Palais de la Hongrie

Répondre

Smileys
:D :) :( :o :shock: :? 8) :lol: :x :P :oops: :cry: :evil: :twisted: :roll: :wink: :!: :?: :idea: :arrow: :| :mrgreen:

Les BBCodes sont activés
[img] est activé
[url] est activé
Les smileys sont activés

Revue du sujet
   

Si vous souhaitez joindre un ou plusieurs fichiers, complétez les indications suivantes.

Étendre la vue Revue du sujet : Palais de la Hongrie

Re: Palais de la Hongrie

par worldfairs » 27 févr. 2023 10:58 am

Article extrait du magazine "A l'Exposition" de 1900

Ciboires et Croix anciennes
Ciboires et Croix anciennes

Au milieu des constructions aux couleurs vives, aux tons éclatants qui bordent la rive gauche de la Seine, un édifice attire le regard par sa masse sombre; donjon, tourelle, clocher, portail, abside, tel est l’aspect sous lequel le Pavillon de la Hongrie se présente, rendant fidèlement les aspirations et le caractère du Magyar, peuple guerrier, peuple croyant.

Tout en engageant la lutte pacifique avec les autres nations sur le terrain économique, la Hongrie a voulu montrer à tous que son passé est riche en souvenirs historiques, et que si ses artisans d’aujourd’hui peuvent rivaliser avec les plus habiles ouvriers des autres pays, leurs prédécesseurs ont su créer de ces chefs-d’œuvre qui dénotent autant de goût artistique que d’habileté manuelle.

Mais ce qui donne aux merveilles rassemblées dans le Pavillon de la Hongrie un prix inestimable, ce sont les souvenirs qui s’y rattachent.

On comprend que pour les abriter, il fallait un cadre digne d’elles (la valeur des objets exposés s’élève à une cinquantaine de millions de francs), aussi un concours fut-il ouvert à Budapest; de nombreux plans furent soumis à un jury qui fixa son choix sur l’intéressant projet de deux jeunes architectes, Zoltân Bâlint et Louis Jâmbor, que leurs précédents travaux avaient, en quelque sorte, préparés à édifier le petit chef-d’œuvre qu’est le Pavillon de la Hongrie.

La salle des hussards, au Pavillon de la Hongrie
La salle des hussards, au Pavillon de la Hongrie

Fondre, sans les confondre, des styles aussi différents que ceux qui marquèrent les périodes historiques de la Hongrie n’était pas chose aisée, surtout étant donnée l’exiguïté de l’emplacement accordé. Les architectes, sous l’habile direction de M. Camille Fittler, s’en sont tirés à leur honneur et l’on admire sans restriction ce mélange d’architecture appartenant aux styles roman, gothique et renaissance.

L’entrée du Pavillon, sur la rue des Nations, représente le portail de l’église abbatiale de Jaâk, construite par les Prémontrés français, qui se fixèrent en Hongrie au XIIIe siècle. La copie est d’une fidélité absolue, sauf les dimensions qui ont été adaptées à l’ensemble.

Sur la Seine, se dresse une tour haute de 40 mètres, elle représente la tour du château fort de Körmoczbanya ; dans une niche, formant un angle de la tour, est placée une statue de la Vierge, Patronne de la Hongrie, tenant l’enfant Jésus entre ses bras. On voit encore, sur ce côté du Pavillon, une partie de la façade du château de Vajda-Hunyad, berceau de la famille Hunyady. L’angle est formé par le chœur de la chapelle de Csütortokhely.

trésor de l'Eglise de Zagreb
trésor de l'Eglise de Zagreb

Pour relier cette façade gothique à la façade romane de la rue des Nations, les architectes ont emprunté les motifs de leur décoration à la chapelle de Saint-Michel, à Kassa; à l’hôtel de ville de Locse avec ses arcades; à celui de Bartfa; à la maison, aux bizarres crénelures, de Rakoczy.

Le quatrième côté du Pavillon représente la tour de l’église serbe, à Budapest, avec son ton jaune si caractéristique. On y voit aussi la façade du palais Klobusitzky, à Eperjes, dont on remarque la riche décoration d’ornements en relief.

Revenant maintenant au portail de l’église de Jaak, on pénètre dans un vestibule de style roman orné de fresques représentant des miracles empruntés à la vie des saints hongrois; à gauche, on remarque le tombeau de la famille transylvaine Apâffy; au pied du guerrier qui repose tout armé sur la pierre, deux petits enfants en contemplent un troisième qui tient quelques fleurettes. Impatiens, jamjam natus ad astra redit est la touchante inscription que l’on peut lire au: dessus de ce bas-relief...

