par worldfairs » 01 nov. 2022 06:09 pm
Article extrait du magazine "A l'Exposition" de 1900
Les jardins du Trocadéro, ou sont rassemblés les Pavillons de toutes les colonies européennes du Vieux et du Nouveau Monde, offrent des contrastes de types et de costumes particulièrement pittoresques.
Ici des Turcomans en bonnets d’astrakan et en robes de soie jaune sont accroupis sur des tapis devant un éventaire de bijoux orfèvrés. Là, entre les petites tables d’un café, vont et viennent des Hollandaises aux guimpes blanches et aux grands bonnets ornés sur les tempes de torsades métalliques. De l’autre côté de l’allée, dans le tea room cinghalais, servent des garçons du plus beau noir; leurs cheveux sont relevés par un peigne d'écaille circulaire et leur costume d’un blanc immaculé est formé du bizarre assemblage d’une veste de barman anglais et d’un pagne collant de cotonnade. Des Hindous flânent, l'air impassible.; ils ont des turbans blancs brochés d’or, de longues robes de soie et un parapluie sous le bras.

- La pagode de Ko-loa
Autour du Balais de Ko-loa (Tonkin), reconstitué d’après des ruines célèbres par M. du Houx de Brossard et destiné à abriter l'exposition des arts industriels indo-chinois, s’est formée une curieuse colonie d’artistes annamites. Presque tous sont les élèves d’un peintre renommé d’Hanoï, nommé Huynh et, selon des procédés traditionnels qui ont peu varie depuis des siècles, on les voit sculpter et enluminer d’une main adroite les bizarres figures qui ornent le monument. Sans modele, ils reproduisent avec d’heureuses combinaisons de couleurs et d’amusantes gaucheries de dessin la flore et la faune fantastiques qui peuplent les potiches d’Extrême-Orient. Ils travaillent posément, sans hâte, avec des gestes menus, et, de temps à autre se reculent de quelques pas, penchent la tête et clignent de l'oeil pour juger de l’effet obtenu.

- Peintres annamites
Un autre groupement exotique fort intéressant est celui des nakach ou ciseleurs de pierre tunisiens qui travaillent à la décoration d’un kiosque du vieux Palais de la Manouba, dans la section tunisienne. L’art de découper au ciseau de fines arabesques dans une sorte de plâtre mort, ayant la consistance de la craie, fut importé jadis en Tunisie par les Maures chassés d’Andalousie et y prit un merveilleux essor. Jusqu’au milieu du XIX° siècle on ne bâtissait pas à Tunis d’édifice public ou privé sans l’orner de ciselures mauresques. L’influence européenne , devenue prépondérante après la mort du bey Mohammed, mit à la mode les criardes enluminures des plafonneurs italiens et l’opulente Corporation des nakach fut ruinée. Il y a deux ans il n’en restait plus que deux vieux maitres, fort réputés autrefois, mais depuis longtemps inoccupés. M. Gauckler, directeur des Antiquités et des Beaux-Arts, les recueillit au Bardo et leur donna du travail en leur imposant pour seule condition de former des apprentis.

- Types Hindous
Ce sont ces apprentis, presque tous descendants d’anciens maitres, que nous voyons occupés au Trocadéro à sculpter les panneaux de la Mosquée, du Kiosque de la Manouba, et du Pavillon des Arts tunisiens. Ils exécutent ce travail délicat pour un modique salaire : le chef de l'atelier est payé à raison de 3 francs par jour les ouvriers gagnent 1 fr. ou 1 fr. 50. Tous comptes faits, les arabesques ou noukch-hadida reviennent, suivant les modèles, de 10 à 40 francs le mètre carré.
Article extrait du magazine "A l'Exposition" de 1900
Les jardins du Trocadéro, ou sont rassemblés les Pavillons de toutes les colonies européennes du Vieux et du Nouveau Monde, offrent des contrastes de types et de costumes particulièrement pittoresques.
Ici des Turcomans en bonnets d’astrakan et en robes de soie jaune sont accroupis sur des tapis devant un éventaire de bijoux orfèvrés. Là, entre les petites tables d’un café, vont et viennent des Hollandaises aux guimpes blanches et aux grands bonnets ornés sur les tempes de torsades métalliques. De l’autre côté de l’allée, dans le tea room cinghalais, servent des garçons du plus beau noir; leurs cheveux sont relevés par un peigne d'écaille circulaire et leur costume d’un blanc immaculé est formé du bizarre assemblage d’une veste de barman anglais et d’un pagne collant de cotonnade. Des Hindous flânent, l'air impassible.; ils ont des turbans blancs brochés d’or, de longues robes de soie et un parapluie sous le bras.
[attachment=1]pagodekoloa01.jpg[/attachment]
Autour du Balais de Ko-loa (Tonkin), reconstitué d’après des ruines célèbres par M. du Houx de Brossard et destiné à abriter l'exposition des arts industriels indo-chinois, s’est formée une curieuse colonie d’artistes annamites. Presque tous sont les élèves d’un peintre renommé d’Hanoï, nommé Huynh et, selon des procédés traditionnels qui ont peu varie depuis des siècles, on les voit sculpter et enluminer d’une main adroite les bizarres figures qui ornent le monument. Sans modele, ils reproduisent avec d’heureuses combinaisons de couleurs et d’amusantes gaucheries de dessin la flore et la faune fantastiques qui peuplent les potiches d’Extrême-Orient. Ils travaillent posément, sans hâte, avec des gestes menus, et, de temps à autre se reculent de quelques pas, penchent la tête et clignent de l'oeil pour juger de l’effet obtenu.
[attachment=0]pagodekoloa02.jpg[/attachment]
Un autre groupement exotique fort intéressant est celui des nakach ou ciseleurs de pierre tunisiens qui travaillent à la décoration d’un kiosque du vieux Palais de la Manouba, dans la section tunisienne. L’art de découper au ciseau de fines arabesques dans une sorte de plâtre mort, ayant la consistance de la craie, fut importé jadis en Tunisie par les Maures chassés d’Andalousie et y prit un merveilleux essor. Jusqu’au milieu du XIX° siècle on ne bâtissait pas à Tunis d’édifice public ou privé sans l’orner de ciselures mauresques. L’influence européenne , devenue prépondérante après la mort du bey Mohammed, mit à la mode les criardes enluminures des plafonneurs italiens et l’opulente Corporation des nakach fut ruinée. Il y a deux ans il n’en restait plus que deux vieux maitres, fort réputés autrefois, mais depuis longtemps inoccupés. M. Gauckler, directeur des Antiquités et des Beaux-Arts, les recueillit au Bardo et leur donna du travail en leur imposant pour seule condition de former des apprentis.
[attachment=2]typeshindous01.jpg[/attachment]
Ce sont ces apprentis, presque tous descendants d’anciens maitres, que nous voyons occupés au Trocadéro à sculpter les panneaux de la Mosquée, du Kiosque de la Manouba, et du Pavillon des Arts tunisiens. Ils exécutent ce travail délicat pour un modique salaire : le chef de l'atelier est payé à raison de 3 francs par jour les ouvriers gagnent 1 fr. ou 1 fr. 50. Tous comptes faits, les arabesques ou noukch-hadida reviennent, suivant les modèles, de 10 à 40 francs le mètre carré.