La génese de l'Exposition Universelle de Paris 1900

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Re: La génese de l'Exposition Universelle de Paris 1900

par worldfairs » 12 mai 2020 10:06 am

Texte et illustrations de "La construction moderne - 24 mars 1900"

Le droit de photographier à l‘Exposition.

Un arrêté du ministre du Commerce et de l'Industrie vient de fixer les conditions dans lesquelles les photographes pourront opérer dans l’enceinte de l’Exposition.

D’après ce règlement, l’usage des appareils de photographie dits appareils à main est libre pendant toute la durée d’ouverture au public et n’est assujetti à aucune redevance.

L’usage des appareils à pied ne peut avoir lieu que jusqu'à une heure de l’après midi. Il est subordonné à une autorisation écrite délivrée par le commissaire général et assujetti à une redevance. L’autorisation est donnée, soit pour une séance, soit pour la durée do l'Exposition. Dans le premier cas, le permissionnaire reçoit un ticket spécial «lu prix de 25 francs par appareil, dont le talon doit être détaché à l'entrée. Dans le second cas, l'abonnement est constaté par une carte portant la photographie du permissionnaire. Il donne lieu au payement d'une redevance de 1000 francs par appareil. Le payement de ces redevances ne dispense ni l’opérateur ni ses aides des droits d'entrée dans l’enceinte.

Aucun objet expose ne peut être photographié sans l’autorisation écrite de l’exposant. Les intéressés doivent également se pourvoir, auprès des commissaires généraux étrangers et des concessionnaires, de l’autorisation nécessaire pour la reproduction de leurs palais et pavillons. Ils assument l'entière responsabilité des reproductions et garantissent contre tout recours l’administration de l'Exposition.

Enfin, les opérations doivent être conduites de manière à n’apporter aucune entrave à la circulation et les porteurs d'appareils sont tenus de se conformer, à cet égard, aux injonctions des représentants de l'administration.

Re: La génese de l'Exposition Universelle de Paris 1900

par worldfairs » 12 mai 2020 08:58 am

Texte et illustrations de "La construction moderne - 24 février 1900"

Des palais élevés en 1889 sur le Champ-de-Mars, il ne reste plus que la Galerie des Machines. Les autres, dont un vote des Chambres avait décidé la conservation, ont cependant été sacrifiés au désir de faire neuf pour l’Exposition de 1900, et à l’intention assez logique de donner aux visiteurs une impression entièrement différente, malgré la présence de l’inévitable tour Eiffel. En effet, sauf ce gigantesque édifice, le Champ-de-Mars ne rappelle en rien l’aspect qu’il présentait il y a onze ans. La Galerie des Machines est complètement dissimulée par le Palais de l’Electricité et le Château d’eau qui occupe la place de l’ancien Dôme central. Mais ce n’est pas seulement l’aspect extérieur qui est modifié ; l’intérieur est aussi complètement transformé. On sait que la Galerie, au lieu de se présenter sous la forme d’un unique et colossal vaisseau, est aujourd’hui partagée en trois travées sensiblement égales.

La partie centrale est occupée par une très vaste salle de fêtes dont la coupole s’élève jusqu’au faîte de la galerie. Son plan circulaire était déjà bien dessiné l’an dernier, à l’époque du Salon annuel, dont les visiteurs pouvaient contempler, au milieu du Jardin de la sculpture, les piliers métalliques destinés à soutenir le dôme projeté. A cette époque l’état d’avancement des travaux ne permettait pas d’avoir une idée bien exacte du futur édifice qu’on avait irrévérencieusement désigné sous le nom de gazomètre.

A l’heure actuelle, les carcasses de bois sont venues remplir les vides de la carcasse métallique, mais l’œuvre est encore trop peu avancée pour qu’on puisse la juger ni même pour se rendre exactement compte de la forme qu’elle aura. Située au milieu de la grande galerie de l’Alimentation, d’aucuns comparaient cette salle à un formidable pâté. Mais n’a-t-on pas dit la même chose du palais du Trocadéro. Il faut laisser aux architectes le temps de parachever leur œuvre avant de se prononcer. Il est au contraire certain, d’après ce que nous en savons, que l’édifice confié à M. Raulin sera une des attractions de l’Exposition.

