La génese de l'Exposition Universelle de Paris 1900

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Re: La génese de l'Exposition Universelle de Paris 1900

Message par worldfairs » 17 nov. 2019 06:02 pm

Texte et illustrations de "La construction moderne - 1 juin 1895"

PRINCIPES GÉNÉRAUX DE LA COMPOSITION DU PLAN

Voici le rapport déposé par M. A. Picard, directeur de l’Exposition de 1900, et sur lequel les Chambres vont avoir à statuer :
Au seuil même de nos études se posait im grave problème. Fallait-il conserver le palais île l’Industrie, ou, au contraire, le détruire et le remplacer, en créant des Champs-Elysées à la Seine une large promenade qui ferait face à l’incomparable dôme de Mansart, franchirait le fleuve sur un pont monumental et rattacherait l’esplanade des Invalides au Cours-la-Reine? Les conseils si éclairés, si pressants et si puissamment motivés du jury rendaient toute hésitation impossible et commandaient d’adopter la seconde solution.

Le commissaire général et ses collaborateurs sont fermement convaincus que cette solution s’impose, qu’elle produira un effet saisissant, inédit et grandiose pendant la période d’exposition, que la capitale y gagnera un joyau de plus. Ce sera un legs précieux de notre génération au siècle prochain. L’idée a, du reste, été accueillie par l’opinion avec une extrême faveur.

Est-ce à dire qu’on voie, de gaieté de cœur, disparaître un édifice qui a rendu et continue à rendre des services incontestables? Jamais on ne Se sépare sans regret des vieux serviteurs, et pourtant il vient une heure où cette séparation s’accomplit fatalement.

Qu’elle qu’ait été l’utilité du palais de l’Industrie, personne n’en défendra chaudement ta valeur esthétique. Personne ne méconnaîtra la position fâcheuse qui lui a été assignée ; dès le jour où il est sorti de terre, la critique blâmait sévèrement l’interception d’une des plus belles perspectives de Paris, condamnait ce masque lourd et compact placé entre les Champs-Elysées et la coupole des Invalides. Personne ne niera les réparations que nécessite le bâtiment actuel et dont la dépense pourrait être plus avantageusement consacrée à une œuvre digne de la grande ville.

Un moyen terme consisterait à transformer le palais, à en améliorer l’aspect, à en moderniser les façades. Mais cette transformation serait coûteuse et, comme toutes les demi-mesures, insuffisante; elle laisserait subsister le vice originel.

En conservant, même modifié, le palais do l’Industrie, nous ne pourrions plus donner à l’Exposition de 1900 le cachet de nouveauté et d’originalité qui lui est indispensable; nous serions exposés aux redites et à la banalité; nous tromperions les légitimes espérances de là population parisienne.

On ne saurait trop le répéter, le parti auquel nous nous sommes arrêtés conformément aux indications du jury est, en quelque sorte, la clef de sortie du projet, l’idée maitresse du plan, l'élément capital du succès.

Des intérêts éminemment respectables se sont, à la vérité, émus du trouble que la démolition du palais de l'Industrie paraissait susceptible de leur causer. Leur inquiétude résultait d'une connaissance imparfaite des dispositions prévues par l'Administration : de courtes explications suffiront, sans aucun doute, à calmer cette inquiétude.

Tout d'abord, après 1900, des palais plus vastes et mieux appropriés auront pris la place du monument disparu. Ils se trouveront, comme le palais de l'Industrie, en contact avec les Champs-Elysées et se prêteront aux mûmes affectations. Nous aurons soin de prendre l’avis des intéressés sur les améliorations dont l'expérience a montré l'opportunité, et nous pourrons ainsi corriger des défauts qui, en l'état, se perpétueraient indéfiniment.

