Le Pavillon du Gant

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Le Pavillon du Gant

par worldfairs » 19 juin 2018 02:20 pm

Article de la revue "La construction moderne" du 4 octobre 1925

On peut écrire selon la vieille formule habituelle que l’usage du gant remonte à la plus haute antiquité. Dernièrement encore en exhumant Tout-Ankh-Amon on a trouvé des gants de cuir rouge ; les gants existaient donc déjà au temps des Pharaons.

Les gants étaient à l’usage des gens d’armes, des ecclésiastiques des ouvriers de certains métiers et devinrent rapidement une partie importante de la toilette féminine et masculine.

On parle du gant du chevalier ou de celui de la dame dans les chansons de geste et les romans du moyen-âge. Dans la « Chanson de Rolland », on lit :
« Sun destre guant en ad vers Deu tendut... » et dans le « Roman de la Rose » la dame dit :
« ...pour garder que ses mains blanches
« Ne halissent, ot uns blans gans. »

Que de variétés dans les gants depuis ceux des Romains, depuis ceux que le Concile d’Aix-la-Chapelle a accordé aux moines en 817. On les trouve représentés dans les enluminures, les mosaïques de Ravenne, les tapisseries de Bayeux, les sculptures et les peintures de toutes les époques. Que de variétés pour arriver enfin aux créations inspirées par la suprême élégance des fabricants français. Ceux-ci sont parvenus à placer leur industrie au premier rang des industries similaires du monde entier.

On comprend ainsi pourquoi ces fabricants ont choisi MM. Pierre Selmersheim et Maurice Dufrêne pour édifier et décorer le « Pavillon du Gant ». On connaît le talent de l’architecte Pierre Selmersheim et on sait que le décorateur Maurice Dufrêne a toujours des réalisations très élégantes dans les intérieurs.

Malheureusement, comme pour beaucoup de pavillons de l’Exposition, les auteurs n’avaient qu’un emplacement offrant des difficultés particulières. Leur Pavillon devait s’étendre en longueur, en bordure de la grande avenue de l’Esplanade des Invalides et être adossé à un long massif d’arbustes masquant une grande ouverture d’aération de la gare souterraine des chemins de fer de l’Etat sous l’Esplanade. Ils ont donc composé un grand pavillon rectangulaire complètement fermé sur ses grands côtés avec entrée principale à une façade d’extrémité et une petite porte à la petite façade correspondante. Ce pavillon est occupé par une grande salle éclairée par deux baies carrées ouvertes dans le plafond et garnies d’un vélum.

Comme aux Pavillons de Sèvres la décoration extérieure est simple pour faire ressortir la sobre mais réelle élégance de la galerie d’Exposition : cadre digne des créations parfaites d’une industrie française qui s’est classée la première parmi celles similaires du Monde entier.

pavillongant.jpg

L’extérieur du Pavillon

L’architecture est d’un caractère tout à fait particulier, les façades n’ont aucune corniche, aucun bandeau saillant, mais un petit soubassement de très faible saillie.

La longueur de chacune des grandes façades est rompue par deux avancées très légèrement bombées ayant leurs côtés légèrement biaisés. Ces parties avancées sont couronnées par une sorte de fronton formé par des gradins avec plateaux de très faible saillie et aux tranches dorées. Chaque partie avancée est percée par une longue vitrine d’exposition basse et fortement en retrait à la glace simplement entourée d’une étroite baguette dorée de très faible saillie. La partie supérieure couronnée par le fronton est unie et décorée par des chamois et des plantes peints en brun dans une note tout à fait cubique exécutés par les Ateliers de la Maîtrise des Galeries Lafayette. Une inscription « Pavillon du Gant » en lettres saillantes extrêmement modernes de tons marron et doré occupe le dessous de la décoration. Du bas de cette inscription descendent des godrons assez plats, de couleur café au lait comme toute la partie avancée, se détachant sur des creux dorés ; la partie inférieure à ces godrons est de ton pierre. Les parties avancées tranchent ainsi sur les façades ; celles-ci ont leurs parements décorés par des ornements modernes gravés et de ton pierre rehaussés de petites parties dorées, la partie supérieure de ces façades est de couleur café au lait et est séparée de la partie décorée par un simple bandeau doré et sans saillie.

MM. Maurice Dufrêne et Pierre Selmersheim ont pensé avec raison qu’il convenait mieux de donner un aspect différent aux petites façades d’extrémités du Pavillon plutôt que de leur laisser les mêmes lignes et la même disposition. La façade du côté de l’entrée principale, représentée par la photographie est de forme arrondie tandis que celle qui leur est opposée est constituée par des éléments rectilignes.

Les parements de ce côté arrière sont décorés d’abord en angles par les mêmes ornements modernes gravés et rehaussés de parties dorées et agrémentés ensuite par quatre pans réunis deux à deux en faible saillie par des axes. De ces axes se détachent une murette formant avec un auvent plat et de même épaisseur une sorte de porche au milieu duquel se trouve au nu de la façade une porte d’entrée garnie d’une glace sans tain aux quatre angles formant triangles pleins et dorés. On accède à la porte par un seuil et un perron de quatre marches encadré par deux dés octogonaux.

