par worldfairs » 29 janv. 2023 04:15 pm
Article extrait du magazine "A l'Exposition" de 1900

- Salle à manger de boyards du XVIIe siècle
On s'étonne généralement de constater que la Russie ne possède pas de palais officiel à l’Exposition, ou tout au moins n’a pas « pignon » sur la rue des Nations. Cette abstention résulte, dit-on, de malentendus.Tout d'abord il fut convenu que la Russie aurait une place privilégiée aux Champs-Elysées ; puis ce projet fut abandonné et l’emplacement du futur palais transporté près des Invalides. On en trouva la superficie trop restreinte et des négociations s’engagèrent pour qu’elle fût accrue. Démarches, contre-démarches et discussions durèrent si longtemps qu’il ne resta finalement plus assez de temps pour édifier un Pavillon russe sur le quai d’Orsay et qu’on dut se décider à réserver seulement dans le Palais de Sibérie quelques pièces de réception officielle.
A vrai dire, si la Russie n’a point de Pavillon particulier elle n’en est pas moins très bien représentée à l’Exposition ; elle participe à tous les groupes, à toutes les classes. -— La Russie militaire, la Russie savante, la Russie agricole, la Russie artistique voisinent avec les autres puissances au Palais des Armées, au Champ de Mars, à l’Esplanade, aux
Champs-Elysées. Mais c’est au Trocadéro qu’elle apparaît au grand public sous ses aspects pittoresques, décoratifs, colorés, vivants.

- Entrée du Palais de la Sibérie
Le Palais de l’Asie russe, selon le nom que lui donne le catalogue officiel de l’Exposition, est désigné parles Russes eux-mêmes sous la dénomination de « Palais des confins de l’Empire ».
Extérieurement, c’est une agglomération de tours de différentes hauteurs, coiffées de clochers carrés, couronnées d’aigles dorées à deux têtes, reliées par des murailles crénelées. L’ensemble évoque le Kremlin de Moscou. Mais l’architecte, M. Meltzer, s’est inspiré de l’acropole moscovite sans la copier. C’est à tort qu’on a cru reconnaître la Troïskaïa, la Tsarskaïa, la Spaskaïa et même l’Ivan-Veliky. Rien ne rappelle la formidable tour d’Ivan, haute de 82 mètres, octogonale en bas, ronde à l’étage supérieur et surmontée d’un dôme d’or éblouissant.
Le Kremlin du Trocadéro est une variation fantaisiste sur le thème byzantin de celui de Moscou. Il y manque les coupoles dorées, les clochers bulbeux. Ce n’est donc pas Moscou, la ville aux quatre cents églises et aux trente couvents. Ce n’est pas non plus une autre ville de Russie. C’est une synthèse de la Ville russe.

- Paysannes russes
Tout à côté, à l’ombre des hautes murailles crénelées, se trouve un hameau, aux cabanes grossièrement taillées à coups de hachette dans le sapin et le hêtre ; reproduction minutieusement exacte d’un village de Petite-Russie. La grande-duchesse Serge, qui en a patronné l’organisation, a demandé au célèbre peintre Constantin Korovine de présider à la construction et à la décoration des humbles maisons de bois, et l’artiste, sans s’écarter des modèles fournis par la vieille tradition de son pays, a su faire de chaque isba une merveille originale. Voyez l’ornementation de bois peint répandue sur les portes, sur les volets, sur les ais ; motifs et tons sont purement russes ; Korovine les a empruntés aux dentelles et aux broderies des paysans. L’église du hameau est la copie d’une antique église du nord de la Russie. On y a rassemblé des objets du culte orthodoxe: des candélabres, des lampadaires, des encensoirs, des images saintes, des croix, des chasubles, des coffres à cierges, œuvres d’ouvriers ruraux, de moines et de religieuses. Les coffres et les candélabres sont sculptés dans le bois vif sur des modèles anciens, et les icônes imitent à s’y méprendre, par l'oxydation du métal et la patine des émaux, les vieilles images religieuses si fort appréciées des collectionneurs.
Plus loin, en se rapprochant de l’allée centrale du Trocadéro, le visiteur pénètre dans une habitation de boyards au XVIIe siècle. Deux femmes de cire, assises, sont couvertes de vêtements authentiques d’une rare magnificence. Dans des vitrines, d’autres vêtements sont exposés, ainsi que des broderies et des dentelles, les unes du temps, les autres fidèlement copiées. Une précieuse collection de Kokochnicks (coiffures nationales) a été envoyée par Mme Chabelsky.
