dès à présent, nous pouvons répondre que, si la perspective des quais se trouve mieux ménagée par l’établissement des voies en sous-sol, cette solution n’irait pas sans nombreuses difficultés à surmonter. Les égouts à dévier, siphonner, transporter, seraient une de ces difficultés, plus grave sur la rive droite que sur la rive gauche, mais dont on viendrait toujours à bout, à prix d’argent.

Mais nous doutons qu’on pût établir une tranchée ouverte sur le côté, comme le propose notre correspondant. Le niveau des hautes eaux est trop élevé à Paris, et une tranchée de ce genre serait inondée plusieurs fois par an. Il faudrait construire des travaux de défense entre la tranchée ouverte et le lit du fleuve, ce qui élèverait la dépense dans des proportions probablement exorbitantes; encore n’est-il pas bien sûr que l’on fût entièrement à l’abri d’infiltrations nuisibles, sinon même dangereuses.

Sans doute on peut surmonter toutes les difficultés, mais c’est à la condition de dépenser des sommes d’argent parfois disproportionnées. Le prolongement de la ligne de Sceaux en est un exemple : on a vu ce qu’il en coûte pour cheminer sous les voies publiques, même les plus larges.

Le long dès quais, on peut aussi penser à l’établissement Je longs tunnels, malgré les répugnances très justifiées de la population pour ce genre de constructions. Mais on se heurtera, tout comme avec la tranchée latéralement ouverte, aux difficultés provenant du voisinage des eaux. On sait que, dans cette région, les sables infiltrés d’eau dans lesquels sont creusées les caves des maisons produisent souvent, l’hiver, le véritables inondations des sous-sols. Un tunnel y sera —véritablement bien mal logé.

En résumé, nous croyons que les grandes Compagnies viendront difficilement à bout des clameurs générales que - suscitera certainement la connaissance de leurs projets, lorsqu'elle sera plus répandue ; elles auront ensuite à lutter contre
les plus graves difficultés techniques, si elles ne se placent à fleur de sol, comme va le faire l’Ouest, ou même au-dessus du sol, comme il sera sans doute nécessaire, en certaines par-lies, si le tronçon du boulevard Saint-Michel, appartenant à l’Orléans, est destiné à se rattacher, rail à rail, au prolongement de la ligne principale de ce même Orléans. En effet, ce tronçon mené en tunnel à la partie haute du boulevard devra probablement sortir de terre au voisinage de la Sorbonne ou du Collège de France, en profilant de la déclivité du sol dans cette région, pour y trouver un point de passage et gagner ensuite le quai en viaduc.

Toutes ces difficultés, qui arrêteraient une entreprise particulière, — sans parler des travaux de consolidation nécessaires pour les propriétés riveraines, — et qu’on ne manquerait d’ailleurs point d’accumuler sous ses pas, ne sont pas faites pour retenir les hautes et puissantes Compagnies si elles ont effectivement jeté leur dévolu sur le futur métropolitain.



Nous aurons certainement à reprendre souvent ce sujet. En attendant, revenons à l’Exposition de 1900 et aux décisions successives.

Il paraît définitivement entendu que l’Exposition se fera à Paris, au Champ-de-Mars, ainsi qu’il était facile de le prévoir. Les nombreux projets présentés, parmi lesquels il en était de fort ingénieux, sont tous rejetés par cette unique objection : l’éloignement et la difficulté des communications.

La commission désire adjoindre au Champ-de-Mars et à l’Esplanade des Invalides, le palais de l'Industrie, une partie des Champs-Elysées, peut-être la place de la Concorde et la Seine couverte en partie. — Ce dernier article serait-il une préparation à la jonction ultérieure de la voie ferrée rive droite (Lyon-.Avenue d’Antin) à la voie de la rive gauche (Ouest-Orléans)?

L’idée qui domine le projet d’extension est celle-ci : il est indispensable, disent la commission et M. le directeur général, que l’Exposition soit le plus rapprochée possible du centre et qu’une notable partie des visiteurs puisse venir et s’en retourner à pied.

Cette idée, que nous défendons ici depuis l’origine, nous paraît toujours aussi juste; et, si la commission veut, de plus, placer l’entrée à la place de la Concorde, nous n’y voyons que des avantages. On dira bien que, le gros morceau étant toujours logé au Champ-de-Mars, les distances ne s’en trouvent pas plus raccourcies pour cela; le fait est exact, et il y aura toujours aussi loin du Champ-de-Mars à la place du Trône ; mais il est exact aussi que les visiteurs s’arrangeront pour terminer leur visite en revenant à la porte principale, et que, pour rentrer chez eux, ils s’y trouveront dans un quartier qui offre des ressources beaucoup plus nombreuses et faciles que les avenues bordant le Champ-de-Mars.

L’extension projetée du côté des Champs-Elysées offrirait cet autre avantage : la pièce principale pourrait être jouée de ce côté, et non plus à l’Ecole militaire; les clous seraient accumulés dans cette région, et l'on trouverait par là le moyen de renouveler entièrement l’aspect de la future Exposition, puisque le cadre serait tout à fait différent.

Bien que nous ne professions qu'un enthousiasme très mo- , déré pour les extensions de plus en plus colossales, nous avouons que ces raisons nous touchent ; puisqu'il faut conserver la tour Eiffel et la galerie des Machines, il devient nécessaire de chercher du nouveau d’un autre côté.