Telle qu’elle est, cette salle, réduite encore à une carcasse de bois et de fer, elle nous permet cependant d’apprécier la grandeur et la hardiesse de la Galerie des Machines. En 1889, rien ne venait donner l'échelle de cette construction ; la réflexion seule permettait d’apprécier à sa valeur l’énorme portée des fermes. Mais le public certainement n’était pas impressionné par l’immensité de ce hall, par la largeur inusitée couverte sans points d’appui. Cette année l’impression est tout autre. Bien que, par suite de la construction de la Salle des Fêtes, on ne puisse embrasser à la fois qu’un tiers de la nef, on a cette fois la sensation vraie de la largeur et de la hauteur de ce vaisseau, sensation qui sera encore certainement accrue lorsque les constructions projetées pour les galeries d'alimentation seront terminées.

Car cette partie de l’Exposition n’est pas très avancée, il faut bien le reconnaître. Sur le sol nu se dressent à peine quelques échafaudages, qui, dans six semaines, devront figurer des palais fort intéressants dans leur symbolisme gastronomique.

Telle sera par exemple l’exposition des vins de France, dont l’installation a été confiée à M. Laffilée. L’habile architecte a voulu loger les produits de nos vignobles dans des édifices historiques et caractéristiques de nos grandes régions vinicoles. Réunis ils formeront une véritable ville qui abritera sept mille exposants. La Bourgogne y sera représentée par le classique hôpital de Beaune, dont les vins font toujours prime sur le marché, par le cloître de Semur, le palais de justice de Dijon, la maison romane de Cluny, tout cela groupé sous la silhouette du Jacquemart de Dijon.

Le clocher de Cognac se dressera au milieu des maisons du quinzième siècle des Charentes et de l’Armagnac, tandis que le Midi sera évoqué par une vue dioramique de Carcassonne, par la porte d’Auguste à Nîmes, par l’église St-Guilhem-du-Désert.

Les marchands de vin de la Seine seront logés dans un pavillon de style Renaissance, imité de Jean Goujon.

Et ainsi de suite pour tous nos crûs, les plus humbles comme les plus célèbres, depuis le Suresnes-première jusqu’au Champagne extra-dry. La bière aussi aura son Palais, et nous croyons savoir que M. Benouville a été chargé de lui édifier une demeure digne d’elle, dans le style des édifices bachiques d’outre-Rhin.

Ce sera une belle apothéose de la Boisson, un triomphe pour l’Alcool, auquel le gouvernement distribuera diplômes et récompenses.

Et par les chaudes après-midi d’été, par les soirées douces du printemps, la foule envahira ces palais de la dégustation pour s’y reposer et s’y raffraîchir, surtout si M. le Commissaire général ne s’est pas montré trop sévère, s’il a permis aux Hébés venues de Montmartre ou de Nuremberg de verser la bière mousseuse aux visiteurs assoiffés.

Et ne sera-ce pas d’ailleurs justice ?

L’Exposition est si vaste, occupe de tels espaces que les faibles mortels, harassés et le gosier sec, seront bien forcés de s’arrêter à un moment donné, et de dire comme le poète : nunc est bibendum.

Re: La génese de l'Exposition Universelle de Paris 1900

par worldfairs » 11 mai 2020 09:15 am

Texte et illustrations de "La construction moderne - 23 décembre 1899"

L’Eclairage électrique de l’Exposition.

L’administration vient de porter à la connaissance des intéressés les cahiers des charges concernant la répartition par lots de l’éclairage électrique dans les diverses parties de l’Exposition.

En ce qui concerne l’éclairage électrique proprement dit. voici quelques indications d’après lesquelles on pourra juger de l’importance de l’ensemble.

Le soir, les visiteurs arriveront surtout à l’Exposition par les Champs-Elysées et par la porte monumentale de la place de la Concorde. Voici ce qu’ils y trouveront: Aux Champs-Elysées, 174 lampes à arc à courant continu, alimentées souterrainement. A la porte de la Concorde, 12 grandes lampes à arc sous la coupole et les minarets, 8 lampes à réflecteur-projecteur et 16 lampes à réflecteur simple sur les pylônes; enfin, 3,116 lampes à incandescence réparties sur tout le monument. Le pont Alexandre III sera éclairé électriquement par 508 lampes à incandescence réparties dans les candélabres, sur les couronnes lumineuses de ses clefs de voûte et, sur les pylônes des quais; toutes ces lampes sont de 46 bougies alimentées par un courant alternatif triphasé pris sur les postes de transformation.

