par worldfairs » 29 sept. 2021 04:48 pm
III. LES GRAVURES
Ces gravures n'ont pas pour la plupart de valeur artistique, mais sont cependant l'art interessantes pour l’histoire de la carrosserie et des moyens de locomotion. En détail trouvé dans l’une d’elles permet quelquefois de fixer la date de tel perfectionnement, de telle innovation. Elles étaient disposées dans douze petits salons contigus, qui, par six de chaque côté, encadraient sur les faces longitudinales les voitures et les traîneaux dont nous venons de parler. Chacun de ces salons renferme les dessins des voitures d'une même époque, et c'cst en suivant cette chronologie, que nous avions essayé d’établir dans les collections qui nous ont été confiées, que nous allons en faire la nomenclature. Ces gravures représentent environ 500 numéros dont la liste se trouve à la fin de cette notice. Nous nous bornerons à signaler les plus importantes, en même temps que les noms des principaux exposants : MM. Bernard, Kinder, Bixio, le comte de Cossé-Brissac, Faurax, Gatti, Guiet, Hartmann, Jeantaud, Kellner Georges, Lemonnier, Lespagnol, Manceaux, Duchemin, Múhlbacher, Poincelet, Quentin-Bauchard, Roduwart, Vaïsse, Veragen, etc.
Les deux premiers petits salons étaient occupés par de très beaux harnais dont MM. Roduwart et Bernard nous signalent, dans leur notice, la valeur et l‘origine.
Le troisième comprenait des reproductions de voitures anciennes, des photographies ou dessins des vieux carrosses exposes dans les principaux musées d’Europe, Cluny, Trianon, Madrid et autres, carrosses dont la beauté et la valeur sont universellement connues. On y voyait aussi quelques belles planches prises dans la collection d'estampes de M. Guiet et exécutées par M. L. Vallet, l’artiste si apprécié pour ses tableaux de sport. A signaler encore une petite gravure appartenant á M. Bixio, et représentant la voiture dans laquelle Louis XVI et sa famille se sont enfuis à Varennes. » Cette berline de voyage avait été commandée au carrossier Jean Louis et avait coûté la somme énorme de 5944 livres. Rien n'y manquait de ce qui pouvait être réclamé par l'élégance et le confortable. Le carrossier avait employé une caisse de berline montée sur un train à ressorts qui lui avait été commandée en 1789 par Aline de Polastron. Jean Louis décrit avec complaisance dans sa déposition (au procès) le filet à tresses de soie destiné à contenir les paquets, les poches portatives à chaque portière, les quatre matelas ou coussins couverts en taffetas d’un côté et en maroquin vert de l’autre, les coffres en bois de noyer garnis de verrous et de deux tuyaux d'aisance à chacun, le rideau du dossier en taffetas avec un autre rideau de maroquin vert par-dessus, les pots de chambre en cuir verni, les cuisinières en tôle de fer, la cantine en cuir pour huit bouteilles, la ferrière sons le siège du cocher, contenant tous les ustensiles pour le voyage, les deux grandes vaches sur l’impériale, les deux lanternes à réverbères, etc. »

- N°479 - Omnibus à Corbeille
Dans le quatrième salon, à noter :
Un dessin de coupé en couleurs, avec des personnages peints dans les panneaux (collection Binder); des dessins coloriés de voitures de gala ;
Un dessin d’un nommé Antoine Carassi, exécuté en 1822 et représentant un phaéton très haut perché, appelé « high perch phaeton » en Angleterre
et carrick en France. La caisse est couverte d'arabesques et les ressorts y sont en quantité incroyable. Il y en a jusque dans les soupentes en cuir.
Là se trouvaient aussi la curieuse litière de M. Gatti et un dessin de grand carrosse, signé Roubo, appartenant à M.G.Kellner. Il est intéressant en ce sens qu’il montre tous les points de centre desquels ont été décrits les arcs de cercle qui forment le contour de la caisse. Ce dessin est peut-être l’original de la planche 208 de l’art du menuisier-carrossier de Roubo (1771).