Reste la courte période transitoire de 1896 à 1900. Une gène passagère ne serait certes pas de nature à alarmer les pouvoirs publics. Mais, ici encore, les craintes doivent se calmer. Les travaux seront conduits de telle sorte que le Salon annuel de la Société des artistes français demeure aux Champs-Elysées, soit dans les galeries actuelles, soit dans les galeries nouvelles. Nous réduirons nu minimum la durée d'émigration des concours périodiques organisés par la Société hippique française, et nous ne manquerons pas de nous employer à lui fournir un asile temporaire. Le concours agricole bénéficiera de mesures analogues.

Une objection, d'ordre tout à fait secondaire, sera peut-être tirée de ce que l'axe de l'Esplanade et, par suite, celui de la promenade à créer ne coupent pas perpendiculairement l’avenue des Champs-Elysées. Cette objection mérite à peine une réponse : l'angle droit n’a rien de fatidique ; au surplus. les avenues d’Antin, Montaigne, de l'Alma, Marceau, d'Iéna et de Friedland sont plus obliques et cependant ne déparent point la grande artère sur laquelle elles débouchent.

Les rédacteurs du projet, suivant l’exemple du jure, ont écarté les combinaisons qui eussent encombré la Seine. Si la nappe d'eau n'avait pas existé, il aurait fallu la créer. A défaut des raisons artistiques, les nécessités de la navigation se fussent opposées aux empiétements sur le fleuve.

Du reste, nous espérons tirer de la Seine un parti nouveau, élever sur ses rives des palais et pavillons qui en feront un grand canal de Venise, trouver ainsi un motif séduisant et original de décoration.

Plusieurs concurrents avaient supposé, pardessus le fleuve, des édifices, tels que palais des arts et des fêtes, coupant la perspective harmonieuse que tous les Parisiens admirent du pont de la Concorde, surtout au soleil couchant. Nous nous sommes gardés de commettre pareille erreur.

Les héritiers de l’illustre Alphand eussent été impardonnables, s'ils avaient oublié le culte du célèbre ingénieur pour les plantations de la capitale. Tous les arbres de valeur seront scrupuleusement respectés les superbes allées du quai d'Orsay et du quai oc Billy resteront intactes; on restreindra dans les plus étroites limites les transplantations temporaires de marronniers et du platanes; après l’Exposition, le Cours-la-Reine et les quais garderont le caractère d’une oasis de verdure.

De même qu'en 1889, les fêles auront pour siège principal le Champ de Mars. Il était donc nécessaire d'y réserver des espaces libres aussi étendus que possible, disposés en parcs ou jardins et propres à recevoir en plein air la masse des visiteurs. Aucun obstacle ne devait d’ailleurs arrêter le regard entre le Champ de Mars et le Trocadéro, qui constituera toujours un excellent fond de tableau et gardera son rôle dans les illuminations. Cette double condition ramenait à la forme en fer à cheval, adoptée lors de la précédente exposition, et conduisait à proscrire l’érection de bâtiments sous la lourde 300 mètres ou latéralement.

On s’est attaché à distribuer méthodiquement loi constructions, il les grouper suivant un ordre didactique, A éviter la monotonie par la variation dos effets, à ne sacrifier aucune des parties de l'Exposition, a doter chacune d’elles d'un attrait spécial.

Les communications intérieures ont particulièrement fixé notre attention. D'une part, en effet, nous devions éviter le retour des embarras constatés en 1889, dans la circulation sur le quai d'Orsay. D'autre part, l'occupation des deux rives de la Seine et l'augmentation probable du nombre des visiteurs commandaient des dispositions et des précautions dont nos prédécesseurs avaient pu se dispenser.

En conformité du vote émis par la commission supérieure, le programme du concours autorisait les concurrents à maintenir, à transformer ou à supprimer la tour de 300 mètres. Les projets de transformation ont été fort nombreux; il n'en est pas un qui ait satisfait le jury ; presque tous alourdissaient le monument. Beaucoup aussi rasaient la construction: sans parler des autres motifs susceptibles de justifier le maintien de la tour, le parti radical de la suppression se heurte contre l'importance de l’indemnité d'éviction que réclamerait la société concessionnaire. Nous proposons donc le maintien, sauf à examiner les projets de modification dont la société prendrait l'initiative et dont elle assumerait entièrement la charge.