Au sortir de cette salle, on longe une galerie couverte, à arcades, où sont entassés les objets rudimentaires qui se vendent journellement en Russie sur les marchés de campagne : poteries, vases, vaisselle de bois et de faïence, chaussures, mitaines, vêtements, harnais, instruments aratoires, couteaux, cuillers et salières de bois ou de papier mâché.

- Salle de la Russie boréale
A la suite est le pavillon proprement dit des Koustary. On désigne sous ce nom les millions de braves moujicks, hommes et femmes, qui occupent les longs loisirs forcés de l’hiver à fabriquer toutes sortes de jolis objets de luxe et d’utilité : jouets, objets en corne, en os ou en pierre, bijoux, dentelles, tapis, châles, tissus brodés, poteries.
Dans les isbas et dans l’église du village, cachés derrière le Kremlin, le visiteur a eu un aperçu de la Russie intime, pauvre et bonne, de la vieille Russie des paysans de la vraie race.
Dans l’enceinte des murailles hautes et blanches, sous les tours superbes, voici maintenant tout le grouillement du colossal empire que le moujick a conquis sans s’en apercevoir.

- Pavillon de la Régie des Alcools russes
La porte principale franchie, on pénètre dans un vestibule sur lequel s’ouvre un salon réservé à l’Empereur et à la famille impériale. Par la décoration de ses voûtes surbaissées il rappelle la célèbre salle de la Granovitaïa Palata de Moscou. A gauche, sur une terrasse, une fanfare de musiciens russes — presque tous Russes. Au-dessous d’eux, les tables, couvertes de nappes blanches, du restaurant Transsibérien. A droite, dans une encoignure, un étalage de tapis du Turkestan. Du même côté, une des portes du pavillon des Apanages, où est exposée la production des Domaines Impériaux. Un magnifique animal empaillé occupe le centre de la salle : c’est un zoubre ou bison d’Europe. Les derniers représentants de cette race presque éteinte vivent dans les forêts du gouvernement de Grodno. La muraille du fond de la cour est vernissée polychrome, et percée d’une porte en ogive, la porte de l’Asie.
La salle de l’Asie centrale est un enchantement. D’un bassin octogonal, dont les parois et les margelles sont revêtues de faïences fleuries d’arabesques, jaillit un jet d’eau qui retombe en pluie sur des plantes vertes... La salle est claire sans être ensoleillée. .Tentures, étoffes, écharpes, tapis sont drapés avec goût. Les objets de métal guilloché ou ciselé y sont semés sans profusion. C’est un atelier d’artiste plutôt qu’un bazar.

- Marchand boukariote
Il faut même louer ceux qui ont disposé cette salle de ne pas en avoir exclu les documents moins amusants pour l’œil. Le Turkestan et le Khanat de Khiva ne produisent pas seulement des tapis harmonieusement teints et des orfèvreries précieusement travaillées. Les collections ethnographiques et celles qui donnent une idée des richesses minérales, forestières et agricoles du pays, ne sont pas déplacées ici.
Mais les deux grands triomphateurs de la salle de l’Asie centrale sont Constantin Korovine et l'Émir de Boukhara. Les panneaux décoratifs de Korovine ouvrent dans les murs de surprenantes échappées : Samarkande, sa grande mosquée, ses bazars, ses marchés, ses cafés... Quant à l’Émir de Boukhara, vassal du tsar, il a envoyé à Paris les pièces uniques de son trésor; des tissus d’or d'une incomparable somptuosité, des harnachements, des joyaux, des broderies éblouissantes.

- Gardien russe
Pas d’autre transition que quelques marches, une porte, et c’est une autre Russie : le Septentrion après l’Orient.
La Russie boréale est avant tout le pays des fourrures. Elle se révèle comme telle avec une abondance, une opulence incroyables. Il y a là pour des centaines et des centaines de mille francs de pelages soyeux, bruns, blancs et roux sur lesquels les visiteurs et surtout les visiteuses passent voluptueusement leurs doigts.
Toute la faune des confins septentrionaux de l’empire russe est représentée ici. Voici le chien et le loup, l’énorme loup sibérien. Voici des rennes, les uns avec une ramure ayant atteint son complet développement, et les autres avec de jeunes cornes couvertes de bourre.
Des masques et des figures de cire reproduisent les traits et l’accoutrement des Samoyèdes, des Bonifiâtes, des Goldes, des Giliaques. Mais une idée bien plus nette de ces populations nous est donnée par les objets et les figures rudimentaires disposés sur de vastes tables : modèles d’habitations et de ces hangars surélevés dans lesquels lesToungouses du bassin de l’Amour gardent le poisson et la chair d’ours; berceaux d’enfants, objets usuels grossièrement taillés dans le bois; fétiches enfin et images de bons et de mauvais esprits.