Le salon suivant contenait : une curieuse gravure exposée par M. Quentin-Bauchart intitulée « Une réunion de plusieurs chevaux de race, place de la Révolution, avenue de Neuilly », et prêtée par M. le comte de Cossé-Brissac; une peinture à l'huile représentant un coupé à housse et deux gravures des » fêtes roulantes ° données à l’occasion du second mariage du Dauphin (1747). Il y avait encore là un étrange tableau confie par M. le duc d’Alençon. C'est une sorte de vis-à-vis surmonté d’un dais en forme de parasol chinois, et á trois banquettes intérieures, deux face à la route et la troisième lui tournant le dos. Six personnes y sont assises; l'attelage n’est pas moins bizarre. Il se com-pose de six chevaux dont les deux premiers sont conduits par un piqueur, et les quatre derniers en grandes guides. La voiture est précédée et suivie d’un piqueur à cheval. Trois laquais, en outre, se tiennent debout, derrière, sur 1'entretoise.
Enfin le dernier salon de cette première rangée renfermait la plupart des gravures coloriées de voitures Louis XVI qui ont paru en 1786 et 1787 dans le Cabinet des modes et une grande partie de celles publiées par la Mésangére dans les Meubles et objets de goût. Cette dernière collection qui se compose d'environ 110 planches fut commencée en 1802 et achevée en 1830. M. Múhlbacher y avait aussi quatre tableaux intéressants : le dessin d'un carrosse, dit carrosse de Oudry, parce que les sujets de chasse peints dans les panneaux ont été exécutés par lui; une calèche de ville et un coupé de ville, tous les deux aux armes de Charles X et peints à 'huile par Schmidt, peintre de vénerie attaché á la cour de ce roi. Enfin une calèche de promenade, à quatre ressorts en C, de l'époque de la Restauration, dessinée par Carle Vernet et gravée par de Bucourt.
Nous arrivons maintenant à la deuxième rangée de nos petits salons, et, dans le septiéme, nous trouvons onze tableaux qui proviennent de la collection de M. Faurax et qui représentent les modèles des voitures les plus usitées sous la Restauration et sous Louis-Philippe. Nous remarquons une peinture à l'huile, envoyée par M. le duc d'Alençon : la calèche du roi Louis XVIII, attelée de huit chevaux et passant devant le bassin des Tuileries. Quelques dessins techniques de M. Griimmer fils, enfin le portrait de Roubo le fils (1739-1791), maitre menuisier, qui, après Garsault (1756), Chopart (1766), publia le premier ouvrage sérieux, et, de nos jours encore, fort instructif, sur l'art du menuisier en voitures (1771). C'est la troisième partie de son traité complet de menuiserie, les deux premières traitant de la menuiserie en bâtiment. Elle renferme quantité de fort belles planches qui, avec celles dessinées par Luçotte, pour l'Encyclopédie (1721-1780) constituent des documents très précieux sur les carrosses et voitures du XVIIIe siècle.
Le huitième salon était consacré à toute une série de gravures très connues dont Eugéne Lamy, Raffet, Victor Adam. de Dreux, etc., sont les principaux auteurs. C’est dire qu’on voyait là les vieilles diligences, les coucous, les fiacres, appelés les - citadines », en 1829, et tous les genres d’omnibus en usage vers la mème époque : les Béarnaises, les Dames blanches, les Ecossaises, les Tricycles (à trois roues seulement, de manière à esquiver l’impôt sur les voitures à quatre roues), les citadines-omnibus, les diligences Laffitte et Caillard, etc., etc.
