par worldfairs » 18 mai 2021 06:10 pm
Texte et illustrations de "L'exposition en famille"
Je suis en plein dans un Congrès et les devoirs de ma charge veulent que je passe trois fois par jour devant le magnifique Palais édifié par la Ville de Paris à la gloire de l'échevinité communale d'autrefois et de l'édilité parisienne d’aujourd’hui.
Paris! le point culminant du monde, le lumineux irradiant de toutes les lumières humaines! Et cependant Paris, un monde, une organisation, une force sociale, un Etal dans l'Etat, quoi qu’on dise et quoi qu'on fasse!
On a quelques pas à faire pour parvenir du dehors de l’Exposition dans l’enceinte même du Palais de la Ville. Et on se trouve dans la Salle de la Préfecture de Police, le service essentiel de Paris, le surveillant de ses rouages. C'est l'histoire même de la police de la vieille Lutèce, l’explication par la vue des choses, des manuscrits, des insignes, des costumes, époque par époque, de l'histoire publique de la Capitale. Aux murs sont accrochées des toiles, des estampes où dominent les portraits des maîtres de la police, depuis les lieutenants-généraux des XVIIe et XVIIIe siècles, en passant parles ministres de la police du premier Empire, Fouché, entr’autres, jusqu’à nos jours avec les physionomies si connues de MM. Lozé, Andrieux, Camescasse, Lépine, etc.
Les types d'uniformes divers des agents de police, les services des prisons, les organisations judiciaires, le dépôt, l’infirmerie spéciale de la Préfecture, tout vous captive. Mais ce qui intéresse par-dessus tout la (ouïe, c'est la salle de l'anthropométrie installée par M. Bertillon.
On voit ici des photographies des différents types de faces humaines, des conformations de tètes, des nuances d'œils, des échantillons de poils, barbes et moustaches, et des fiches indicatrices, qui permettent de reconstituer presque immédiatement l’identité d’un individu ayant eu maille à partir avec la justice. Les appareils, mètres et toises, fauteuils mécaniques dont se sert M. Bertillon pour la mensuration des prévenus, la maquette même, en cire, d'un patient, assis sur la chaise, retiennent le public. Pour bien comprendre l'importance de la découverte faite par M. Bertillon, il faut regarder aussi, à côté, d'autres services installés par l’éminent chef de la Statistique de la Ville de Paris à l'étranger, à Bucarest notamment.

- Une scène d'anthropométrie
Les collections du musée Carnavalet, principalement avec les dernières acquisitions, ont fourni presque tous les documents rétrospectifs de chaque service. Aussi l’exposition centennale de l'organisation judiciaire parisienne est-elle d'un grand attrait : mandats d'arrêts, registres d'écrou, bons de geôle, clefs, chaînes, cadenas vous serrent le cœur en vous faisant méditer sur l'inutilité de toutes ces choses maintenant que ceux qui s'en servirent et ceux qui en souffrirent sont morts, Et dire que cela se perpétue! Quand donc l'humanité sera-t-elle meilleure? Quand donc cessera-t-elle de s’inspirer de l'effroi a elle-même?

- Berceau du Roi de Rome
Voici des portes massives, à la serrure énorme et compliquée, à la clef plus énorme encore, ce sont des portes de cellules de Sainte-Pélagie, la prison fameuse qui tant de fois verrouilla la raison, la conscience du droit, la probité politique.
Des premières salles, on débouche dans un ravissant jardin à la française, garni de fleurs toujours fraîches, arrosé constamment, ce qui prouve le soin que Paris met à entretenir ses jardins et squares.
l'ace au bord de la Seine un large et spacieux péristyle précède un vestibule où des escaliers conduisent aux salons de la Municipalité, tandis que deux autres se reliant par d’élégants portiques décoratifs montent par le Cours-la-Reine vers les salons de l’Enseignement.
L'effet de ce jardin dans le pavillon est imprévu. Tout au centre de la nef, une fontaine de coupe artistique vous déploie un bassin où dans des compartiments spéciaux coule l’eau des sources ou rivières employées pour le service de la Cité. Le compartiment de la Vanne vous fera juger de sa limpidité, celui de l'Avre de sa clarté, mais celui de la Seine, quoique filtrée, vous donnera des frissons. Et si vous voulez goûter, vous Viennois, habitués aux eaux glacées des montagnes du Tyrol, de l'eau que nous buvons, gens de Paris, des fontaines Wallace sont là, sur le pourtour, où vous pourrez vous désaltérer à pleins gobelets de fer blanc.