La cour représente le cloître d’un couvent, les motifs de décoration de l’escalier ont été empruntés à l’hôtel de ville de Bârtfa et au château de Keresd.

Vestibule du Pavillon Hongrois
Vestibule du Pavillon Hongrois

L'intérieur du Pavillon n’a pas été édifié avec moins de soins que l’extérieur; toutes les salles répondent, parleurs dispositions et par leur décoration, à l’époque des objets d’art qu’elles abritent et en même temps rappellent telle salle ou telle partie d’un monument historique.

La première salle dans laquelle on pénètre imite, par son plafond en bois, celui de la basilique romane de Pécs; on trouve là les monnaies frappées en Hongrie; les premières remontent au roi saint Étienne. Dans cette salle, on voit le tombeau d’un guerrier païen enterré avec la tête de son cheval (Les Magyars encore païens croyaient à une seconde vie, prolongation de la vie terrestre, et, pour être prêt à continuer, dans le ciel, les combats entrepris sur la terre, le guerrier se faisait enterrer avec son cheval.).

Abside de la Chapelle de Csutortokhely
Abside de la Chapelle de Csutortokhely

La salle qui rappelle l’hôtel de ville de Presbourg est consacrée aux souvenirs des rois de la famille d’Anjou ayant régné en Hongrie ;‘c’est ainsi que l’on y voit la reproduction du sarcophage de saint Siméon, exécuté sur l’ordre de Louis le Grand et d’Élisabeth ; l’original, en vermeil, se trouve à l’église de Zara. On voit encore un reliquaire provenant de la cathédrale d’Esztergom, œuvre du XIe siècle, en émail cloisonné.


Les vitrines renferment d’anciens documents manuscrits ; il n’y en a pas d’antérieurs au XIe siècle, le plus ancien remontant au règne de saint Étienne ; les documents des siècles suivants furent détruits pendant la terrible invasion des Tartares et il faut arriver au XIIIe siècle pour voir commencer la véritable série des documents authentiques. Les premiers sont munis de sceaux en cire de fort grande dimension ; le premier sceau en or date du règne de Bêla III.

Une très remarquable collection d’armes est exposée dans une salle copiée sur la Salle d’armes du château de Vajda-Hunyad ; une double colonnade soutient le plafond de cette salle dont les murs sont ornés de fresques du XVe siècle, le fond est formé par l’abside de la chapelle de Csütortokhely, son plafond est celui de l'église de Martyâncz et les vitraux représentent des saints hongrois : saint Étienne, saint Imre, saint Ladislas, sainte Marguerite, sainte Élisabeth. L’autel à volets, du XVe siècle, est celui de Kaposztafalu envoyé par l’évêque de Szepes, avec de nombreux objets religieux.

Entrée du Pavillon de Hongrie
Entrée du Pavillon de Hongrie

La Salle d'Armes est ornée de drapeaux et d’étendards, témoins de tant de glorieux combats ; du reste, tout dans cette salle évoque le souvenir des guerriers intrépides que furent les Magyars à l’époque où ils faisaient de leurs corps un rempart à la chrétienté. Outre l’épée du roi Mâtyâs, longue et pesante, à la garde en croix, on voit le sabre recourbé de Nicolas Zrinyi, le chapeau, cerclé de fer, de l’évêque Tomory qui périt à Mohâcs où il commandait. C’est dans cette salle qu’il faut admirer les armures de magnats, enrichies de pierreries, les cottes de mailles et les pesantes cuirasses ; les terribles sabres recourbés qui abattirent tant de têtes de Turcs; les fokos (hachettes), les buzogâny (masses d'armes) les hallebardes et même les flèches des primitifs Magyars. On voit des harnachements ornés de pierreries, des selles brodées d’or et d’argent.

Avant de quitter le rez-de-chaussée on visite encore les salles consacrées à la vie pastorale.

Le plafond de la plus petite représente celui du temple protestant de Dalya tandis que le plafond déjà seconde est à solives comme on le voit dans les maisons sicules et quelquefois, dans les maisons seigneuriales. Là ont été réunis tous les objets dont se servent les gardeurs de chevaux, les bergers, les porchers, les pêcheurs, etc. ; le milieu de la salle est occupé par une pirogue taillée dans un seul tronc d’arbre; aux murs sont suspendus des fouets aux manches courts, garnis d’ornements en cuir, des boîtes en corne ornées de dessins faits au couteau et renfermant le nécessaire de toilette d’un habitant de la puszta.