(à suivre).


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Re: La génese de l'Exposition Universelle de Paris 1900

Message par worldfairs » 23 nov. 2019 08:14 pm

Texte et illustrations de "La construction moderne - 8 juin 1895"

PRINCIPES GÉNÉRAUX DE LA COMPOSITION DU PLAN
(suite)

Distribution des bâtiments, parcs et jardins.

L'entrée principale du public serait sur le Cours-la-Reine et le quai de la Conférence, prés de la place de la Concorde. Elle ferait face à une large avenue plantée, latérale au fleuve, laissée libre de toutes constructions et coupée presque perpendiculairement par la nouvelle promenade. Le quai des Tuileries fournirait un lieu de stationnement tout indiqué pour les voilures, qui n'encombreraient jamais la place de la Concorde.

En pénétrant, les visiteurs rencontreraient, sur leur droite, le bâtiment de l'Administration, pourvu d’un autre accès extérieur, puis le pavillon de l'Education et de l'Enseignement, dont une pensée philosophique marquait la place au vestibule même de l'Exposition. A gauche, la Seine resterait entièrement dégagée; des jardins en terrasse borderaient la rive.

La promenade nouvelle, ouverte entre les Champs-Elysées et le quai de la Conférence, commencerait par une entrée d'honneur. A droite, en regardant les Invalides, serait érigé le palais des Beaux-Arts ; à gauche et en face de ce palais, mais sur des dimensions moindres, s’élèverait celui de l'Exposition rétrospective de l'art français. Ces deux édifices seraient, avec le pont monumental, les seules constructions définitives de l'Exposition. Disposés en retrait par rapport à l’alignement des Champs-Elysées, de manière à ne point altérer le caractère de la grande avenue parisienne, ils affecteraient les formes appropriées aux besoins de la décoration et au maintien des grands arbres existants; leur distribution se prêterait, pour l'avenir, aux mêmes usages que celle du palais actuel de l’Industrie. Des portiques, des exèdres, des statues, des plantations nouvelles, des parterres de fleurs compléteraient ce bel ensemble.

Après avoir traversé le quai de la Conférence, la nouvelle promenade franchirait la Seine-sur un pont monumental, dont l’axe longitudinal coïnciderait avec celui de l'esplanade des Invalides. Cet ouvrage, très légèrement biais, aurait une largeur de 60 mètres, égale â celle des Champs-Elysées entre les quinconces. Il comporterait une arche unique en acier moulé; on éviterait ainsi d’entraver la navigation, que gênent déjà la courbure du fleuve et le défaut de concordance entre les piles du pont de la Concorde cl celles du pont des Invalides; l'effet d’un arc très surbaissé, de pareille ouverture, serait d’ailleurs nouveau et certainement grandiose. Des portiques extrêmement légers, dessinant une dentelle métallique à très larges mailles, pourraient couvrir une partie du pont.

Nous croyons utile de rappeler, à cet égard, quo l’insuffisance du pont de la Concorde avait conduit l’Administration à décider, depuis longtemps, une nouvelle traversée de la Seine, au droit de la rue de Constantine. Le service de la navigation et la Compagnie de l’Ouest, qui devaient établir celle traversée à frais communs, reporteront leurs crédits, à titre de concours, sur le pont monumental de l’Exposition.

La promenade se prolongerait au delà du pont, dans la partie antérieure de l’esplanade des Invalides, et aboutirait a une série de palais construits entre les deux lignes de quinconces. Ces bâtiments abriteraient les groupes touchant plus spécialement à l’Art décoratif : décoration et mobilier des édifices publics et des habitations ; industries diverses (orfèvrerie, joaillerie et bijouterie; bronze, fonte et ferronnerie d'art, métaux repoussés, etc.).

Ainsi, la région du palais actuel de l’Industrie et l’esplanade des Invalides formeraient le domaine de l’Art. Le public trouverait au seuil de l’Exposition future les manifestations les plus brillantes du génie national.