Au village russe nous avons vu les icônes des orthodoxes ; la salle de l’Asie centrale est le domaine de l’Islam ; maintenant nous sommes en plein chamanisme ; et plus loin le bouddhisme lamaïste des Bonifiâtes sera représenté par la collection unique de statuettes de Bouddha réunie par le prince Oukhtomsky. Ce rapprochement de religions et de races si diverses donne une idée saisissante de la multitude de peuples réunis sous le sceptre des « Empereurs de toutes les Russies ».

- Le Palais de l'Asie Russe
Quelle que soit leur diversité, peu à peu, les races se rapprochent et s’agglomèrent sous l’action continue du gouvernement de Saint-Pétersbourg. Les steppes du Turkestan, les forêts de la Sibérie se défrichent, se peuplent; derrière les officiers et les ingénieurs s’avancent des bandes de paysans conduisant des charrettes où sur quelques ballots de hardes sont entassés des femmes et des enfants, et rien ne résiste à cet envahissement méthodique.
L’ouverture du chemin de fer transsibérien, en mettant en communication directe la capitale du Tsar et celle du Fils du Ciel, va hâter la grande œuvre de colonisation asiatique qui voue la Russie, pour de longues années, à une politique de paix. L’Exposition sibérienne ne serait pas complète si elle ne nous mettait pas sous les yeux un des trains qui transporteront bientôt marchandises et voyageurs à travers tout l’Ancien Continent, des docks enfumés de Hambourg ou de Riga jusqu’au pied de la muraille de Chine.
Le Panorama du Transsibérien, pour peu qu’on ait l’imagination complaisante, donne l’illusion de ce prodigieux voyage; on entre dans les wagons, on s’y assoit (on peut même y diner) et l’on voit à travers les glaces fui ries talus de la voie, les bouleaux aux troncs argentés; derrière, on aperçoit des forêts, des défilés montagneux, des steppes; parfois au bord d’un fleuve, un bourg aux maisons de bois, ou une grande ville. Enfin apparaît la ligne bleue du Pacifique et l’on côtoie le golfe du Peï-tchi-li, au fond duquel se tapit Port-Arthur, avant d’arriver à Pékin.
Article extrait du magazine "A l'Exposition" de 1900
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On s'étonne généralement de constater que la Russie ne possède pas de palais officiel à l’Exposition, ou tout au moins n’a pas « pignon » sur la rue des Nations. Cette abstention résulte, dit-on, de malentendus.Tout d'abord il fut convenu que la Russie aurait une place privilégiée aux Champs-Elysées ; puis ce projet fut abandonné et l’emplacement du futur palais transporté près des Invalides. On en trouva la superficie trop restreinte et des négociations s’engagèrent pour qu’elle fût accrue. Démarches, contre-démarches et discussions durèrent si longtemps qu’il ne resta finalement plus assez de temps pour édifier un Pavillon russe sur le quai d’Orsay et qu’on dut se décider à réserver seulement dans le Palais de Sibérie quelques pièces de réception officielle.
A vrai dire, si la Russie n’a point de Pavillon particulier elle n’en est pas moins très bien représentée à l’Exposition ; elle participe à tous les groupes, à toutes les classes. -— La Russie militaire, la Russie savante, la Russie agricole, la Russie artistique voisinent avec les autres puissances au Palais des Armées, au Champ de Mars, à l’Esplanade, aux
Champs-Elysées. Mais c’est au Trocadéro qu’elle apparaît au grand public sous ses aspects pittoresques, décoratifs, colorés, vivants.
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Le Palais de l’Asie russe, selon le nom que lui donne le catalogue officiel de l’Exposition, est désigné parles Russes eux-mêmes sous la dénomination de « Palais des confins de l’Empire ».
Extérieurement, c’est une agglomération de tours de différentes hauteurs, coiffées de clochers carrés, couronnées d’aigles dorées à deux têtes, reliées par des murailles crénelées. L’ensemble évoque le Kremlin de Moscou. Mais l’architecte, M. Meltzer, s’est inspiré de l’acropole moscovite sans la copier. C’est à tort qu’on a cru reconnaître la Troïskaïa, la Tsarskaïa, la Spaskaïa et même l’Ivan-Veliky. Rien ne rappelle la formidable tour d’Ivan, haute de 82 mètres, octogonale en bas, ronde à l’étage supérieur et surmontée d’un dôme d’or éblouissant.