Chaque service municipal a sa salle distincte. Certaines, celles des plans, de la cartographie, de la géométrie, de l'histoire de Paris, sont tout à fait vides. Elles sont bien intéressantes pourtant, mais pour les chercheurs. C’est ainsi que je remarque dans la salle de la Commission du Vieux Paris, un vaste plan en tapisserie de la Ville vers 1540, exécuté en point de Hongrie par Mme Lépine, d'après les indications subsistant d'un plan semblable exécuté justement vers 1540 et disparu en 1788, La foule passe indifférente. Pourtant suivre le tracé de certaines voies fameuses, se représenter l’idée de ce qu'étaient les maisons du Grand-Paon, de l’Ursine, de l'Eschollier d’Aquitaine, cela est palpitant, comme aussi l'épitaphier du vieux Paris, les photographies d’anciennes maisons, collèges, églises et couvents et des vues de ruelles cl rues, de quartiers avant la grande haussmannisation contemporaine.

- Fontaine des eaux potables
L’exposition des armes, bijoux, ustensiles et autres objets trouvés dans le sous-sol parisien, les matières géologiques de son terrain, le plan archéologique de l’époque gallo-romaine, un plan en relief de la Place de Grèves, voilà encore de quoi impressionner le visiteur.
Avant de quitter les salles historiques, il faut admirer la reproduction sur fresques murales des échevins et baillis de la ville, en pied et en costumes de leur charge. Les voici, nos ancêtres, les fondateurs de l'Administration communale ! Saluons!
Mais la Galerie des Beaux-Arts qui lient presque toute la partie bordant la Seine est un vrai succès. Tableaux appartenant à la Ville (plusieurs ont été prêtés au Musée centennal), toiles représentant des scènes de mœurs parisiennes, estampes d'anciens monuments ou de monuments existant encore aux différents aspects de leur histoire. dessins d'artistes parisiens se rapportant à Paris, bustes cl statues, vitrines du Musée Carnavalet, objets d'intérêt historique sur Paris prêtés par des collectionneurs, tout cela fait un ensemble brillant et glorieux, qu'il faut examiner pas à pas. C'est ce que je fais pour mon plaisir personnel, mon émotion égoïste. Mais je regrette que l'espace me soit mesuré ici et me mette dans l’impossibilité de tout vous décrire de ces merveilles.

- Porte de cellule de Sainte-Pélagie
Les toiles de Boilly, ce que je les aime ! Elles vous font vivre une époque, vous mettent dans l'intimité des gens d'alors. Ce Café turc, la Main-Chaude, les Petits Savoyards sont d’un épisode aussi amusant qu’intéressant.
Les portraits de David, Thiers sur son lit de mort, par Meissonnier; les esquisses de Lespinasse sur Paris et Versailles; le portrait de la Dubarry, par Drouais; Fanchon la VVielleuse, par Fragonard; des suites de dessins de Cochin, Saint-Aubin, Moreau le jeune; les sculptures nombreuses des artistes des monuments parisiens; des glaises originales de Carpeaux, Marqueste, Dubois, Dalou ; treize volumes de dessins de Percier représentant des monuments et commandés par Napoléon pour l’Empereur de Russie, exposés par le Tzar Nicolas II; tout cela est à regarder.
Mais le public ne regarde que les bustes de Mirabeau, par Houdon; de Lafayette, par David d’Angers; les bas-reliefs ayant servi à l’exécution de ceux de la Porte Saint-Denis et obligeamment prétés par la reine Victoria.
Il regarde surtout le berceau dessiné par Proud hon sur l’ordre de la Ville de Paris et offert au roi de Home lors de sa naissance: la voiturette en argent doré qui servait à promener l’Aiglon enfant dans les jardins impériaux.
Ces deux reliques précieuses sont exposées par l’Empereur François-Joseph.
Mais ce que le public regarde à peine, ce sont les vitrines de Carnavalet et celles des collectionneurs, en quoi il a tort, car c’est dans les petits riens que résident les grands enseignements.