Dans le suivant, nous rencontrons une belle collection de dessins en couleur, exécutés par un Anglais du nom de Gillfoy, excellent dessinateur en voitures, qui fut le précurseur des Getting, Clochez, Gourdin, Lagard et Dupont. Ces dessins représentent presque tous les types de voiture construits pour la cour de Napoléon III et proviennent de la collection Ehrler. Ils sont à présent la propriété de M. Jeantaud. Nous trouvons tout à côté la photographie du premier cab à quatre roues, ou cab français, construit par M. Kellner père en 1873 et dont la Compagnie Générale des Voitures fit un essai de service public en 1877. Le cab anglais, à deux roues, le hansom, a été invente en 1834 par Joseph Hansom, architecte de Hotel de Ville de Birmingham et n’a fait qu’en 1850 sa première apparition à Paris. Nous citerons encore un projet de carrosse impérial (1867) pour conserver le nom du dessinateur, un certain Guillon, qui s’intitulait architecte en équipages et qui a public deux ouvrages de carrosserie qui ne sont pas sans intérêt : Méthode de l'architecte en voitures (1856) et Traité du tracé complet de tout l'équipage, concernant le charron-carrossier, le serrurier et le sellier (1856).
Nous voici maintenant en présence d'une collection de 44 tableaux représentant 71 aquarelles. Ils occupent tout un panneau de ce dernier salon et le suivant tout en entier. Cette collection, qui avait été mise obligeamment à notre disposition par M. le .Ministre des Travaux publies, figurait sons ce titre général: « Ministère des Travaux publics. Direction des chemins de fer. Les moyens de transport depuis le XVe siècle. - Ce sont des aquarelles qui ont été faites par M. Martin, chef de Service au Ministère, et qui, pour les siècles passes, sont des reproductions très exactes et très consciencieuses de gravures anciennes connues, représentant un type de voiture en faveur ou nouveau à telle époque ; en un mot, un type marquant une date. Pour les moyens de transport modernes, omnibus, tramways, fiacres, automobiles, etc., M. Martin s’est abandonné à son inspiration et nous les a représentés d‘une façon très intéressante. C’est, en somme, une collection fort utile qui indique bien toutes les étapes des progrès accomplis. Un travail analogue a été fait pour les chemins de fer.

- N°307 - Diligence
Enfin nous terminerons en signalant que les deux derniers petits salons contenaient toutes sortes de dessins ou photographies des moyens de transport les plus divers et les plus cosmopolites : coucous, diligences, bicyclettes, automobiles, fiacres électriques, djinrikas, transports à dos d'homme, à cheval, en palanquin, etc. Nous indiquerons, entre autres choses, une grande diligence (collection Kinder 307) composée de deux caisses de coupés superposées et d'une caisse de landau également très élevée de terre. Il fallait être de première force en gymnastique pour arriver à sa place; l'attaque de la diligence (collection Lespagnol (576), et une amusante gravure (479) d'un ancien omnibus à corbeille où les pauvres voyageurs sont entassés à l’intérieur, accrochés à l'extérieur, perchés sur le dessus et jouissent d’un confortable qui ne conviendrait certainement pas à un Parisien de 1900.
Nous voici au bout de cette longue énumération que nous serions heureux d'avoir réussi à rendre agréable. Nous avons vu un certain nombre de types d'anciennes voitures, mais combien en manque-t-il encore? Il eut été interessant de voir, en nature, un de ces fameux cabriolets qui, à l‘origine, firent autant crier que, de nos jours, les automobiles, et qu’on voulait voir, munis de grelots et du nom et de l’adresse du propriétaire, écrits en gros caractères! Il eut été instructif d'avoir un de ces hauts whiskeys, d'importation anglaise, et du haut desquels les petits-maitres de 1788 faisaient leurs embarras; d'avoir un cabriolet de place á deux roues, avec le petit drapeau, sur le dessus, pour indiquer qu'il était libre; d'avoir un des premiers coupés, une vieille calèche, un wourch, un clarence, tous les différents modèles de voitures publiques, etc., etc.

- N°146 - Hich Perch Phaeton
Et combien y en a-t-il de ces vieilles reliques cachées dans le fin fond de nos provinces et que l'on nous enverrait sûrement, s‘il y avait un musée pour les conserver.