La façade arrondie de l’autre petit côté du Pavillon et en partie visible sur la photographie est intéressante, elle permet la disposition heureuse de deux escaliers avec un palier au seuil de la porte d’entrée principale bien protégé par la partie médiane de cette façade. Cette partie médiane complètement pleine protège bien le palier de la pluie et du soleil, les ouvertures des perrons laissant une très bonne lumière sur ce palier. Cette partie formant trumeau entre les deux perrons est occupée par une petite vitrine carrée garnie de glace et semblable comme disposition à celles des parties avancées. Ce trumeau porte une inscription « Pavillon du Gant » aux lettres semblables aux précédentes et est décoré par des longs godrons plats café au lait séparés par des creux dorés. La vitrine et les deux perrons sont bien protégés aussi par un large et épais auvent horizontal, simple et de ton marron s’amortissant aux nus des longues façades latérales. L’auvent est surmonté par des éléments décoratifs plats avec parties arrondies et axes en arêtes de couleur café au lait séparés par de larges creux plats et dorés.

Le Vestibule d’entrée a comme plafond ton pierre le prolongement de l’auvent. Les parements du vestibule sont de même couleur, décorés par des ornements modernes gravés rehaussés de parties dorées et semblables à ceux des façades.

On accède à la Salle d’Exposition par une porte à deux vantaux garnies de glaces sans tain encadrée de chaque côté par une partie fixe semblable à ces vantaux. Les quatre glaces ont leurs angles ornés par des triangles pleins et dorés. La menuiserie forme un cadre gris foncé bordé d’un large filet doré sans aucune moulure.

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L’intérieur du Pavillon

Quand on pénètre dans la grande salle, du « Pavillon du Gant » on est séduit par son effet particulièrement agréable, Celle salle est de ton gris souris avec des pallies légèrement plus foncées de même ton et des filets d’argent qui donnent un cachet d’élégance à ce bel ensemble que font valoir encore quatre vitrines rectangulaires montées sur des socles plus petits et aux extrémités arrondies composés par M. Pierre Selmersheim et exécutés par MM. Tony Selmersheim et Monteil et des meubles avec filets en marqueterie composés aussi par M. Pierre Selmersheim et exécutés par M. Monin. La couleur brune de ces vitrines tranche sur un beau dallage en ciment mosaïqué de marbre blanc rosé.

Les deux baies carrées éclairant la salle sont garnies d’un vélum blanc tendu, aux ornements modernes, aux traits minces d'un ton gros vert ; ces vélums sont encadrés par une large bordure du même ton foncé. De chaque angle du vélum descend un lustre argenté de délicate composition suspendu à une légère chaîne d’argent. Les vélums sont encadrés par un large rouleau gris souris orné de minces cercles d’argent entrelacés, les deux grands encadrements ainsi formés limitent une large poutre séparative de même ton et constituent le plafond proprement dit. De ce plafond descend sur les murs un large bandeau, terminé par un grand arrondi, qui forme une sorte de haute corniche ; ce bandeau est décoré par des godrons très plats, de nuance grise plus foncée et d’inégales longueurs, séparés par des bandes d’argent verticales qui sont aussi de longueurs inégales. De celle sorte de grande corniche très visible sur la photographie tombent encore des décrochements amortis à leurs parties inférieures par des arrondis ; ces décrochements sont de hauteurs inégales diminuant vers le sol, ils sont décorés aussi par les mêmes godrons plats de ton gris foncé séparés par les mêmes bandes d’argent. La plinthe qui est au-dessous de ces décrochements apparaît comme en retrait.

De chaque côté de la salle sont disposées deux vitrines qui semblent aussi, forcément, très en retrait dans ces décrochements.

Ces vitrines sont extrêmement simples, elles sont fermées par trois glaces sans encadrement et sans monture glissant dans des rainures, leur aspect est donc extrêmement léger. Elles sont, tapissées d’un molleton vert jardin et sont surmontées d’un châssis garni de glaces sans tain aux ornements modernes représentant de grandes fleurs gravées et mates arrêtant une grande partie de la tonalité du tissu garnissant les vitrines ; ces glaces sans tain ont donc l’effet de longs panneaux aux ornements vert pâle sur le fond vert intense des vitrines. Une autre vitrine semblable est disposée de chaque côté de la pelite porte opposée à l’entrée. Toutes ces vitrines ont permis de disposer dans leurs parties basses des étagères fermées par de grands panneaux de ton gris souris encadrés d’un large bandeau de même couleur plus foncée rehaussés d’un large filet argenté. Ces panneaux carrés formant portes n’ont aucune saillie, ni moulures d’encadrement.

Dans les vitrines sont disposés les gants les plus variés et les plus somptueux.

Une visite à ce Pavillon est une révélation. Nous avouons que nous ignorions jusqu’où pouvait aller l'imagination des fabricants français dans la décoration des gants. Quelle harmonie parfaite entre la peau ou le tissu du gant et la broderie, quelle délicieuse recherche dans la composition des ornements et dans le choix des matières. N’oublions pas que la toilette de la femme exige des gants simples ou, suivant les circonstances, des gants à décor avec la plus grande richesse d’ornementation et que les créations des fabricants français permettent de satisfaire les clientes les plus difficiles et les plus exigeantes.

L’effet voulu est, obtenu : l’architecture sobre du pavillon fait ressortir la belle et élégante décoration intérieure qui fait valoir elle-même la beauté des gants exposés.

Nous sommes parmi les admirateurs de M. Maurice Dufrêne et c’est pourquoi nous pouvons nous permettre d’ajouter que nous ne trouvons pas heureuse la décoration peinte au-dessus des vitrines extérieures; c’est là notre seule critique.

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