Tenez, voici là un journal grand comme un mouchoir de poche, taché d’un sang très visible, éclaté en éclaboussement concentrique. Ce journal, c’est l’Ami du Peuple. Ce sang, il jaillit du cœur de Marat sous le poignard de Charlotte Corday. Voici donc la feuille terrible, la feuille incendiaire qui ruait les hordes plébéiennes aux massacres, que corrigeait dans un bain l’énergumène pamphlétaire, lorsqu’il reçut le coup de grâce d’une royaliste (d’autres disent libérale) exaltée. N’y a-t-il pas de quoi méditer devant ce bout de papier qui inspirait l'effroi autant que la colère, qu’une allumette aurait peut-être brûlé, mais qui ne pouvait disparaître, en tant que véhicule d'idées, que par l’assassinat politique! O la force des riens, mais le néant de tout!
Passons sur la section des bibliothèques municipales, des bibliothèques Forney dont le fonctionnement est expliqué par des modèles de reliures, des catalogues et des fiches. Mais traversons avec attention les salles des écoles: les professionnelles de filles, Fondary, Tombe-Issoire, Jacquart; les professionnelles de garçons, Estienne ou les travaux typographiques sont d’un aride perfection «épatant » et qui fait grand honneur à son directeur, M. Fontaine, ainsi qu’au professeur Breton; Boulle, dont les meubles sont d’une richesse de sculptures, d'une beauté d’ébénisterie sans pareille; Diderot où les élèves précisionistes savent apprendre les meilleurs procédés et où les serruriers forgent de réels objets d’art ; Germain-Pilon, et surtout Bernard-Palissy où le dessin sur étoffe, la céramique et peinture céramique, s’apprennent de mains de maîtres.
Prêtons une sympathie admirative à l’école Braille pour les aveugles, et à l’institut départemental des Sourds-Muets de la Seine, depuis peu fondé, et qui sous la dévouée impulsion de son directeur, M. Baguer, a su vile prendre un développement qui lui mériterait une place plus grande. Regardez ce joli tableau de photographies de jeune sourdemuette articulant nettement ; « Je vous salue » Quelle clarté dans le mouvement des lèvres!
Descendons.
Les galeries sur le Cours-la-Reine sont réservées a l'exposition de l’Assistance publique. La rétrospective impressionne surtout avec ses modèles d'anciens lits de l'Hôtel-Dieu où trois maquettes de malades sont couchées, ses instruments de chirurgie d'autrefois, des vases, des cornues et bocaux. Mais la moderne, encore qu’elle soit loin d’être parfaite et laisse subsister une vague crainte dans l’âme des foules, montre les grandes améliorations apportées dans les hôpitaux, le développement du confort, la prépondérance de l’assainissement, l'organisation de laboratoires dans le sens utile et non plus d'amusement pour carabins comme jadis.
Une salle très curieuse, c'est celle de l’hygiène de l'habitation avec tous les systèmes d'irrigation, de montée d’eau, de canalisation jusqu'au tout-à-l’égout actuel. On voit des coupes de maisons 1830, 1860 et 1890 qui montrent leurs intérieurs, leurs dessous dans ses recoins les plus cachés. Bien entendu, c'est la maison moderne qui offre le plus de bien-être et de confort.

- Un ancien lit d'Hôpital
Voici le buste d’Alphand, le lieutenant d’Haussmann et le grand transformateur de Paris. Et voici des gros tuyaux, des boucliers énormes : voici des modèles de réduction des travaux du Métropolitain, des outils et appareils : voici quelques spécimens des matériaux, des ouvrages de fer et d'acier, de maçonnerie qui servent à l'installation du tout-à-l'égout, du grand collecteur, du syphon d'Asnières, de l’épandage aux champs de Gennevilliers ou d'Achères; voici les systèmes d’éclairage, les ramifications du gaz, les embranchements de l'électricité, voici les machines qui distribuent l’eau ; voici les machines qui changent les ordures en poudrette : voici les halles et marchés : voici la besogne cachée, et souterraine, et intime du grand Paris flamboyant et glorieux...
El il faudrait continuer...