Et voilà pourquoi, au moment où nous voyons se disperser les jolies choses qu'on nous a confiées, nous regrettons vivement que ce musée des moyens de transport n'existe pas. Il y a quelques années, en 1896, la Chambre syndicale des carrossiers, sur l'initiative de M. Bail ainé, s'était occupée de la question. Une commission, composée de MM. Bail ainé, G. Kellner, Labourdette, avait même été nommée pour étudier la création de ce musée : malheureusement, l'absence de local et les grosses dépenses à faire obligèrent dès le début á ajourner la combinaison. Or, grâce au succés que vient d’obtenir notre Exposition centennale, grâce aux concours dévoués de tous les membres du Comité, nous espérons être plus heureux et réussir à attirer l'attention et la bienveillance des pouvoirs publics. M. François Carnot, qui s'est consacré avec tant de zèle à l’organisation des Expositions rétrospectives, nous a laissé entrevoir que les écuries du château de Chantilly, qui sont absolument vides, pourraient peut-être être mises à notre disposition et se prêter à l'organisation de ce musée. Or, Chantilly conviendrait à merveille. Chantilly est à la porte de Paris et est aussi accessible que Versailles. Chantilly possède un château et un musée qui excitent déjà la curiosité des Parisiens et des étrangers : Chantilly est un centre sportif par excellence; enfin Chantilly attire, plusieurs fois par an, une grande affluence de sportsmen qui seraient des visiteurs certainement très nombreux de ce musée.
Les donateurs ne manqueront pas et seront souvent heureux de céder des objets qui les embarrassent dans leur remise et dont la conservation peut cependant être intéressante pour l’histoire des moyens de transport. Les organisateurs et conservateurs se trouveront aisément et à bon compte. Il ne reste donc — mais c'est un monde! — qu'à obtenir le local et la petite rente nécessaire pour le gardiennage et l'entretien. Nous avons confiance dans l'intérêt de notre cause et dans le bon vouloir des membres de l'institut, qui sont, comme l'on sait, les dispensateurs du château de Chantilly. La bonne volonté des donateurs et des organisateurs est acquise. Hélas ! ce n'est pas le plus difficile qui est fait!
GEORGES KELLNER.
A suivre...
III. LES GRAVURES
Ces gravures n'ont pas pour la plupart de valeur artistique, mais sont cependant l'art interessantes pour l’histoire de la carrosserie et des moyens de locomotion. En détail trouvé dans l’une d’elles permet quelquefois de fixer la date de tel perfectionnement, de telle innovation. Elles étaient disposées dans douze petits salons contigus, qui, par six de chaque côté, encadraient sur les faces longitudinales les voitures et les traîneaux dont nous venons de parler. Chacun de ces salons renferme les dessins des voitures d'une même époque, et c'cst en suivant cette chronologie, que nous avions essayé d’établir dans les collections qui nous ont été confiées, que nous allons en faire la nomenclature. Ces gravures représentent environ 500 numéros dont la liste se trouve à la fin de cette notice. Nous nous bornerons à signaler les plus importantes, en même temps que les noms des principaux exposants : MM. Bernard, Kinder, Bixio, le comte de Cossé-Brissac, Faurax, Gatti, Guiet, Hartmann, Jeantaud, Kellner Georges, Lemonnier, Lespagnol, Manceaux, Duchemin, Múhlbacher, Poincelet, Quentin-Bauchard, Roduwart, Vaïsse, Veragen, etc.
Les deux premiers petits salons étaient occupés par de très beaux harnais dont MM. Roduwart et Bernard nous signalent, dans leur notice, la valeur et l‘origine.
