L'exposition de Paris

Paris 1937 - Books, documents
Avatar du membre
worldfairs
Site Admin
Messages : 9853
Enregistré le : 21 juin 2004 09:41 pm
Localisation : illkirch
Contact :

L'exposition de Paris

Message par worldfairs »

L'exposition de Paris
Editeur : Librairie des Arts Décoratifs
Nombre d'héliotypes: 42
Héliotypes : Faucheux et Fils, Chelles
Imprimerie: A. Chaplot, Paris
Année de sortie : 1937
Langue : Français

livreexpositiondeparis01.jpg

Introduction par Albert Laprade (Inspecteur Général des Beaux-Arts)

LA TROP BELLE EXPOSITION

L’Exposition de 1937, comme toutes les précédentes, celles de 1889, 1900, 1925, permet vraiment de faire le point quant aux tendances d'une génération. Ne médisons pas de nos contemporains. Reconnaissons leurs dons d'intelligence, leur goût de la mesure et de la distinction. Pourtant soyons modestes. Nous ne sommes que trop portés à mépriser les Expositions antérieures en vertu de l’axiome énoncé par Flaubert : “ Le mauvais goût est celui de la génération précédente ”. Que penseront de nous les successeurs ? Si le monde est entraîné vers les idéologies sectaires, si les théories nietschéennes gagnent du terrain, on nous trouvera bien peu sûrs de nous, bien flottants.

L’Exposition de 1937 est le reflet très précis de notre “ état d'âme 1937 ”. On y discerne, au milieu d'une indiscipline généralisée, une sorte d’aspiration très vive vers “ autre chose " encore assez vague, vers le grandiose, le hors d'échelle, l'ordre, l'héroïsme, l’idéal, la solidarité, le sens social. Conséquence des troubles économiques et politiques, on voit s'entremêler avec le courant “ technique pure ”, des courants “ nationaux ” très nets. Depuis cinq ans chaque peuple vivant en autarchie, s'éloigne de l’universel, de l'européen et se remet à cultiver son jardin. Chaque province également. La résultante est inquiétante sur le plan politique mais pleine d'intérêt sur le plan artistique. On abandonne nettement le cubisme international pour renouer des traditions nationales ou provinciales. Le monde, divisé en équipes, prend le goût de la vie dangereuse, égoïste, intensive. Chaque nation-équipe semble perpétuellement défier ses adversaires, avec l'espoir de les mettre hors de combat. D’où ce chauvinisme et ce culte des folklores.
Un romantisme inavoué se mêle à l'amour du classicisme. En parallélisme avec la passion de la technique se développe une exaltation de la sensibilité, de l’esprit, chaque nation comportant des nuances.

On devine toute l'âme des peuples à travers leurs pavillons. L'Allemagne et la Russie, diverses en apparence, sont en réalité parentes : même orgueil, même goût du colossal et de l'architecture à l'échelle des “ surhommes ” qui gouvernent. Finesse et charme de l'Autriche, poésie de la Hongrie et de la Pologne, grandiloquence de l'Italie, sérieux de la Belgique et de l'Angleterre : tout est sensible à l'œil nu.
Du côté français, pas d'architecture type mais, au contraire, une étonnante diversité, reflet de notre individualisme et de notre amour de la liberté. Les Gaulois craignaient la chute du ciel ; les architectes français craignent, avant tout, le reproche de copier le voisin. D'où cette gamme immense allant du grand monumental aux fantaisies les plus échevelées, tout cela bourré de talent. Et cette constatation vaut pour tous les arts majeurs ou mineurs.
L’effort de la collectivité humaine a été, en la circonstance, inouï. Jamais, sur un sol étranger, l'Allemagne, l'Italie, la Russie, la Belgique et tous les autres états n'ont fait un tel assaut d’ingéniosité, de goût. Par suite de la crise économique généralisée, chaque peuple a décuplé son effort, pour se grandir moralement, pour conquérir les marchés extérieurs, pour vivre.
Jamais on n'a autant soigné la présentation. Les gouvernements ont, avec le plus grand soin, choisi parmi leurs meilleurs architectes celui qui aurait l’insigne honneur de concrétiser le génie créateur de la Nation. Et tous ces artistes ont voulu être dignes de Paris, du plus beau des champs clos.
Les intérieurs représentent une accumulation de merveilles. On ne peut établir un palmarès. Mais il est indéniable que jamais on n'avait vu pareil assaut d'invention et d'élégance dans les produits manufacturés.
Cette Exposition devrait être génératrice de compréhension et de respect mutuel sur le plan international. On voit là combien l'intelligence et le talent se sont développés en ces dernières années, sous le coup de fouet des nécessités économiques et des nationalismes exacerbés.
Il n’y a plus de nations nombrils, plus de monopoles. Il y a, au contraire, de par le monde, une montée générale des valeurs. Si la paix pouvait brusquement régner sur la terre, nous entrerions à coup sûr dans le plus grand des siècles.
En regardant ces palais, ces murs et ces vitrines, tout observateur de bonne foi ne peut nier cette tension vers le mieux, tellement à l’honneur de l’Humanité.
La France, au milieu de ce grand tournoi tient, est-il besoin de le dire, honorablement sa place. Dans des conditions pénibles, au cours d'une véritable révolution sociale, nos élites françaises ont déployé un effort dont personne n'a paru se rendre compte.
Les “ gens de métier ”, les architectes en particulier, les savants, les artistes, ont mis dans cette entreprise le meilleur de leur cœur, sans souci des bénéfices ou des pertes, sans souci des quarante heures. Partout, dans tous les domaines, science pure, technique pure, art appliqué, mode, parure, jardins, muséographie, enseignement, fêtes, etc., furent accumulées trouvailles, idées neuves et fraîches, amorce de nouveaux progrès.
Pour qui sait voir, jamais on ne s'était aussi rendu compte de la place que tiennent nos élites françaises dans cette glorieuse phalange des semeurs d'étoiles.
Le seul reproche que l’on puisse faire à cette Exposition, c'est d’avoir été trop grande, trop touffue, trop riche de matières. Le visiteur se trouvait comme un invité devant un buffet surabondant. Il restait interloqué. Et comme, hélas, dans la vie moderne, chacun dispose de très peu de temps, on éprouvait un véritable chagrin en songeant à cette féerie qui devait bientôt prendre fin.
Que cette Exposition de 1937 soit bénie, car elle a montré, dans le monde entier, un intérêt général pour les choses d'Art. Nous assistons non seulement à la réconciliation très nette entre l'Art et la Technique, mais peut-être à un essai d’accord entre l'Art et les Nations, entre l'Art et l’Etat français, entre l'Art et nos provinces françaises. Ce peut être gros de conséquences.
Bergson disait : “ Le corps du monde agrandi exige un supplément d'âme ”, L'Exposition comble en partie ce vœu. Au milieu du fracas des armes, elle projette un espoir.


Pour tout savoir sur les expositions universelles et internationales.
https://www.worldfairs.info

Retourner vers « Paris 1937 - Livres, publications, documents »

Qui est en ligne

Utilisateurs parcourant ce forum : Aucun utilisateur enregistré et 1 invité