Au Champ-de-Mars, le palais de l’électricité et le château-d’eau placé devant lui seront éclairés a giorno. Le palais de l’Electricité sera illuminé par cinq mille lampes à incandescence, 8 lampes à arc avec projecteurs à verres colorés et 4 lampes à arc avec réflecleurs. Sur le château-d'eau seront disposes 1,098 lampes à incandescence.

Signalons encore la grande salle des fêtes aménagée dans la galerie des Machines et qui comporte 4,500 lampes ii incandescence, les deux palais de l’Esplanade des Invalides dont chacun sera éclairé par 1,068 lampes à incandescence, avec 25 lampes dans l’allée centrale et 34 lampes dans les quinconces, soit en tout deux mille cent cinquante-quatre foyers.

Re: La génese de l'Exposition Universelle de Paris 1900

par worldfairs » 07 mai 2020 11:06 am

Texte et illustrations de "La construction moderne - 14 octobre 1899"

L’ancien Palais de l’Industrie, aux Champs Élysées. — Dans quelques jours disparaîtra la dernière partie — encore conservée jusqu’à présent comme bureaux d’agences de travaux et de services administratifs — de l'ancien Palais de l'Industrie, aux Champs Elysées.

Les deux vitraux placés à l’extrémité de la grande nef, vitraux dus à Maréchal, de Metz, et qui, par leur exposition, l’un au soleil levant et l’autre au soleil couchant, flamboyaient, au matin ou au soir, des couleurs les plus éclatantes et les plus crues, en faisant admirer la France incitant les Nations à l''Exposition de 1855 et la Bonne Foi présidant au Commerce International , ont disparu dans la démolition sans qu’il ait été possible de garder ces beaux spécimens de l’art du peintre-verrier; et de même disparaîtra aussi le bas-relief de Desbœuf, décorant l’attique de l’entrée principale et représentant les Arts et les Industries diverses apportant leurs produits à l'Exposition.

Seuls, les motifs de sculpture dominant cette entrée: Les deux Groupes de Génies, de Dicholdt, et la statue colossale de la France offrant des couronnes à l'Art et à l'Industrie, par Elias Robert, seront conservés; et l’on prête aux architectes des nouveaux Palais des Champs-Elysées l’heureuse pensée de faire place, dans ces palais, à ces beaux morceaux de sculpture d’une autre époque; ce ne serait qu’après l’Exposition que la Ville de Paris en prendrait possession et leur trouverait une place dans un de ses musées municipaux.

Re: La génese de l'Exposition Universelle de Paris 1900

par worldfairs » 26 avr. 2020 11:14 am

Texte et illustrations de "La construction moderne - 30 avril 1898"

L’Industrie sanitaire à l'Exposition de 1900.

Un Comité s’est formé sous les auspices de la Société des Ingénieurs et Architectes Sanitaires de France, et de la Chambre syndicale de la Couverture, Plomberie, Assainissement et Hygiène et celle de Pavage et de Canalisation, en vue d’assurer le groupement et la représentation du génie sanitaire à l’Exposition de 1900.

Le but de ce Comité est de réunir, d’accord avec les services de l’Exposition et le Comité de la Classe d’Hygiène, toutes les Expositions intéressant cette industrie, en un emplacement d’un seul tenant et, si possible, dans un Pavillon spécial; de telle sorte que leur étude et leur comparaison en soient rendues plus faciles que dans les Expositions antérieures, où elles étaient disséminées en des emplacements très divers et même dans des classes différentes, ainsi d’ailleurs que le prévoyait encore la classification générale pour 1900.

Chaque exposant, bien entendu, devant conserver son individualité et restant absolument libre d’organiser son exposition comme il l’entendra, et le seul but du Comité étant d’opérer le groupement dans l’intérêt général, en vue d’obtenir pour les exposants, par le seul fait de leur cohésion, une représentation dans les Comités d’installation et le Jury.