Le troisième comprenait des reproductions de voitures anciennes, des photographies ou dessins des vieux carrosses exposes dans les principaux musées d’Europe, Cluny, Trianon, Madrid et autres, carrosses dont la beauté et la valeur sont universellement connues. On y voyait aussi quelques belles planches prises dans la collection d'estampes de M. Guiet et exécutées par M. L. Vallet, l’artiste si apprécié pour ses tableaux de sport. A signaler encore une petite gravure appartenant á M. Bixio, et représentant la voiture dans laquelle Louis XVI et sa famille se sont enfuis à Varennes. » Cette berline de voyage avait été commandée au carrossier Jean Louis et avait coûté la somme énorme de 5944 livres. Rien n'y manquait de ce qui pouvait être réclamé par l'élégance et le confortable. Le carrossier avait employé une caisse de berline montée sur un train à ressorts qui lui avait été commandée en 1789 par Aline de Polastron. Jean Louis décrit avec complaisance dans sa déposition (au procès) le filet à tresses de soie destiné à contenir les paquets, les poches portatives à chaque portière, les quatre matelas ou coussins couverts en taffetas d’un côté et en maroquin vert de l’autre, les coffres en bois de noyer garnis de verrous et de deux tuyaux d'aisance à chacun, le rideau du dossier en taffetas avec un autre rideau de maroquin vert par-dessus, les pots de chambre en cuir verni, les cuisinières en tôle de fer, la cantine en cuir pour huit bouteilles, la ferrière sons le siège du cocher, contenant tous les ustensiles pour le voyage, les deux grandes vaches sur l’impériale, les deux lanternes à réverbères, etc. »
[attachment=1]highperchphaeton01.jpg[/attachment]
Dans le quatrième salon, à noter :
Un dessin de coupé en couleurs, avec des personnages peints dans les panneaux (collection Binder); des dessins coloriés de voitures de gala ;
Un dessin d’un nommé Antoine Carassi, exécuté en 1822 et représentant un phaéton très haut perché, appelé « high perch phaeton » en Angleterre
et carrick en France. La caisse est couverte d'arabesques et les ressorts y sont en quantité incroyable. Il y en a jusque dans les soupentes en cuir.
Là se trouvaient aussi la curieuse litière de M. Gatti et un dessin de grand carrosse, signé Roubo, appartenant à M.G.Kellner. Il est intéressant en ce sens qu’il montre tous les points de centre desquels ont été décrits les arcs de cercle qui forment le contour de la caisse. Ce dessin est peut-être l’original de la planche 208 de l’art du menuisier-carrossier de Roubo (1771).
Le salon suivant contenait : une curieuse gravure exposée par M. Quentin-Bauchart intitulée « Une réunion de plusieurs chevaux de race, place de la Révolution, avenue de Neuilly », et prêtée par M. le comte de Cossé-Brissac; une peinture à l'huile représentant un coupé à housse et deux gravures des » fêtes roulantes ° données à l’occasion du second mariage du Dauphin (1747). Il y avait encore là un étrange tableau confie par M. le duc d’Alençon. C'est une sorte de vis-à-vis surmonté d’un dais en forme de parasol chinois, et á trois banquettes intérieures, deux face à la route et la troisième lui tournant le dos. Six personnes y sont assises; l'attelage n’est pas moins bizarre. Il se com-pose de six chevaux dont les deux premiers sont conduits par un piqueur, et les quatre derniers en grandes guides. La voiture est précédée et suivie d’un piqueur à cheval. Trois laquais, en outre, se tiennent debout, derrière, sur 1'entretoise.
Enfin le dernier salon de cette première rangée renfermait la plupart des gravures coloriées de voitures Louis XVI qui ont paru en 1786 et 1787 dans le Cabinet des modes et une grande partie de celles publiées par la Mésangére dans les Meubles et objets de goût. Cette dernière collection qui se compose d'environ 110 planches fut commencée en 1802 et achevée en 1830. M. Múhlbacher y avait aussi quatre tableaux intéressants : le dessin d'un carrosse, dit carrosse de Oudry, parce que les sujets de chasse peints dans les panneaux ont été exécutés par lui; une calèche de ville et un coupé de ville, tous les deux aux armes de Charles X et peints à 'huile par Schmidt, peintre de vénerie attaché á la cour de ce roi. Enfin une calèche de promenade, à quatre ressorts en C, de l'époque de la Restauration, dessinée par Carle Vernet et gravée par de Bucourt.