M. Picard insiste sur la nécessité « de ne pas éparpiller les éléments d’intérêt, de ne pas créer plusieurs centres », de renoncer à des Expositions partielles, distribuées à Auteuil, à Vincennes, etc. Cette nécessité est d’autant plus accentuée que les Expositions latérales seraient vouées aux fours les plus noirs.

Cette amputation faite, M. le directeur tient à voir adopter un nouveau système de classification. Il faut, dit-il, qu’une Exposition soit une perpétuelle et instructive leçon de choses. — On connaît notre opinion sur ce sujet délicat.

La « leçon de choses » a déjà sévi en 1868, et l’on en connaît les radieux résultats : c’est médiocrement intéressant, quand ce n’est pas parfaitement ennuyeux.

N’entretenons pas d’illusions funestes, ne cherchons pas à instruire et à moraliser les masses, indigènes ou étrangères, par un classement plus ou moins rationnel, auquel personne ne prêtera la moindre attention. En temps d’Exposition, les masses demandent à s’amuser, pas davantage, à secouer les soucis individuels ou internationaux ; les « perpétuelles et instructives leçons » les mettront toujours en fuite. Il ne faut point les prodiguer, tant s’en faut; une extrême discrétion dans ces tendances pédagogiques sera toujours d’excellente mise ; et nous préférerions de beaucoup entendre M. Picard nous parler de ce qu’il entend substituer à l’ex-rue du Caire, de joyeuse mémoire.

Certainement, nous ne voulons pas le moindre mal à M. le directeur pour cette solennelle déclaration : «A côté des produits, il faut montrer au public les moyens de production ; à côté du chapeau, par exemple, les diverses transformations que la peau de lapin a subies avant de devenir feutre (c’est bien de l’honneur pour la peau de lapin!); à côté des tissus, il faut également mettre les machines qui les ont fabriqués; à côté des produits chimiques, les moyens de production; à côté des produits alimentaires, le matériel des usines qui les fournissent, etc., etc. »

Mais, ici, l’expression a évidemment dépassé la pensée; car nous ne supposons pas un seul instant que, comme leçon de choses, M. Picard veuille nous initier aux mystères de la fabrication des vins artificiels, de la margarine et autres "produits alimentaires" qui sortent des usines modernes. En y réfléchissant bien, ce serait peut-être un des chapitres les plus gais de la nouvelle nomenclature. Mais, tout compte fait, il est des mystères qu’il vaut mieux laisser toujours dans l’ombre, plus favorable à leur genre de beauté.

On adjoindra, en tète de chaque classe, une histoire sommaire des transformations qu’a traversées chaque industrie depuis cent ans. On nous promet un métier Jacquard à côté des machines actuelles, qu’accompagneront d’autres rapprochements non moins ingénieux.

Que d'intentions honorables! mais comme il serait-temps aussi que M. le directeur s’occupât des divertissements qu’il compte nous offrir et qui sont infiniment plus intéressants que ces classifications estimables et que toute cette pédagogie chronologique.

On nous traitera de profanes, sinon de profanateurs; nous forons seulement remarquer que nous le sommes avec tout le public; avant de songer à la joie de quelques économistes, il serait prudent de penser aux plaisirs du grand nombre. Au fond, c’est le but principal des Expositions universelles parisiennes.
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Re: La génese de l'Exposition Universelle de Paris 1900

Message par worldfairs » 10 août 2019 09:58 am

Texte de "La construction moderne - 3 mars 1894"

Un projet pour l'Exposition de 1900.

Un bruit se répand, circule, acquiert de l’ampleur et semble devoir, si on le laisse se confirmer, risquer de compromettre le succès de la future Exposition de 1900.

Au moment où tous les esprits sagaces, ayant quelque peu le flair des besoins et aussi des nécessités inéluctables de ces grandes fêles internationales, réclament du nouveau — n’en fût-il plus de possible à exhiber en ce bas monde — et sacrifieraient volontiers la Tour Eiffel et les deux Palais des Beaux-Arts et des Arts libéraux, le Dôme central avec la Galerie de 30 mètres et la Galerie des machines, on exhume dans quelques journaux, tant en France qu’à l’étranger, un projet présenté par Hector Horeau lors de la première Exposition Universelle de Londres en 1831, projet remanié plus tard en vue des Expositions de Paris, mais projet ayant les qualités et les défauts du tempérament de ce grand chercheur, et bien démodé aujourd’hui, en même temps qu’il soulève de sérieux dangers au point de vue de l’hygiène.

11 nous suffira, je pense, pour rendre ce projet à l’oubli dont il n’aurait pas dû sortir, de citer les derniers mots que lui consacre le Builder du 24 février 1894 : monotonous and uninteresting, monotone et sans intérêt.
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Re: La génese de l'Exposition Universelle de Paris 1900

Message par worldfairs » 10 août 2019 10:31 am

Texte de "La construction moderne - 23 juin 1894"

La sous-commission de la classification des produits et du programme du concours vient de se réunir pour la première fois, au ministère du Commerce,

Elle a constitué son bureau de la manière suivante : présidents, M. de Freycinet,
sénateur, et M. Méline, député ; rapporteur, M. Jules Roche, député.