Le Comité est composé déjà de plus de 60 adhérents en dehors de la Société des Ingénieurs et Architectes Sanitaires do France et des deux Chambres syndicales.

Les adhésions doivent être adressées au siège de la Société des Ingénieurs et Architectes Sanitaires de France, 19, rue Blanche.

Re: La génese de l'Exposition Universelle de Paris 1900

par worldfairs » 19 avr. 2020 10:31 pm

Texte et illustrations de "La construction moderne - 30 octobre 1897"

AU CHAMP DE MARS

Le Dôme central.

L’œuvre de M. Bouvard, architecte inspecteur général des services d’architecture de la Ville de Paris, n’est plus. Le terrain occupé par le Dome central est disponible. La galerie de communication qui allait du Dôme au Palais des Machines subsiste encore : elle attend maintenant sa translation sur un autre emplacement, car elle n’est pas vouée à la démolition, mais seulement à une dépose et repose.


Le palais des Arts-Libéraux.

Ce palais en bordure de l’avenue de Sulfren est depuis quelque temps aux mains des démolisseurs. Le dévitrage est à peu près complet tant sur le comble que sur les parties droites en élévation. Les déposes, à l’intérieur, des parquets, des cloisonnements, etc., sont, pour ainsi dire, achevées et le mois de novembre ne s’écoulera certes pas, sans que l’on soit aux prises avec l’ossature métallique.


Le palais des Beaux-Arts.

Le démolition de cette construction, en bordure de l'avenue de La Bourdonnais, a été adjugée il y a peu de jours. Les travaux sont attaqués ; mais, en bonne conscience, il est sage de dire qu’ils ne viennent que de commencer.

Re: La génese de l'Exposition Universelle de Paris 1900

par worldfairs » 19 avr. 2020 06:03 pm

Texte et illustrations de "La construction moderne - 9 octobre 1897"

Démolition du Palais des Beaux-Arts.

— En apprenant, il y a quelques jours, que l'adjudication pour la démolition du Palais des Beaux-Arts n'avait pas donné de résultat, on avait pensé que le commissaire général de l’Exposition traiterait vraisemblablement de gré à gré, comme il avait été fait déjà pour les travaux des Palais des Champs-Elysées et du pont Alexandre III. C’est ce qui vient de se produire. M. Picard a traité avec M. Lesieur pour la somme de 290.000 francs. Rappelons que la mise à prix était de 200.000 francs et que l’offre la plus forte, faite par M. Lemmer, avait été de 215.701 francs.

Re: La génese de l'Exposition Universelle de Paris 1900

par worldfairs » 19 avr. 2020 04:20 pm

Texte et illustrations de "La construction moderne - 2 octobre 1897"

DÉMOLITION DU DOME CENTRAL

Le mois de juin de celle année peut être considéré comme le point de départ du déblaiement du Champ de Mars. On est presque autorisé à ne pas se servir du mot « démolition », la pioche traditionnelle du démolisseur ayant à peine sa raison d’être dans l’œuvre de destruction des constructions métalliques qui brillaient d’un si vif éclat à l’Exposition de 1889.

Si, dans ce tournoi pacifique, la démonstration a été faite des diverses applications auxquelles le fer pouvait se prêter, les architectes, de leur côté, avaient prouvé magistralement leur science de la décoration, montré le parti que Ton était à meme de tirer du mariage du métal à la céramique et laissé à tous celte impression que le goût et l’amour du beau leur sont choses familières.

Parmi les spécimens du genre qui retenaient le plus l’attention du public, le Dôme central conquit une des premières places.
Aujourd’hui l’œuvre gît sur le sol, brisée et tailladée. Des morceaux de fer informes, des éclats de fonte qui, miroitant au soleil, semblent jeter un défi au bourreau acharné ; quelques tas de gravois, c’est là tout ce qui reste d’un passé séduisant, du grand succès de 1889.

On ne peut étouffer quelque regret devant cette implacable destruction; et, en constatant la durée éphémère que l’on accorde aux productions artistiques élevées sous le couvert d’Expositions internationales, on ne peut que regretter les solides maçonneries en pierres de taille qui, par leur aspect imposant, commandaient autrefois un respect séculaire.