Texte et illustrations de "L'exposition en famille"
Je suis en plein dans un Congrès et les devoirs de ma charge veulent que je passe trois fois par jour devant le magnifique Palais édifié par la Ville de Paris à la gloire de l'échevinité communale d'autrefois et de l'édilité parisienne d’aujourd’hui.
Paris! le point culminant du monde, le lumineux irradiant de toutes les lumières humaines! Et cependant Paris, un monde, une organisation, une force sociale, un Etal dans l'Etat, quoi qu’on dise et quoi qu'on fasse!
On a quelques pas à faire pour parvenir du dehors de l’Exposition dans l’enceinte même du Palais de la Ville. Et on se trouve dans la Salle de la Préfecture de Police, le service essentiel de Paris, le surveillant de ses rouages. C'est l'histoire même de la police de la vieille Lutèce, l’explication par la vue des choses, des manuscrits, des insignes, des costumes, époque par époque, de l'histoire publique de la Capitale. Aux murs sont accrochées des toiles, des estampes où dominent les portraits des maîtres de la police, depuis les lieutenants-généraux des XVIIe et XVIIIe siècles, en passant parles ministres de la police du premier Empire, Fouché, entr’autres, jusqu’à nos jours avec les physionomies si connues de MM. Lozé, Andrieux, Camescasse, Lépine, etc.
Les types d'uniformes divers des agents de police, les services des prisons, les organisations judiciaires, le dépôt, l’infirmerie spéciale de la Préfecture, tout vous captive. Mais ce qui intéresse par-dessus tout la (ouïe, c'est la salle de l'anthropométrie installée par M. Bertillon.
On voit ici des photographies des différents types de faces humaines, des conformations de tètes, des nuances d'œils, des échantillons de poils, barbes et moustaches, et des fiches indicatrices, qui permettent de reconstituer presque immédiatement l’identité d’un individu ayant eu maille à partir avec la justice. Les appareils, mètres et toises, fauteuils mécaniques dont se sert M. Bertillon pour la mensuration des prévenus, la maquette même, en cire, d'un patient, assis sur la chaise, retiennent le public. Pour bien comprendre l'importance de la découverte faite par M. Bertillon, il faut regarder aussi, à côté, d'autres services installés par l’éminent chef de la Statistique de la Ville de Paris à l'étranger, à Bucarest notamment.
[attachment=0]villedeparis02.jpg[/attachment]
Les collections du musée Carnavalet, principalement avec les dernières acquisitions, ont fourni presque tous les documents rétrospectifs de chaque service. Aussi l’exposition centennale de l'organisation judiciaire parisienne est-elle d'un grand attrait : mandats d'arrêts, registres d'écrou, bons de geôle, clefs, chaînes, cadenas vous serrent le cœur en vous faisant méditer sur l'inutilité de toutes ces choses maintenant que ceux qui s'en servirent et ceux qui en souffrirent sont morts, Et dire que cela se perpétue! Quand donc l'humanité sera-t-elle meilleure? Quand donc cessera-t-elle de s’inspirer de l'effroi a elle-même?
[attachment=1]villedeparis03.jpg[/attachment]
Voici des portes massives, à la serrure énorme et compliquée, à la clef plus énorme encore, ce sont des portes de cellules de Sainte-Pélagie, la prison fameuse qui tant de fois verrouilla la raison, la conscience du droit, la probité politique.
[attachment=2]villedeparis04.jpg[/attachment]
Des premières salles, on débouche dans un ravissant jardin à la française, garni de fleurs toujours fraîches, arrosé constamment, ce qui prouve le soin que Paris met à entretenir ses jardins et squares.
l'ace au bord de la Seine un large et spacieux péristyle précède un vestibule où des escaliers conduisent aux salons de la Municipalité, tandis que deux autres se reliant par d’élégants portiques décoratifs montent par le Cours-la-Reine vers les salons de l’Enseignement.
L'effet de ce jardin dans le pavillon est imprévu. Tout au centre de la nef, une fontaine de coupe artistique vous déploie un bassin où dans des compartiments spéciaux coule l’eau des sources ou rivières employées pour le service de la Cité. Le compartiment de la Vanne vous fera juger de sa limpidité, celui de l'Avre de sa clarté, mais celui de la Seine, quoique filtrée, vous donnera des frissons. Et si vous voulez goûter, vous Viennois, habitués aux eaux glacées des montagnes du Tyrol, de l'eau que nous buvons, gens de Paris, des fontaines Wallace sont là, sur le pourtour, où vous pourrez vous désaltérer à pleins gobelets de fer blanc.