M. de Freycinet n’assistant pas à la séance, c’est M. Dietz-Monnin qui a présidé.

La discussion a porté tout d'abord sur le projet de classification arrêté par M. Alfred Picard et présenté précédemment à la commission supérieure. On a examiné le projet groupe par groupe et on l’a adopté, en tenant compte toutefois des réserves formulées par certains membres sur la représentation de l’enseignement supérieur à l’Exposition, sur le libellé du groupe VI (génie civil, moyens de transport) et enfin sur l’exposition spéciale de la guerre. A l’encontre de l’opinion émise par le général Derrécagaix, qui voulait une exposition militaire absolument unique, la commission a pensé que l’exposition spéciale du ministère de la Guerre n’empêcherait nullement les expositions parallèles, soit dans les sections françaises, soit dans les sections étrangères.

La seconde partie de la discussion a porté sur le programme du concours, que M. Bouvard a exposé dans ses grandes lignes à la commission. La commission a été d’avis que le chiffre de 50,000 francs pour les primes à attribuer aux meilleurs' projets était trop minime et qu'il y avait lieu de le porter à 100,000 francs. Tous les artistes français pourront concourir; ils auront un délai de quatre mois, qui courra à partir du jour où le programme du concours aura paru au Journal officiel. Les artistes n’auront à tenir compte, dans l’établissement de leurs plans, que de l'emplacement occupé par la tour Eiffel, dont la conservation est décidée. Quant aux autres bâtiments de la dernière Exposition, ils sont susceptibles de disparaître.

Le programme du concours a été adopté par la commission, qui s’est ajournée à lundi. A la prochaine séance, M. Jules Roche présentera un double rapport sur la classification des produits et le programme du concours.
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Re: La génese de l'Exposition Universelle de Paris 1900

Message par worldfairs » 10 août 2019 10:57 am

Texte et illustrations de "La construction moderne - 18 aout 1894"

Concours pour l'Exposition Universelle de Paris 1900

Etat des surfaces couvertes nécessaires pour les divers groupes d'objets exposés.
Désignation des groupes
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Plan des emplacements
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Re: La génese de l'Exposition Universelle de Paris 1900

Message par worldfairs » 22 oct. 2019 09:42 pm

Texte et illustrations de "La construction moderne - 14 décembre 1895"

On sait que le comité des directeurs de l'Exposition a été chargé d’élaborer un projet de programme de concours, pour l'édification des deux palais destinés à remplacer le Palais de l'Industrie.

Le programme de M. Picard comporte la nomination d’un jury composé de 47 membres, pour le jugement du concours. Huit de ces membres seraient désignés par le ministre du commerce, huit par le Conseil municipal, et douze par les concurrents eux-mêmes. Le comité des directeurs, les présidents et vice-présidents de la Société des artistes français et de la Société nationale des Beaux-Arts compléteraient le jury.

Six primes formant un total de 45.000 francs seront allouées aux concurrents auteurs de projets concernant le grand palais, et cinq primes, formant un total de 25.000 francs, aux auteurs de projets concernant le second palais.

D'autre part, la commission parlementaire de l’Exposition de 1900 a résolu d’entendre demain MM. Picard, commissaire général, et Bouvard, inspecteur général des services d’architecture. Ce dernier, en réponse aux objections soulevées maintenant par la commission, et qui déjà furent émises lors de la discussion générale devant le Conseil municipal, reproduira les arguments qui lui permirent d’obtenir de ce dernier un vote favorable. M. Bouvard espère obtenir à la commission parlementaire un résultat aussi satisfaisant.
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Re: La génese de l'Exposition Universelle de Paris 1900

Message par worldfairs » 23 oct. 2019 03:55 pm

Texte et illustrations de "La construction moderne - 28 décembre 1895"

Les Aventures de l'Exposition universelle de 1900

Continuons à enregistrer les incidents de ce débat. Jusqu’à ce jour, les adversaires surtout occupent la tribune; lorsque les défenseurs prendront la parole, nous ne manquerons pas de signaler leurs reparties.

14 décembre. — M. Octave Mirbeau demande, dans la Revue des Deux Mondes : Pourquoi des expositions? Son article est une thèse fort bien présentée; mais c’est une thèse, en ce sens que l’auteur est résolu d’avance à une critique sans restrictions; qu’il accumule ensuite toutes les épithètes défavorables, emploie avec talent les figures de rhétorique, les mouvements oratoires les plus habiles ; un bon argument, solide cl présenté de manière plus naïve, serait peut-être.plus convaincant. 11 serait si facile, exactement par le même moyen, de soutenir la thèse précisément contraire !

M. Mirbeau se plaint du désordre occasionné par les travaux préliminaires de toute exposition; les rues barrées, les fondrières multipliées, les arbres saccagés, les maisons bloquées par la boue. « La ville saigne, dit-il, et pleure sous les coups de la pioche et de la cognée! »

Cette figure allégorique de la ville pleurant sous ses longs voiles, esL aussi fort pathétique ; mais ce n’est toujours qu’une allégorie. Un écrivain du parti opposé, s’il était aussi adroit que M. Mirbeau, nous peindrait au contraire la ville animée, surexcitée dans l’attente du grand anniversaire, toute palpitante de celle joyeuse activité.

L’un ne prouverait pas grand’chose de plus que l’autre.

Dans celte période, inévitable d’ailleurs, des travaux préparatoires, « l’architecte est roi, et le gâchis est son royaume ». C’est une façon de parler comme une autre. Est-ce beaucoup plus?