Pour opérer la désagrégation du Dôme central, l’Administration n’a pas laissé carte blanche à l’entrepreneur de démolition qu’elle a chargé de ce travail. Elle savait qu’elle pouvait compter sur la prudence de M. Casel; mais la hardiesse dans les travaux étant chose parfois bien tentante, elle a jugé plus sage de restreindre la liberté d’action de l’entreprise en imposant l'obligation de construire à l’intérieur du Dôme un échafaudage en charpente occupant toute la surface et toute la hauteur.

L’espace libre était limité dans un cercle de 30 mètres de diamètre. On a dressé 18 poteaux montants de fort équarrissage, reliés entre eux par des moises, des jambes de force et des croix de Saint-André; et, sur la hauteur, il a été prévu quatorze planchers devant servir de plates-formes successives au cours de la démolition.

De la sorte, les chances d’accident et de chute ont été considérablement diminuées et on ne peut que féliciter M. Picard, commissaire général de l’Exposition, de l’initiative qu’il a prise en prescrivant une mesure qui, si elle a coulé quelques écus de plus, a entraîné une sécurité que personne n’a eu à regretter.

Il est aisé de comprendre qu’avec ce système, les ouvriers ont pu facilement s’approcher des parois, déposer vitres et vitraux, déboulonner les écrous, faire sauter les rivets, descendre les fermettes ou les fers droits, que l’on semble particulièrement respecter, et projeter au dehors les parties cintrées qui constituent le principal élément destiné à la ferraille et aussi les débris de staff ou de briquettes provenant de l’ornementation.

Quant aux petites constructions accotées à droite et à gauche du portail d’entrée, elles ont été, après un élagage sommaire des légers matériaux garnissant les entrevoux de leur carcasse métallique, enveloppées dans leurs pièces principales par des cordages, arrachées de leurs alvéoles par des mouvements cadencés, que leur imprimaient des manœuvres placés à distance, et renversées à terre sans souci de leur conservation.

Dans la contexture de l’échafaudage en charpente, quatre poteaux montants avaient été prévus au centre du dôme, avec un espacement qui correspondait, comme dimensions, à la plate-forme sur laquelle reposait la statue de la Renommée. Ces sapines prolongées par-dessus la calotte sphérique d’une douzaine de mètres formaient comme une cage dans laquelle se trouvait emprisonnée l’œuvre de feu Delaplanche, interprétée par M. Coutelier.

demolitiondomecentral.jpg

Ce travail d'investissement n'avait d'autre but que de parvenir au démontage de la statue dont les dimensions étaient considérables. On peut en juger par quelques citations. De la tête aux pieds, 9m,50; jusqu’à l'extrémité des ailes, 10m,80; une jambe seule, 4m,50; un pied, 1m,25; la tête et le haut du buste, 2m,10.

On eut un moment la pensée de descendre le motif d’une seule pièce, car le poids de 800 kilogrammes de zinc repoussé n’avait rien d’effrayant. On y a renoncé à cause de la nature meme de la construction, qui comportait une armature aux tiges rigides, solidement fixée au dôme et très pesante.

L'entrepreneur s’est décidé pour la vivisection, et l’amputation a eu lieu en huit morceaux. Le dernier déboulonné fut la tète. Toute une journée, elle apparut comme plantée sur une pique, mise en quelque sorte au pilori. Cependant la situation ne lui avait rien fait perdre de sa grâce ni de son expression de douceur.

Enfin, le 17 juillet, au coup de cinq heures, elle se balançait au bout d’une chèvre, jetant un dernier regard vers le dôme des Invalides. Une demi-heure plus tard, reprise dans sa descente à trois hauteurs différentes par une série de moufles étagés sur le passage, elle louchait le sol.

Cette tête est le seul objet qui subsistera de la volumineuse statue. Les amateurs de souvenirs n’ont à compter dans le chantier que sur elle et sur deux panneaux en faïence de Longwy. L’un représente Bernard de Palissy, par Barrias, et l’autre, les figures allégoriques du houblon et du tabac, par Clairin. Tout le reste a pris le chemin commercial.