Le ministère des travaux publics se propose de régulariser les berges de la Seine, en aval du pont des Invalides, et d’y établir des bas-ports à murs droits. Un concours financier serait apporté à cette opération par le budget de l’Exposition de 1900, ce qui permettrait de lui donner plus d’ampleur et d’en hâter la réalisation. Grâce aux surfaces gagnées sur les quais bas, nous pourrions élever en encorbellement, le long du fleuve, entre les lignes de grands arbres et la nappe d’eau, des constructions isolées et variées de forme, se mêlant à la verdure, reflétant leurs façades pittoresques dans la Seine et y projetant, le soir, leur lumière éblouissante. Des promenoirs superposés, du côté de la rivière, recevraient les visiteurs, dont l’œil embrasserait les deux rives et qui jouiraient d’un spectacle charmant. Il y aurait là un cadre superbe pour des fêles vénitiennes.

Sur la rive droite, du pont des Invalides au pont de l’Alma, prendraient place le palais de la ville de Paris, la grande serre de l’Horticulture, le palais de l’Economie sociale et des Congres. Ce dernier palais serait facilement accessible par la place de l’Alma, vers laquelle convergent de nombreuses avenues. L exposition horticole se répandrait aux alentours, fleurissant les abords des établissements de spectacle et des reconstitutions historiques, archéologiques ou artistiques, dont elle formerait le centre.

Sur la rive gauche, du pont des Invalides au Champ de Mars, s’échelonneraient les palais et pavillons des nations étrangères, puis ceux des Armées de terre et de mer, de la Marine marchande, des Forêts, de la Chasse, de la Pêche et des Cueillettes.

Au Trocadéro, l’Algérie, la Tunisie, les autres colonies ou pays de protectorat étageraient leurs constructions multicolores en un joyeux amphithéâtre et détacheraient les silhouettes caractéristiques de leur architecture sur un fond de végétation luxuriante.

Ce serait l’une des parties les plus attractives de l’Exposition.

Enfin, on distribuerai! au Champ de Mars la grande industrie et la production agricole (matériel et procédé ; généraux «le la mécanique; mines et métallurgie; industrie chimique; fils, tissus et vêtements; génie civil; moyens de transports; aliments; agriculture; électricité; etc.).

Deux suites de palais, maintenus dans un.» même donnée générale, mais caractérisant néanmoins les divers groupes, s’échelonneraient le long des avenues de Suffren et de La bourdonnais, pour aboutir à un immense château d’eau avec cascades superposées et au palais de l’Electricité.

Ces bâtiments seraient disposés en redans, du façon à augmenter, par un effet de perspective, la profondeur apparente du parc qu’ils envelopperaient et qui s’élèverait, par une pente continue, du quai d’Orsay vers l’Ecole militaire.

Notre but, en supprimant les terrasses horizontales à gradins, est, tout à la fois, de dégager la vue et d’éviter les accidents auxquels donnent lieu les escaliers. Chacun des palais recevrait, du côté extérieur, le matériel de production, et, du côté intérieur, les produits fabriqués; les musées centennaux pourraient se placer dans les galeries transversales séparatives des groupes. Sur tout le pourtour du jardin se développeraient des terrasses de circulation, au rez-de-chaussée et au premier étage. Du haut de cet étage, l'œil embrasserait le panorama du Champ de Mars et du Trocadéro, qu’agrémenteraient pendant la nuit les effets combinés d’eau et de lumière. Le palais de l’Electricité serait un palais de verre resplendissant, le soir, comme un phare gigantesque.

On conserverait la galerie des machines de 1889; mais on en modifierait la forme et l’usage. Au centre, serait installée la grande salle des Fêtes, dont le palais de l'Electricité constituerait le brillant vestibule. Les deux ailes abriteraient le groupe de l'Agriculture.

Plan projeté de l'Exposition Universelle de 1900
Plan projeté de l'Exposition Universelle de 1900

Maintien de la circulation générale extérieure.
Communications intérieures.