Les jours où l’on bâtit le quartier Marbeuf ou la plaine Monceaux, est-ce que l’on ne fait pas tout autant de charrois? S’ensuit-il que, pour ménager toute commodité, on doive interdire à tout jamais de bâtir?

Voici maintenant le grand coup porté aux expositions :
« Peu à peu, on voit surgir, l’une après l’autre, d’étranges choses, toute une architecture, barbare et folle, moitié plâtre, moitié carton, dos dômes, des tours, des campaniles, des portiques, des colonnades, des temples, des hypogées, des palais en terrasses, des châteaux crénelés, jusqu’à des hangars et des granges, où tous les ordres se heurtent, tous les styles se confondent, affreux mélange d’époques ennemies, de matières disparates, amoncellement de fausse pierre, de faux marbre, de faux or, de fer imité et de simili-faïence. L’Assyrien y coudoie le rococo; les Propylées de l'Acropole servent de vestibule à des chalets suisses; ou sort d'un Alcazar en papier pour entrer dans un Trianon de sucre rose. Et le gothique s’y marie au chinois, les huttes canaques, les paillotes papoues y fraternisent avec les arcatures romanes et les frises de la Renaissance. On instaure des panoramas très parisiens dans des palais Khmers, des musées d’anatomie, des dégustations de vins dans des cabanes lacustres : et du balcon des minarets, le soir, des muezzins, parfaitement grimés, annoncent aux bourgeois qu’il est l’heure de danser du ventre — dans les mosquées saintes. »

La danse du ventre prèchee aux bourgeois est plaisante assurément. Mais qu’est-ce que prouve ce rapprochement, tout littéraire, d’oppositions voulues et réunies avec soin? On pourrait prolonger indéfiniment l’énumération : mettre des filatures dans des palais en ciment mexicain, la cordonnerie dans des temples en plâtre égyptien, la plomberie sous le Parthenon; loger les bicycles dans une cathédrale, les restaurants dans les Thermes dé Caracalla, etc. Le procédé n’est pas très difficile à bien employer. Que peut-on en conclure?

Qu’une exposition est un vaste bazar où s’accumulent les éléments les plus hétéroclites? Tout le monde le sait et personne ne le conteste. Vous, monsieur, qui n’aimez pas à passer des paillotes papoues aux Propylées, à rencontrer des arcatures romanes dans le voisinage des frises de la Renaissance; il ne vous plaît pas de n’avoir qu’un chemin à traverser pour passer de l’Assyrie à l’Acropole, des palais Khmers aux huttes canaques. C’est votre droit incontestable.

Mais si des milliers de braves gens, d’un goût moins pur assurément, trouvent du plaisir et de la joie même à contempler ce gigantesque kaléidoscope; si, à défaut de s’être faits de bonne heure explorateurs, ils aiment à se donner l’illusion d’un exotisme de pacotille, je le veux bien, amusant néanmoins, vivant, et disons le mot : grouillant; qui serait en droit de les en empêcher et de s’opposer à ce qu’ils prennent leur plaisir où ils le trouvent?

Pour M. Mirbeau, il suit de là « que le temps n'est pas éloigné où les prodigieux chefs-d’œuvre de cet art qui attestèrent la puissance de la race et ses fiers élans vers un constant idéal de foi, de beauté et d’amour, Notre-Dame, la Sainte-Chapelle, le Louvre, doivent disparaître sous la poussée toujours plus forte, toujours plus profonde, des barbares qui implanteront un jour, sur notre sol définitivement asservi, le règne de la laideur universelle ».

Que les bâtiments élevés autour de chaque Exposition soient des chefs-d’œuvre définitifs, destinés à une impérissable mémoire, nous aurions tort de l’affirmer, à l’encontre des déclarations de M. Mirbeau. Mais est-ce bien ce qu’il est juste de leur demander?

Une Exposition, c’est un amusement momentané, rien de plus. Avant d’ériger ce décor, essentiellement éphémère, est-il vraiment besoin de se recueillir au sein de l’idéal, de faire appel à la puissance de la race, à ses fiers élans vers un constant idéal de foi, de beauté et d’amour? Comme dit M. Mirbeau lui-même, la dégustation des vins n’en exige pas tant.


J’entends bien ce que dit l’auteur: Tout au moins faudrait-il, d’après lui, que ces constructions improvisées disparussent après l’occasion qui les a fait naître. Or chaque Exposition nous a régulièrement légué : le Palais de l’Industrie d’abord, puis le Trocadéro, et celle fois, tout ensemble : la galerie des machines, le dôme central, le palais des Beaux-Arts, le palais des Arts libéraux, avec la tour Eiffel.

C’était beaucoup pour un jour. La dernière Exposition a vraiment taillé sur une trop large mesure. M. Mirbeau n’estime pas que ces legs abandonnés après décès, à la ville de Paris, aient beaucoup contribué à l’embellissement de cette capitale. Sur ce point il n’est assurément pas seul de son avis. Les expositions, toujours hâtives, ne tolèrent pas l'œuvre sévèrement conçue, longuement étudiée, mûrie et mise A son point. Ces bâtiments provisoires n’ont pas été créés pour | durer; néanmoins on s’obstine toujours, sous quelque pré-! texte plausible, à les conserver; on les voue après coup A l’éternité.