Notons pour mémoire qu’à l’occasion de la fête nationale, les ouvriers, afin de bien montrer leurs sentiments patriotiques en même temps que prouver leurs qualités de gvmnasiarques, se sont aventurés dans les hauteurs vertigineuses où planait la Renommée, ont enlevé de sa main gauche la couronne qu'elle offrait au Commerce et à l’Industrie, l’ont placée sur sa tète et ont, par contre, attaché à cette main un drapeau tricolore.

N'était-ce pas en même temps, sous l’égide de nos couleurs nationales, le couronnement de l'œuvre d'hier, et comme l’appel aux armes de la légion artistique qui nous donnera le succès de demain?

Re: La génese de l'Exposition Universelle de Paris 1900

par worldfairs » 19 mars 2020 09:16 am

Texte et illustrations de "La construction moderne - 18 septembre 1897"

Expériences pour l’Exposition.

Des expériences ont été faites, par les soins de l’administration de l’Exposition, au sujet de divers moyens proposés pour rendre ignifuges les bâtiments de l’Exposition. Les procédés mis en pratique seront, en principe, conformes à ceux que prescrivent d’une façon générale les règlements du conseil d’hygiène et de salubrité; leur application aura lieu dans tous les cas, les expériences faites ayant donné des résultats suffisants. Un petit bâtiment en bois ignifugé a été incendié jusqu’à effondrement; les quatre murs en planches et la toiture se sont finalement abattus; on les a trouvés carbonisés, mais sans dégagement de flamme, de telle sorte que dans un cas accidentel les secours auraient eu certainement le temps d'arriver et déjouer un rôle efficace. Le grand bâtiment en charpente de bois érigé â l’angle du quai d’Orsay et de l’avenue Rapp et qui va recevoir, en octobre, les services d’administration de l’Exposition, va tout d’abord être soumis au traitement ignifuge dont nous venons de parler.

Re: La génese de l'Exposition Universelle de Paris 1900

par worldfairs » 17 mars 2020 08:53 am

Texte et illustrations de "La construction moderne - 31 juillet 1897"


DÉMOLITION DU PALAIS DE L’INDUSTRIE

Les travaux de démolition du Palais de l’Industrie ont été confiés à MM. A. Daval, A. Bonhomme, Dufayet et Larialle. L’activité que déploient ces entrepreneurs fait espérer que la place sera nette fin octobre prochain, et s’ils arrivent pour celte date, ils auront accompli un véritable tour de force.

A l'heure actuelle, on peut considérer que la moitié du palais est démolie.

Provisoirement on conserve, pour les besoins du service, pendant la construction des nouveaux Palais, deux pavillons : celui formant angle, côté de l’avenue d’Antin, et l’avant-corps de la grande porte d’entrée sur les Champs-Elysées. On est en train de procéder à leur aménagement.

Dans sa longueur, le Palais de l’Industrie se composait de trois travées : sur les côtés, deux petites où se trouvaient des galeries au premier étage, puis, au milieu, une grande qui, du sol à la couverture, était complètement libre.

Ces travées étaient construites on métal ; fonte pour les piliers ; fer pour les planchers, les fermes et la toiture île forme circulaire. Elles formaient ensemble un immense vaisseau, pouvant être regardé comme indépendant des façades en pierre de pourtour auxquelles, cependant, il était relié au droit des piliers on fonte par de fortes attaches, placées de distance en distance.

Les entrepreneurs ont attaqué la démolition par le côté en façade sur l’avenue d’Antin, c’est-à-dire, eu bout du palais.

Après avoir, comme d’usage, procédé au descellement et a la dépose des croisées puis enlevé le parquet, ils se sont attaqué aux planchers en fer des galeries, entre les fermes. Aussitôt déboulonnées, les solives ont été précipitées sur le sol, sans autre forme de procès, pour y être recueillies et enlevées.

La façade en pierre eut alors son tour et disparut par les procédés ordinaires, et, pour les rappeler brièvement, en soulevant avec des pinces les assises courantes de bandeaux que l’on jette de haut en bas; en désagrégeant à la pioche les clavages et en faisant tomber un à un les trumeaux, en tirant à bras d’hommes sur des cordages dits «vingtaines» par des mouvements en cadence de manière à faire perdre l’équilibre aux assises et à les entraîner dans le vide.