Chaque service municipal a sa salle distincte. Certaines, celles des plans, de la cartographie, de la géométrie, de l'histoire de Paris, sont tout à fait vides. Elles sont bien intéressantes pourtant, mais pour les chercheurs. C’est ainsi que je remarque dans la salle de la Commission du Vieux Paris, un vaste plan en tapisserie de la Ville vers 1540, exécuté en point de Hongrie par Mme Lépine, d'après les indications subsistant d'un plan semblable exécuté justement vers 1540 et disparu en 1788, La foule passe indifférente. Pourtant suivre le tracé de certaines voies fameuses, se représenter l’idée de ce qu'étaient les maisons du Grand-Paon, de l’Ursine, de l'Eschollier d’Aquitaine, cela est palpitant, comme aussi l'épitaphier du vieux Paris, les photographies d’anciennes maisons, collèges, églises et couvents et des vues de ruelles cl rues, de quartiers avant la grande haussmannisation contemporaine.
[attachment=3]villedeparis05.jpg[/attachment]
L’exposition des armes, bijoux, ustensiles et autres objets trouvés dans le sous-sol parisien, les matières géologiques de son terrain, le plan archéologique de l’époque gallo-romaine, un plan en relief de la Place de Grèves, voilà encore de quoi impressionner le visiteur.
Avant de quitter les salles historiques, il faut admirer la reproduction sur fresques murales des échevins et baillis de la ville, en pied et en costumes de leur charge. Les voici, nos ancêtres, les fondateurs de l'Administration communale ! Saluons!
Mais la Galerie des Beaux-Arts qui lient presque toute la partie bordant la Seine est un vrai succès. Tableaux appartenant à la Ville (plusieurs ont été prêtés au Musée centennal), toiles représentant des scènes de mœurs parisiennes, estampes d'anciens monuments ou de monuments existant encore aux différents aspects de leur histoire. dessins d'artistes parisiens se rapportant à Paris, bustes cl statues, vitrines du Musée Carnavalet, objets d'intérêt historique sur Paris prêtés par des collectionneurs, tout cela fait un ensemble brillant et glorieux, qu'il faut examiner pas à pas. C'est ce que je fais pour mon plaisir personnel, mon émotion égoïste. Mais je regrette que l'espace me soit mesuré ici et me mette dans l’impossibilité de tout vous décrire de ces merveilles.
[attachment=4]villedeparis06.jpg[/attachment]
Les toiles de Boilly, ce que je les aime ! Elles vous font vivre une époque, vous mettent dans l'intimité des gens d'alors. Ce Café turc, la Main-Chaude, les Petits Savoyards sont d’un épisode aussi amusant qu’intéressant.
Les portraits de David, Thiers sur son lit de mort, par Meissonnier; les esquisses de Lespinasse sur Paris et Versailles; le portrait de la Dubarry, par Drouais; Fanchon la VVielleuse, par Fragonard; des suites de dessins de Cochin, Saint-Aubin, Moreau le jeune; les sculptures nombreuses des artistes des monuments parisiens; des glaises originales de Carpeaux, Marqueste, Dubois, Dalou ; treize volumes de dessins de Percier représentant des monuments et commandés par Napoléon pour l’Empereur de Russie, exposés par le Tzar Nicolas II; tout cela est à regarder.
Mais le public ne regarde que les bustes de Mirabeau, par Houdon; de Lafayette, par David d’Angers; les bas-reliefs ayant servi à l’exécution de ceux de la Porte Saint-Denis et obligeamment prétés par la reine Victoria.
Il regarde surtout le berceau dessiné par Proud hon sur l’ordre de la Ville de Paris et offert au roi de Home lors de sa naissance: la voiturette en argent doré qui servait à promener l’Aiglon enfant dans les jardins impériaux.
Ces deux reliques précieuses sont exposées par l’Empereur François-Joseph.
Mais ce que le public regarde à peine, ce sont les vitrines de Carnavalet et celles des collectionneurs, en quoi il a tort, car c’est dans les petits riens que résident les grands enseignements.