La salle dans laquelle on pénètre en arrivant au premier étage est la Salle des Hussards, vaste pièce qui évoque le souvenir du moyen âge par son plafond à pendentifs et à nervures, de style gothique ; les fenêtres et les balcons sont ceux du château de Vajda-Hunyad, les peintures qui les surmontent rappellent la légende de la bague et du corbeau des Corvin. Cette pièce, consacrée à la glorification des hussards, nous les montre à leur origine en ces intrépides csikos domptant les chevaux les plus rétifs; puis, en une fort belle composition , le peintre Paul Vâgo nous présente les compagnons d’Arpâd, la Légion noire de Mâtyâs, les Kurucz de Râkoczy, les hussards de Charles III, les hussards du XVIIIe siècle, défendant le trône de Marie-Thérèse contre Frédéric II, les hussards du XIXe siècle, tous défilant, en une belle chevauchée, devant Napoléon Ier, entouré de hussards de toutes les nations. Un arbre généalogique montre le hussard magyar formant la souche de cette héroïque cavalerie que tous les pays ont adoptée plus tard, en confiant souvent le commandement à des généraux hongrois.

Trésor d'Eglise
Trésor d'Eglise

Les peintures qui ornent le plafond rappellent les faits héroïques accomplis par les hussards appartenant à différentes nations.

Dans les vitrines se trouvent des manuscrits précieux se rapportant à l’histoire des hussards. Des statuettes représentent les hussards des différents pays et l’on voit encore toute une collection d’objets ayant appartenu aux intrépides cavaliers.

Dans une salle dont les motifs de décoration ont été empruntés aux châteaux forts de Kormocz et de Sârospatak, on voit une fort belle collection d'objets servant au culte, provenant des églises d'Esztergom, de Gyulafehérvâr, de Gyor, de Pannonhalma, de Szepes, etc., etc. La croix en or, aux armes du roi Mâtyâs, est un chef-d’œuvre unique de l’orfèvrerie du XVe siècle. Les chasubles, avec leurs broderies en relief, faites en perles fines, attirent l’attention autant par la finesse d’exécution du travail que parla richesse des matières employées. Dans un diptyque on voit la tête du Christ et celle de la-Vierge, d’une merveilleuse expression. Les ostensoirs ornés de pierres précieuses sont fort intéressants par leurs formes particulières, les calices ne sont pas moins remarquables et quelques-uns ont des ornements filigranes très délicats. Le petit autel en vermeil, à volets, orné d’émaux translucides, remonte au XIVe siècle et a servi à sainte Marguerite de Hongrie.

Une autre salle rappelle certaines parties de l’église grecque de Miskolcz, une autre encore est décorée de moulages en stuc de la maison Turcsânyi, de Beszterczebânya. On y voit les cinquante pièces du trésor de l’église de Zâgrâb dont un buste du roi saint Etienne ; ce buste, de grandeur naturelle, est en argent repoussé. Le reliquaire, avec une miniature en émail représentant la Vierge, est d’un beau travail; on voit des mitres ornées de pierres précieuses et de perles fines, des crosses des XVe et XVIe siècles, des chasubles aux broderies fines remarquablement conservées.

La Salle d'Armes
La Salle d'Armes

Une petite salle est la copie d’une salle du château de Frakno, c’est là que l’on trouve le retable portatif du célèbre jésuite, l’archevêque Pâzmâny, qui ramena plus de quarante mille personnes à la foi catholique ; on y voit aussi son crucifix. Tout à côté se trouvent deux beaux reliquaires ornés de statuettes en or, appartenant à l’archi-abbaye des Bénédictins de Pannonhalma.

La salle consacrée à la Transylvanie a été copiée sur une salle du château de Keresd, elle renferme d’innombrables objets d’orfèvrerie ; on y remarque un beau crucifix avec des émaux translucides, un ostensoir provenant de Nagy-Disznod le calice en or du prince George Râkoczy, il est enrichi d’émaux et orné de médaillons représentant les scènes de la Passion. Une vitrine renferme des objets d’un usage quotidien, tels que hanaps, gobelets, assiettes, vases, etc., etc., en or et en argent, tous d’un travail fort intéressant; dans une autre vitrine, on voit de nombreux objets, notamment des calices ornés de beaux émaux aux couleurs translucides, spéciaux à la Transylvanie.