Les communications entre les quartiers nord et sud de Paris par l’avenue d’Antin, le pont des Invalides et le boulevard de la Tour-Maubourg, ainsi que par le pont de l’Alma et les avenues qui y convergent sur les deux rives de la Seine, seraient maintenues satis aucun obstacle.

On aurait soin de conserver les nerfs des immeubles riverains du Cours-la-Reine, du quai de Billy et du quai d’Orsav. Un passage pour pillons serait probablement établi sous l'esplanade des Invalides, au droit de la rue St-Dominique, afin de ne pas trop troubler les relations du Gros-Caillou avec le centre de la capitale. I.es tramways devraient subir quelques déviations; ceux du Louvre à St-Cloud et à Sèvres franchiraient l'enceinte en tranchée, devant le Trocadéro.

A l’intérieur, la circulation pour piétons de la rive droite à la rive gauche serait assurée par le pont monumental de l’Esplanade, par deux passerelles provisoires jetées, l'une, entre le pont des Invalides et le pont de l'Alma, l'autre, entre le pont de l’Alma et le pont d’Iéna, enfin, par ce dernier pont élargi an moyen d'encorbellements d'un caractère également provisoire. Des rampes douces, substituées aux escaliers dangereux de 1889, assureraient le passage par-dessus les aborts des ponts des Invalides el de l'Alma.

Un chemin de fer électrique à circuit fermé, partie en élévation, partie à niveau, desservirait l'esplanade (rôle de la rue Fabert), le quai d’Orsay. le Champ de Mars(côtés de l’avenue de Suffren et de l'Ecole militaire); la jonction s’opérerait par un viaduc sur l'avenue de la Motte-Piquet. On pourrait, en outre, installer; 1° sur le quai de la Conférence et sur le quai de Billy, une autre voie ferrée qui servirait de champ d’expériences pour les divers moteurs; 2° latéralement au jardin du Trocadéro. un chemin de fer funiculaire et un chemin de fer à crémaillère.


Évaluation des dépenses.

MM. les membres do la commission supérieure ont reçu un projet sommaire de budget.

Les dépenses d’établissement et d’exploitation y sont évaluées à 100 millions, chiffre indiqué par la sous-commission des finances dès sa première réunion. Dans ce total, les travaux de toute nature figurent pour 70 millions.

Nous espérons être bientôt en mesure de présenter une combinaison financière n’imposant à l’Etat et à la Ville que des charges relativement modérées.

(A suivre).
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Re: La génese de l'Exposition Universelle de Paris 1900

Message par worldfairs » 23 nov. 2019 09:32 pm

Texte et illustrations de "La construction moderne - 29 juin 1895"

Nous avons précédemment donné le programme projeté et le plan proposé pour l’Exposition de 1900.

L’administration nous communique une vue d’ensemble à vol d’oiseau, que nous reproduisons par la photogravure. Rien entendu, l’aspect des Palais n’a rien de définitif, aucun de ces édifices n’ayant encore été étudié séparément. Celle vue est simplement destinée à donner une idée générale de l’aspect que présentera l’Exposition. On voit ainsi clairement les modifications apportées aux Champs-Elysées, et sur lesquelles les chambres vont avoir à se prononcer.

Exposition Universelle de 1900 - Vue perspective
Exposition Universelle de 1900 - Vue perspective

L'administration se préoccupe beaucoup de la transformation des Champs-Elysées et de l'Esplanade des Invalides.

On sait qu’une certaine opposition s’est manifestée dans l'opinion publique contre ce projet. Pour montrer que ces appréhensions sont peu justifiées, et pour faire voir que Paris aura tout à gagner à établissement des nouveaux palais, l’administration a fait exécuter une vue à vol d’oiseau de l’Esplanade et des Champs-Elysées, une fois l'Exposition terminée. C’est celle-vue que reproduit noire croquis.