Comme improvisation, ils avaient leur mérite ; mais à devenir œuvres durables ils ne sont nullement préparés, et on le voit trop bien.

En fait, ce qu’on lègue surtout aux générations à venir et ; aux futures expositions, c’est le soin et la dépense de la démolition, que l’on veut s’épargner. C’est un moyen de faire des économies. On « boucle » ainsi son budget, d’autant plus facilement qu’on fait figurer ces « conserves» à l’Actif, avec une notable valeur, un peu surfaite au besoin. Le succès de l’Exposition en devient d’autant plus saisissant.

Aujourd’hui on nous annonce, avec franchise, que l’on va bâtir aux Champs-Elysées pour l’embellissement perpétuel de celle promenade; on ne démolira pas. Il y a des gens que cette certitude ne réjouit guère, car ils jugent d’après les précédents.

MM. Picard et Bouvart pourront-ils nous garantir une véritable œuvre d'art? Alors ils auront cause gagnée haut la main. Sinon, on peut prévoir qu’il y aura nombre de récalcitrants.


21 décembre. — Voici que se présente un défenseur très convaincu de l’Exposition; et même on nous en annonce un bien plus grand nombre.

Soixante artistes très connus, dont quatre membres «le l'Institut, signent en ce moment une pétition, dans laquelle ils déclareront n’être nullement hostiles à l’ouverture d’une avenue vers l’Esplanade, ni à la reconstruction du Palais de l’Industrie.
Confiants dans l’esprit qui a présidé à l’élaboration de ce nouveau programme, ils prévoient une appropriation plus en rapport «avec les besoins de l’art contemporain.
Ils estiment que le nouveau palais constituera une œuvre d’un réel caractère artistique qui dotera Paris d’un nouvel embellissement : à ces titres on ne peut qu’en souhaiter la réalisation. »

Les soixante artistes connus feront seulement quelques réserves, demandant que le fonctionnement des Salons annuels ne soit pas interrompu par la démolition du Palais actuel et la construction des nouveaux.

Mais, du côté opposé, ils sont quatre cents artistes, dit-on, non moins connus, qui préparent une seconde pétition, opposée à la première. — Peut-être « prévoient-ils » une appropriation moins en rapport avec les besoins de l’art ; peut-être « estiment-ils » que Paris ne sera décidément pas doté d’un nouvel embellissement?

Serons-nous ou ne serons-nous pas embellis? Voilà la grosse question du moment.

Ce sont, de part et d’autre, des prévisions et des estimations qu’il est assez difficile de discuter en ce moment. Les projets sont-ils vraiment assez arrêtés pour qu’on ait une opinion bien nette et définitive à cet égard?

M. Benjamin Constant, interrogé sur ses intentions personnelles, ne protestera pas.

La nouvelle avenue, si on la garnit suffisamment d'arbres, contribuera certainement, dit-il, à l'embellissement des Champs-Elysées. Elle n’aurait pas déplu à Mansard, et ne peut déplaire à ceux qui aiment Paris et qui veulent que chaque siècle ait le droit, même le devoir, de contribuer à son embellissement.

Il paraît que nous embellirons.

Les uns affirmaient, l’autre jour, que Mansard n’était pas partisan de la percée et des deux palais; les autres sont convaincus que cette percée eût comblé ses vœux secrets. Il est vraiment délicat de se prononcer, n’ayant pas la faculté d’interviewer Mansard même, qui seul pourrait nous éclairer.

Il est également probable que nous ignorerons toujours le véritable sentiment de Philibert Delorme, que fait intervenir M. Benjamin Constant :
« Si l’on eût écouté les critiques... l’Arc de Triomphe, ce chef-d’œuvre d’élégance dans sa massive majesté, no serait pas sorti de terre ! Et les critiques d’alors auraient crié que ce monument allait gêner l’horizon et cacher le coucher du soleil, et que la perspective des Champs-Elysées n’était pas nécessaire à la façade des Tuileries, et que Philibert Delorme ne l’avait pas désirée!... »

Voilà pour les Amis des Monuments! A Mansard, Mansard et demi, en la personne de Philibert Delorme.

Contentons-nous de marquer les points; car ce genre d’arguments se rapproche beaucoup, par son agrément et son inutilité, de ce qu’on appelle Jeux de Société.

M. Benjamin Constant termine en disant : Les 400 n'ont certainement pas le désir de conserver cette vilaine bâtisse (le palais actuel) ; ils ne veulent que s’assurer la non-interruption des Salons annuels. Ils doivent être rassurés aujourd’hui. « Alors qu’on déchire la pétition! »

Mais les 400 non moins connus sont d’avis, eux, qu’il n y aura pas d’embellissement.

Si l'on consultait les artistes qui ne sont pas connus du tout? Il y en a, et ils sont faciles à trouver. Ils auraient peut-être une troisième opinion qui nous tirerait du doute.


22 décembre. — La Commission s’est réunie à la Chambre; pas encore de conclusion.

Evidemment, la Commission regimbait devant la série de questions « non entières » qu’on lui apporte l'une après l’autre; mieux avisés, en haut lieu, on lui fait comprendre aujourd’hui que, sans être entières, ainsi qu’on le lui expliquait l’autre jour, elles sont cependant intactes, comme on le lui expose maintenant.

Tout finit par s’éclaircir ; le Temps aurait-il raison?