Nous arrivons maintenant à la deuxième rangée de nos petits salons, et, dans le septiéme, nous trouvons onze tableaux qui proviennent de la collection de M. Faurax et qui représentent les modèles des voitures les plus usitées sous la Restauration et sous Louis-Philippe. Nous remarquons une peinture à l'huile, envoyée par M. le duc d'Alençon : la calèche du roi Louis XVIII, attelée de huit chevaux et passant devant le bassin des Tuileries. Quelques dessins techniques de M. Griimmer fils, enfin le portrait de Roubo le fils (1739-1791), maitre menuisier, qui, après Garsault (1756), Chopart (1766), publia le premier ouvrage sérieux, et, de nos jours encore, fort instructif, sur l'art du menuisier en voitures (1771). C'est la troisième partie de son traité complet de menuiserie, les deux premières traitant de la menuiserie en bâtiment. Elle renferme quantité de fort belles planches qui, avec celles dessinées par Luçotte, pour l'Encyclopédie (1721-1780) constituent des documents très précieux sur les carrosses et voitures du XVIIIe siècle.
Le huitième salon était consacré à toute une série de gravures très connues dont Eugéne Lamy, Raffet, Victor Adam. de Dreux, etc., sont les principaux auteurs. C’est dire qu’on voyait là les vieilles diligences, les coucous, les fiacres, appelés les - citadines », en 1829, et tous les genres d’omnibus en usage vers la mème époque : les Béarnaises, les Dames blanches, les Ecossaises, les Tricycles (à trois roues seulement, de manière à esquiver l’impôt sur les voitures à quatre roues), les citadines-omnibus, les diligences Laffitte et Caillard, etc., etc.
Dans le suivant, nous rencontrons une belle collection de dessins en couleur, exécutés par un Anglais du nom de Gillfoy, excellent dessinateur en voitures, qui fut le précurseur des Getting, Clochez, Gourdin, Lagard et Dupont. Ces dessins représentent presque tous les types de voiture construits pour la cour de Napoléon III et proviennent de la collection Ehrler. Ils sont à présent la propriété de M. Jeantaud. Nous trouvons tout à côté la photographie du premier cab à quatre roues, ou cab français, construit par M. Kellner père en 1873 et dont la Compagnie Générale des Voitures fit un essai de service public en 1877. Le cab anglais, à deux roues, le hansom, a été invente en 1834 par Joseph Hansom, architecte de Hotel de Ville de Birmingham et n’a fait qu’en 1850 sa première apparition à Paris. Nous citerons encore un projet de carrosse impérial (1867) pour conserver le nom du dessinateur, un certain Guillon, qui s’intitulait architecte en équipages et qui a public deux ouvrages de carrosserie qui ne sont pas sans intérêt : Méthode de l'architecte en voitures (1856) et Traité du tracé complet de tout l'équipage, concernant le charron-carrossier, le serrurier et le sellier (1856).
Nous voici maintenant en présence d'une collection de 44 tableaux représentant 71 aquarelles. Ils occupent tout un panneau de ce dernier salon et le suivant tout en entier. Cette collection, qui avait été mise obligeamment à notre disposition par M. le .Ministre des Travaux publies, figurait sons ce titre général: « Ministère des Travaux publics. Direction des chemins de fer. Les moyens de transport depuis le XVe siècle. - Ce sont des aquarelles qui ont été faites par M. Martin, chef de Service au Ministère, et qui, pour les siècles passes, sont des reproductions très exactes et très consciencieuses de gravures anciennes connues, représentant un type de voiture en faveur ou nouveau à telle époque ; en un mot, un type marquant une date. Pour les moyens de transport modernes, omnibus, tramways, fiacres, automobiles, etc., M. Martin s’est abandonné à son inspiration et nous les a représentés d‘une façon très intéressante. C’est, en somme, une collection fort utile qui indique bien toutes les étapes des progrès accomplis. Un travail analogue a été fait pour les chemins de fer.