Les Champs-Elysées et l'Esplanade, après l'Exposition de 1900
Les Champs-Elysées et l'Esplanade, après l'Exposition de 1900
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Re: La génese de l'Exposition Universelle de Paris 1900

Message par worldfairs » 23 nov. 2019 10:00 pm

Texte et illustrations de "La construction moderne - 28 septembre 1895"

La polémique pour ou contre les expositions universelles, et notamment celle de 1900, continue dans les journaux français et même étrangers.

Chez nous, s’il est des esprits impartiaux qui essaient de se faire, à ce sujet, une opinion indépendante après avoir pesé les avantages et les inconvénients, il faut bien reconnaître que la plupart des contradicteurs représentent surtout des intérêts particuliers : d’un côté est le camp de ceux qui espèrent tirer un bénéfice des expositions ; de l’autre se placent ceux qui n’en attendent aucun profil.

On n’est en droit de blâmer ni les uns ni les autres : les expositions ne doivent pas être considérées comme un bienfait accordé l’humanité tout entière ; ce n’est une œuvre ni de charité ni de justice. C’est une affaire commerciale.
Les uns la trouvent bonne ; les autres mauvaise, tout au moins n’y trouvent-ils aucun profil pour eux-mêmes. Chacun n le droit d’avoir et d’exprimer une opinion sur les profits d'une affaire, et de les estimer d’après ses intérêts personnels.

Pour mettre sous les yeux de nos lecteurs tous les arguments présentés, nous devons signaler une importante lettre adressée au Times par M. K. B. Murray, secrétaire de la Chambre de commerce de Londres. Il est bon de connaître l’opinion d’étrangers, bienveillants et courtois, parlant sur un sujet qui est entièrement de leur compétence.

Les exposants des sections étrangères, dit M. Murray, éprouvent quelque mécontentement de voir que leur participation est surtout considérée comme une contribution financière qui permet de couvrir les dépenses, et qu’elle n'est plus l’appui principal de tonte entreprise digne du nom d’Exposition internationale ou universelle ».

Les premières expositions étaient conçues dans un tout autre esprit : elles présentaient aux yeux le tableau du progrès matériel et industriel que les diverses nations avaient réalisé dans le cours d’un certain nombre d’années. Aujourd’hui tout est subordonné à l’amusement du public; le progrès matériel et industriel n’est plus que l’accessoire.

C’est contre la subordination de leurs intérêts aux attractions des « baraques de foire, des raree-shows » que les exposants élèvent la voix; et c’est cela qui les induit en si grand nombre, non seulement ici, mais aussi à l’étranger, à se déclarer las des expositions et les fait hésiter à dépenser l’argent qu’ils étaient autrefois disposés à dépenser.

Ce mécontentement s’explique et se justifie; ce débordement des baraques de foire, détournant le public, n’est pas fait assurément pour causer grande satisfaction aux industriels et aux commerçants qui attendent la visite des acheteurs et ne voient passer devant leurs étalages qu’une foule compacte mais distraite, pressée d’atteindre au plus tôt les cabarets et les théâtres exotiques.

Faut-il en accuser les tendances qu’ont pu manifester les administrateurs et organisateurs des grandes expositions à Paris, à Vienne, à Anvers, à Amsterdam, à Chicago? Nous ne le pensons pas : la transformation successive des expositions n’est que la conséquence des goûts du public. Or ces goûts s’imposent, bon gré malgré, à ceux qui organisent les expositions.

Sans parler des échecs éprouvés à l’étranger, nous avons vu, chez nous-mêmes, les résultats qu’on obtient lorsqu’on veut canaliser les goûts du public et les obliger à remonter leur courant naturel.

En 1878, les hommes très capables qu'on avait mis à la tête de notre Exposition voulurent la ramener aux traditions primitives; on la fil sérieuse, instructive; on chercha à faciliter les comparaisons internationales, à mettre en évidence les progrès accomplis.