M. André Lebon, ancien ministre, rappelle que c’est la tradition de toutes les expositions, d’inviter les puissances étrangères avant la décision des Chambres. Le rôle des ministres était d’inviter, celui des Chambres d’approuver. Toutefois ce n’est qu'une habitude, non une règle.

On a dit aussi que la Chambre était engagée par son vole relatif au concours. Mais, tout bien considéré, on reconnaît désormais « que les plans détaillés ne lui ont pas été soumis ». Il n’y a donc rien de fait.

La Chambre reste finalement libre d’approuver ou de rejeter les plans, et même le principe île l’Exposition.

M. de Lasteyrie et M. Berger prennent acte de celte déclaration, un peu différente des précédentes, et qui a l’avantage de tout faire rentrer dans l'ordre. Il est facile de voir que ce bon mouvement d’un ancien ministre est habile, car il a quelque peu calmé la Commission, assez agacée de n’avoir à se prononcer que sur des faits accomplis, sur des plats entamés, et qu’on lui servait même un peu refroidis.

Un quart d’heure après, l’incendie a menacé de se rallumer quand on a discuté le plan futur. On ne peut le modifier, dit M. Humbert, « en raison des droits tout au moins moraux acquis par les architectes qui ont pris part au concours. Un nouveau concours ferait perdre du temps. »
— Alors c’est encore, dit M. Bouge, la carte forcée qu’on nous présente?
— Vous n’êtes pas les seuls, ajoute M. Denys Cochin; les mêmes arguments ont été présentés au Conseil municipal pour déterminer son vote.

Sur quoi l’on décide d’inviter les représentants du Conseil municipal à venir conférer lundi prochain.

Et voilà comme, peu à peu, tout finit par se concentrer.
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Re: La génese de l'Exposition Universelle de Paris 1900

Message par worldfairs » 24 oct. 2019 07:07 pm

Texte et illustrations de "La construction moderne - 18 janvier 1896"

L'Exposition Universelle devant le parlement.

Sous ce titre, M. Eugène Hénard vient de publier une brochure dont il nous adresse un exemplaire, et dans laquelle il prend la défense de l’avenue à créer à travers les Champs Elysées et des palais à construire.

M. Hénard rappelle les résultats du concours jadis ouvert, le vote du Conseil municipal, les critiques, le projet; il discute la litigieuse perspective et les cotes de niveau, la durée des travaux, l’organisation provisoire du Salon, la dévastation des Champs-Élysées, le massacre des arbres, etc. C’est une étude très complète de la question par un défenseur très convaincu, car M. Ménard est l’un des promoteurs du projet dont on veut remettre en discussion la réalisation.

Si nous avons enregistré les critiques, quand elles se sont présentées, il est juste que nous signalions les arguments de la défense. Voici, d’après M. Ménard, le tableau qui s’offrira, après 1900, aux regards des promeneurs :
« Au premier plan, nous verrons d’un côté le palais des Beaux-Arts, de l’autre le palais des Arts décoratifs. Entre les deux, un vaste jardin planté d’arbustes rares et peuplé de statues et de fontaines. Plus loin, la tète du pont monumental destiné à relier les deux rives du fleuve ; aux quatre angles de ce pont, des pylônes, des phares ou des colonnes chargées de figures décoratives s’enlèveront en silhouettes hardies sur le ciel.
« Plus loin encore, un parterre de fleurs établi sur une plate-forme et bordé de portiques masquera complètement la nouvelle gare. Au delà, l’Esplanade transformée en jardin à la française, avec des balustrades, des vases, des groupes, des bassins, des effets d’eau, appuyés à droite et à gauche par les masses de verdure des grands quinconces et nous apportant en plein Paris un souvenir de Versailles. Enfin, comme fond de décor, les lignes sobres et le portail de l’hôtel des Invalides, cl, couronnant le tout, le dôme étincelant de Mansard. »

La vieille querelle dure encore, comme on le voit : les uns, déplorant les abatis d’arbres, affirment que les Expositions ne nous ont légué que des édifices hâtivement conçus et d'une contestable beauté; les autres sont convaincus que Paris sortira embelli de la transformation projetée. Libre à chacun de prononcer suivant son goût personnel.

Très habilement, M. Ménard a découvert un argument nouveau.

Ce n’est plus un mystère aujourd’hui que l’installation d’une grande gare à l’Esplanade, en échange de la gare Montparnasse octroyée aux chemins de fer de l’Etat; que le dégagement des abords pour le service de celle gare; que le prolongement des voies de la ligne d’Orléans à travers les rues de Paris; enfin que la création de lignes souterraines destinées à amorcer le Métropolitain, sont la véritable préoccupation des administrations publiques et des grandes compagnies; que l’Exposition de 1900 a paru être surtout l’occasion propice pour sortir du conflit persistant entre le ministère des Travaux publics et le Conseil municipal. M. Picard a, dès l’origine, déclaré qu’il considérait comme étant sa mission principale de doter enfin Paris des moyens de transport qui lui sont indispensables.

Avec justesse, M. Ménard fait ressortir les conséquences inévitables de l'installation déjà faite, par surprise, à travers les quinconces de l’Esplanade. Pendant quelques années, dit-il, le terrain très vaste qui est occupé par la gare lui suffira; mais, sous la pression irrésistible du développement de l’industrie des transports, avec l’accoutumance qu’on aura de ce nouveau chemin de fer, « le second tiers de l’Esplanade sera mangé, et dans vingt ans, la dernière grande place de Paris aura disparu ».