Le Kremlin du Trocadéro est une variation fantaisiste sur le thème byzantin de celui de Moscou. Il y manque les coupoles dorées, les clochers bulbeux. Ce n’est donc pas Moscou, la ville aux quatre cents églises et aux trente couvents. Ce n’est pas non plus une autre ville de Russie. C’est une synthèse de la Ville russe.
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Tout à côté, à l’ombre des hautes murailles crénelées, se trouve un hameau, aux cabanes grossièrement taillées à coups de hachette dans le sapin et le hêtre ; reproduction minutieusement exacte d’un village de Petite-Russie. La grande-duchesse Serge, qui en a patronné l’organisation, a demandé au célèbre peintre Constantin Korovine de présider à la construction et à la décoration des humbles maisons de bois, et l’artiste, sans s’écarter des modèles fournis par la vieille tradition de son pays, a su faire de chaque isba une merveille originale. Voyez l’ornementation de bois peint répandue sur les portes, sur les volets, sur les ais ; motifs et tons sont purement russes ; Korovine les a empruntés aux dentelles et aux broderies des paysans. L’église du hameau est la copie d’une antique église du nord de la Russie. On y a rassemblé des objets du culte orthodoxe: des candélabres, des lampadaires, des encensoirs, des images saintes, des croix, des chasubles, des coffres à cierges, œuvres d’ouvriers ruraux, de moines et de religieuses. Les coffres et les candélabres sont sculptés dans le bois vif sur des modèles anciens, et les icônes imitent à s’y méprendre, par l'oxydation du métal et la patine des émaux, les vieilles images religieuses si fort appréciées des collectionneurs.
Plus loin, en se rapprochant de l’allée centrale du Trocadéro, le visiteur pénètre dans une habitation de boyards au XVIIe siècle. Deux femmes de cire, assises, sont couvertes de vêtements authentiques d’une rare magnificence. Dans des vitrines, d’autres vêtements sont exposés, ainsi que des broderies et des dentelles, les unes du temps, les autres fidèlement copiées. Une précieuse collection de Kokochnicks (coiffures nationales) a été envoyée par Mme Chabelsky.
Au sortir de cette salle, on longe une galerie couverte, à arcades, où sont entassés les objets rudimentaires qui se vendent journellement en Russie sur les marchés de campagne : poteries, vases, vaisselle de bois et de faïence, chaussures, mitaines, vêtements, harnais, instruments aratoires, couteaux, cuillers et salières de bois ou de papier mâché.
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A la suite est le pavillon proprement dit des Koustary. On désigne sous ce nom les millions de braves moujicks, hommes et femmes, qui occupent les longs loisirs forcés de l’hiver à fabriquer toutes sortes de jolis objets de luxe et d’utilité : jouets, objets en corne, en os ou en pierre, bijoux, dentelles, tapis, châles, tissus brodés, poteries.
Dans les isbas et dans l’église du village, cachés derrière le Kremlin, le visiteur a eu un aperçu de la Russie intime, pauvre et bonne, de la vieille Russie des paysans de la vraie race.
Dans l’enceinte des murailles hautes et blanches, sous les tours superbes, voici maintenant tout le grouillement du colossal empire que le moujick a conquis sans s’en apercevoir.
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La porte principale franchie, on pénètre dans un vestibule sur lequel s’ouvre un salon réservé à l’Empereur et à la famille impériale. Par la décoration de ses voûtes surbaissées il rappelle la célèbre salle de la Granovitaïa Palata de Moscou. A gauche, sur une terrasse, une fanfare de musiciens russes — presque tous Russes. Au-dessous d’eux, les tables, couvertes de nappes blanches, du restaurant Transsibérien. A droite, dans une encoignure, un étalage de tapis du Turkestan. Du même côté, une des portes du pavillon des Apanages, où est exposée la production des Domaines Impériaux. Un magnifique animal empaillé occupe le centre de la salle : c’est un zoubre ou bison d’Europe. Les derniers représentants de cette race presque éteinte vivent dans les forêts du gouvernement de Grodno. La muraille du fond de la cour est vernissée polychrome, et percée d’une porte en ogive, la porte de l’Asie.
La salle de l’Asie centrale est un enchantement. D’un bassin octogonal, dont les parois et les margelles sont revêtues de faïences fleuries d’arabesques, jaillit un jet d’eau qui retombe en pluie sur des plantes vertes... La salle est claire sans être ensoleillée. .Tentures, étoffes, écharpes, tapis sont drapés avec goût. Les objets de métal guilloché ou ciselé y sont semés sans profusion. C’est un atelier d’artiste plutôt qu’un bazar.