[attachment=0]diligence01.jpg[/attachment]
Enfin nous terminerons en signalant que les deux derniers petits salons contenaient toutes sortes de dessins ou photographies des moyens de transport les plus divers et les plus cosmopolites : coucous, diligences, bicyclettes, automobiles, fiacres électriques, djinrikas, transports à dos d'homme, à cheval, en palanquin, etc. Nous indiquerons, entre autres choses, une grande diligence (collection Kinder 307) composée de deux caisses de coupés superposées et d'une caisse de landau également très élevée de terre. Il fallait être de première force en gymnastique pour arriver à sa place; l'attaque de la diligence (collection Lespagnol (576), et une amusante gravure (479) d'un ancien omnibus à corbeille où les pauvres voyageurs sont entassés à l’intérieur, accrochés à l'extérieur, perchés sur le dessus et jouissent d’un confortable qui ne conviendrait certainement pas à un Parisien de 1900.
Nous voici au bout de cette longue énumération que nous serions heureux d'avoir réussi à rendre agréable. Nous avons vu un certain nombre de types d'anciennes voitures, mais combien en manque-t-il encore? Il eut été interessant de voir, en nature, un de ces fameux cabriolets qui, à l‘origine, firent autant crier que, de nos jours, les automobiles, et qu’on voulait voir, munis de grelots et du nom et de l’adresse du propriétaire, écrits en gros caractères! Il eut été instructif d'avoir un de ces hauts whiskeys, d'importation anglaise, et du haut desquels les petits-maitres de 1788 faisaient leurs embarras; d'avoir un cabriolet de place á deux roues, avec le petit drapeau, sur le dessus, pour indiquer qu'il était libre; d'avoir un des premiers coupés, une vieille calèche, un wourch, un clarence, tous les différents modèles de voitures publiques, etc., etc.
[attachment=2]omnibusacorbeille01.jpg[/attachment]
Et combien y en a-t-il de ces vieilles reliques cachées dans le fin fond de nos provinces et que l'on nous enverrait sûrement, s‘il y avait un musée pour les conserver.
Et voilà pourquoi, au moment où nous voyons se disperser les jolies choses qu'on nous a confiées, nous regrettons vivement que ce musée des moyens de transport n'existe pas. Il y a quelques années, en 1896, la Chambre syndicale des carrossiers, sur l'initiative de M. Bail ainé, s'était occupée de la question. Une commission, composée de MM. Bail ainé, G. Kellner, Labourdette, avait même été nommée pour étudier la création de ce musée : malheureusement, l'absence de local et les grosses dépenses à faire obligèrent dès le début á ajourner la combinaison. Or, grâce au succés que vient d’obtenir notre Exposition centennale, grâce aux concours dévoués de tous les membres du Comité, nous espérons être plus heureux et réussir à attirer l'attention et la bienveillance des pouvoirs publics. M. François Carnot, qui s'est consacré avec tant de zèle à l’organisation des Expositions rétrospectives, nous a laissé entrevoir que les écuries du château de Chantilly, qui sont absolument vides, pourraient peut-être être mises à notre disposition et se prêter à l'organisation de ce musée. Or, Chantilly conviendrait à merveille. Chantilly est à la porte de Paris et est aussi accessible que Versailles. Chantilly possède un château et un musée qui excitent déjà la curiosité des Parisiens et des étrangers : Chantilly est un centre sportif par excellence; enfin Chantilly attire, plusieurs fois par an, une grande affluence de sportsmen qui seraient des visiteurs certainement très nombreux de ce musée.
Les donateurs ne manqueront pas et seront souvent heureux de céder des objets qui les embarrassent dans leur remise et dont la conservation peut cependant être intéressante pour l’histoire des moyens de transport. Les organisateurs et conservateurs se trouveront aisément et à bon compte. Il ne reste donc — mais c'est un monde! — qu'à obtenir le local et la petite rente nécessaire pour le gardiennage et l'entretien. Nous avons confiance dans l'intérêt de notre cause et dans le bon vouloir des membres de l'institut, qui sont, comme l'on sait, les dispensateurs du château de Chantilly. La bonne volonté des donateurs et des organisateurs est acquise. Hélas ! ce n'est pas le plus difficile qui est fait!
GEORGES KELLNER.
A suivre...