Le résultat fut un déficit que l’on a masqué pendant plusieurs années, mais qu’on a dû se décider à avouer. On offrait au public un spectacle qui n’avait pas pour lui d’attrait suffisant, il n’est pas venu. Or, il n’existe pas de moyen connu pour contraindre le public à venir là où il ne s’amuse pas.

A l’étranger, quelques personnes ne manqueront pas de dire que la faute en est à la légèreté parisienne; le reproche tomberait à côté, car les visiteurs provinciaux ou étrangers ne se sont pas, en 1878, présentés plus que les visiteurs parisiens. C'est donc un fait général : le public, quelle que soit sa nationalité, voit dans les expositions une occasion de divertissement, un lieu de réunion cl de plaisir.

D’ailleurs, le fait n’est pas nouveau : les expositions universelles ont tout simplement remplacé les Foires traditionnelles, en en modernisant la forme ; et nous croyons bien que, de Beaucaire à Nijni-Novgorod, elles étaient, pour nos ancêtres comme pour nous, une occasion de s’amuser tout en faisant leurs affaires. L’un peut se concilier avec, l'autre.

C’est une nécessité qu’il faut subir. L'expérience l’a prouvé : faites une Exposition grave, instructive, rapprochez cl empilez les produits les plus variés des manufactures, des ateliers; rejetez les baraques, comme dit M. Murray, et attendez le public. Vous l'attendrez longtemps.

L’entreprise sera ruineuse pour l’Etat qui l’aura risquée; et quel bénéfice en tireront les exposants? Sans doute leurs confrères viendront jeter un coup d’œil sur leurs produits, sur leurs procédés, avec l’intérêt que tout concurrent éprouve à savoir ce que lait son voisin. Mais ces concurrents sont-il-des acheteurs?

Il faut donc, et do toute nécessité, qu’une Exposition reste attrayante. Il reste à savoir si l’on ne pourrait découvrir d’attraits un peu plus relevés, et s’il ne serait pas opportun de chercher cl d’introduire quelques plaisirs plus raffinés que la danse du ventre ou que les concerts dits artistiques des débits de bière. A celle recherche nous applaudirions de bon cœur.

Mais une Exposition n’est après tout que l’héritière et la descendante, habillée à la mode du jour, de la Foire traditionnelle; elle ne peut répudier tout à fait la baraque. En tout, il faut cependant une juste mesure, cl sur ce point M. Murray a tout à fait raison. Il faut que baraques et produits industriels vivent en bonne intelligence; l'harmonie ne peut subsister que si les uns ne persistent pas à tirer, comme on dit, toute la couverture à eux.

Il n’est donc que juste de réclamer, comme fait M. Murray, une publicité tout aussi large pour les produits industriels qui pour les amusements et les plaisirs ; il ne sera que poli de , traiter les uns avec tout autant d’égards que les autres ; de I ne pas réserver exclusivement le concert de la Presse, les ! colonnes de la Chronique et les fanfares du Compte rendu aux distractions éphémères do l’Esplanade et de la rue du Caire.

M. Murray nous révèle que tout le inonde, d’ailleurs, semble être aujourd’hui d’accord sur ce point : c’est, paraît-il, la volonté bien arrêtée du Comité exécutif de l’Exposition, d’en faire dos " collections illustrant le progrès matériel et industriel ». De son côté, la Chambre de commerce de Paris est toute disposée à réclamer, avec insistance, une part plus large faite aux intérêts commerciaux; le gouvernement, enfin, est d’accord avec elle pour proclamer ce principe : que l’Exposition doit être faite pour les exposants, et non les exposants pour l’Exposition.

Il ne faut toutefois pas oublier que, outre l’Exposition et les exposants, il existe un troisième élément qu’il ne faut pas négliger non plus, et dont le principe précédent ne parait pas tenir grand compte : c’est le public, dont les exposants ont besoin, tout comme l’Exposition.

D’un excès regrettable, et qu’il convient de corriger, il ne faudrait pas tomber dans l’excès contraire, tout aussi fâcheux; il ne faudrait pas recommencer les erreurs de 1878.
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