M. Français

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M. Français

par worldfairs » 17 oct. 2018 01:15 pm

Texte de "L'Exposition Universelle de 1867 Illustrée"

L'effet de l'hiver sur la vallée de Munster de Français
L'effet de l'hiver sur la vallée de Munster de Français

M. Français vise au style; il en atteint souvent l’expression. Ce qu’il repousse de toutes ses forces, c’est l’art déshonorant du petit-bonheur, du dieu-hasard, du lazzi, du couteau à palette. Il ne saurait se contenter du premier buisson venu : il choisit, il épure, il élague, il ébranche; de sorte que ne s’appliquant point à faire une copie bourgeoisement textuelle de la nature, il nous donne quelque chose de mieux qu’une photographie, qu’un portrait ressemblant. Voyez ses prés et ses futaies, tout a pris, sous son pinceau, un air particulier de distinction et de grâce. Dessinant avec une scrupuleuse correction, il n’est jamais embarrassé pour planter un arbre en terre, et il le garnit de ses grosses et moyennes branches en homme qui connaît sur le bout du doigt l’anatomie du châtaigner ou de l’ormeau, du platane ou du frêne. Les lois qui régissent la basse végétation lui sont également familières. Aussi, dans ses toiles, comme les ronces se cramponnent au sol ou s’enlacent entre elles, comme les herbes se joignent drues et hérissées, ou molles et languissantes! L’artiste voit la campagne d’une couleur gaie plutôt que puissante, fraîche plutôt qu’ardente, tendre plutôt que robuste, tranquille plutôt que tourmentée. Il aime les effets clairs et pleins d’allégresse, le ciel d’un bleu fin dans lequel s’égarent quelques nuages légers et blancs, la ligne ondulée de l’horizon se perdant en gris d’opale dans la vapeur du lointain et la rivière sans rides à la surface renvoyant au dehors, comme un miroir, les rayons argentés du soleil.

M. Français est en outre fort habile à peindre la campagne quand le soir poudre d’or les collines du fond et que le soleil perce de lames embrasées le feuillage des grands arbres. Mais s’il comprend à merveille les poésies de l’heure charmante du soir, le mystérieux et suave émoi d’une nuit calme et sereine ne lui échappe pas non plus et trouve en lui un interprète au courant du beau langage, épris des nobles formules. Sa peinture est trop, peut-être, de la peinture de gens du monde. Soit. J’aimerais mieux, en effet, qu’elle montrât moins d’apprêt et plus d’abandon, une couleur moins délicate et plus accentuée, une exécution moins soucieuse des petits détails, et davantage des plans larges et soutenus. J’en crois le style un peu maigre, l’éloquence ingénieuse, aimable plutôt que profonde; cependant elle a le goût de la distinction, et, avec ses allures grêles mais toujours élégantes, avec son horreur des façons grossières, sa répugnance pour les disgrâces de la nature, elle fait bonne guerre aux extravagances qui trouvent tant d’écrivains pour les glorifier et les recommander à l’admiration de la foule; elle retient l’attention du public et contribue à mettre en relief ce qu’a de révoltant la doctrine qui veut que l'art soit exclusivement Limitation de ce qui est commun, bête, laid et trivial. Or, ces services ne sont point des services ordinaires, dont il faille faire bon marché. Certes, ils méritaient d’être récompensés comme ils l’ont • te, par leur succès même.

M. Français a exposé quatre cadres aux galeries du Champ de Mars -. Effet d'hiver dans la vallée de Munster, un Bois sacré, les Nouvelles fouilles de Pompéi, et Orphée. Je vais les passer rapidement en revue.

Le tableau des Fouilles de Pompéi est fort intéressant, et l’on aime pénétrer dans cette toile travaillée avec une louable persévérance. Qui en douterait? tout cela est exact : ces atriums à demi découverts, ces salles polychromes en partie déblayées, ces colonnes, ces palmes, ces rinceaux, ces femmes dansant sur les murs enduits de rouge, tous ces vestiges, enfin, d’une civilisation éteinte. Quelle agréable saveur d’antiquité se dégage de ces déblais ! Rempli des qualités habituelles au peintre, ce tableau eût pourtant gagné à un supplément de solidité sur les devants de la toile; quant au second plan et aux fonds, ils sont supérieurement réussis dans leur couleur paisible.

Voulant montrer à quel point il sait détailler un épais feuillage, une riche frondaison, M. Français a peint le Bois sacré. Seulement il y a mis une conscience qui a dégénéré en sécheresse, il s’y est pris d’une brosse trop précieuse, trop exacte. Et puis le caractère grisâtre et métallique du coloris gâte encore cette toile qui n’a point rapporté à l’auteur, il doit s’en falloir de beaucoup, la menue monnaie des soins qu’elle lui a coûtés.

Combien je lui préfère l’Orphée! Sur le premier plan, le poêle accoté à un laurier, exhale une plainte, hélas ! inutile; plus loin se dessine, sur un fond de verdure, le tombeau d’Eurydice, que visite, à la clarté froide et pâle delà lune, un groupe de jeunes filles. Voilà tout. Mais le tableau exerce un grand charme de séduction. C’est l’œuvre d’un homme dont le goût naturel s’est développé autant par la contemplation raisonnée de la nature, que par l’étude laborieuse et suivie des maîtres, car M. Français a beaucoup vu, beaucoup retenu, et chez lui, d’ordinaire, l’esprit prend les devants et non la main. C’est-à-dire qu’il veut ce qu’il fait. D’ailleurs le sujet d'Orphée, tel qu’il l’a mis en scène, convenait parfaitement au caractère de son talent. Il se plaît dans les sites arcadiens, dont mieux que personne il comprend l’harmonie, et dans ce genre, l’image la plus complète qu’il ait peinte, est probablement celle dont je viens de parler.
Dans un autre ordre d’idées, la Vallée de Munster est aussi l’un des bons cadres de l’artiste. Composition habilement nouée et construite, effet juste et franc, dessin châtié de près, couleur bien observée, tout s’y trouve. Oui, rien n’est plus agréable que cette œuvre qu’on dirait venue sans effort, peinte facilement, dans laquelle l’artiste semble avoir mis la fleur de son goût, de sa grâce, de son esprit, et dont notre gravure, qu’on me permette de le dire, donne une idée vraiment satisfaisante.

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