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Il faut même louer ceux qui ont disposé cette salle de ne pas en avoir exclu les documents moins amusants pour l’œil. Le Turkestan et le Khanat de Khiva ne produisent pas seulement des tapis harmonieusement teints et des orfèvreries précieusement travaillées. Les collections ethnographiques et celles qui donnent une idée des richesses minérales, forestières et agricoles du pays, ne sont pas déplacées ici.
Mais les deux grands triomphateurs de la salle de l’Asie centrale sont Constantin Korovine et l'Émir de Boukhara. Les panneaux décoratifs de Korovine ouvrent dans les murs de surprenantes échappées : Samarkande, sa grande mosquée, ses bazars, ses marchés, ses cafés... Quant à l’Émir de Boukhara, vassal du tsar, il a envoyé à Paris les pièces uniques de son trésor; des tissus d’or d'une incomparable somptuosité, des harnachements, des joyaux, des broderies éblouissantes.
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Pas d’autre transition que quelques marches, une porte, et c’est une autre Russie : le Septentrion après l’Orient.
La Russie boréale est avant tout le pays des fourrures. Elle se révèle comme telle avec une abondance, une opulence incroyables. Il y a là pour des centaines et des centaines de mille francs de pelages soyeux, bruns, blancs et roux sur lesquels les visiteurs et surtout les visiteuses passent voluptueusement leurs doigts.
Toute la faune des confins septentrionaux de l’empire russe est représentée ici. Voici le chien et le loup, l’énorme loup sibérien. Voici des rennes, les uns avec une ramure ayant atteint son complet développement, et les autres avec de jeunes cornes couvertes de bourre.
Des masques et des figures de cire reproduisent les traits et l’accoutrement des Samoyèdes, des Bonifiâtes, des Goldes, des Giliaques. Mais une idée bien plus nette de ces populations nous est donnée par les objets et les figures rudimentaires disposés sur de vastes tables : modèles d’habitations et de ces hangars surélevés dans lesquels lesToungouses du bassin de l’Amour gardent le poisson et la chair d’ours; berceaux d’enfants, objets usuels grossièrement taillés dans le bois; fétiches enfin et images de bons et de mauvais esprits.
Au village russe nous avons vu les icônes des orthodoxes ; la salle de l’Asie centrale est le domaine de l’Islam ; maintenant nous sommes en plein chamanisme ; et plus loin le bouddhisme lamaïste des Bonifiâtes sera représenté par la collection unique de statuettes de Bouddha réunie par le prince Oukhtomsky. Ce rapprochement de religions et de races si diverses donne une idée saisissante de la multitude de peuples réunis sous le sceptre des « Empereurs de toutes les Russies ».
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Quelle que soit leur diversité, peu à peu, les races se rapprochent et s’agglomèrent sous l’action continue du gouvernement de Saint-Pétersbourg. Les steppes du Turkestan, les forêts de la Sibérie se défrichent, se peuplent; derrière les officiers et les ingénieurs s’avancent des bandes de paysans conduisant des charrettes où sur quelques ballots de hardes sont entassés des femmes et des enfants, et rien ne résiste à cet envahissement méthodique.
L’ouverture du chemin de fer transsibérien, en mettant en communication directe la capitale du Tsar et celle du Fils du Ciel, va hâter la grande œuvre de colonisation asiatique qui voue la Russie, pour de longues années, à une politique de paix. L’Exposition sibérienne ne serait pas complète si elle ne nous mettait pas sous les yeux un des trains qui transporteront bientôt marchandises et voyageurs à travers tout l’Ancien Continent, des docks enfumés de Hambourg ou de Riga jusqu’au pied de la muraille de Chine.
Le Panorama du Transsibérien, pour peu qu’on ait l’imagination complaisante, donne l’illusion de ce prodigieux voyage; on entre dans les wagons, on s’y assoit (on peut même y diner) et l’on voit à travers les glaces fui ries talus de la voie, les bouleaux aux troncs argentés; derrière, on aperçoit des forêts, des défilés montagneux, des steppes; parfois au bord d’un fleuve, un bourg aux maisons de bois, ou une grande ville. Enfin apparaît la ligne bleue du Pacifique et l’on côtoie le golfe du Peï-tchi-li, au fond duquel se tapit Port-Arthur, avant d’arriver à Pékin.