Une salle particulière est affectée aux livres; outre les missels renfermant des miniatures du XIVe et du XVe siècle, on y remarque quelques incunables hongrois et aussi quelques volumes, rares et précieux restes de la célèbre bibliothèque du roi Mâtyâs, la Corvina que le vandalisme des Turcs dispersa. Cette bibliothèque, l’une des plus importantes de cette époque, renfermait environ 10.000 volumes ; il en reste aujourd’hui 35.
C’est sur un des salons du château de Kôpcsény qu’a été copiée la salle qui renferme une belle collection d’objets religieux en or, en argent, aussi bien qu’en faïence et en bois. Quelques-uns présentent un caractère fort ancien par rapport à l’époque où ils ont été exécutés.

Après avoir admiré toutes les merveilles d’art réunies en ce Pavillon, il n’est que juste de payer un tribut d’éloges à ceux qui ont organisé cette exposition et de les remercier de la confiance qu’ils ont témoignée à la France en apportant à Paris les objets les plus précieux de leurs collections historiques.

Cour intérieure du Pavillon
Cour intérieure du Pavillon

Les plus vifs remerciements reviennent, à M. Bêla de Lukâts qui a été la tête et l’âme de l’Exposition hongroise, puis au Comité de l’Exposition rétrospective organisée sous les auspices du cardinal Vaszary, prince primat de Hongrie, président du Comité, dont les membres sont : MM. le comte B. Széchenyi, le comte G. Bânffy, le comte E. Zichy, E. de Szalay, E. de Radisics, Dr B. Czobor, Dr J. Szendrei, J. de Lipcsey, Dr L. Thallôczy, S. de Juhâsz, J. Fôldvâry, Dr A. de Gyôry, O. Herman, Dr L. de Szadeczky, F. Pildner, N. Plavsic.

Re: Palais de la Hongrie

par worldfairs » 24 sept. 2022 09:35 am

Palais de la Hongrie et de la Grande Bretagne<br />©Héliotypes - Exposition Universelle de 1900
Palais de la Hongrie et de la Grande Bretagne
©Héliotypes - Exposition Universelle de 1900

Re: Palais de la Hongrie

par worldfairs » 08 avr. 2021 11:24 am

Texte de la revue "L'Exposition Illustrée" de 1900

Façade de l'église de Jaak - Maison de Rakocsy à Eperjes - Chapelle Saint-Michel de Kassa
Façade de l'église de Jaak - Maison de Rakocsy à Eperjes - Chapelle Saint-Michel de Kassa

Re: Palais de la Hongrie

par worldfairs » 06 avr. 2021 02:35 pm

Texte de la revue "L'Exposition Illustrée" de 1900

Le grand vestibule
Le grand vestibule

Re: Palais de la Hongrie

par worldfairs » 06 avr. 2021 02:34 pm

Texte de la revue "L'Exposition Illustrée" de 1900

hongrie03.jpg

Tour de l'église de Koermoerz-Banya - Salle des chevaliers du chateau de Vadja-Hunyad - Abside de la chapelle de Csuetoertoekhely - Clocher de l'église serbe de Budapest - Ancien chateau du comté Klobusitzky à Eperjes

Re: Palais de la Hongrie

par worldfairs » 06 avr. 2021 02:26 pm

Texte de la revue "L'Exposition Illustrée" de 1900

Motif de trumeau sur la façade ouest : sculpture de Raphaël  Donner (dix-huitième siècle)
Motif de trumeau sur la façade ouest : sculpture de Raphaël Donner (dix-huitième siècle)

Re: Palais de la Hongrie

par worldfairs » 06 avr. 2021 02:00 pm

Texte de la revue "L'Exposition Illustrée" de 1900

Cour intérieure, reproduction du cloitre de l'église de Jaak, à droite, et de l'escalier couvert de l'hôtel de ville de Bartfa, à gauche.
Cour intérieure, reproduction du cloitre de l'église de Jaak, à droite, et de l'escalier couvert de l'hôtel de ville de Bartfa, à gauche.

Re: Palais de la Hongrie

par worldfairs » 25 juil. 2020 10:21 am

Illustrations de "A travers l'Exposition de 1900"

Le Pavillon de la Hongrie
Le Pavillon de la Hongrie

Hongrie - Tourelle gothique
Hongrie - Tourelle gothique

Pavillon des la Hongrie - Décorations de la façade
Pavillon des la Hongrie - Décorations de la façade

Hongrie - Clocheton
Hongrie - Clocheton

Palais de la Hongrie

par worldfairs » 21 mai 2020 11:44 pm

Texte et illustrations de "La construction moderne - 7 juillet 1900"

Architectes: MM. Fittler et Zotland-Balint

hongrie-01.jpg

Haut