Nous sommes, et nous avons toujours été de cet avis ; là se trouve, comme dit M. Ménard, le vrai danger, si l'on no consent pas à voir détruire l’Esplanade. Il n’y a pas à se le dissimuler : un premier pas, en pareil cas, est toujours suivi d’un second.

Vue des Champs Elysées et de l'Esplanade après 1900
Vue des Champs Elysées et de l'Esplanade après 1900

Le véritable remède, dit encore M. Hénard, c’est la construction des deux palais : « Le seul moyen capable d’arrêter cel envahissement, c’est de forcer la gare à rester souterraine ; c’est de la forcer à demeurer ce qu’elle doit être : une grande station métropolitaine, mais non une tète de ligne (et son rôle ainsi compris est encore assez beau pour qu’elle s'en contente); c’est de lui mettre sur le dos une carapace assez belle, assez séduisante, assez artistique pour que jamais elle ne puisse la soulever ; c’est de réunir les deux rives de la Seine, de créer les Champs-Élysées de la rive gauche ; c’est enfin de réaliser cette belle perspective qui, exécutée par l'élite de nos architectes, de nos sculpteurs et de nos peintres, deviendra intangible, comme la place de la Concorde ou le parc de Versailles. »

Puisse M. Hénard avoir raison dans ses prévisions; mais nous conservons plus d’un doute. Que la gare des Invalides reste une station métropolitaine, il n’y a nullement lieu de l’espérer : elle est établie, à douze paires de voies dès à présent, pour être tète de ligne, et telle est sa véritable destination; tête de ligne elle est, tête de ligne-elle restera.

Plan synoptique avant et après la démolition des Champs Elysées
Plan synoptique avant et après la démolition des Champs Elysées

Il nous semble voir aussi quelque illusion dans l’espoir que des jardins garnis de fleurs, sur la rive gauche, seront une carapace suffisante et empêcheront celle gare, dite souterraine, de s’étendre à loisir.

Quant aux palais de la rive droite, quel obstacle pourront-ils opposer à cette extension sur ou sous la rive gauche?


Les Parisiens de Paris, au nombre de deux cents, se sont réunis, ont diné et prononcé des discours. Le fait ne semble présenter qu’un intérêt ordinaire; mais le discours présidentiel a été prononcé par M. Anatole France, et c’est toujours un régal pour les délicats que d'entendre parler un homme d’un esprit aussi fin.

Dans un sentiment très juste, M. A. France veut que Paris, qui est une ville énorme, reste une ville exquise; il voudrait la soustraire aux envahissements de la banalité, de la vulgarité. « Nous avons, dit-il, çà et là, quelques sujets d’alarmes ; nous avons à redouter le vandalisme industriel. Si les vieilles pierres qui demeurent encore ne sont pas, comme naguère, menacées de la pioche, les arbres de nos promenades courent des dangers. Pourtant les arbres sont la parure délicate et précieuse de notre ville; ville de pierres blanches et de rameaux verts, Paris a des promenades qui font son charme et sa plus douce gloire. Veillez sur ces promenades, messieurs et chers pays.

« Vous pouvez beaucoup pour notre ville. Vous y êtes la science, l’art, la raison et le goût. On vous consulte quelquefois, on vous écoule souvent, on vous craint toujours. Dites bien haut qu’une Exposition universelle ne doit pas être un prétexte à ravager une ville, et qu’il serait désolant que les Champs-Elysées, l’avenue non pareille, périsse par l’injure de la plus triste des barbaries, la barbarie de la civilisation. »

Vue perspective indiquant les dégâts nécessaires
Vue perspective indiquant les dégâts nécessaires

Si les Parisiens de Paris n’étaient pas satisfaits de compliments aussi bien tournés, ils auraient l’humeur vraiment difficile.

Mais il faut constater que les défenseurs de la transformation des Champs-Elysées ont une tâche de plus en plus difficile à remplir : leurs adversaires continuent à se montrer plus nombreux que les admirateurs, et l’on est contraint de reconnaître que, jusqu’à ce jour tout au moins, les manifestations publiques, dans les divers rangs de la société, sont généralement hostiles.

Un revirement peut certainement se produire, après une discussion approfondie, devant la Commission et plus tard devant les Chambres. La décision que prendra la Commission sera un indice très intéressant à saisir; d’ici à peu nous serons fixés sur ses intentions définitives.

Continuant à mettre sous les yeux de nos lecteurs toutes les pièces du débat, nous reproduisons en regard l’une de l'autre : la vue perspective telle que la public M. Hénard, avec toutes ses séductions; celle-ci est d’ailleurs conforme à celle que nous avions déjà donnée; et d’autre part le plan et la vue d'ensemble, dressés par M. Ch. Normand, et qui résument les dégâts, objet de tant de discussions.
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Re: La génese de l'Exposition Universelle de Paris 1900

Message par worldfairs » 26 oct. 2019 10:16 am

Texte et illustrations de "La construction moderne - 18 janvier 1896"

L'Exposition de 1900. — La Commission de l'Exposition universelle de 1900 a, par 7 voix contre 4, contrairement au projet du gouvernement, décidé que l'emplacement de l’Exposition devait être, à part le Trocadéro, exclusivement établi sur la rive gauche de la Seine, sans toucher aux Champs-Elysées.