Le déblai s’est opéré au furet à mesure des démolitions partielles et bientôt on s’est trouvé en présence d'une coupe parfaite de l'ossature métallique. Dès ce moment, il a été nécessaire d’avoir recours à des ouvriers tout à fait spéciaux, bronzés contre le vertige et d’une agilité à toute épreuve.

On a aussitôt commencé (A) par démastiquer, une à une, les vitres des trois grands combles cintrés, vitres que les hommes se passent de main en main et entassent sur la corniche d’entablement où elles sont reprises, descendues et mises en boite après triage.

Cette phase du travail franchie, les ouvriers spéciaux, ci-dessus mentionnés, véritables acrobates, maniant à des hauteurs invraisemblables le ciseau, le marteau, la clef anglaise et le têtu avec autant d’aisance que sur le sol d'un atelier, procèdent à l’arrachement des petits bois qu'ils laissent tomber pêle-mêle.

Le chargement au tombereau de ces débris une fois terminé on dégage avec soin les pannes ou fermettes droites (B), ajustées perpendiculairement aux grandes fermes circulaires, et qui sont en nombre assez considérable.

L’une après l’autre, elles sont amarrées sur leurs deux extrémités à des moufles dont le cordage court jusqu’à terre où il se prolonge, enroulé sur lui-même aux pieds dos manœuvres.

La disjonction opérée, la fermette se trouve suspendue sans secousse. Au commandement, elle descend doucement et arrive à destination, dans toute sa rigidité, n ayant pas éprouvé le moindre dommage.

demolitionpalaisindustrie.jpg

Quand on en est à la dernière qui représente le faîtage, on fixe solidement une vingtaine à la ferme circulaire qui va se trouver bientôt abandonnée à elle-même ; puis on relie celle-ci par un cordage léger à la suivante qui, n’ayant pas encore été touchée dans sa contexture, fait toujours corps avec l’ensemble du vaisseau.

Ce cordage est noué de façon à maintenir momentanément la ferme circulaire dans son aplomb, mais aussi à céder sous l’effort d’une faible traction.

La dernière fermette descendue, quelques manœuvres tirent sur la vingtaine (C), et en quelques secondes l’immense demi-arc de cercle en fer, quittant dans sa base les piliers en fonte, s’élance dans l’espace avec un effroyable craquement. Il décrit, dans sa chute, des courbes sinueuses qui simulent bien les horreurs de l’affolement el les angoisses de la torture.

Un bruit formidable, un nuage de poussière, et voici le monstre gisant à terre, affreusement contorsionné.

On procède alors à une sorte de dépeçage grossier, en faisant sauter boulons et rivets à la force du poignet, de manière à obtenir des morceaux maniables que l’on conduit dans les diverses usines qui transforment la vieille ferraille.

Vient ensuite le tour des piliers en fonte que l’on renverse par des procédés analogues d’abatage et que l’on brise à coups de merlin et de têtu pour faciliter la manutention cl le charroi par menus éclats.

Enfin, les façades latérales en pierre sont tombées, comme il a été dit plus haut, concurremment el parallèlement aux travaux de démolition des arceaux cintrés en fer.

Les pierres, qu’une descente un peu vive n’a pas trop étonnées, sont placées par des bardeurs sur des plateaux que l’on hisse sur les chariots dits « binards» et vont retrouver ailleurs un asile plus hospitalier où elles feront encore bonne mine sous une toilette rafraîchie.

Le surplus est débité en moellons.

tous les matériaux recueillis dans le chantier, une fois chargés, doivent passer devant le bureau du service d’exploitation organisé par l’Entreprise. Là les agents procèdent au mesurage el au pesage, avant que les voitures ne disparaissent par la porte donnant accès sur le Cours-la-Reine.

Ce service, parfaitement installé et bien compris, pourra, en fin de travaux, renseigner les amateurs de statistique et leur fournir les éléments utiles pour connaître exactement ce que le Palais de l'Industrie recélait dans ses flancs.

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