Tenez, voici là un journal grand comme un mouchoir de poche, taché d’un sang très visible, éclaté en éclaboussement concentrique. Ce journal, c’est l’Ami du Peuple. Ce sang, il jaillit du cœur de Marat sous le poignard de Charlotte Corday. Voici donc la feuille terrible, la feuille incendiaire qui ruait les hordes plébéiennes aux massacres, que corrigeait dans un bain l’énergumène pamphlétaire, lorsqu’il reçut le coup de grâce d’une royaliste (d’autres disent libérale) exaltée. N’y a-t-il pas de quoi méditer devant ce bout de papier qui inspirait l'effroi autant que la colère, qu’une allumette aurait peut-être brûlé, mais qui ne pouvait disparaître, en tant que véhicule d'idées, que par l’assassinat politique! O la force des riens, mais le néant de tout!
Passons sur la section des bibliothèques municipales, des bibliothèques Forney dont le fonctionnement est expliqué par des modèles de reliures, des catalogues et des fiches. Mais traversons avec attention les salles des écoles: les professionnelles de filles, Fondary, Tombe-Issoire, Jacquart; les professionnelles de garçons, Estienne ou les travaux typographiques sont d’un aride perfection «épatant » et qui fait grand honneur à son directeur, M. Fontaine, ainsi qu’au professeur Breton; Boulle, dont les meubles sont d’une richesse de sculptures, d'une beauté d’ébénisterie sans pareille; Diderot où les élèves précisionistes savent apprendre les meilleurs procédés et où les serruriers forgent de réels objets d’art ; Germain-Pilon, et surtout Bernard-Palissy où le dessin sur étoffe, la céramique et peinture céramique, s’apprennent de mains de maîtres.
Prêtons une sympathie admirative à l’école Braille pour les aveugles, et à l’institut départemental des Sourds-Muets de la Seine, depuis peu fondé, et qui sous la dévouée impulsion de son directeur, M. Baguer, a su vile prendre un développement qui lui mériterait une place plus grande. Regardez ce joli tableau de photographies de jeune sourdemuette articulant nettement ; « Je vous salue » Quelle clarté dans le mouvement des lèvres!
Descendons.
[attachment=5]villedeparis07.jpg[/attachment]
Les galeries sur le Cours-la-Reine sont réservées a l'exposition de l’Assistance publique. La rétrospective impressionne surtout avec ses modèles d'anciens lits de l'Hôtel-Dieu où trois maquettes de malades sont couchées, ses instruments de chirurgie d'autrefois, des vases, des cornues et bocaux. Mais la moderne, encore qu’elle soit loin d’être parfaite et laisse subsister une vague crainte dans l’âme des foules, montre les grandes améliorations apportées dans les hôpitaux, le développement du confort, la prépondérance de l’assainissement, l'organisation de laboratoires dans le sens utile et non plus d'amusement pour carabins comme jadis.
Une salle très curieuse, c'est celle de l’hygiène de l'habitation avec tous les systèmes d'irrigation, de montée d’eau, de canalisation jusqu'au tout-à-l’égout actuel. On voit des coupes de maisons 1830, 1860 et 1890 qui montrent leurs intérieurs, leurs dessous dans ses recoins les plus cachés. Bien entendu, c'est la maison moderne qui offre le plus de bien-être et de confort.
[attachment=6]villedeparis08.jpg[/attachment]
Voici le buste d’Alphand, le lieutenant d’Haussmann et le grand transformateur de Paris. Et voici des gros tuyaux, des boucliers énormes : voici des modèles de réduction des travaux du Métropolitain, des outils et appareils : voici quelques spécimens des matériaux, des ouvrages de fer et d'acier, de maçonnerie qui servent à l'installation du tout-à-l'égout, du grand collecteur, du syphon d'Asnières, de l’épandage aux champs de Gennevilliers ou d'Achères; voici les systèmes d’éclairage, les ramifications du gaz, les embranchements de l'électricité, voici les machines qui distribuent l’eau ; voici les machines qui changent les ordures en poudrette : voici les halles et marchés : voici la besogne cachée, et souterraine, et intime du grand Paris flamboyant et glorieux...
El il faudrait continuer...