Cette décision de la Commission est très commentée. Elle crée, en effet, un conflit entre la Chambre, d’une part, le gouvernement et le Conseil municipal de l'autre.

La Commission a renoncé indiquer au gouvernement par quels moyens il pourrait étendre le périmètre sur la rive gauche, afin de ne pas soulever la question du maintien ou de la démolition de la manufacture des tabacs.

Ajoutons que la décision par laquelle elle a résolu de maintenir l’Exposition exclusivement sur la rive gaucho a donné lieu à trois votes successifs, tous émis à la majorité de 7 voix contre 4.

Elle a décidé :
1° Qu’on ne toucherait pas aux Champs-Elysées ;
2° Qu’on maintiendrait le palais de l'Industrie;
3° Qu’on ne ferait aucune emprise sur le Cours-la-Reine.

La Commission se réunira pour examiner la combinaison financière proposée par le gouvernement. Le rapporteur sera incessamment désigné.
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Re: La génese de l'Exposition Universelle de Paris 1900

Message par worldfairs » 27 oct. 2019 04:54 pm

Texte et illustrations de "La construction moderne - 29 février 1896"

Les Aventures de l'Exposition universelle de 1900 (suite)

16 janvier 1896. — La Commission, par 7 voix contre 4, a rejeté toute installation aux Champs-Elysées et sur le Cours-la-Reine; elle demande la conservation du palais de l’Industrie actuel, et livre à l’Exposition toute la rive gauche, y compris la Manufacture des Tabacs, le Dépôt des marbres, etc., avec le Trocadero sur la rive droite.
Mais le Conseil des Ministres a décidé de soutenir le projet actuel devant les Chambres. C’est, pour les défenseurs du projet, un concours des plus efficaces; ils ont subi devant la Commission, il est vrai, un sérieux échec; mais, a la suite de cette décision, ils ont toutes raisons de reprendre espoir. Du reste, les journaux officieux qui, jusqu’à ce jour, flottaient assez vaguement entre le pour et le contre, ont maintenant pris pied et s’engagent à fond pour la défense de l’avenue, de la perspective et des deux palais.

17 janvier. — Les groupes syndicaux du Commerce et de l’Industrie de Paris ont présenté un recueil d’Avis au président de la Commission et au président du groupe des députés de Paris. Pourquoi pas une Mercuriale, comme à l’ancien Parlement? Ces avis concordants peuvent se résumer en citant celui du groupe de l'alimentation parisienne, signé par son sympathique président, M. Marguery.

Le groupe des alimentateurs demande le maintien du projet actuel au nom des véritables intérêts du commerce de la capitale et du pays; il réclame la plus grande extension possible de l’Exposition, mais à la condition formelle qu’aucun restaurant ne sera édifié dans la partie qui s’étend de la place de la Concorde au pont de l’Alma, et enfin que l’Exposition sera fermée, au moins un soir par semaine, à partir de six heures.

Tel est l’intérêt général et véritable du pays.

— M. René Bazin n’adopte pas tou ta fait celte manière de voir. Dans un article intitulé : La Province à F Exposition, il résume ainsi les doléances départementales :
«. .le crois les juges compétents presque unanimes. Après surtout les plaidoiries brillantes qui viennent d’être faites, ils se prononceront contre les expositions universelles. Pourquoi? Je laisse de côté les arguments de l'ordre moral, qui sont sérieux, les regrets si légitimes de tant de Parisiens, et que partagent beaucoup de provinciaux, à la pensée des profanations dont Paris sera l’objet, et de cette vulgarité temporaire, et de cet encanaillement d’une ville élégante.

« La majorité s’est formée sur une autre raison, facile à comprendre, facile à retenir, et que personne ne réfutera. La province aujourd'hui sait, à n’en pas douter, qu’une exposition universelle lui fait perdre des millions. Elle sait que le client, cet être si détaché des anciennes fidélités commerciales, se recueille et économise pendant plusieurs années, afin de dépenser largement à l’Exposition de Paris ; et qu’il économise ensuite, pendant d’autres années, pour combler des déficits qu’il n’avait pas prévus. Une exposition parisienne place le commerçant de province entre deux séries d’années maigres ; l’expérience le prouve. »

Depuis quelque temps déjà, nos correspondances particulières nous avaient appris que telle est la cause réelle de l’opposition départementale ; les objections sentimentales de M.Maurice Barrés restaient à côté du vrai motif. En fait, dans celle discussion sur le principe même des expositions, il y a deux intérêts en présence : celui du commerce parisien, qui en attend une recrudescence d'affaires; celui du commerce dans les départements, qui redoute une décroissance à son détriment.

Nous terminerons en citant les croquis pris aux environs îles Petites-Dalles, par M. Wallon, et les souvenirs d’Espagne de M. Binet, dont la Salle des Abencerrages, à Grenade, est la pape la plus caractéristique.

Parmi les Amants, nous regrettons de ne plus voir figurer M. May eux, dont les aquarelles avaient un caractère si personnel. Celle abstention est-elle définitive?

Si nous avons à signaler quelques disparitions, nous constaterons que les vides ont été comblés par de nouveaux adhérents. La petite société est donc toujours pleine de vitalité, et nous ne pouvons que lui souhaiter longue duré
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